PROCÉDÉ DE M. TROUSSEAU
« Les instruments nécessaires, dit M. Trousseau, sont une lancette et un trocart, celui-ci préparé de la façon suivante : on fixe à la base du pavillon de la canule une feuille de baudruche enroulée une ou deux fois sur elle-même; on obtient ainsi un tube membraneux s'étendant plus loin que le manche de l'instrument; on doit, avant l'opération, la ramollir en la faisant tremper dans l'eau et s'assurer du jeu de la soupape qu'elle forme.
» On fait ensuite avec la lancette, dans le huitième espace intercostal, parallèlement à la côte, à 2 ou 3 centimètres en dehors du bord externe du grand pectoral, une incision assez large pour laisser passer librement le trocart. Un aide alors relève la peau de la poitrine, de façon à faire abandonner à la plaie le huitième espace intercostal et à la faire correspondre au septième.
(I) Union médicale, 23 mars 1850.
» L'opérateur place l'index de la main gauche sur la lèvre inférieure de la plaie, en «'appuyant en même temps sur la côte inférieure, fait glisser le trocart sur le bout du doigt ainsi posé, et, rasant exactement le bord supérieur de la côte, il pénètre dans la poitrine.
» Dès que le dard du trocart est retiré, le liquide s'écoule et la soupape commence à fonctionner.
» On doit engager le malade à faire des efforts, à tousser, et si cette toux prend un caractère convulsif, le pronostic devient favorable; car cette toux convulsive indique un déplissement du tissu pulmonaire. Quand l'écoulement du liquide est terminé, on retire immédiatement la canule, on abandonne la peau à elle-même, et il suffit d'affronter les lèvres de la plaie avec du taffetas d'Angleterre. »
M: Raciborski (1) a employé un procédé remarquable par sa simplicité, et qui, n'étant, selon toutes les apparences, pas moins efficace que les autres, me paraît destiné à les remplacer tous. Voici comment il est décrit dans la Gazette des hôpitaux :
Procédé de M. Raciborski. — « Il se sert, pour cela, d'une vessie de porc dont la capacité est proportionnelle à la quantité du liquide que l'on doit évacuer; il la trempe dans l'eau pour la ramollir et il la tord ensuite pour en chasser l'air ; il fixe enfin l'orifice de la vessie autour de la canule du trocart armé, dont la poignée se trouve entièrement coiffée par le fond de cette vessie. La ponction est faite comme à l'ordinaire, si ce n'est que la main presse sur cette enveloppe extérieure, en même temps que sur le manche de l'instrument pour en retirer ensuite la lame, en l'abandonnant dans la cavité close que présente la vessie. Celle-ci se déplisse et se disiendà mesure que le liquide s'écoule dans son intérieur par la canule, et le foyer morbide se trouve ainsi à l'abri de la pénétration de l'air. >»
Pour s'opposer à la pénétration de l'air quand on retirera la canule, on doit, à l'exemple de M. Trousseau, avant de faire la ponction, relever la peau de l'espace intercostal inférieur à celui où l'on veut la pratiquer jusqu'au niveau de celui-ci (le manière qu'au moment où l'on retire l'instrument, le tégument reprenant sa place, l'ouverture qu'on y a faite n'est plus vis-à-vis de l'ouverture du muscle et de la plèvre, mais dans un espace intercostal au-dessous.
Injections (2). — Les injections sont employées soit pour favoriser l'écoulement d un liquide trop épais, soit pour imprimer une modification aux surfaces qui le produisent, soit enfin pour en empêcher la décomposition. Les premières sont simplement aqueuses; les secondes sont ordinairement excitantes ou caustiques ■ ainsi les infusions aromatiques, la décoction de quinquina (Wiilis, Fréteau etc ) h nitrate d'argent (Wells); enfin les troisièmes, composées d'huile et 'de vin (H.ppocrate) selon la prescription de M. Récamier, ne doivent être employées ou", «ne époque assez avancée de la maladie. Les faits nous manquent pour déterminer k v eu de ces injections ; on ne peut donc se livrer qu'à des conjecture Pa n le observa ions c,tées par M. Sédillot, il en est quelques-unes où des injectiô m ete pratiquées et où la guérison a eu lieu ; mais cela prouve-t-il qu 'i Attribuer a 1 injection la guérison elle-même? Non, sans doute; car ces Ls 2s
<S) VovnRn-dVanSOf 1 de ChimrCjk ^azeUe des hôpitaux, 27 novembre ISiOl
m sauraient (CN appréciés converiablement. Cependant il faut ajouter nue récemment, Al. Bôket (loc, cf.) a fourni de nombreuses preuves en faveur de ces Mijotions pratiquées par lui ei par UN. Aran, Boudant, Lagouest, Ganreau etc • i empL.e de préférence les ùijevtions iodées. MM. M'Queen et Boudant ont fai't des injections chlorurées. Cette médication prend donc chaque jour de l'importance.
Nous n'ajouterons rien relativement à l'introduction de l'air dans la plèvre; tout le monde connaît les discussions qui ont eu lieu sut ce sujet. Nous nous contenterons de dire (pie, d'après un bon nombre d'observations, cet accident, qu'il faut toujours, autant (pie possible, éviter, n'a pas cependant autant de danger que quelques auteurs ont voulu le dire. Ainsi M. Renard (I) rapporte des faits dans lesquels l'air entrait par la canule à chaque pansement, sans qu'il y eut au ire chose qu'un peu de fétidité du pus qui n'a point empêché la guérison d'avoir lieu aussi promptement que dans des cas où ce phénomène n'avait pas été observé. Toutefois, d'après les faits rapportés par Al. Gendrin, on doit peu; er qu'il n'en serait pas de même si on laissai! l'air entrer librement par une large incision, et cependant, même dans ce cas, il ne faudrait pas avoir des craintes exagérées, car M. Marrotte (2) rapporte un cas observé chez une petite fille de quatre ans, chez laquelle on pratiqua une large ouverture laissant un libre accès à l'air, on faisait des injections d'eau avec du chlorure de soude, et la malade guérit parfaitement
[1 est inutile de donner des ordonnances pour résumer ce traitement, puisque les moyens employés ne diirèrent pas sensiblement de ceux qui ont été indiqués à l'article PL urésie <ii<juè\ et qu'il est facile de distinguer, suivant les cas, ceux sur lesquels il importe d'insister.
RÉSUMÉ SOMMAIRE DU TRAITEMENT
Diurétiques, préparations mercurielles , exutoires, révulsifs, opiacés; opération de l'empyème.
AIIT1CLE Y.
HYDROTHORAX.
Cé que nous avons dit plus haut relativement aux divers épanchements dans la plèvre simplifie beaucoup ce qui nous reste à dire du véritable hydrolhorâx. Nous avons réservé ce nom à l'épanchemeiit de sérosité sans inflammation; mais cette maladie est si rarement idiopathique, qu'il n'en exisie pas une seule observation bien authentique. Il s'ensuit que nous n'avons point ici à nous étendre sur cette affection, qui n'a pas d'intérêt réellement pratique, si ce n'est comme complication (3j. Nous aurons h y revenir dans la description de plusieurs autres maladies.
Nous nous contenterons de dire que les signes physiques de l'hydrothorax sont ceux de la pleurésie; que néanmoins, vu l'absence de fausses membranes, le chan-
(I) Annales de la médecine physiologique, 1825, t. VII, p. 472.
(2; Séances de lu Soc. nied. des hôpit. [Union med., 10 murs 1852).
(3) Voy. Abeille, Traita des hydropysies et des ky.sles. Paris, 1852, p. 283 et suiv.
HYUHOTHOKAX. °->
gement du niveau de l'épanchcment, suivant la position du malade, est plus souvent observé; que les symptômes généraux appartenant en propre à l'hydrothorax sont difficile à préciser, par les raisons que nous avons exposées plus haut, et que, dans tous les cas, ils n'ont qu'une faible intensité; enfin que le traitement de cette maladie consiste : 1" dans les moyens propres à combattre l'affection primitive; et 2° dans l'emploi des remèdes ordinairement dirigés contre l'hydropisie, tels que les sudoriliques, les diurétiques, etc., remèdes que nous indiquerons en détail quand il sera question de Vanasarqup.
Nous voulons seulement faire connaître ici un traitement remarquable par l'énormitédela dose employée. C'est celui du docteur de Saussure (1).
M. de Saussure n'a pas craint d'administrer la digitale à la dose de 60 grammes toutes les deux heures en infusion, d'en donner ainsi 3' 0 grammes le premier jour, et de la continuer à la dose de 13 grammes toutes les deux heures, les trois jours suivants. De deux sujets ainsi traités, l'un a guéri, l'autre a été soulagé par la disparition de l'hydroihorax (il avait une maladie du cœur). Mais ils ont eu des vomissemenls, de la diarrhée, des urines fréquentes, des veriiges, des hallucinations de la vue; en uu mot, les symptômes de l'empoisonnement parla digitale. Ne court-on pas de grands risques en employant de si hautes doses?
Si nous n'insistons pas davantage sur celle affection, c'est pour ne pas embarrasser inutilement la pratique de descriptions et d'indications qui ne trouvent pas une application bien déterminée.
APPENDICE
Pàthisic bronchique.
Quelques auteurs qui se sont occupés d'une manière spéciale des maladies des enfants ont, dans ces derniers temps, fait des recherches sur la tuberculisation des ganglions bronchiques. Il est très rare que cette lésion existe sans qu'en même temps les poumons offrent des tubercules à un degré avancé. Dans ces cas, la phthisie pulmonaire étant la maladie principale, elle seule mérite l'attention du praticien, et, par conséquent, je n'ai point a m'en occuper ici. Mais quelquefois les tubercules occupent exclusivement les ganglions bronchiques, et l'on a à craindre quelques erreurs de diagnostic qui pourraient influer d'une manière fâcheuse sur le pronostic. Nous nous contenterons d'indiquer sommairement ce que MM. Barthez et Rilliet (2) , dont les recherches sont les pins exactes, nous ont récemment appris sur ce point.
Les symptômes des tubercules des ganglions bronchiques sont des signes de congestion, d'œdème de la face , résultant de la compression exercée sur la veine cave supérieure; V/tëm.uptysie et V œdème du poumon, occasionnés par la compression des vaisseaux pulmonaires; X altération de la voix, et des accès de dyspnée lorsque le nerf pneumogastrique est comprimé ; des râles sonores dans la poitrine, ou un affaiblissement du bruit respiratoire ; dû à la compression des tubes bronchi-
(1) The southern Journal, of médecine and pharmacy , mars 1847 (Traitement de l'hydrothorax. par la digilute à haute doue).
(2) Archives gén. de mèd., 3e série, 1842, t. XV, p. 448.
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