MALADIES DU PHARYNX
Nous voici parvenus à des maladies que l'on peut mettre au nombre des plus importantes parmi celles des voies digestives. Présentant des symptômes souvent fort intenses et ayant, dans beaucoup de cas, une très grande gravité, se montrant très fréquemment aux divers âges de la vie, les maladies du pharynx ont dû, de • tout temps, fixer d'une manière particulière l'attention des médecins : aussi , dès l'origine de la médecine, voyons-nous les principaux auteurs leur accorder une mention toute particulière, et plus tard retrouvons-nous, sous des noms très différents, des articles importants consacrés aux maladies du pharynx dans tous les traités de médecine, sans compter les travaux spéciaux entrepris sur cet important sujet. Les anciens auteurs, n'ayant point connu parfaitement les caractères anatomiques de ces maladies diverses, et les médecins plus modernes ayant, sans tenir un compte suffisant du siège des lésions, réuni sous un même titre des affections différentes, il en est résulté une très grande confusion.
Et d'abord nous n'obtenons que de très faibles lumières des écrits d'Hippocrate et de Galien. Un ou' deux aphorismes du premier et quelques passages isolés ne i
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contenant que des indications plus propres à induire en erreur rfu'à nous éclairer, voilh tout ce que nous trouvons dans celle haute antiquité. Galièn lit des éïïôrts pour distinguer les angines qui ont leur siège dans le pharynx, de celles qui ont leur siège dans le larynx; il en fut de même d'Arélée (1), et ensuite celle division fut maintenue avec plus ou moins d'exactitude et définitivement consacrée par Boerliaave et Van Swieteii (2). Mais cette distinction n'est point assez parfaite dans les écrits de tous ces ailleurs pour que les descriptions ne présentent point encore une assez grande confusion. C'est surtout dans ces derniers temps qu'on a établi une ligne de démarcation très tranchée entre les affections propres au larynx et les affections propres au pharynx, tout en reconnaissant que, dans certaines circonstances, les lésions se propagent rapidement d'une de ces cavités à l'autre.
Néanmoins, sous le nom générique a angine, ùh grand nombre d'auteurs ont continué à désigner également les affections du pharynx et du larynx, une gêne plus ou moins notable de la respiration ou de la déglutition leur suffisant pour admettre l'existence de l'angine. Cette définition, proposée par Van Swielen, a récemment été adoptée par les auteurs du Compenâium de médecine (tome I, article Angine) comme s'appliquant à tous les cas. Sans doute, si l'on veut conserver encore cette mauvaise dénomination d'angine, on doit se ranger à la manière de voir de ces auteurs : mais, en y réfléchissant, on verra que, de toutes les causes qui ont apporté la confusion dans l'histoire des maladies du pharynx et du larynx, la plus puissante est peut-être celte réunion forcée sous un même titre de maladies fort dissemblables.
Les maladies du pharynx diffèrent de celles du larynx non-seulement par leur siège, mais encore par des symptômes importants, par leur marche, par leur gravité et parles moyens de traitement qui leur sont propres. 11 est donc indispensable de séparer complètement des affections si différentes; autrement il peut en résulter un embarras très fâcheux pour la pratique. Il ne suffit pas , en effet, que la nature de la maladie soit la même pour qu'on lui conserve le même' nom dans les différents points qu'elle occupe, et c'est évidemment à tort que, dans ces derniers temps, M. Brelonneau a voulu que, sous le nom de diphthérite, on confondît l'angine couenneuse et le croup. 11 faut sans doute reconnaître cette identité de nature, ainsi que la propagation de la maladie d'une cavité à l'autre; mais les autres circonstances précédemment énumérées veulent que l'on regarde l'affection comme très différente, suivant qu'elle occupe le larynx ou le pharynx.
Ce n'est pas que la distinction dont il s'agit n'ait été introduite dans les termes à une époque assez reculée. Il suffit, pour s'en convaincre, de rappeler la division établie par Galion, adoptée par Lazare Rivière (3), et que nous avons citée dans le deuxième volume de cet ouvrage (/i). Nous nous bornerons à la reproduire ici : « 1" Cijnanchc : Inflammatio interiores propriosque laryiigis musculos occupât. •> 2" Synanche : Interiores pïiaryngis musculos inflammatio occupât. 3" Paracy-
(1) De causis et signis, etc., lib. I, cap. vu.
(2) Commentarii in 11. Boerhaave Âphorismos. Lngduni Batavorum, 1759, t. 11,
(3) Prawoos njed.,lib. VI, cap. vu, De angina, \i) Voy. Laryngite simple aiguë, t. î, p, 341.
» nanche: Exteriores laryngis musculos inflammatio iuvadit. h" ParasynanclA » Exteriores faucium musculos inflammatio invadit. »
^ Cette division n'a point été néanmoins généralement adoptée, comme on peut s'en assurer par la lecture des principaux auteurs, tels que Boerhaave, Borsieri J. Frank, etc. Cela lient peut-être à ce que, d'une part, les deux divisions Paracynanche et Parasynanche ne sauraient entrer dans l'histoire des angines , et secondement à ce que la définition étant mauvaise, puiqu'il s'agit de l'inflammation des muscles du larynx et du pharynx, les médecins qui ont bien connu la maladie n'auront point voulu l'accepter.
Aujourd'hui il nous est facile de proposer des dénominations qui rendent la description des diverses maladies dont il s'agit plus claire et plus facile ; il suffît de désigner sous le nom de laryngites, comme nous l'avons fait dans cet ouvrage, les angines qui occupent le larynx , et de pharyngites celles qui envahissent le pharynx.
Les affections propres au pharynx sont assez nombreuses. Plusieurs divisions ont été présentées par les ailleurs; elles sont principalement fondées sur le siège de la lésion, sur la forme que présente la maladie, et sur les causes présumées qui l'ont produite.
Boerhaave et Van Swienten admettaient : 1° une angine aqueuse, dans laquelle la tuméfaction étant considérable, ils avaient vu un œdème aigu des parties consumantes du pharynx ; 2° une angine squirr/mtse, remarquable par la dureté des l issus, et que l'on doit sans doute rapporter à l'induration chronique des amygdales; 3° une angine inflammatoire ; h" une angine suppuratoire, et 5° une angine gangreneuse. Ce sont là les seules angines pharyngées qui se trouvent dans cette division, car les autres sont des angines laryngées ou ne sont point des angines. Parmi ces dernières affections se trouve la paralysie du pharynx et de l'œsophage, qui a été également admise par Borsieri (1) sous le titre d'angina paralytica.
Sauvages a, comme à l'ordinaire, multiplié les divisions; celles qui se rapportent particulièrement à l'angine pharyngée sont les suivantes : 1° Cynanche tonsillaris; variétés : C. catarrhalis, C. vera, vel sunguinea; C. synochalis ou compliquée de fièvre putride; 2° C. maligna, comprenant la C. ulcerosa et la C. gangrenosa; 3° C. exanthematosa. Il suffît de cette indicalion pour montrer sur quels principes Sauvages a fondé cette division, qui ne saurait nous être d'aucune utilité, car elle n'est pas plus complète et est beaucoup plus confuse que celle des autres auteurs. C'est pourquoi je n'indiquerai pas les espèces qui sont fondées sur des circonstances accidentelles, comme la C. a deglutitis et la C. a dysentcria. Les divisions de Cullen et de Jos. Frank ont pour base des principes à peu près semblables.
Plus récemment on a reconnu Yangine simple, que l'on a désignée sous le nom d'angine gutturale, quand elle occupe l'isthme du gosier; sous celui d'amygdalite, quand elle a son siège dans les tonsilles, et sous celui d'angine pharyngée, quand elle a son siège dans les parties profondes du pharynx; puis Yangine pultacée, Yangine couenneuse et Yangine gangreneuse.
Après avoir examiné les principales observations de maladies du pharynx , voici
(1) Instituliones medicinœ praclicœ. Lipsiœ, 1826, vol. III, De angina, p. 354.
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la division que nous croyons devoir adopter : 1" Pharyngite simple aiguë, dont les diverses variétés seront indiquées et appréciées; 2° pharyngite simple chronique ; 3° pharyngite pultacée et pharyngite rouenneuse; Un pharyngite ulcéreuse; 5° pharyngite gangreneuse.
L'histoire de ces maladies, avec quelques mots que nous dirons d'abord de Yhémorrhagie du pharynx, et une courte indication de la dégénérescence cancéreuse des parois de cette cavité et de la dilatation.clu pharynx, formeront la matière de ce chapitre.
Dans les maladies du pharynx, nous ferons entrer celles du voile du palais, parce que celte partie appartient beaucoup plus à cette cavité qu'à la cavité buccale.
ARTICLE Ier.
HÉMORRHAGIE Dlf pharynx (pharyngorrhagie).
Cette affection est rare. Sous le titre de stomato-pharyngorrhagia, P. Frank (1) a cité un petit nombre de cas où de petites varices, semblables à celles que nous avons décrites dans la bouche, ont donné par leur rupture un écoulement de sang. Il cite également un exemple dans lequel l'hémorrhagie du pharynx eut lieu chez une femme non réglée depuis huit ans. Une légère érosion de la paroi postérieure de la cavité pharyngienne donnait issue au sang. Dans quelques autres cas d'ulcérations, on a vu aussi une petite quantité de sang provenant du pharynx être rejetée par la bouche. Quelquefois l'hémorrhagie est causée par une violence traumatique; et enfin, M. Alquié et d'autres ont rapporté des observations d'hémorrhagie pharyngienne causée par la piqûre d'une sangsue qui avait été avalée en buvant.
L'écoulement de sang est très peu considérable, à moins qu'il ne soit dû à une cause traumatique, ou qu'il ne constitue une hémorrhagie supplémentaire, comme dans le cas cité par P. Frank. L'inspection du pharynx en fait facilement reconnaître la source clans le plus grand nombre des cas. Le liquide est rejeté ordinairement par simple exscréation, après quelques efforts bruyants pour le chasser de la cavité pharyngienne. Il n'est pas spumeux, à moins qu'il n'ait été agité violemment par des secousses de toux provoquées ou non par l'entrée de quelques gouttes de sang dans le larynx.
Ces signes sont suffisants pour faire distinguer cet écoulement sanguin des autres hémorrhagies qui ont lieu par la bouche. On conçoit, du reste, que l'hémorrhagie du pharynx est celle dans laquelle le sang peut être le plus facilement avalé, et, en pareil cas, on pourrait confondre la maladie avec une hématémèse, si des vomissements sanglants avaient lieu; mais les signes déjà indiqués dans cet ouvrage (2) feront facilement éviter l'erreur.
Les divers moyens indiqués dans l'article consacré à l'hémorrhagie buccale s'appliquent parfaitement à l'hémorrhagie du pharvnx. Ce serait donc une répétition inutile que de les rappeler ici, et je me hâte d'abandonner une affection dont l'intérêt est plus que médiocre.
(1) Traité de médecine pratique. Paris, 1842, t. Il, p. 516.
(2) Voy. les articles Èpistaxis et Hémoptysie, t. I, p. 247 et 543.
M UAPLES DES VOIES DIG KSTIVES.
ARTICLE II
PHARYNGITE SIMPLE Alf;UE.
Sons ce titre générique, nous comprenons plusieurs espèces de pharyngites admises par les auteurs. Nous aurons à décrire, eu effet, sous le rapport de la nature de l'affection, l'angine caturrhale de Sauvages, l'angine inflammatoire ou sanguine de Boerhaave, l'angine franche de quelques auteurs, et l'angine membraneuse de quelques autres, qu'il ne faut pas confondre avec l'angine bilieuse, gastrique. Sous le rapport de la forme, nous trouvons l'angine bilieuse, gastrique etc., et enfin, sous le rapport du siège, une division beaucoup plus importante admise aujourd'hui par un grand nombre de médecins français, et qui est la suivante : pharyngite superficielle bornée à l'isthme du gosier, ou angine gutturale; pharyngite ayant son siège principal dans les tonsi lies, ou amygdalite ; et enfin, pharyngite ayant son siège dans les parties les plus reculées du pharynx, ou angine pharyngée proprement dite.
Sans doute il faut reconnaître, avec Pinel et avec plusieurs des auteurs qui l'ont suivi, tels que MM. Rostan et Roche, qu'il est rare que la maladie soit bornée à un petit, espace , et que l'inflammation a une très grande tendance à occuper à la fois plusieurs des parties constituantes du pharynx. Mais dans les cas où la pharyngite est ainsi limitée, il y a des circonstances particulières qui donnent une' physionomie propre à l'affection, et qui la rendent plus ou moins dangereuse; de sorte qu'il n'est pas inutile, pour la pratique, de connaître ces particularités. Quelques auteurs, et entre autres B'orsicri, pour résoudre toutes les difficultés, ont admis une autre angine formée de plusieurs de celles qui viennent d'être indiquées, et l'ont désignée sous le nom à'angina composita. Il suffira de dire quelques mois de cette pharyngite généralisée, ce que nous ferons dans le cours de cette description.
Cette dernière division est donc celle que nous croyons devoir adopter; elle nous permettra de passer en revue, dans un ordre facile à suivre, tous les points importants de l'histoire de la pharyngite simple aiguë. Quant aux espèces admises sous le point de vue de la forme et de la nature de la maladie, nous nous bornerons à exposer, dans la suite de cet article, ce qu'elles offrent de particulier.
première espèce : Pharyngite superficielle, ayant son siège dans l'isthme du
gosier (angine gutturale).
Cette affection n'a été bien étudiée, d'une manière isolée, que dans ces dernières années : elle est une des plus fréquentes que l'on rencontre ; mais aussi elle est trèj souvent extrêmement légère, de sorte qu'on n'en a pas recueilli d'observations bien détaillées. R en est de celte affection comme de la bronchite aiguë légère, qui a paru trop simple et trop facile à guérir pour qu'on s'en soit sérieusement occupé.
g I. Définition, synonymie, fréquence.
La pharyngite gutturale est définie par les auteurs une inflammation qui a son siège dans la membrane muqueuse qui revéï l'isthme du gosier, le voile du palais