‹ Guide du médecin praticien, ou, Résumé général de pathologie interne et de thérapeutique appliquées [electronic resource]Chapitre 203 sur 306 · PHARYNGITE GUTTURALE AIGUË. — CAUSES · texte numérisé non relu

PHARYNGITE GUTTURALE AIGUË. — CAUSES

ses piliers et les amygdales. Ce qui la distingue de l'amygdalite, c'est sou siège superficiel, de sorte que la glande elle-même n'est point sensiblement affectée. Nous verrons cependant que, dans quelques cas exceptionnels, le voile du palais est plus profondément atteint, en sorte que la définition n'est pas exactement rigoureuse. Dans certains cas légers, l'inflammation paraît uniquement bornée à la partie antérieure de l'isthme du gosier, de telle façon qu'aucune partie des amygdales n'est atteinte.

Les noms que l'on a- donnés à cette affection sont principalement tirés de son siège : ainsi, istkmitîs, paristhmitis, staphylite ; mais on voit que ces dénominations ne sont pas parfaitement exactes, puisque quelquefois l'inflammation peut s'étendre, au delà. C'est elle que l'on a principalement désignée sous les noms d'angine calarrhale, rhumatique, gutturale. On lui a donné aussi les noms vicieux de palatite et (Vangine simple.

Nous avons déjà dit que celte affection est très fréquente; nous en trouverons bientôt une preuve dans l'étude des causes, car nous verrons que tous les ans, à certaines époques, elle attaque une plus ou moins grande partie de la population, et qu'elle prend un caractère épidémique.

§ II. — Causes.

1° Causes prédisposantes.

Cette affection peut atteindre tous les âges; cependant elle ne se montre pas dans la même proportion à toutes les époques de la vie. Elle attaque principalement les sujets jeunes et qui présentent les attributs du tempérament sanguin. Il serait toutefois nécessaire qu'on fît à ce sujet des recherches plus exactes.

Billard (1) a avancé que l'angine gutturale est très fréquente chez les nouveaunés. C'est ce qu'il ne nous a pas été permis de constater, et ce qui doit être bien difficile à reconnaître, surtout si l'affection ne présente d'autres signes que ceux que lui a assignés Billard, et que nous indiquerons plus loin.

Suivant J. Frank, qui dislingue la pharyngite dont il est question en angine çatarrhale et en angine rhumatique, ces deux espèces attaqueraient les sujets dans des conditions très différentes. Ainsi la première sévirait sur les enfants, le sexe féminin, les hommes débiles, les individus lymphatiques, scrofuleux, ceux qui sont en proie au vice syphilitique ou qui ont fait abus du mercure; tandis que la seconde se montrerait chez des sujets vigoureux, mais qui se seraient exposés à des variations de température. Rien n'autorise à admettre cette distinction, jusqu'à ce que les laits soient venus en prouver la solidité.

Malgré l'assertion de J. Frank, il est difficile de se prononcer sur l'influence du sexe dans l'angine gutturale. Presque tous les médecins pensent néanmoins que le sexe féminin y est le plus sujet ; mais dans le relevé des observations de MM. Louis et llufz, on voit que la proportion des hommes a été notablement plus considérable que celle des femmes.

Les saisons dans lesquelles se produit le plus fréquemment cette maladie sont, sans contredit, le commencement du printemps et de l'automne, surtout lorsque

(1) Traité des maladies des enfants nouveau-nés.

Je lempB est très humide e1 pluvieux. Sturra (1) a rassemblé des faits qui mettrai J hors de doute l'existence de celle « anse, si le grand nombre d'exemples que nous en avons tous les ans sous les yeux ne rendait cette démonstration inutile J 'nabi' talion dans les lieux froids et humides fait naître la même prédisposition, quoique à un degré beaucoup inoins élevé. '

Les sujets convalescents d'une maladie fébrile sont exposés à contracter cette angine superficielle, dont l'existence a été reconnue par Bayle lui-même quoiqu'il en ait mal apprécié la valeur. C'est néanmoins un fait qu'il importe de signaler parce que cette pharyngite superficielle entraîne parfois après elle une affection très graï e l'œdème de la glotte.

J'ai déjà dit que cette maladie se montrait sous forme êpidémigue. On voit en effet, aux époques mentionnées plus haut, un grand nombre d'individus en être atteints sans qu'on puisse en trouver la cause ailleurs que dans un état particulier de la constitution atmosphérique. Il serait extrêmement facile d'en citer des exemples.

2" Causes occasionnelles.

Les causes occasionnelles ont été trouvées principalement dans le refroidissement, et surtout dans le refroidissement des pieds; dans le passage rapide d'un lieu chaud dans un lieu froid; dans l'exposition à un courant d'air, principalement lorsqu'on a le cou dépouillé; dans l'arrêt subit de la transpiration, cl surtout de la transpiration des pieds. Les exemples qu'on a cités de l'action de ces causes sont nombreux, mais il faut ajouter qu'une des prédispositions précédemment indiquées paraît nécessaire dans le plus grand nombre des cas.

Nous ne parlons pas des grands efforts de la voix et du chant, qui déterminent plutôt une légère irritation du larynx et de l'enrouement, ni des boissons très chaudes qui ne donnent lieu qu'à une excitation passagère, ou qui produisent une légère brûlure ; mais il faut dire, d'après quelques auteurs, que l'effet des causes précédentes est beaucoup plus facile et plus prompt lorsque les sujets viennent de se livrera de grands efforts de voix ou ont pris des boissons chaudes.

V ingestion d'un liquide glacé a été quelquefois suivie de la maladie dont il est question : la cause a-t-ellc agi seulement alors comme le froid extérieur?

V inspiration d'un gaz irritant peut produire une inflammation du pharynx] mais, presque toujours, dans ces cas, l'inflammation du larynx, de la trachée et des bronches a une bien plus grande importance, et attire l'attention du médecin.

Enfin, dans d'autres cas, on a admis l'existence d'une cause bien différente de celles qui viennent d'être mentionnées : c'est une augmentation rapide et considérable de la chaleur atmosphérique coïncidant avec l'humidité.

La plus importante de ces causes est évidemment celle qui se trouve dans l'action de la constitution atmosphérique, et qui a quelque chose d'inexplicable pour nous; nous retrouverons la plupart des autres dans les diverses angines qu'il nous reste encore à étudier.

Nous n'avons pas jugé nécessaire de mentionner ici l'inflammation du pharynx qui accompagne plus ou moins fréquemment certaines maladies fébriles, et en

(1) Aer anginœ causa efjlciens, 1 699.

PHARYNGITE GUTTURALE AJGUE. — SYMPTÔME?. 5C1

prliculier les fièvres exant/iémnteuses , parce que ces angines présentent le plus fôuvcnt quelque chose de spécial, et que, d'un nuire côté, elles ne sont que des lésions secondaires dont il n'est qucslion'. à l'occasion des maladies dans le cours (lesquelles elles se montrent.

§ III. — Symptômes.

Début. — Le début de l'affection a lieu de deux manières différentes : tantôt le premier signe de la maladie consiste dans une gêne plus ou moins grande rapportée au voile du palais, alors la maladie commence par les symptômes locaux ; tantôt, au contraire, il y a un mouvement fébrile plus ou moins notable, qui consiste en une sensibilité au froid, une accélération du pouls, la chaleur halitueuse de la peau, accompagnées de céphalalgie et de troubles intestinaux. Cette dernière espèce de début est rare; car presque toujours, lorsque les symptômes généraux ouvrent la scène, on voit survenir, outre les accidents locaux qui viennent d'être

i mentionnés, un gonflement des amygdales qui annonce que les tonsilles ont une grande part à la maladie. Cela prouve que la division proposée par les auteurs, et que nous avons cru devoir adopter pour les motifs indiqués plus haut, n'est exacte que pour un certain nombre de cas de pharyngite très légère.

Symptômes. — Lorsque la pharyngite reste bornée à l'ouverture supérieure du pharynx et qu'elle est superficielle, voici les symptômes qui se présentent. La gêne, que nous avons dit exister à l'isthme du gosier, augmente et devient une

• véritable douleur ; cette douleur est extrêmement augmentée par la déglutition , et cependant les malades éprouvent continuellement le besoin d'avaler la salive qui afflue dans leur bouche : la déglutition des corps liquides est plus difficile et plus douloureuse que celle des corps solides. Lorsque ce symptôme est porté très haut ce qui est assez rare, les malades, après avoir fait des efforts douloureux pour avaler leur salive, finissent par la rejeter au dehors.

Ils éprouvent en outre un besoin fréquent de chasser parties secousses brusques le mucus qui se produit sur la membrane enflammée; et quelquefois aussi ces mouvements sont provoqués par le simple gonflement des parties, qui fait croire à la présence d'un corps étranger.

Comme dans l'inflammation aiguë des fosses nasales, nous trouvons d'abord ici

' une sécheresse de la muqueuse enflammée, qui, au bout d'un ou deux jours, est

i remplacée au contraire par cette sécrétion surabondante du mucus qui vient d'être

; signalée.

Si l'on examine alors les parties malades, on voit le voile du palais , son pilier intérieur, la partie voisine de la base de la langue, et fréquemment les amygdales et le pilier postérieur, se montrer avec une rougeur plus ou moins vive, mais médiocrement intense dans le plus grand nombre des cas. Le voile du palais parnîl plus épais; la luette est également épaissie, allongée , et présente sur ses bords et > a son extrémité une demi-transparence œdémateuse. Lorsque l'inflammation esi bornée à un seul côté, la tuméfaction de la luette n'ayant lieu que dans une dises moitiés, il peut en résulter (pie ce petit appendice est dévié du côté opposé.

Cependant les amygdales ne sont pas sensiblement tuméfiées ; seulement elles présentent quelquefois à leur surface de petites concrétions blanchâtres qui annon- Valleix, 4e édit. — lit. 36

Obi MALADIES DES voies DIGEST1VES.

cent qtie l'inflammation a atteint quelques-unes de leurs lacunes, symptôme qui nous retrouverons quand il s'agira de l'amygdalite,

Cet état des parties malades occasionne quelques autres symptômes qu'il inJ porte de mentionner. Ainsi le gonflement du pilier antérieur du voile du palais et surtout celui de la luette, donnent lieu, sur la base de la langue, à un contact continuel et incommode qui peut occasionner des mutées et des vomissements] et qui bien plus souvent provoque les mouvements de déglutition dont il a été question plus haut.

Quant à la toux gutturale décrite par quelques auteurs, et en particulier par La/. Bivière (I) el par Saxonia (,£) , est-on bien certain que, dans les cas où elle se montre, l'inflammation ne s'est pas propagée à la partie supérieure du larynx?

On a encore rangé, parmi les symptômes de cette affection, le rejet des boissons par les fosses nasales; mais nous ne connaissons pas d'exemple de ce fait, et tout porte à croire que dans les cas où ce symptôme s'est montré, il s'agissait d'une angine beaucoup plus grave el beaucoup plus profonde.

four compléter le tableau de ces symptômes peu graves, il suffit d'ajouter que X haleine est ordinairement mauvaise; que le malade se plaint d'un goût fade ou désagréable; que la bouche est assez souvent pâteuse, et quelquefois chargée d'un enduit plus ou moins épais. Quant aux symptômes ayant leur siège dans d'autres organes, il n'en existe pas, à moins qu'il n'y ail un mouvement fébrile, cas rare dans cette espèce, et dont nous allons dire un mot.

Mais auparavant nous devons ajouter que, quelque légère que paraisse cette affection, d'après la description précédente, on pourrait citer des cas où elle se montre plus légère encore, et qui ne méritent guère le nom de maladie. Ainsi ou éprouve assez fréquemment, à la partie postérieure du voile du palais, un léger sentiment de gène, avec un gonflement plus ou moins considérable de la luette, des mouvements presque involontaires de déglutition, l'excrétion d'une pelile quantité de mucus concret, sans aucune altération de la sauté. Ces phénomènes se dissipent spontanément.

Pharyngite gutturale fébrile. — Dans les cas exceptionnels où cette pharyngite détermine un mouvement fébrile, sou apparition est précédée et accompagnée d'un sentiment de chaleur peu considérable, d'une légère élévation du pouls et d'un malaise général qui se montre principalement le soir. Il est rare d'observer d'autres symptômes fébriles, et la céphalalgie, ainsi que les troubles gastriques qui se montrent parfois, sont peu intenses.

Pharyngite gutturale suppuratoire. — A peine peut-on citer quelques cas où l'inflammation de l'islhme.du gosier ait pénétré assez profondément pour déterminer la suppuration des parties; c'est cependant ce que l'on observe quelquefois, et alors l'affection prend les caractères deVangine inflammatoire d'un grand nomhre d'auteurs. Dans ces cas, on voit survenir, soit dans un des côtés du voile du palais, soit dans un de ses piliers, un gonflement plus considérable, avec une douleur assez vive, et avec une grande difficulté d'écarter les mâchoires. La sécrétion du mucus est considérable, les parties sont déformées : ainsi le bord inférieur du voile du

(1) Prax. mcd., lib. VI, cap. Vil .

(2) Pmleel. praetto., pars i, cap, ?n.

PHARYNGITE (iUTTURALK AIGUË. — MARCHE. 563

palais peut devenir convexe, les piliers très proéminents se porter vers la base de la langue, et la luette être notabjemenl déviée. Au bout de quelques join s, les symptômes diminuent; on voit apparaître sur la partie gonflée un point plus saillant, qui, se rompant ordinairement dans un effort pour détacher les mucosités, donne issue à une plus ou moins grande quantité de pus : effet qui est suivi d'un soulagement immédiat. Dès ce moment, la guérison est rapide, et la cicatrisation ne se l'ail point attendre. Dans quelques cas, on est obligé d'ouvrir l'aùccs avec le bistouri.

Pharyngite gutturale gangreneuse. — Dans des cas plus rares encore, il survient une gangrène superficielle et bornée, et l'affection se termine prompteraent après la chute de l'eschare. Nous en avons vu un exemple très remarquable à l'hôpital Beaujon, dans le service de Ml Louis. Nous aurons occasion de le rappeler dans l'histoire de la pharyngite gangreneuse.

Nous avons dit plus haut qu'on avait distingué dans cette espèce de pharyngite deux formes principales, qui sont : l'angine catarrhale et l 'angine rhumatique. Voici, d'après les principaux auteurs, ce qui distinguerait ces deux formes :

Pharyngite catarrhale. — Connue sous les noms d'angina lymphatica, nolha, catarrhosa, tenuis, mucosa, œdematosa, cette forme de la pharyngite débute plus fréquemment que l'autre par un léger mouvement fébrile. La couleur rouge des parties est peu intense ; la luette est remarquablement gonflée et transparente : fait qu'Hippocrate avait particulièrement constaté (1). La sécrétion de mucus est notable, la douleur peu intense, si ce n'est pendant la déglutition, et l'on voit assez fréquemment les ganglions sous-maxillaires se gonfler.

Pharyngite rhumatique. — Elle se distingue principalement de la précédente par des douleurs plus intenses le soir; par leur irradiation au cou et aux épaules; par la disparition de la fièvre initiale lorsque la lésion locale est établie; par la rougeur intense et semblable à la teinture de garance qui occupe l'isthme du gosier, et par l'absence d'un gonflement notable.

On voit qu'il n'y a, dans ces deux formes de la maladie, que des nuances très fugitives, et encore faut-il remarquer que J. Frank, qui a plus que tout autre insisté sur celte distinction, a évidemment fait entrer, dans sa description, des angines lonsillaires dont nous avons renvoyé l'étude plus loin. Cette division est fondée plutôt sur les idées qu'on s'est faites de la nature des causes de la maladie que sur une appréciation rigoureuse des faits.

Nous avons dit plus haut iAue Billard avait décrit une pharyngite des nouveaunés. La rougeur vive et persistante de la gorge, avec des signes plus ou moins parqués d'inquiétude et le refus de prendre des aliments, sont les seuls symptômes qu'il indique comme caractérisant celle maladie, dont lui seul a vu des exemples.

Lorsque la pharyngite est très légère et bornée à une d ès petite étendue, elle disparaît complètement dans l'espace d'un, deux ou trois jours. Dans le cas contraire, et surtout lorsqu'il y a un léger mouvement fébrile, elle peut durer cinq,

(1) Œuvres complètes, trad. par E. Littré. Paris, 1881, t.. Vil, Des maladies, liv. II.

six el sept jours, et plus longtemps encore dans les cas rares où l'affection se termine par suppuration ; mais toujours elle a une marche rapide et uniforme.

La terminaison a presque constamment lieu, ainsi (pie nous l'avons dit plus haut, par résolution. Les cas où se manifestent la suppuration et la gangrène peuvent être regardés comme des exceptions liés rares. On a dit que celle angine pouvait passer à l'état chronique, mais les exemples de ce fait ne se trouvent nulle part. On conçoit néanmoins qu'à la suite de légères inflammations très souvent répétées, l'isthme du gosier puisse devenir le siège d'une irritation chronique, comme nous verrons que cela a lieu pour les amygdales.

§ V. — Iiésions anatomïques.

Les recherches sur ce point sont très peu nombreuses. D'après ce que l'on observe pendant la vie, et d'après quelques autopsies de sujets qui ont succombé à d'autres affections, le gonflement, le ramollissement, l'état granulé, la rougeur plus ou moins intense de la muqueuse, un peu d'infiltration œdémateuse, et, dans des cas rares, les abcès du voile du palais el de ses piliers, constituent les seules lésions organiques de quelque importance.

§ VI. — Diagnostic, pronostic.

Le diagnostic de la laryngite gutturale est très facile. L'inspection des parties permet, en effet, de constater l'inflammation de la muqueuse, qui rend compte de tous les symptômes. Dans les cas où la suppuration s'établit, un gonflement considérable, borné à une petite étendue, déformant le voile du palais, repoussant la luette du côté opposé ; une douleur vive et plus persistante que dans les cas ordinaires; une très grande difficulté de la déglutition et de l'ouverture des mâchoires, servent de base au diagnostic. Il serait inutile, comme on le voit, de le présenter en tableau synoptique.

Le pronostic de cette affection est fort peu grave. Même dans les cas exceptionnels, où l'inflammation a pénétré profondément et a déterminé la suppuration, la guérison est constante.

[Angine herpétique. — Ici se place une pharyngite bien connue des médecins de tout temps, mais mieux décrite dans ces dernières années : nous voulons parler de cette maladie dont un des caractères est la production sur le voile du palais, les amygdales ou le pharynx , de vésico-pustules d'herpès bientôt remplacées par des fausses membranes peu étendues et qui n'ont pas de tendance à se propager. Cette affection simple, bénigne, et dont les manifestations généralisées , les symptômes, n'ont jamais pu inspirer au médecin praticien une crainte sérieuse, était devenue depuis les beaux travaux de M. Bretonneau sur la diphthérite un objet de doute et d'inquiétudes. Devait-on assimiler cette affection à la diphthérite. Etait-il juste et prudent de conserver le nom d'angine couenneuse commune, et de voir un caractère commun à la terrible maladie connue sous le nom de croup, et à la maladie si simple et inoffensive que nous décrivons ? Cette confusion a été faite, et peut-être n'en faut-il accuser que la préoccupation qu'ont fait naître les travaux de M. Rrelonneau sur les fausses membranes.

PHARYNGITE GUTTURALE AlCUii. — DIAGNOSTIC. 565

On a attaché une valeur lelle, une importance si fâcheuse à la production des fausses membranes, quelles qu'elles fussent, que môme celles de l'herpès, mal distinguées de celles du croup, firent confondre celte affection avec les angines malignes diphthëritiques. Si la confusion est due à la fausse membrane, il convient de ne plus faire de la fausse membrane un caractère de cette maladie, et de ne plus prononcer le nom d'angine couenneuse commune.

Le premier travail qui ait été fait dans ce sens et ait ouvert la voie à la critique, est un chapitre du livre de M. Rayer (1) sur l'herpès. M. Rayer y signale la possibilité de la propagation de l'herpès de la bouche au pharynx. M. Trousseau, dans ses Leçons cliniques (2), exposait depuis longtemps déjà ses idées à ce sujet, et montrait les différences qui existent entre l'angine maligne et l'angine bénigne, malgré la communauté d'un caractère anatomique qui semblait être, plus qu'il n'était réellement, identique, la fausse membrane, lorsque parut un mémoire sur Y angine herpétique ou Y herpès du pharynx, dans lequel M. Gubler (3) établissait nettement dans la place qu'elle doit occuper désormais la pharyngite bénigne avec herpès suivi de fausses membranes.

Dans ce mémoire, M. le docteur Gubler recherche la véritable nature de certaines angines gutturales s'accompagnant de production d'un exsudât plastique. Suivant -M. Gubler, la maladie désignée sous le nom à' angine couenneuse commune n'est autre chose qu'une éruption herpétique envahissant la bouche, la gorge, les amygdales, et qui ne diffère que par son siège de l'éruption connue sous le nom vulgaire de boutons de fièvre, et qu'on observe fréquemment aux lèvres. Si quelques différences dans l'étendue et l'apparence de l'éruption sont remarquées lorsqu'elle siège à la gorge, cela est dû à la différence même des tissus qui réagissent autrement. Il ne se forme pas de croûtes, il y a un exsudât plastique large et des ulcérations. Suivant M. Gubler, bien que la pellicule couenneuse formée par l'herpès ne diffère aucunement , vue au microscope , de la fausse membrane du croup, l'herpès guttural n'est pas une affection maligne. Ainsi, que l'herpès pharyngé existe, et que souvent ces pharyngites bénignes, de courte durée, ne soient autre chose que la manifestation locale et pour ainsi dire critique d'une fièvre éphémère, c'est un fait important à connaître. A coup sûr, la médecine a beaucoup à gagner à la détermination exacte d'un pareil état morbide , et au point de vue nosographique, et au point de vue de l'exercice de la profession; nul doute que le diagnostic d'une semblable affection étant bien fait, on évite tout traitement excessif, et surtout les cautérisations et les topiques dirigés contre l'ulcération ou la fausse membrane. Ce que l'on ne ferait pas si l'herpès siégeait à l'orifice buccal, il convient également de ne le pas faire lorsque l'herpès siège au voile du palais, à la luette ou sur les amygdales ; les émollients et de légers styptiqucs conviendraient mieux que des cautérisations énergiques. Aussi importe-t-il absolument de bien décrire celle lésion. En général, le pharynx est rouge, la luette, levoilc du palais, sont légèrement gonllés et douloureux, etla déglutition est difficile ; il existe un léger état fébrile quelquefois précédé de frisson, mais il n'y a jamais ni état fébrile grave, ni abattement, ni dyspnée forte. Si l'on s'en tenait aux symptômes

(1) Rayer, Traité des maladies de la peau. Paris, 1835, t. I", p. 340.

(2) Gazelle des hôpitaux, 1835.

(3) Gubler, Mémoire sur l'herpès guttural, Paris, 1858 (Société médicale des hôpitaux).

généraux, colle angine ne pourrait être confondue avec l'angine coueinieu.se. Les points affectés soni très distants, et la fausse membrane est irrégulièrement dis* posée, d'un blanc jaunâtre, peu épaisse; elle nes'étend pas en nappe sur toute une région. Le siège de ces pustules est plutôt au voile du palais ou dans le pharynx que sur les amygdales; ce qui est le contraire de la diphthérite, qui se montre volontiers sous forme de larges et épaisses plaques blanches sur les amygdales.

Plusieurs auteurs, parmi lesquels nous citerons principalement M. Laboulbène, ont récemment publié des observations intéressantes sur ce sujet. Cette question à été traitée avec soin par un jeune médecin, M. le docteur Feron (1), au travail duquel nous empruntons la description suivante :

« L'angine herpétique survient soit dans le cours d'une autre maladie, soit au milieu d'une bonne santé. Les prodromes sont : de la courbature avec fièvre, ou de l'embarras gastrique. Les premiers symptômes de la maladie sont de la dysphagie avec sensation de cuisson, et l'on constate, au début, de la rougeur et du gonflement des amygdales, de la luette et de tout le pharynx.

» Au bout d'un temps qui peut varier de quelques heures à deux ou trois jours, on voit apparaître une éruption, plus ou moins confluente et successive, de vésicules herpétiques, éruption qui ne suffit / >r es q ne jamais, à expliquer l'intensité des phénomènes généraux qui l'ont précédée.

» A ces vésicules, dit KL Féron, succèdent bientôt des ulcérations superficielles, caractéristiques, ou bien des fausses membranes d'un blanc grisâtre, peu adhérentes.

» Le gonflement des amygdales et de la luette peut provoquer un peu de dyspnée et quelques nausées; il y a toujours une douleur vive de la déglutition, très souvent du ptyalisme; parfois les ganglions sous-maxillaires sont douloureux, rarement ils sont gonflés. »

Après une durée movenne de huit à dix jours, durée proportionnée à celle de l'éruption, tout ce cortège d'accidents se dissipe, les fausses membranes sont expulsées, les ulcérations se cicatrisent, la douleur disparaît, et bientôt la gnérison est complète. ]

§ VII. — Traitement.

Le peu de gravité de la maladie fait que l'on s'est peu préoccupé de son traitement. En parcourant, en effet, ce qui a élé dit à ce sujet, on voit que les recommandations des ailleurs s'appliquent tout aussi bien à l'amygdalite, dont il sera question plus tard, qu'à t'affëction qui nous occupe.

Ainsi, la saignée générale, déjà indiquée par Oise. (2), et les sangsues appliquées au cou, sont indifféremment prescrites dans les deux espèces. Jl serait donc inutile d'insister ici sur ce point, que nous aurons à étudier plus lard.

On emploie ordinairement les gargarisnies adoucissants, émollients, rendus quelquefois astringents par l'addition du sirop de mûres, d'infusion de ronces communes, de roses rouges, d'écorce de chêne, de ratanhiu, etc., ou, comme le conseille .1. Frank, d'une petite quantité de vinaigre, ou bien encore d'un acide

(1) De l'angine herpétique, thèse. Paris, ISoS.

(2) De re niedica, lib. IV, chap. vi.

Page 1