‹ Guide du médecin praticien, ou, Résumé général de pathologie interne et de thérapeutique appliquées [electronic resource]Chapitre 216 sur 306 · PHARYNGITE SYPHILITIQUE NON ULCÉRÉE · texte numérisé non relu

PHARYNGITE SYPHILITIQUE NON ULCÉRÉE

Rougeur, gonflement, gêne, limités à un point circonscrit du pharynx.

Chaque jour, progrès réels, quoique lents.

Aspect luisant et sécheresse remarquable de la muqueuse.

Commémoratifs : infection syphilitique ; chancres, bubons, cicatrices, etc.

Symptômes concomitants : ulcères, nécroses, syphilides, etc.

PHARYNGITE SIMPLE CHRONIQUE,

Rougeur, gonflement, gène, étendus à une grande partie du pharynx.

Maladie presque stationnairc.

Muqueuse couverte de mucosités, quelquelois puriformes.

Point d'infection syphilitique antécédente ; pas de chancres, pas de bubons, etc. (signes douteux).

Point de symptômes syphilitiques concomitants.

3° Signes distinctifs de la pharyngite ulcéreuse syphilitique et de la pharyngite

ulcéreuse simple.

PHARYNGITE ULCÉREUSE SIMPLE.

Fréquente.

Se développe spontanément .

Fond grisâtre, i Circonférence d'un rouge obscur plus Ou moins étendue.

Ulcères quelquefois en assez grand nombre.

Gène plutôt que douleur.

PHARYNGITE ULCEREUSE SIMPLE.

Très rare.

Succède à l'ouverture des abcès.

Fond rouge vermeil.

Circonférence de couleur naturelle.

Un seul ulcère ordinairement.

Douleur vive.

Pronostic. —Le pronostic de lu pliait ngiie ulcéreuse syphilitique dépend de plusieurs circonstances qui le rendent assëz compliqué. Dans un grand nombre de cas, l'affection de la gorge n'étant qu'une partie de la maladie , il est évident que le

PHARYNGITE ULCÉREUSE SYPHILITIQUE, — TRAITEMENT. 6*9 pronostic ne saurait être porté qu'en ayant égard aux diverses autres lésions déve-

loppées sur les différents points du corps.

Cependant on peut, de l'état même de la gorge, tirer quelques conséquences utiles pour le pronostic. Si l'ulcération s'est montrée très promptement; si, en peu de temps, elle a fait des progrès considérables ; si les bords en sont très enflammés et le fond sanieux, le pronostic est grave, car on a allaite à l'ulcère rongeant, qui peut occasionner les plus grands désordres.

D'après le fait cité par M. Cazenave, nous avons vu qu'alors même que les ulcérations sont petites et très superficielles, on ne peut pas en conclure que la maladie cédera facilement au traitement approprié ; tout ce qu'il est permis de dire, c'est qu'il est plus que probable que l'affection ne fera point de progrès alarmants.

Enfin, dans les ulcères à marche chronique, c'est dans l'état général qu'il faut chercher les principaux éléments du pronostic, qui est assez grave lorsqu'on observe les signes de la cachexie syphilitique.

Traitement. — Si nous voulons entrer dans tous les détails que comporte le traitement de la pharyngite ulcéreuse syphilitique, nous aurons à citer presque tous les moyens mis en usage contre la syphilis constitutionnelle ; mais ces moyens ont été exposés ailleurs ; ici il importe seulement d'indiquer ceux qui s'appliquent plus particulièrement à la cure des ulcères syphilitiques de la gorge. Nous commencerons par le traitement local.

Traitement local. — Il faut d'abord examiner si les ulcères sont très douloureux, très enflammés, ou bien s'ils ne présentent que cette inflammation, cette douleur légère qui se montrent dans le plus grand nombre des cas. Le traitement local est, en effet, très différent suivant ces deux circonstances.

Traitement local des ulcères fortement enflammés. — Les gargarismes adoucis* sants composés de lait tiède, d'eau d'orge miellée, de décoction de graine de lin, de racine de guimauve, etc., en un mot les divers émollienls, sont généralement employés dans ce cas. Si la douleur est très vive, on ajoute à ces gargarismes 15 à 20 gouttes de teinture d'opium. C'est dans les cas de ce genre qu'on s'est bien trouvé de lotions fréquentes à l'aide de Veau tiède simple. On peut aussi employer le collutoire suivant proposé par Rust (1) :

^ calomel 4 grain.

Opium 1,25 gram.

Eau de chaux 120 gram.

Mêlez. Pour toucher, à l'aide d'un pinceau, les ulcères de la gorge.

En même temps on applique à l'extérieur des préparations émollienles, comme les fomentations autour du cou avec l'eau de guimauve, les cataplasmes, etc.

Lorsque, à l'aide de ce traitement, on a ramené l'ulcération à un état inflammatoire modéré, on emploie les moyens qui seront indiqués plus loin, et qui sont destinés à combattre le caractère spécifique de la maladie.

Il est cependant une circonstance dans laquelle on ne doit pas agir de celle manière, c'est lorsqu'il existe un de ces ulcères rongeants phagèdéniques, dont il est important d'arrêter les progrès par des moyens énergiques. Dans ces cas, il faut se hâter d'appliquer sur la partie ulcérée des médicaments actifs qui modifient

(1) Helkologie. Vienne, 1811, t. lt.

l'inflammation, cl d'administrer en même temps à l'intérieur un traitement antisyphilitique énergique; en un mot, de se conduire promplemeut de la manière qui va être indiquée pour les ulcères peu enflammés, et dont la marche n'est pas très rapide.

Traitement des ulcères peu enflammés. — Dans cette seconde espèce d'ulcères, le traitement local doit être excitant, calhérélique et aulisyphili tique. A cet effet, on emploie divers gargarismes dont les auteurs ont conseillé un nombre très considérable. Nous devons nous borner à en indiquer quelques-uns, tout en regrettant que des recherches exactes n'aient point fait connaître la valeur relativ.e de ces divers moyens. Au lieu d'indiquer chaque jour quelque médicament nouveau, on agirait bien plus utilement pour la science, en soumettant à un examen attentif ceux qui ont été déjà proposés et vantés.

Collutoires stimulants. — M. Cullerier avait recours, presque indifféremment, aux diverses préparations suivantes, qu'il faisait appliquer avec un pinceau sur la surface ulcérée :

1° Solution de sulfate de zinc.

If Eau pure 30 gram. | Sulfate de zinc 0,03 à 0,10 gram.

Dissolvez. Pour loucher les ulcères trois ou quatre fois par jour.

2° Solu'ion de sulfate de cuivre.

% Eau 30 gram. | Sulfate de cuivre . . 0,023 à 0,03 gram.

Dissolvez. A employer comme la solution précédente.

3' Solution d'eau créosolee.

■y Eau 30 gram. | Créosote I goutte.

Touchez deux ou trois fois par jour les ulcères avec celte solution.

11 est important, après l'emploi de ces gargarismes, et surtout du dernier, de faire gargariser les malades avec une décoction émolliente.

yof/e> , On peut employer de la même manière la solution iodurée, qui jouit

en même temps de l'action spécifique qui lui communique l'iode. Pour cela on emploie la formule suivante :

Tfi Iode très pur * gram. Eau distillée 60 gram.

Iodure de potassium 8 gram.

Touchez deux ou trois fois par jour les parties malades avec un pinceau de charpie imhibé de cette liqueur.

On conçoit qu'on pourrait multiplier ces formules en indiquant les divers excitants dont on peut se servir pour animer la surface de l'ulcère.

Collutoires mercuriels. - Souvent, dit M. Cullerier, ce lraiteme.il suffit pour obtenir la cicatrisation des ulcères primitifs de la gorge; mais parfois l'affection résiste : alors, aussi bien que dans les cas d'ulcères consécutifs, û faut avoifl

PHARYNGITE ULCÉREUSE SYPHILITIQUE. — TRAITEMENT. 641

recours à des moyens spécifiques. Dans ce but, on emploie les divers collutoires mercuriels, tels que les suivants, dont le premier est proposé par cet auteur :

If Eau distillée 30 gram.

Deutochlorure de mercure 0,12 grain

Pour loucher les ulcères malin et soir.

Rusl recommandait le collutoire suivant :

Laudanum 6 à 10 goultes.

Teinture d'opium 4 gram.

Miel rosat 30 gram.

If Dcutochlor. demercure, 0,30 à 0,60 gram.

Extrait de ciguë ) g ram

— de camomille ( fe

Pour toucher deux fois par jour, à l'aide d'un pinceau, la surface des ulcères.

Insufflations de poudres mercurielles. — Ces insufflations ne présentant rien de particulier dans cette affection, il me suffit de renvoyer à l'article Coryza chronique (tome II, p. 302), où l'on trouvera la description des insufflations telles qu'elles sont prescrites par M. Trousseau. L'insufflation de poudres catbérétiques, comme la poudre d'alun, de sul/ate de zinc, etc. , se fait de la même manière.

Ces divers moyens employés pour porter sur la surface ulcérée la préparation médicamenteuse valent mieux que les gargarismes, qui font faire au malade des mouvements douloureux, et dans lesquels la substance médicamenteuse ne peut entrer que dans une très faible proportion.

Caustiques. — Quelquefois, et surtout lorsqu'on veut arrêter rapidement les progrès d'une ulcération alarmante, on emploie des caustiques assez actifs. M. Cullerier conseille la cautérisation à l'aide du crayon de nitrate d'argent. Il vaut mieux peut-être recourir à la cautérisation par une solution concentrée de ce sel, que l'on portera sur la surface ulcérée à l'aide d'une petite éponge fixée sur une tige de baleine. Les acides hydrochlorique, nitrique, sulfurique, nitrate acide de mercure, sont employés de la même manière, mêlés, à parties égales, au miel rosat. Nous avons eu tant de fois occasion d'indiquer cette cautérisation des divers ulcères, qu'il est inutile d'y insister davantage ici.

Nous croyons devoir faire connaître, après ces moyens, un topique conseillé par Brcra, et composé d'un grand nombre de substances, tout en reconnaissant qu'il est impossible de dire s'il a quelque avantage sur les autres collutoires déjà cités. Si les ulcères sont invétérés, Brera conseille de les toucher souvent avec la composition suivante :

^ Racine d'aristoloche ronde. \

— — longue, jâà lu gram

Iris de Florence )

Poudre de gomme opopanax I »» Sagapénum ) au b

Écorce de bois de gaïac 5 gram.

Girofle 8 gram.

Camphre 12 gram.

Alcool 300 gram.

ram

Mêlez. Faites infuser pendant vingl-qualrc heures, et conservez dans un vase clos.

C'est sans doute par ses vertus excitantes que ce collutoire a de l'action sur les ulcères vénériens.

Collutoires desinfectants. — Nous avons vu, à l'article Coryza ulcéreux

VALI.E1X. V édil. —111. 41

642 MALADIES DES VOIES DiGESTIVES.

(voy. tome II, p. 328), la solution de divers chlorures employée avec succès; un s'en est également servi dans les ulcères de la gorge. Voici celle qu'on emploie à la Maison de santé de Paris, contre les ulcérations des gencives, et qu'on peut appliquer à la pharyngite ulcéreuse.

Solution chlorurée.

Comme adragante 0>60 gram

Faites dissoudre dans :

Eau de fontaine 120 grani

Ajoutez :

Sirop de sucre 15 gram. | Chlore liquide i

5 gram.

Mêlez exactement. C'est à l'aide d'un pinceau qu'il faut encore porter le mélange sur la surface ulcérée.

Cinabre. —Enfin on a eu recours , dans les cas très rebelles, aux fumigations de cinabre. Nous renvoyons, pour la manière de pratiquer ces fumigations, à l'article Coryza ulcéreux (tome II, p. 335), dans lequel nous avons fait connaître la méthode de M. Werneck, et nous nous bornons à indiquer ici un moyen fort simple proposé par Dahnas, pour porter vers la gorge les vapeurs cinabrées.

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