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PARALYSIES CONSÉCUTIVES A L'ANGINE COUENNEUSE

[il est établi aujourd'hui queladiphthérite estime maladie générale, bien qu'elle ne présente ordinairement que des localisations vers le pharynx et le larynx. Et, en effet, il est facile de démontrer que toute l'économie est atteinte, en rappelant l'apparition des fausses membranes à l'anus, à ia vulve, sur les plaies anciennes ou récentes, l'état cachectique des malades, la tendance aux pneumonies de mauvais caractère, les éruptions anormales qui l'accompagnent (G. Sée). Un fait qui vient ajouter à la valeur de ces preuves, est la tendance aux troubles de l'innervation, et spécialement à la parahsie musculaire.

Les paralysies diphthéritiques ne sont étudiées que depuis peu d'années, non qu'elles soient plus communes de nos jours, màis parce qu'on a mieux compris

(1) Dictionnaire de médecine, t. XXIV, 1841, art. Pharynx (pathologie).

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la relation qui existe entre certaines paralysies et l'angine couenneuse qui les a précédées.

§ I. — Historique.

Il est impossible de trouver le moindre renseignement sur ce sujet dans les auteurs qui se sont occupés des affections de la gorge, et notamment dans Aréléc, Bocrhaave, Van Swieten. Borsieri (1), dans la description de Van'gina paralytica, ne fait nullement allusion à l'affection qui nous occupe. M. Bretonneau n'en a pas parlé davantage dans ses premiers travaux. M. le docteur Maingault a pu en recueillir quelques observations éparses dans les auteurs. Ainsi Chomel (2), en 17.'i9, en fait mention dans une dissertation sur le mal de gorge gangréneux; M. le docteur Guimier (3), de Youvray (Indre-et-Loire), en 1828, signale aussi les mêmes accidents. En 1836, M. le docteur Loyauté (h), médecin à Preuilly (Indre-et- Loire), rapporte deux cas de cécité consécutifs à l'angine diphthéritique; enfin, la même année, M. le docteur Orillard (de Poitiers) décrit formellement la paralysie consécutive à la diphthérite.

Mais ce ne sont là que des faits isolés. Il était réservé à M. le professeur Trousseau de reconnaître la réalité du rapport qui existe entre la diphthérite et certaines paralysies; aussi est-ce à lui que l'on doit le nom de paralysie diphthéritique. Les observations de cet émineht professeur sont éparses dans ses nombreuses publications sur la diphthérite et le croup ; et M. Lasègue les a reproduites dans divers comptes rendus des leçons cliniques de ce maître.

M. le docteur Maingault (5) a pris ce sujet pour texte de sa dissertation inaugurale, mais en étudiant seulement la paralysie du voile du palais et du pharynx. On reconnut ensuite que la paralysie pouvait être plus étendue ; et c'est sur ce point qu'ont été publiés des travaux déjà assez nombreux.

En 1855, M, Bretonneau (6) a publié le fait observé sur M. le docteur Herpin; et, eu 1857, M. le docteur Faure (7) a fait connaître des observations nouvelles.

Une communication de M. Maingault (8) à la Société de médecine des hôpitaux a rappelé l'attention sur ce sujet, et les travaux se sont multipliés. Nous citerons le rapport de M. le docteur Roger (9) et les thèses de MM. Paley (10), Péralé (11), Péry (12), H. Boutin (13), Ranque (lù), V. Révillout (15), Gros (16).

(1) Inslit. med. pracl. Lipsiœ, 1826, vol. III, p. 364.

(2) Dissertation historique sur le mal de gorge gangréneux qui a régne parmi les enfants l'année dernière. Paris, 1749.

(3) Mémoire sur une épidémie d'angine malignet etc. (Journal qén. de méd 1828

(4) Thèse. Montpellier, 1836. ''

(5) Thèse. Paris, 1854.

(6) Archives générales de médecine. Paris, 1835.

(7) Union médicale, \%h~t.

(8) 13 avril 1839.

(9) Union médicale et Gazette hebd. 1850.

(10) Thèse. Paris, 1858.

(11) Id. Paris, 1858.

(12) Id. Paris, 20 mai 1859.

(13) Id. Paris, 25 mai 1859.

(14) Id. Paris, 3 juin 1859.

15) Id. Paris, 23 août 1859.

(16) Id. Paris, 1859, ri» 170.

Dans les sociétés savantes, plusieurs médecins onL présenté des faits nouveaux : nous citerons surtout les communications de Gillette et de MM. Bouvier, Gublcr] Marrotte, Vigla, Duchennc (de Boulogne). M. Blaclie a vu de nombreux exemples de paralysie diphthéritique.

Le travail le plus récent à cet égard, mais encore incomplètement publié au moment où nous écrivons ces lignes, est le mémoire de M. Maingault, lu à la Société des hôpitaux (1).

Parmi les auteurs étrangers qui se sont occupés de ce sujet, nous citerons, eJ Angleterre, MM. Gull, Kingsford, Sanderson, Dixon et Peter Eadc.

§ II. — Symptômes.

Les paralysies consécutives à la diphthérie sont assez communes : M. Péry en a réuni 23 exemples dans sa thèse, et M. Maingault a consulté 50 observations pour composer son récent mémoire; il est vrai qu'il y a quelques doubles emplois.

C'est ordinairement dans la convalescence de l'angine couenneuse que les paralysies surviennent : dans le cas du docteur Herpin, que nous indiquerons plus loin, elles survinrent le quinzième jour d'un rétablissement incomplet. Elles commencent habituellement par le voile du palais et le pharynx. La déglutition est gênée, les boissons refluent par les fosses nasales ; quelquefois les aliments tombent sur l'orifice du larynx et provoquent la suffocation et des accès de toux; la mort a été plusieurs fois déterminée par cet accident. Les muscles postérieurs du col perdent leur action, la tète fléchit en avant et oscille latéralement. Les bras ou les jambes s'affaiblissent; la marche est titubante ou impossible. Il survient souvent de Vamaurose, de la dilatation de l'une ou des deux pupilles, et des paralysies du rectum et de la vessie.

Ces paralysies sont parfois incomplètes et consistent plutôt en une diminution qu'en une perle absolue de la puissance musculaire. Aussi les convalescents peuvent-ils encore se Marner jusqu'à un certain point.

Il est rare d'observer un ensemble complet d'affaiblissements musculaires; il n'y a ordinairement que dcu\ ou trois localisations, comme : une paralysie du pharynx et une amaurosc ; une paralysie des muscles du col, des membres inférieurs, de la vessie et du rectum. La paralysie du voile du palais et du pharynl ne s'observe pas toujours, bien que d'autres parties du coips soient frappées de cet accident. Voici, selon M. Péry (2), comment les paralysies étaient distribuées dans 23 cas :

Paralysie des membres inférieurs 16 fois.

— — supérieurs 9

— du voile du palais 10

Semi-paralysie des muscles de la partie postérieure du

cou et du dos 5

Strabisme -

(1) Sur les paralysies diphlhéritiques (Archives deméd., octobre 1859).

(2) Loc. cil.

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Paralysie de la langue *

— de la vessie 1

— du rectum A

Comme on le voit par ce tableau, les paralysies s'associent, mais en petit nombre. Ajoutons que la sensibilité tactile est amoindrie ou abolie.

L'état général est toujours mauvais, bien que l'angine couenneuse ail disparu : les convalescents conservent de la pâleur de la face, un affaiblissement de toutes les fonctions, et une inaptitude complète à toute occupalion; souvent œdème des membres inférieurs. L'observation de M. le docteur Herpin, chirurgien de l'hôpital général de Tours, donne une bonne idée de l'ensemble des accidents. Ce médecin donnait des soins à un enfant atteint d'angine couenneuse : « L'enfant, indocile, difficile à contenir, toussait et lançait violemment des crachats. Une fois l'orifice de ma narine gauche avait reçu cette expuilion ; l'obligation de continuer ma cautérisation ne me laissa le temps ni de me laver, ni de m'essuyer. Quelques jours plus tard, enchifrènement du côté gauche, voix nasillarde; puis tout à coup angine pharyngienne douloureuse, insomnie nocturne, extrême malaise, faiblesse, refroidissement. Au matin, les deux amygdales et la luette étaient complètement enveloppées d'une incrustation blanche. (26 cautérisations.) Trois fois un dé de fausses membranes qui emboîtait la luette se détache et se reproduit. (Simple inspiration d'alun prisé comme du tabac ; alimentation restreinte.) Déglutition difficile ; expuition abondante, fétide, et selles chargées de pseudo-membranes. Rétablissement incomplet, pâleur. Quinze jours plus tard, douleur dans les poignets, troubles de la vue, constriction du gosier ; paralysie du voile palatin, devenu complètement insensible; régurgitation, reflux des aliments par les narines. (Repos obligé; lait d'ànesse, et enfin retour possible aux habitudes domestiques.) Un peu plus tard, sensation de fourmillement aux gros orteils : cette sensation de fourmillement s'élève jusqu'aux genoux inclusivement. Je marche difficilement et très lentement, ma faiblesse est surtout pénible lorsqu'il s'agit de monter; cet état persiste sans amélioration pendant six semaines. Le même fourmillement avait gagné mes mains et mes doigts, j'avais complètement perdu toute faculté tactile. Le 10 août, bains de mer à Pornic; au second bain, cessation complète de toutes ces infirmités (1). »

La perte de la sensibilité tactile (anesthésie) et celle de la sensibilité à la douleur (analgésie) s'observent très ordinairement, et sont, selon M. Bouchut (2), un signe de la généralisation de la maladie et de l'intoxication de toute l'économie.

§ III. — Marche, durée, terminaison de la maladie.

Nous avons dit que les paralysies diphthéritiques commencent dans la convalescence de l'angine couenneuse; elles débutent par des troubles de la sensibilité, des fourmillements; la faiblesse et la paralysie des muscles paraissent ensuite. Les accidents s'accroissent, en s'accompagnant de troubles de la nutrition; puis ils décroissent et disparaissent spontanément. Leur marche est donc successivement ascendante et décroissante.

(1) Bretonneau, Archives gén. do médecine, 1855.

(2) Rapport de M. le professeur Trousseau à l'Acad .de med. (Bulletins de l'Acad de mcd., 1858-59, t. XXIV, p. <J9).

Vai.llix, 4e édit. - 111. 42

La durée de la paralysie dipliihéritique esl longue; dans les observations recueillies, elle a duré de quelques mois à une année.

La guérison spontanée est la terminaison la plus ordinaire; mais elle est trJ lente et demande à être activée par les moyens thérapeutiques. Cependant, chez les jeunes enfants, la mort a été souvent observée, soit qu'elle résultât d'un épuisement de toute l'économie, soit qu'elle provînt d'une alimentation incomplète par suite de la paralysie du pharynx, soit enfin qu'elle eût été déterminée pal asphyxie, à la suite de la pénétration des aliments dans le larynx.

Les observations des auteurs sont trop incomplètes pour que l'on puisse exprimer en chiffres le degré de fréquence de chacune de ces terminaisons.

§ XV. — Causes.

Les premières observations ayant porté exclusivement sur la paralysie du pharynx et du voile du palais, on a pu croire que cette paralysie était un simple accident local, dépendant d'une altération des muscles sous-jacents à la muqueuse primitivement affectée. Mais on a dû renoncer à cette opinion, eu voyant se développer des paralysies des membres supérieurs, des paraplégies, des atonies du rectum, de la vessie, du strabisme, etc. Quelques médecins ont supposé une action réflexe de la moelle, explication qui équivaut à peu près à une fin de nonrecevoir. Enfin M. Bretonneau et M. le professeur Trousseau voient dans la paralysie diphthéritique une intoxication analogue à celle (pie produisent les poisons minéraux, comme le plomb, le mercure, et les poisons animaux, comme ceux de : certains poissons (œufs de carpe, de barbeau, etc.). « M. Bretonneau assimile aux accidents secondaires et tertiaires de la syphilis les symptômes de paralysie généralisée après la diphthôrite; ceux-ci sont pour lui la manifestation la plus éclatante de ce qu'il a appelé diphthérite chronique ou constitutionnelle. Il fonde cette interprétation des faits sur la propriété contagieuse et virulente de la diphthérite, et sur l'intervalle de temps qui sépare la paralysie diphthéritique de la diphthérite ellemême (1). »

Nous croyons devoir faire remarquer que parmi les personnes atteintes de la i paralysie diphthéritique, on a déjà remarqué deux médecins, qui avaient donné des • soins à des enfants affectés d'angine couenneuse ; circonstance qui milite en faveur ; de la propriété contagieuse de cette maladie, et qui doit engager les personnes qui soignent les malades à prendre les plus grandes précautions contre cette contagion. Nous savons bien qu'on a nié l'inoculabilité de la diphthérite, mais il y a d'autres modes de contagion.

§ V. — Diagnostic, pronostic, ^traitement.

Les matériaux sont encore trop incomplets pour qu'il soit possible, d'établir ; nettement le diagnostic et le pronostic.

Les indications du traitement ne sont pas formulées non plus. On sait seulement ! que la maladie guérit seule, quoique lentement, et que l'on peut hâter le ré» blissement des fonctions musculaires par les bains de nier et la faradisation clos muscles (Duchenne).j

( I ) Boutin, Ihùsc citée.

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