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CANCER DE L'OESOPHAGE

Le cancer de l'œsophage a été peu étudié d'une manière particulière. La plupart des auteurs l'ont rangé dans la dysphagie par cause organique, comme l'a fait Boyer (1), ou dans le rétrécissement du conduit alimentaire. Cependant on trouve dans la science un assez grand nombre d'observations qui se rapportenl évidenw ment soit au squirrhe, soit à Vencéphaloïde de l'œsophage. C'est dans cet ordre de maladies qu'il faut placer les caj'nosités trouvées par Galien (2), les caroncules nées des ulcères œsophagiens signalés par Sylvius, et sans doute quelques-uns des polypes décrits par les médecins qui les ont suivis. Lieutaud en a rassemblé plusieurs cas qu'il a empruntés à divers auteurs, et qu'il a cités sous le nom à'œsol phagus scirrhosus. Enfin, dans ces derniers temps, M. Cruveilhier et plusieurs autres en ont rapporté des exemples remarquables.

Cependant il faut dire que le cancer de l'Oesophage esl assez rare, et qu'il esi

(1) Traité des maladies chirurgicales, t. VII, p. 169.

(2) De sympl. caus., lib. III, cap. n.

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surtout infiniment moins fréquent que le cancer de l'estomac; si, en ÊÎïet, nous consultons un tableau présenté par M. Tanchou à l'Académie des sciences, nous trouvons que, sur 9118 cas de cancer, il y en avait 2303 ayant leur siège dans l'estomac, et 13 seulement dans l'œsophage. Quoique ce résultat ne soit pas sans doute parfaitement exact, puisqu'il est tiré des registres de mortalité de la ville de Paris, dans lesquels les causes de la mort ne sont pas toujours bien constatées, cependant l'extrême différence entre la fréquence du cancer dans ces deux organes paraîtra bien digne de remarque (1).

Causes. — Nous ne nous arrêterons pas longtemps sur les causes de cette maladie-; c'est une question qui se représentera à l'occasion du cancer de l'estomac, et qui sera traitée avec quelques détails. Disons seulement ici qu'on a observé le plus grand nombre de cancers de l'œsophage à une époque assez avancée de (a vie, et que cependant, comme les cancers des autres organes, celui-ci se manifeste parfois avant la vieillesse, puisque Lieutaud en cite deux exemples dans lesquels les sujets n'avaient pas dépassé trente-cinq ans. On n'a point fait, relativement au sexe, de recherches spéciales pour le cancer qui a son siège clans l'œsophage; ce n'est donc que d'après des généralités qu'on pourrait supposer qu'il se montre plus fréquemment chez les hommes.

J. Frank a trouvé que, parmi les sujets de ses observations, plusieurs avaient été affectés de scrofules dans leur jeune âge ; que d'autres avaient été atteints de maladies arthritiques vers le milieu de la vie; que d'autres avaient supporté de grandes fatigues, et que la plupart enfin étaient adonnés aux boissons alcooliques. On sent que ces recherches auraient besoin d'être entreprises sur d'autres bases pour inspirer quelque confiance. On a cité (2) un exemple d'hérédité. Il s'agit d'une femme affectée d'un squirrhe de l'œsophage, et dont la mère el la sœur avaient été en proie à la même maladie. Cet exemple ne nous donne que des notions très vagues sur cette cause prédisposante.

Symptômes. — Les symptômes du cancer de l'œsophage n'ont été suffisamment étudiés qu'au moment où la maladie est entièrement développée. Le début n'a été qu'imparfaitement indiqué dans les observations. Aussi ne pouvons-nous déterminer ce début que par des symptômes assez vagues. Une sensation de gêne plutôt que de douleur s'est manifestée d'abord dans la plupart des cas. Celte gêne se faisait sentir dans un point de l'œsophage que les malades pouvaient dési gner avec le doigt. La fixité de ce symptôme dans un point limité est remarquable, et indique le siège de la maladie. Suivant quelques auteurs, mais nou d'après un relevé exact des observations, le point le plus fréquemment affecté est la partie inférieure du conduit musculeux. Quelquefois cependant c'est à la réunion du pharynx et de l'œsophage qu'existe le cancer, etBaillie (3) en a vu un occuper toute l'étendue de l'organe. Parfois aussi on a vu cette affection s'étendre du pharynx à l'œsophage.

La gêne que nous venons de signaler s'accompagne bientôt d'une difficulté plus ou moins notable de la déglutition. Celle difficulté se fait principalement sentir dans la déglutition des aliments solides. Il faut, pour que les aliments puissent

(2) The London med. Heposit., nov. 1818.

(3) Anal. path. Paris, 1815, in-8.

passer, qu'ils soient longtemps triturés, et même, malgré cette précaution les malades éprouvent une sensation d'obstacle dans le point précédemment indiqué Cependant les liquides peuvent encore être assez facilement ingérés ' Ces symptômes sont les signes d'un rétrécissement occasionné par la tumeur cancéreuse, rétrécissement qui n'est pas encore porté à un degré extrême [|s restent stationnâmes pendant un temps très variable; on les a vus persister ainsi pendant plusieurs années. Mais ordinairement ils deviennent de jour en jour plus notables, ce qui indique les progrès du rétrécissement. Lorsque celui-ci est porté à un très haut degré, la déglutition, même des liquides, devient extrêmement difficile et parfois impossible. Alors il se joint aux symptômes précédents un signe nouveau sur lequel Michaëlis (1) a principalement insisté, c'est le vomissement. Le vomissement a lieu tantôt presque immédiatement, tantôt un certain temps après l'ingestion. M. Cruveilhier a vu, dans un cas, les aliments et les boissons être retenus pendant plusieurs jours, et être vomis enfin en grande abondance. Il existe alors une dilatation considérable au-dessus du point rétréci. Farquharson (2), qui a observé des cas dans lesquels les aliments étaient retenus pendant plusieurs heures, a constaté qu'alors il existait un sentiment de plénitude et une douleur violente dans la poitrine et dans le dos. La matière des vomissements représente les boissons mêlées à des mucosités plus ou moins abondantes, dans lesquelles nagent les aliments peu ou point digérés.

A une époque avancée de la maladie, la gêne précédemment indiquée se change en une douleur fixe plus ou moins vive, cpii augmente notablement lors de l'ingestion des liquides, et surtout des solides. On a attribué ce changement à l'ulcération des tumeurs carcinomateuses. C'est alors surtout que les vomissements ont lieu avec promptitude, quoique quelquefois il survienne dans la lésion de l'œsophage certaines modifications qui peuvent faciliter la rétention des matières. Tel était le cas cité par M. Moutard-Martin (3), dans lequel l'ulcération ayant creusé urte large cavité dans la substance pulmonaire, les matières ingérées s'accumulaient dans cette poche contre nature.

C'est à l'époque de l'ulcération du cancer que surviennent ordinairement, d'après les auteurs, les hémorrhagies considérables de l'œsophage. Cependant ce point n'a pas été suffisamment étudié.

Suivant J. Frank (Zi), on a pu quelquefois, en pressant sur les côtés et en arrière de la trachée-artère, à la partie inférieure du cou, reconnaître le gonflement et Xinduration de l'œsophage devenu squinheux ; mais il est un mode d'exploration qui fait diagnostiquer d'une manière plus sûre la présence de l'obstacle dans le conduit alimentaire : c'est le cathétérisme de l'œsophage; la sonde, arrivée à une certaine hauteur, se trouve arrêtée; et si le cancer est ulcéré, elle peut rapporter à son extrémité une matière sanieuse qui couvre l'ulcération.

Pendant que ces symptômes locaux se produisent, on voit apparaître des symptômes généraux qui éclairent le médecin sur la nature de la lésion. Les aliments étant rejetés peu de temps après leur ingestion, ou étant retenus dans une cavité

(1) Disserlalio de vomilu ex œsophagi glandula scirrhosa, 1770.

(2) Mém. de la Soc. de Londres, vol. II.

(3) Bibliothèque médicale, t. XXXI V.

(4) Praxeos medicœ, etc., pars III, vol. I, sect. ti.

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