CANCER DE L'OESOPHAGE
dans laquelle la digestion ne s'accomplit pas, il en résulte bientôt un dépérissement considérable ; Y amaigrissement fait des progrès rapides dès 1 instant ou la déglutition devient très difficile ; la faiblesse est bientôt extrême, il y a uu découragement marqué, et bientôt tous les symptômes du cancer : teint jaune-paille terreux, langueur, marasme, fièvre lente, etc., se manifestent et persistent jusqu'au dernier moment.
M. le docteur Pfeufer (1) a observé un cas*de cancer de l'œsophage dans lequel l'aorte fut envahie et perforée, ce qui détermina deux vomissements de sang artériel, dont le premier était de 1500 grammes environ. M. le docteur Barret (2) a vu un squirrhe de l'œsophage atrophier le nerf récurrent laryngé, et occasionner la perte complète de la voix.
En exposant les symptômes, nous avons tracé la marche de la maladie. Il serait à désirer que, d'après les observations, on pût l'indiquer d'une manière plus précise ; mais ce travail n'a point été entrepris. On peut dire, en général, que l'affection est de longue durée. On la voit quelquefois, après avoir persisté longtemps, marcher tout à coup avec rapidité, et c'est à l'ulcération qu'on est porté à attribuer cette marche rapide de tous les symptômes. Quant à la terminaison, elle a été constamment mortelle.
Les altérations anatomiques sont variées. Tantôt on trouve des tumeurs de nature squirrheuse, d'un blanc nacré, dures, criant sous le scalpel, et occupant, comme M. Mondière en a cité plusieurs exemples, l'espace intermédiaire entre les diverses tuniques de l'œsophage; tantôt on constate la présence de la matière cancéreuse infiltrée en couche stratiforme, et entourant les parois dans une plus ou moins grande partie de leur étendue, de manière à diminuer le calibre de l'œsophage; tantôt enfin on rencontre des champignons cancéreux, mous, surtout dans certaines parties, infiltrés d'une matière lactescente, d'un blanc rougeàlre, et présentant les caractères du cancer encéphaloïde. Alors les tuniques sont plus ou moins confondues au niveau de cette altération, et augmentées d'épaisseur dans les parties environnantes : c'est ainsi, par exemple, que les fibres musculaires ont le double ou le triple de leur volume ordinaire. L'ulcération qui s'empare de ces parties les détruit dans une plus ou moins grande profondeur ; il peut en résulter des perforations qui font communiquer l'œsophage avec les cavités voisines, ou qui forment des poches additionnelles, comme dans le cas cité par M. Moutard-Martin. La dilatation de la partie supérieure de l'œsophage et l'épaississement de ses membranes sont le résultat du rétrécissement ou de l'oblitération causée par le cancer. La partie située au-dessous de la lésion est au contraire revenue sur elle-même, et présente une diminution de calibre plus ou moins marquée.
Le diagnostic de cette affection se tire, et des symptômes locaux, et des symptômes généraux. C'est par les premiers surtout qu'on distingue le cancer de l'œsophage de la constriction spasmodique ou œsophagisme, au début de l'affection. Dans la constriction spasmodique, les accidents surviennent ordinairement tout à coup, et deviennent rapidement très violents, de telle sorte que, dès les premiers jours, l'obstacle s'opposant entièrement à la déglutition, les matières sont rejetées
(1) Zeil&chrifl. fur ralioncllo Madicin, Bd. 111, Hcfl 5.
(2) The Lancel. London, mai 1847.
ÔÔG MAI.ADIKS ms VOIliS DIGESTIVES.
par le vomissement. Dans les cas où la constriclion n'est pas portée à un aussi haut degré, la déglutition, quoique difficile, s'exécute encore tamnlétement; elle se fait seulement avec lenteur : en outre, il existe presque toujours d'autres symptômes Heneux tels que les symptômes hystériques, qui éclairent le médecin sur la nature de la maladie. Nous avons vu, au contraire, que, dans le cancer de l'œsophage, les premiers symptômes consistaient dans une gêne ayant un siège fixe, et dans la difficulté et la lenteur de la déglutition des aliments solides; les antres symptômes nerveux n'existent pas.
Le rétrécissement organique de l'œsophage de natvre non cancéreuse est beaucoup plus rare que ne l'ont supposé les auteurs qui n'ont point suffisamment recherché l'existence du cancer. Les exemples authentiques de cette lésion doivent être presque tous rapportés à une altération produite par le séjour des corps étrangers, ou par l'ingestion des poisons caustiques, et principalement par les acides, ainsi que plusieurs auteurs, et en particulier Bayle, en ont rapporté des cas remarquables. La connaissance de la cause sera donc ici d'une grande utilité pour le diagnostic. De plus, les symptômes de dépérissement étant seulement en rapport avec la difficulté de l'ingestion des aliments, il en résulte qu'on ne voit pas survenir aussi promptement les signes de cachexie indiqués plus haut. C'est là, au reste, un diagnostic sur lequel nous reviendrons lorsque nous aurons fait l'histoire des rétrécissements de l'œsophage.
Nous ne croyons pas devoir donner un tableau synoptique d'un diagnostic aussi peu compliqué et aussi peu étudié.
Traitement, ■ — Ce que nous avons dit de la terminaison constamment fatale de la maladie prouve que lé traitement ne peut être que palliatif. Cependant, comme ce traitement prolonge l'existence, et peut apporter de grands soulagements au malade, il importe d'en dire un mot.
Le premier moyen qui se présente, c'est de faire pénétrer facilement les boissons et les aliments dans l'estomac et de s'opposer aux progrès du rétrécissement. Pour cela il faut mettre en usage le cathétérisme de l'œsophage. Nous indiquerons plus loin comment il faut y procéder; disons seulement qu'on ne doit agir qu'avec de grandes précautions, car les parties étant déformées, on pourrait léser les tissus déjà malades et provoquer une ulcération à marche rapide. Lorsqu'on est parvenu à franchir l'obstacle et à porter la sonde dans l'estomac, on se sert de ce moyen pour injecter des aliments demi-liquides, et déplus, en augmentant graduellement le volume des sondes, on agrandit le passage. Pour opérer la dilatation, on laisse la sonde à demeure aussi longtemps que le malade peut la supporter. Souvent elle produit une telle gêne, qu'on est obligé de la retirer immédiatement après l'ingestion des liquides alimentaires, et à procéder ensuite de nouveau au cathétérisme. D'autres fois on est obligé de retirer la sonde après une ou plusieurs heures de séjour.
11 ne faut pas se dissimuler que, dans les cas dont il s'agit, ce moyen n a pas une bien notable efficacité ; il ne saurait, en effet, s'opposer à ce que la maladie fasse chaque jour des progrès, et bientôt son usage devient impossible. Aussi plusieurs auteurs se sont-ils élevés avec force contre cette manière de traiter le rétrécissement cancéreux. ,
Viennent ensuite les médicaments que l'on oppose directement au cancer : 1 ex-
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trait de ciguë, \n belladone, les riulimoniaux, les préparations inercuri elles. Ces moyeus sont habituellement employés; niais il n'est pas un seul fait bien constaté qui prouve leur elïicacilé.
On a encore recommandé les [ridions mercuriellcs sur la poitrine, les cautères, les moxus ; mais ces moyens n'ayant point de valeur démontrée, et les derniers causant au malade des douleurs inutiles, je dois me borner à les indiquer.
Enfin viennent les boissons luucilagineuses, les potions huileuses, en un mot les substances destinées à lubrifier l'œsophage, et qui sont propres à faciliter le passage des aliments, lorsque la gêne de la déglutition n'est pas encore portée au plus haut degré.
Si l'alimentation par la partie supérieure des voies digestives est impossible, on introduit dans le rectum, à l'aide de lavements, des substances nourrissantes, des bouillons, des jaunes d'œufs délayés, etc. ; mais cette dernière et faible ressource ne tarde pas à être inutile, et le malade succombe clans le marasme.
ARTICLE IX