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RÉTRÉCISSEMENT DE L'OESOPHAGE. — GAUSES

Il résulte de tout cela que le rétrécissement de l'œsophage, sans être une maladie fréquente, s'est présenté assez souvent pour qu'on en possède un nombre considérable d'observations, exposées en grande partie dans les auteurs sous le nom de

dysphagie. ,

' Si nous ne voulions donner le nom de rétrécissement de l œsophage qu a une affection semblable au rétrécissement de l'urèthre, nous trouverions au contraire que cette affection est fort rare, et ne se montre ordinairement, comme nous l'avons déjà fait remarquer, qu'à la suite d'une lésion profonde de l'œsophage occasionnée par le séjour d'un corps étranger ou par les caustiques. Mais, dans l'état actuel de la science, on ne peut malheureusement pas faire cette distinction d'une manière positive, et quoiqu'il ne faille pas regarder, dans la plupart des cas, le rétrécissement comme une maladie indépendante, il est bon cependant de tracer son histoire à part ; car, par quelque cause qu'il soit produit, il présente des particularités importantes.

§ II. — Causes.

1° Causes prédisposantes.

On ne s'est guère occupé des causes prédisposantes de cette affection. Nous avons vu plus haut que. d'après le docteur Gaitskeel (1), on avait admis que le rétrécissement peut être héréditaire; mais, dans les cas cités par cet auteur, il s'agissait de rétrécissements cancéreux, et ces faits se rapportent uniquement à l'hérédité du cancer. M. Cassan (2) a rapporté un cas intéressant dont il sera question plus tard, et dans lequel on nota que, dès i'enfauce, la déglutition était difficile. Faut-il en conclure que le rétrécissement peut être congénital? Il serait évidemment nécessaire d'avoir de nouveaux faits pour se prononcer sur ce point.

Vabus des liqueurs alcooliques, des substances acres, comme dans un cas cité par Graefe et indiqué par M. Mondière, peut-il être regardé comme uuc cause prédisposante? Il semble, au contraire, que, dans ce cas, l'ingestion de liquides irritants a pu, à la longue, devenir cause déterminante; et, si les faits de ce genre étaient plus nombreux, on devrait admettre l'existence de cette cause, au même titre que l'ingestion des liquides acres ou brûlants.

Ayant trouve quelquefois les ganglions lymphatiques engorgés autour de l'œsophage, et le comprimant, on en a conclu que la maladie était, dans ce cas, de nature scrofuleuse, et que, par conséquent, le vice scrofuleux devait être rangé parmi ses causes prédisposantes. Quelques faits semblent venir à l'appui de cette opinion.

2° Causes occasionnelles.

Les causes occasionnelles signalées par les auteurs sont assez nombreuses. En première ligne il faut placer la présence de corps étrangers qui déterminent une inflammation de longue durée dans un point circonscrit de l'œsophage. Plusieurs faits de ce genre ont été cités par 31. Mondière. Les principaux sont empruntés à

(1) London med. Reposit., t. X.

(2) Archives gén. de méd., 1826, t. X, p. 79.

Cadelius (I), à Lime (2), à Hagard, etc. Les corps étrangers qui, dans ces cas occasionnèrent le désordre étaient une pièce de monnaie, une épingle une arête de poisson, un os.- Dans ces divers cas, existail-il un rétrécissement simple ou bien v avait-il un rétrécissement cancéreux? C'est ce qu'il n'est pas toujours possible de déterminer d'après In description des auteurs, jj est même quelquefois difficile de dire si une tumeur cancéreuse ne préexistait pas à l'introduction du corps étranger, et n'en avait pas occasionné l'arrêt dans le point malade, tant l'observation a encore à faire sur ce sujet important!

Dans d'autres circonstances, ce sont des liquides ocres et caustiques qui ont déterminé la lésion, cause du rétrécissement. Chez un sujet observé par Bayle, l'affection se produisit après un empoisonnement par l'acide nitrique. Nous avons déjà cité le cas de Graefe, dans lequel on constata que le malade avait l'habitude d'avaler le suc du tabac. Les liquides très chauds ou des aliments brûlants paraissent avoir produit le même résultat dans un cas cité par J.-J. Leroux (3).

[M. Follin (loc. cit.) admet trois causes de ce rétrécissement : 1° l'inflammation, 2° spasme, 3° lésions organiques. Parmi les rétrécissements inflammatoires, il cite l'ingestion de liquides caustiques, acides ou alcalis, la teinture d'iode, là déglutition d'un liquide très chaud ou très froid, l'emploi du mercure jusqu'à salivation; quelquefois un rétrécissement a suivi une gangrène partielle spontanée de l'œsophage.]

Everard Home, cité par M. Mondière, a attribué le rétrécissement de l'œsophage à des vomissements prolongés; mais ce dernier auteur a parfaitement fait remarquer que, sans doute, l'effet avait été pris pour la cause. Il faut en dire autant du pyro&is, du hoquet, etc., qui sont des symptômes d'un rétrécissement commençant, dû ordinairement à une cause inconnue. La môme réflexion s'applique encore à Vœsophagisme regardé comme cause de rétrécissement : il faudrait, pour prouver le fait, qu'on eut pris soin de s'assurer qu'à l'époque où il existait seulement des signes d'œsophagisine, il n'y axait aucun rétrécissement, et c'est ce qu'on n'a pas fait.

Vulcéra/ion. laisse-t-ellc à sa suite un rétrécissement de l'œsophage? Nous avons vu plus haut (pie les exemples d'ulcération simple sont fort rares, et que, dans les cas où l'on a pu admettre l'existence de celle lésion, on n'a pas été témoin de l'apparition d'un rétrécissement consécutif. Dans les cas do cancer, l'ulcération coïncide sans doute a\ec un rétrécissement, mais c'est le cancer lui-même qui doit être regardé comme formant l'obstacle.

« Palletta (U) a vu, dit M. Mondière, une femme qui éprouva les premiers symptômes d'un rétrécissement de l'œsophage aussitôt après la suppression d'une leucorrhée abondante et la dispaiïliun d'une éruption cutanée caractérisée par des papules. » N'y avait-il pas tout simplement, dans ce cas, uue ulcération vénérienne ?

Nous n'en dirons pas davantage sur ces causes, et nous nous contenterons de faire remarquer (pie les seules qui doi\enl être admises jusqu'à nouvel ordre sont

(1) Bibliothèque médicale, t. XXXIX.

(2) Mém. de l'Acad. des sciences, 1716.

(3) Cours de médecine pratique, 182 5 , t. I.

(4) Exercitaliones palhologicœ. Milan, 1820, pars 11.

RÉTRÉCISSEMENT P D'OESOPHAGE. - SYMPTÔMES. 699 la présence du cancer, l'action des caustiques et limitation prolongée produite par s corps étrangers. Mais il importe de dire un mot de l'obstacle apporte au pas- ' a'oo dès aliments par une tumeur siégeant en dehors de l'œsophage. ■ Voie, d après Bover quelles sont, dans ces cas, les causes qui produisent la dysphag.e : « Elle peut dépendre, dit-il, du gonflement extraordinaire de la thyroïde d une tumeur formée entre la trachée et l'œsophage, ou dans un autre point de la circonférence de celui-ci; de X engorgement et de l'endurcissement du thymus, d'un anevrysme de l'aorte; du volume énorme du foie; de X engorgement des glandes lymphatiques qui entourent la partie de l'œsophage contenue dans le médiastin, et dont les plus grosses sont situées près de la cinquième vertèbre du dos, vers l'endroit où l'œsophage se porte un peu à droite pour faire place à l'aorte.

» On conçoit aisément, ajoute cet auteur, que la tuméfaction et l'endurcissement de ces glandes, qui sont intimement attachées à l'œsophage, doivent produire sur ce conduit une compression capable de gêner le passage, des aliments, et même de l'intercepter entièrement. » Dans tous ces cas, les choses se passent comme dans les cas d'abcès formés en dehors de la paroi œsophagienne ; seulement ici les progrès de la maladie étant lents, le calibre du conduit n'est diminué que peu à peu.

[M. Gendron (deChâteau-du-Loir), dans le mémoire précédemment cité, et dont nous ne saurions trop recommander la lecture, s'exprime ainsi sur les causes de la dysphagie :

« La dysphagie, ou difficulté d'avaler les aliments, est le plus ordinairement produite par un rétrécissement permanent ou momentané du conduit musculo-membraneux qui s'étend du pharynx à l'estomac.

» Le rétrécissement est lui-même l'effet d'une inflammation aiguë ou chronique, d'une induration, ou seulement d'une rétraction consécutive, d'une affection squirrheuse de ses tissus, d'ulcérations, de brides, de fausses membranes, d'abcès ou de tumeurs occupant ses parois, ou les comprimant par leur voisinage. Un rétrécissement peut survenir sans apparence d'inflammation locale, ou du moins sans qu'aucune douleur ait révélé son existence.

» L'œsophagite aiguë détermine parfois une dysphagie complète ou aphagie, sans qu'il y ait rétrécissement de l'œsophage ; tous les aliments sont rejelés alors par un mouvement antipéristaltique de ce conduit musculeux.

» Enfin une affection purement nerveuse peut empêcher la déglutition, c'est ce que le docteur Mondière a désigné sous le nom à'œsophagisme. »]

§ III. — Symptômes.

Quelle que soit la cause qui a produit la diminution du calibre de l'œsophage, les symptômes qui en résultent sont à peu près les mêmes. Cependant, suivant M. Mondière, lorsque les rétrécissements de l'œsophage succèdent à l'inflammation aiguë de ce conduit, on observe, d'abord réunis en plus ou moins grand nombre, les signes de l'œsophagite: mais il faut dire que les cas de ce genre sont au moins très rares.

Dans les cas ordinaires, le premier symptôme qui se manifeste est une gêne plutôt qu'une douleur, dans un point fixe de l'œsophage, avec tension ou plénitude, augmentant principalement après l'ingestion des aliments. Plus tard, la difficulté de

\imlfiti0n S" f3i' Semir l0'S dU 1>i,SSage d°S alimems solides d'abord' el l)uis des M. Mondière a emprunté à Ilovvship un cas dans lequel le premier symptôme qui apparut ut une violente douleur entre les épaules, le long de la colonne vertébrale, douleur qui augmenta bientôt à uu tel degré, qu'il semblait au malade qu on lui traversait cette partie avec un fer rouge.

On a observé, et M. Mondière insiste sur ce point, qu'assez fréquemment la gene primitive se fait sentir, non dans le point occupé par la maladie, mais bien dansée pharynx lui-même. Ce phénomène a été regardé comme un effet sympa-

Lorsque la maladie est arrivée à une époque plus avancée, les symptômes dev .ciment plus remarcpiables, et voici ce qui se passe d'après 31. Mondière : « Si le rétrécissement occupe la partie supérieure de l'œsophage, les aliments sont rejetés presque immédiatement avec une grande quantité de salive et de mucosités. Si, au contraire, l'obstacle est situé dans un point rapproché du cardia, ils s'accumulent, distendent l'œsophage en forme de poche, et ne sont rejetés par un mouvement de régurgitation que une ou deux heures et quelquefois trois heures après, quand l'affection existe depuis longtemps, et que par conséquent la dilatation est considérable.

» Tantôt, ajoute M. Mondière, cette régurgitation se fait sans beaucoup d'efforts et sans beaucoup de douleur ; tantôt il y a des efforts très violents qui peuvent aller jusqu'à faire craindre la suffocation : la malade dont Littre nous a transmis l'histoire était dans ce cas. Cependant les matières ingérées ne sont pas constamment rajetées en totalité; souvent il en reste une certaine quantité dans la partie de l'œsophage qui est dilatée, et, quelque temps après leur ingestion, elle pénètre dans l'estomac. Le malade observé par M. Cassan avait la conscience de cette descente des aliments, qui, disait-il, semblaient passer par une filière. »

[« Quelle que soit, dit M. Gendron {loc. cit.), la cause d'un rétrécissement de l'œsophage, il est annoncé par de grands efforts de déglutition, une certaine gêne à avaler la salive; celle-ci, pendant le sommeil, semble s'accumuler sur l'obstacle; et, au réveil, les malades crachent abondamment et vomissent même des matières très liquides. Les aliments solides sont bientôt rejetés et n'arrivent plus à l'estomac; puis, les bouillies, les panades, et enfin les liquides, après avoir franchi le pharynx , reviennent promptement par la bouche et les narines ; parfois les aliments séjournent quelques instants au-dessus de l'obstacle, dilatent l'œsophage, et lui façonnent une espèce de jabot dans lequel ils subissent une digestion incomplète. Puis des efforts de digestion en font deux parts : l'une est rejetée, l'autre pénètre dans l'estomac; ce qui explique comment la vie se soutient si longtemps, malgré le dépérissement progressif des malades. Quelques-uns sont tourmentés par le hoquet et de pénibles éructations ; celles-ci accompagnées parfois d'accès de suffocation.

» Plusieurs de ceux que nous avons traités étaient atteints à la fois d'œsophagite et de laryngite aiguës : une toux convulsive précédait ou accompagnait le vomissement; la voix était altérée, des mucosilés semblaient obstruer le larynx et occasionnaient un râle muqueux permanent. »]

Dans quelques cas, et notamment dans celui que nous venons de mentionner, on

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