‹ Guide du médecin praticien, ou, Résumé général de pathologie interne et de thérapeutique appliquées [electronic resource]Chapitre 238 sur 306 · RÉTRÉCISSEMENT DE L'ŒSOPHAGE. — MARCHE · texte numérisé non relu

RÉTRÉCISSEMENT DE L'ŒSOPHAGE. — MARCHE

a constaté, au moment du passage des boissons dans le pharynx et la partie supérieure de l'œsophage, un gargouillement marqué. Taranget, cité par M. Mondière, a, chez un malade, observé ce qui suit : « La boisson, dit-il, péniblement avalée, formait dans l'cpsophage un bruit sourd et trois fois répété, espèce de roulement qui attestait combien le passage était difficile. » N'est-il pas nécessaire, pour que cet effet soit produit, que la partie supérieure du conduit soit dilatée, et qu'il s'introduise une certaine quantité d'air dans le pharynx?

Les symptômes que nous venons d'indiquer se rapportent tous à l'ingestion des aliments et des boissons; mais il en est d'autres qui existent dans les intervalles, et qu'il importe de signaler : c'est une gêne permanente dans le point occupé par la maladie, et quelquefois une douleur continue ou intermittente s 'étendant, dans certaines circonstances, le long de la gorge jusqu'à la base du crâne, et par la trompe d'Eustachi jusqu'à l'oreille, mais partant plus souvent de l'appendice xiphoïde pour s'irradier le long de la colonne vertébrale. M. Mondière a constaté l'existence de ce symptôme dans les observations empruntées à Everard Home, Marcard, Gaitskeel et Vater.

Les symptômes généraux qui accompagnent ces symptômes locaux sont : le découragement, le dépérissement, \zmarosme. Malheureusement on n'a point cherché à faire, dans les recherches qu'on a entreprises à ce sujet, la part de la cachexie cancéreuse et des accidents produits par le rétrécissement lui-même.

Si l'on a lu avec quelque attention la description que nous venons de présenter, on se sera convaincu que les symptômes ne diffèrent pas d'une manière sensible de ceux que nous avons assignés plus haut au cancer de V œsophage ; cela tient à ce que l'histoire du rétrécissement a été presque toujours tracée d'après des cas de cancer, et qu'on ne s'est point assez efforcé d'arriver à la connaissance du rétrécissement simple.

§ IV. — Marche, durée, terminaison de la maladie.

Nous ne reviendrons pas en détail sur ce que nous avons dit de la marche de la maladie à l'occasion du cancer de l'œsophage. Nous nous contenterons de présenter ici une remarque qui a été faite par M. Mondière, et qui ne manque pas d'importance. Il s'agit d'une marche particulière de la maladie qui s'observe dans quelques cas. Nous ne saurions mieux faire que de citer textuellement le passage où il en est question :

« On pourrait croire, dit-il, que puisque, dans les rétrécissements de l'œsophage, l'obstacle à la déglutition est permanent, les accidents qu'ils déterminent devraient aussi ne présenter aucune rémission; cependant il n'en est rien, comme le prouvent les. observations suivantes, sans qu'on puisse se rendre compte d'une manière satisfaisante de celte particularité. M. Heineken (de Bremcn) a donné des soins à un malade qui, après avoir éprouvé désaffections morales tristes et permanentes, commença à ressentir un obstacle dans la déglutition; quelque chose lui semblait empêcher les aliments de descendre dans l'estomac; ils étaient rejetés mélangés de mucus. Il se passait des jours entiers sans qu'il ressentît la moindre gêne; d'autres fois, pendant des journées entières, ce n'était qu'à l'aide de beaucoup de liquide qu'il parvenait à avaler une très petite quantité d'aliments solides. A ces sym-

plûmes 8e joignit un sentiraflnt désagréable de pression vers le milieu du sternum, sensation qui devenail plus marquée pendant la déglutition. Après des variations nombreuses dans la marche el l'intensité de la maladie, oelle-ci s'aggrava tout à coup, et le malade succomba après avoir vomi le sans pendant vingt-quatre heures. L'autopsie lit découvrir une altération profonde de l'œsophage dans son tiers inférieur.

■> Celle même rémission s'observa chez un homme dont parle J.-J. Leroux, et même à un degré assez marqué pour que le malade ait pu, à plusieurs reprises, quitter l'hôpital, se croyant complètement guéri. Ces dernières observations, réunies à celles que nous avons déjà rapportées, suffisent pour faire voir que le diagnostic du rétrécissement de l'œsophage n'est pas toujours aussi facile à établir qu'on pourrait le croire au premier abord. On a souvent, en effet, regardé comme tenant à une lésion organique de l'œsophage des dysphagies qui dépendaient de toute autre cause, el en particulier de l'œsophagisme. »

[M. Gendron est arrivé à guérir complètement, par une dilatation graduée, plusieurs de ces affections qui avaient été la conséquence d'œsophagites aiguës, précédées d'angines couenneuses. Ce médecin a traité également avec succès d'autres malades chez lesquels le rétrécissement, inflammatoire ou non, était, nous pensons, compliqué du développement de brides ou de replis valvulaires, en saillie à l'intérieur de l'œsophage, et faisant obstacle au passage des aliments.]

La durée de l'affection est indéterminée : pour l'établir d'une manière utile, il faudrait distinguer les cas qui appartiennent au cancer de ceux qui sont dus à une autre cause, et nous avons vu qu'on ne l'a pas encore fait. Quant à la terminai son, nous devons dire qu'on a cité à peine quelques cas de guérison ; nous les rappellerons, et nous discuterons leur valeur à l'occasion du traitement. La terminaison fatale est produite et par le défaut d'alimentation, et par les ravages qui résulteut des progrès de la lésion organique, ou bien par la rupture, la perforation de l'œsophage, etc.

§ V. — Lésions anatomiques.

Les lésions anatomiques qui appartiennent à cette affection sont nécessairement très variées : tantôt on a trouvé des cicatrices en forme de brides, et c'est principalement dans le cas où la maladie a été causée par l'action des caustiques; tantôt on a constaté la présence des lésions variées appartenant au cancer, et que nous avons indiquées plus haut; tantôt enfin on a vu que l'obstacle au passage des aliments était occasionné par la dégénérescence osseuse et cartilagineuse, ou par la présence de tumeurs diverses aux environs de l'œsophage. Nous ne croyons pas qu'il soit utile d'insister sur ces détails.

§ VI. — Diagnostic, pronostic.

Le diagnostic du rétrécissement de l'œsophage se tire des symptômes locaux précédemment énumérés. Il est quelques affections qui peuvent le simuler : mais, à ce sujet, nous nous bornerons à rappeler ce qui a été dit plus haut de Vœsophagisme.et nous distinguerons le rétrécissement de la paralysie dans l'article consacré à cette dernière maladie.

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