OESOPIIAGISME, OU SPASME DE L'ŒSOPHAGE
— CAUSES
2" Causes occasionnelles.
Nous menons d'abord de côté V inflammation de l'œsophage, dans laquelle le spasme n'est qu'un simple effet de la maladie principale. Nous croyons également qu'il n'est pas permis de considérer comme une cause de simple spasme Vingestion des substances acres signalée déjà par Forestus, par Plater, par F. Hoffmann, et qui a été admise par M. Mondière; ces substances déterminent en effet l'inflammation du conduit alimentaire.
Ces deux ordres de causes éloignés, il n'en reste guère qu'un nombre assez limité; parmi celles-ci, nous trouvons d'abord les affections morales, et principalement les passions violentes. Ce genre de causes agit surtout chez les personnes d'un tempérament nerveux, chez les hystériques et les hypochondriaques, qui, ainsi que nous l'avons dit plus haut, sont particulièrement prédisposés à l'œsophagisme. L 'imagination seule peut produire le même effet. Boyer (1) en a cité un exemple remarquable. Le sujet de cette observation est une femme hystérique qui, après avoir ressenti quelques picotements dans un mouvement de déglutition, ne pouvait plus avaler d'aliments solides sans craindre la suffocation. Zimmermann (2) a rapporté un cas plus remarquable encore ; car le sujet ayant, en avalant une cuillerée de bouillon, senti une petite quantité de ce liquide tomber dans le larynx, ne put plus, depuis ce moment, en avaler une seule goutte, malgré les plus grands efforts.
Tout le monde connaît les cas dans lesquels le spasme du pharynx et de l'œsophage s'est produit au plus haut degré et a rendu la déglutition impossible, après une morsure faite par un chien qu'on croyait enragé et qui, ne l'était pas. L'imagination avait encore la plus grande part dans la production de ce phénomène.
A l'occasion des maladies de l'estomac et de l'utérus, nous indiquerons le spasme de l'œsophage, symptomatique de ces affections.
On a encore cité comme causes de l'œsophagisme la suppression des diverses éruptions, de la sueur des pieds, des divers écoulements sanguins; les affections vermineuscs, etc. ; mais leur existence n'est pas suffisamment démontrée. Je ne parle point de l'œsophagisme survenant dans les affections rhumatismales, parce que plus tard il s'agira de rechercher si la dysphagie n'est point, en ce cas, le résultat d'un véritable rhumatisme du conduit musculeux.
Reste enfin une cause sur laquelle les auteurs ne sont pas d'accord, c'est la luxation des appendices cartilagineux de l'os hyoïde, signalée par Valsalva, ce qui a engagé Sauvages à donner à cette dysphagie le nom de dysphagie valsalvienne; ou bien, d'après le docteur Mugna (3), la diastase de ces prolongements cartilagineux. Cet auteur a cité à l'appui de son opinion un fait; sur lequel Ollivier (d'Angers) (Zi) a publié une note intéressante. Cette luxation ou cette diastase serait, suivant les auteurs que je viens de citer, produite par la déglutition d'un corps dur et volumineux f mais avant de chercher à donner l'explication des faits de ce genre, il faut se demander si la luxation ou la diastase existe réellement. Or le fait n'a pas été démontré d'une manière directe, et M. Mondière ne l'admet pas.
(1) Loc. cil., t. VII.
(2) Act. helvetic, t. II, p. 97.
(3) Annali univ. di med.
(4) Archives générales de médecine, t. XIX, p. 232.
71 fi
MALAD1LS DES VOIES DIGESTLVES,
C'est d'après le résultat heureux des manœuvres faites dans le but de replace dans leur position normale les parties cartilagineuses chez le sujet dont il nous a donné ! We, que M. Mugna a jugé qu'il y avait changement de direction d l os hyoïde; et comme il n a pu concevoir, la luxation des appendices de cet os ù a admis la diastase. Mais, d'une part, Ollivier ne reconnaît pas que les raisons données en laveur de la diastase soient meilleures que celles qui ont fait regarder 1 accident comme une luxation, et de l'autre, M. Mondière fait remarquer que des manœuvres semblables a celles qui ont été exécutées ont guéri de véritables
Sèment^ qUCSti011 ^ d°nC JOi" ^ reyknd™[ à V^ du
S — Symptômes.
Parmi les caractères de l'œsophagisme signalés par les auteurs, un des principaux est son apparu ion brusque, souvent au milieu du repas, dans un mouvement de déglutition, et dans un état de santé parfaite. M. Mondière cite à ce sujet une observation rapportée par Monro, et dans laquelle il s'agit « d'un individu déjà âgé, qui, deux fois dans sa vie, fut pris tout à coup, au milieu de son dîner, d'un spasme de l'œsophage qui empêcha la déglutition. La première attaque dura quelques heures seulement, et fut dissipée par un lavement anodin ; la seconde dura quatre jours. »
Une fois le spasme de l'œsophage développé, les symptômes varient (ainsi qu'Hoffmann l'avait remarqué, cl que M. Mondière l'a noté plus récemment) suivant le point affecté : si le spasme a son siège à la partie supérieure de l'œsophage, et à plus forte raison dans le pharynx, les aliments sont rejetés avec force aussitôt qu'introduits. Dans le cas où la constriction spasmodique occupe la partie inférieure, les aliments s'arrêtent dans ce point, ou bien sont rejetés par un mouvement antipérislaltiquc, suivant l'expression d'Hoffmann.
Ordinairement il existe une certaine douleur pendant cette régurgitation : cependant on l'a vue avoir lieu sans aucune espèce de douleur; M. Mondière en cite un exemple d'après M. Latourette. On doit, à ce sujet, faire une réflexion : nous avons vu qu'on n'avait pas distingué le spasme résultant d'une œsophagite du spasme purement nerveux; l'absence de la douleur n'indiquerait-eile pas l'existence de ce dernier? c'est un point qu'il serait bien important d'étudier.
A propos de cette régurgitation, on ne peut s'empêcher de rapporter le fait recueilli par Courant (1) et indiqué par M. Mondière, dans lequel le bol alimentaire restait pendant un certain temps enfermé dans l'œsophage, était ramené successivement de la partie supérieure à la partie inférieure de ce conduit, et était enfin tout à coup ou rejeté avec violence au dehors, ou précipité dans l'estomac. Dans un cas cité par Hoffmann, le dernier bol alimentaire était seul retenu dans l'œsophage, et ne pouvait être précipité que par l'ingestion de beaucoup de liquide. Ce phénomène de régurgitation peut être prévenu par certaines précautions de la part des malades : elle consiste, ainsi que l'a remarqué Courant, qui a observé un fait de ce genre, à mâcher longtemps et lentement les aliments, et à saisir l'instant favorable, de manière à tromper, pour ainsi dire, le spasme (2).
(1) Denonnullis morb. convuls. œsoph. Montpellier, 1778.
(2) Voy. Mondière, loc. cil.