OESOPITAGISME, OU SPASME DE L'OESOPHAGE. — - SYMPTÔMES
On a également indiqué des symptômes qui semblent appartenir aux voies respiratoires plutôt qu'aux voies digestivcs. Ainsi on a vu des spasmes violents de la gorge survenir pendant la déglutition des liquides, la face devenir livide, la tête se renverser en arrière, un bruit de gargouillement se produire dans l'arrièregorge, de violentes angoisses se manifester, et même la perte de connaissance avoir lieu. On peut expliquer de deux manières l'a production de ces symptômes : dans les cas où ils surviennent après l'ingestion des liquides, le spasme de l'œsophage n'aurait-il pas déterminé l'introduction d'une petite quantité de boissons dans le larynx? et dans le cas où ils suivent l'ingestion des aliments solides, ne faut-il pas les rapporter à la compression de la trachée par le bol alimentaire? Les faits méritent d'être étudiés sous ces divers points de vue.
Tels sont les symptômes qui se manifestent pendant la déglutition. Examinons maintenant, en suivant M. Mondière qui a étudié cette maladie avec le plus de soin, ceux qui existent dans les intervalles.
Un sentiment de gêne, deconstriction ; la sensation d'un corps étranger, d'une boule, d'un œuf de pigeon, comme l'a observé Hoffmann, existent ordinairement dans un point de l'œsophage qui est très variable. Ces sensations sont plus ou moins incommodes aux différents moments de la journée, et sans qu'on puisse en trouver une cause satisfaisante.
Le hoquet a été surtout signalé par tous les auteurs, depuis F. Hoffmann. Malheureusement on n'a point étudié assez attentivement les faits pour savoir dans quelle proportion des cas, dans quelles circonstances et dans quelle espèce de spasme il se présente. C'est encore à l'observation à nous éclairer sur ces points.
On a vu le spasme envahir les organes de la respiration, même en dehors de l'acte de la déglutition. La voix est alors parfois éteinte, la respiration est saccadée, et quelquefois la suffocation imminente. Suivant F. Hoffmann, ces signes appartiennent en propre au spasme du pharynx.
Dans certains cas, tous ces symptômes sont portés à un si haut degré d'intensité et, d'un autre côté, l'imagination des malades est tellement frappée, qu'il existe une véritable hydrophobie. A ce sujet, M. Mondière rapporte un fait très remarquable qu'il a emprunté au docteur Barbantini (1) : il s'agit d'un jeune homme qui fut légèrement mordu par un chien. Celui-ci s'étant égaré et n'avant pas reparu son maître s'imagina qu'il était enragé, et son imagination fut frappée au point què le lendemain û présenta tous les symptômes de l'hydrophobie. La déglutition était devenue impossible; il y avait même eu quelques accès de fureur, lorsque le ncu v.ème jour après l'accident, le chien reparut. Son maître, ayant reconnu qu'il n était point affecté de la rage, fut immédiatement guéri.
Enfin nous devons, avec M. Mondière, signaler quelques particularités nui se présentent dans cette affection, comme dans toutes les maladies nerveuses ■ « Tanlot, dit cet auteur (2), les boissons chaudes passent plus facilement que les froides tantôt le contraire a lieu. Le plus ordinairement les liquides seuls peuvent être avales ; mais quelquefois ce sont les substances solides seulement Elselenius (3)
(1) Giorn. di phys., chim , l. X.
(2) Loc. cil., p. 48t.
(3) Med. undchir. Heauxerk. Francfort, 1780.
vu un homme qui avalait sans difficulté les aliments lani liquides que solides, quand ils étaient chauds, et qui, aussitôt qu'il essayait d'avaler quelque chose, seulement à la température de l'atmosphère, sentait une espèce de raclement dans le gosier. L'orifice de l'estomac se resserrait, et l'aliment restait dans l'œsophage jusqu'à ce que le malade eût bu un liquide chaud. Alors l'orifice cardiaque se dilatait, et le bol alimentaire pénétrait dans l'estomac. Th. Percival, Bleuland, rapportent des cas semblables. Le contraire s'observe aussi, et nous verrons même, à l'article du traitement, que la glace a dissipé quelquefois la maladie. Courant a vu les aliments solides parcourir aisément tout l'œsophage, et les liquides ne pouvoir être avalés ou ne parvenir dans l'estomac que goutte à goutte. Ch. Dumas (1) a donné des soins à une malade chez laquelle la déglutition des solides se faisait aussi plus facilement et avec moins de douleur que celle des liquides. » On voit que ces phénomènes particuliers varient beaucoup suivant les cas.
§ — Marche, durée, terminaison de la maladie.
La marche de la maladie n'a rien de régulier, comme il arrive ordinairement dans les maladies nerveuses. Dans un fait cité par le docteur Desgrauges, l'affection se montra sous forme intermittente, et fut arrêtée par le quinquina ; les cas de ce genre sont rares.
Suivant M. Mondière, le spasme de l'œsophage n'a point de durée fixe ; il peut n'exister que vingt-quatre heures, ou se prolonger sans rémission pendant des jours entiers. Ainsi, dans un cas cité par Bleuland, d'après Osterdyck, il n'y eut pas le moindre relâche pendant douze jours. On a parlé d'œsophagisme de longue durée; mais, ainsi que le fait remarquer M. .Mondière, dans les cas de ce genre, la maladie ne se produit qu'à des intervalles variables. Nous venons cependant de voir un cas dans lequel cette affection existe constamment, à un degré plus ou moins haut, depuis près de deux ans.
On ne connaît guère d'exemple de spasme de l'œsophage terminé par la mort, à moins qu'il ne s'agisse de ces cas où il est survenu une véritable hydrophobie.
§ V. — Lésions anatomiques.
On a eu bien rarement occasion d'examiner l'œsophage des sujets affectés de cette maladie. Aussi n'avons-nous presque rien à dire des altérations anatomiques. M. Mondière cite, d'après Howship, un cas dans lequel l'œsophage était contracté à un très haut degré, dans un point limité, sans altération de tissu. Baillie, qui a trouvé la même contraction, dit avoir constaté que l'œsophage était, dans ce point, plus dur qu'à l'état naturel. N'y avait-il pas, dans les cas de ce genre, autre chose qu'un simple spasme ? Enfin, chez les sujets qui ont succombé à l'hydrophobie non rabique, on n'a rien vu de particulier dans l'œsophage.
§ VI. — Diagnostic, pronostic.
Le diagnostic du spasme de l'œsophage ne présente pas ordinairement de difficulté sérieuse; une gêne dans la déglutition survenue tout à coup au milieu de
(1) Consultations cl observations de médecine. Paris, 1824, in-8.