‹ Guide du médecin praticien, ou, Résumé général de pathologie interne et de thérapeutique appliquées [electronic resource]Chapitre 25 sur 306 · DÉFINITION · texte numérisé non relu

DÉFINITION

CAUSES

ARTICLE IL

COQUELUCHE

La coqueluche est une des maladies qui doivent avoir été le plus anciennement remarquées; elle présente, en effet, les caractères les plus tranchés et les plus frappants. Cependant, bien qu'on ait cherché dans Hippocratc et dans Avicenne l'indication de cette maladie, on ne peut faire remonter sa première description un peu exacte au delà de la fin du xvr siècle. Depuis lors on a publié sur elle de nombreux travaux; mais on ne trouve ni dans les traités généraux de médecine, ni dans les recueils particuliers, beaucoup d'observations de celte affection; c'est avec assez de difficulté que nous avons pu en rassembler 1 6 cas empruntés à différents auteurs. Tout récemment MM. Barthez et Rilliet (1) ont analysé 29 observations dont 17 leur appartiennent, et M. Trousseau (2) a donné le résultat numérique de 26 observations qu'il a recueillies à l'hôpital Necker.

On ne peut définir la coqueluche qu'en exposant ses principaux caractères : elle est caractérisée par une toux convulsive, remarquable par ses quintes, clans lesquelles la respiration est suspendue, et qui se terminent par une longue inspiration sifflante, avec expectoration de mucosités filantes.

Cette maladie a reçu un grand nombre de noms différents; on l'a appelée toux conoulsive, quinteuse, toux bleue, tussis suffocativa, ferina, convulsiva. Les Anglais la désignent principalement sous le nom de hooping-coug/i, etc.

C'est une maladie fréquente; mais sa fréquence est très variable suivant les époques, c'est-à-dire que dans certains moments elle attaque un grand nombre d'enfants comme s'il y avait une véritable épidémie, que d'autres fois l'existence de l'épidémie ne peut être douteuse, et que dans d'autres temps on ne voit que des cas isolés.

§ XI. — Causes.

1° Causes prédisposantes.

La coqueluche attaque spécialement les enfants, et surtout des sujets de la première enfance. Sur 130 enfants affectés de cette maladie, M. Blache en a compté 106 âgés d'un à sept ans, et 24 seulement de huit à quatorze ans (3). Les adultes peuvent aussi, quoique très rarement, en être atteints. M. Guibert et M. Blache (4) en ont cité plusieurs exemples; il est peu de médecins qui n'en aient observé dans le cours de leur pratique. Suivant M. Blache encore, et d'après les relevés de Constant, cette affection attaquerait un peu plus souvent le sexe féminin que le sexe masculin. Sur 16 observations que nous avons rassemblées, il n'y a que 5 sujets du sexe masculin. La constitution, suivant un bon nombre d'auteurs, offrirait quelques circonstances qui feraient croire à une prédisposition à contracter la

(1) Maladies des enfants. Paris, 1843.

(2) Journal de médecine, janvier 1843.

(3) Diclionnaire de médecine, t. IX, art. Coqueluche.

(4) Arch. gén. de méd., 1" série, t. XVI, et 2° série, t. III.

Quam aux conditions hygiéniques, la plupart des auteurs regardent comme causes prédisposantes de la coqueluche l'habitation dans un lieu hu.nidTsomT ma aéré ; une mauvaise nourriture, des vêtements insuffisants en 0— toutes les condnmns hygiéniques que l'on peut appeler mauv ises. L eSte 'c ces causes est très admissible, mais leur degré d'influence n'est point Sou cus ment constate. Suivant MM. Barthez et Rilliet, la coqueluche survient i!ZéZ ment dans toutes les saison,, et, d'après tous les auteurs, on la voit " I également dans tous les climats. ei

Tel est le peu que nous savons sur les causes prédisposantes delà coqueluche.

2° Causes occasionnelles.

Le caractère contagieux de cette maladie est démontré par des faits très nombreux et par l'absence de toute récidive; aussi aujourd'hui n'élève-t-on pas de doutes à ce sujet. Quelques auteurs pensent que la contagion ne peut avoir lieu qu'au moment où la maladie a atteint son plus haut degré de développement, et d'autres, au contraire, dans la période du déclin. H est impossible de se prononcer à cet égard.

La coqueluche peut régner épidémiquement ; les nombreuses relations d'épidémies citées par les auteurs de tous les pays en sont une preuve incontestable. On a cité quelques cas où les enfants semblaient avoir contracté, par imitation, la toux convulsive de la coqueluche , mais ces observations auraient besoin d'être répétées.

On a vainement cherché dans les variations de la température et dans les diverses circonstances où se trouvent les enfants, la cause de ces cas isolés de coqueluche qu'on voit apparaître de temps en temps.

§ III, — Symptômes,

On a admis daus la coqueluche trois périodes : la première est la période catarrhale, ou catarrhe précurseur; la seconde est la période spasmodique, ou la coqueluche confirmée, et la troisième est caractérisée par un amendement marqué des symptômes.

Catarrhe précurseur.' — Chez la plupart des sujets, la maladie commence comme un simple catarrhe. Dans 15 cas, M. Trousseau n'a vu manquer ce catarrhe initial que deux fois seulement. Sur 16 cas que j'ai rassemblés, 14 seulement font mention de l'état du malade dans les premiers temps, et \k fois le catarrhe initial a été noté. Ce catarrhe s'annonce par des signes un peu différents de ceux de la bronchite ordinaire. Il y a, de plus que dans cette dernière, de Y abattement, de la tristesse , de Y assoupissement , un certain degré (L'anxiété et A' irritation. Quelques auteurs ont cru trouver dès ce moment dans la toux un caractère spécial ; mais ce caractère n'a point été convenablement décrit par eux. Ces signes sont, comme on le voit, peu tranchés, et l'on conçoit qu'à cette époque il soit lirsdiffi-

GQQUEÏJJGBE. — SYMPTÔMES. 71 cile, à moins de circonstances particulières , de soupçonner l'apparition de la coqueluche.

Début de la toux convulsive. — Dans le plus grand nombre des cas, celle toux particulière a élé, comme nous venons de le voir, précédée des symptômes de la bronchite; mais quelquefois aussi on voit la maladie se déclarer d'emblée et commencer par une quinte ou par quelques phénomènes spasmodiques, sur lesquels M. Trousseau a insisté. En général, les quintes sont d'abord faibles, courtes et séparées par d'assez longs intervalles; mais bientôt la maladie acquiert son plus haut degré d'intensité et se présente avec les caractères suivants.

Coqueluche eonfirmée . — Elle est essentiellement intermittente, et consiste, ainsi que je l'ai déjà dit, en quintes de toux extrêmement frappantes, qui se manifestent à de plus ou moins longs intervalles. Ces quintes commencent quelquefois brusquement, et le sujet en est saisi au moment où il semble y penser le moins; d'autres fois, an contraire, elles sont précédées d'un chatouillement dans la gorge et de douleurs vagues dans la poitrine; c'est dans les observations prises chez les adultes qu'on a constaté l'existence de ces signes avant-coureurs de la quinte. MM. Barthez etRilljet ont vu, au milieu du calme, les enfanis devenir tout à coup irritables, s'agiter et se précipiter sur leur crachoir. Cet étal , ordinairement très court, mais qui quelquefois dure plusieurs minutes, annonce l'invasion d'une quinte. RI. Lombard, cité par ces auteurs, a vu des nausées très fatigantes précéder de quelques inimités l'apparition de la toux convulsive.

Bientôt l'enfant se met sur son séant, il cherche à saisir un point d'appui solide, et aussitôt commence une série très rapide de secousses de toux courtes et réitérées, qui n'ont lieu que par des mouvements brusques d'expiration. Pendant ce temps, tout l'air contenu dans la poitrine ayant été chassé, et l'hémaiose ne pouvant plus avoir lieu, on voit apparaître des symptômes remarquables d'asphyxie : la face est tuméfiée, violacée; les yeux sont saillants et larmoyants; les veines gonflées ; les battements des artères annoncent la gène énorme de la respiration , et par suite de la circulation : c'est alors qu'on a vu se produire, parle nez, la bouche et les oreilles, des liémorrhaijics sur lesquelles les auteurs des siècles derniers ont longuement insisté, et qui, d'après les recherches récentes, n'ont lieu que dans des cas exceptionnels, ou peut-être dans certaines épidémies ayant une forme particulière. Dans deux cas observés par M. Trousseau, il y a eu des hémorrhagies remarquables : un des deux enfants avait un écoulement de sang par la conjonctive, et l'antre une épistaxis assez abondante pour inspirer des craintes sérieuses.

Tels sont les principaux caractères de la quinte. Il est néanmoins quelques autres phénomènes qui, sans avoir la même importance , méritent d'être menlionnés. On a noté, dans les cas où les quintes étaient très fortes, une sueur froide couvrant tout le corps, et plus particulièrement la tête, le cou et les épaules (Blache), des vomissements de matières alimentaires ou de simples mucosités, et plus rarement des évacuations involontaires, la formation de hernies, en un mol, les accidents qui peuvent résulter de la violente conli acl ion des muscles abdominaux. Dans des cas encore plus rares, on a observé des mouvements comulsil's généraux , et chez un adulte dont M. Blache rapporte l'histoire , il y avait des syncopes fréquentes. Quelques auteurs, el eu pari ici lier .1. Frank, ont beaucoup insisté sur lcleriuinient, qui n'est cependant pas un phénomène imporianl de la maladie.

Au bout d'un temps ordinairement assez court , ces signes de suffocation commencent a se dissiper. Quelques petites inspirations saccadées se montrent d'abord • puis une inspiration longue, sifflant*, pendant laquelle les malades se redressent et dilatent fortement leur poitrine, vient terminer la quinte. Cependant on ne peut point regarder celle-ci comme entièrement finie, si Ton n'observe l'expectoration d'un liquide incolore filant, plus ou moins abondant, et accompagné souvent de vomissements de matières alimentaires. On a vu, en effet, et MM. Barthez et Rilliet en ont observé un exemple remarquable, la quinte se diviser, pour ainsi dire, en deux parties, de telle sorte qu'après un instant de calme la toux convulsive reparaissait : c'est ce qu'on appelle la reprise.

Lorsque les quintes se produisent à de très courts intervalles pendant un certain nombre de minutes, on dit qu'il y a un accès. La quinte elle-même ne dure pas plus d'un quart à trois quarts de minute. Les cas où cette limite est dépassée sont rares. Le nombre des quintes est très variable. MM. Bai lliez et Rilliet en ont souvent compté une vingtaine dans les vingt-quatre lieures, quelquefois beaucoup moins et quelquefois beaucoup plus : ainsi ils en ont noté jusqu'à /18, et, dans un cas exceptionnel, 72. M. Trousseau est arrivé à des résultats à peu près semblables. Les quintes vont généralement en augmentant jusqu'à une époque que MM. Barthez et Rilliet ont vue correspondre ordinairement du vingt-huitième au trente-neuvième jour de la maladie; arrivées à ce maximum , elles restent stationnaires pendant un nombre de jours variable, puis décroissent d'une manière très rapide. Les mêmes auteurs ont remarqué que , pendant la période où les quintes étaient les plus violentes, elles étaient aussi plus fréquentes la nuit; dans le cas contraire, elles étaient plus fréquentes le jour. Quant à la durée totale de la période des quintes, ils l'ont vue varier de quinze à soixante et quinze jours; ordinairement elle a été de trente à quarante jours.

La cause de ces quintes est souvent très difficile à reconnaître. Suivant M. Blache, l'impression du froid, les cris, les pleurs, une course rapide, une contrariété, la distension de l'estomac, suffisent pour les provoquer. Il faut y joindre les odeurs fortes, les émanations pénétrantes et l'aspect d'un autre sujet en proie à une quinte. L'observation a encore beaucoup à faire pour déterminer l'influence de ces causes. Entre les accès et les quintes isolées, la respiration, à moins qu'il n'existe une complication, redevient tout à fait normale, et les malades paraissent n'éprouver aucune altération dans leur santé.

On a, pendant la quinte elle-même, observé quelques phénomènes qui méritent d'être indiqués. A l'aide de Y auscultation, on a examiné ce qui se passait dans la poitrine pendant les grands efforts de l'enfant pour y faire pénétrer l'air, et pendant l'inspiration sifflante. 11 est inutile de dire qu'au fort de la quinte on n'entend pas de bruit respiratoire, puisqu'alors il n'y a que des mouvements d'expiration ; au moment même où se produisent les inspirations saccadées, on n'entend point à la périphérie du poumon le murmure vésiculaire; l'air ne pénètre pas au delà des premières divisions bronchiques. Pendant l'inspiration sifflante qui se passe dans le larynx, l'air n'arrive pas non plus dans les vésicules; mais immédiatement après, on y entend le bruit respiratoire avec tous ses caractères normaux.

Après l'accès, les sujets éprouvent dans la poitrine des douleurs plus ou moins vives. Dans des cas où le siège de ces douleurs a été précisé, on les a vues occuper

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