‹ Guide du médecin praticien, ou, Résumé général de pathologie interne et de thérapeutique appliquées [electronic resource]Chapitre 265 sur 306 · DANS UN CAS D'HÉMORRHAGIE ABONDANTE OU SE PROLONGEANT OUTRE MESURE · texte numérisé non relu

DANS UN CAS D'HÉMORRHAGIE ABONDANTE OU SE PROLONGEANT OUTRE MESURE

1° Pour tisane, limonade sulfurique. (Voy. t. II, art. Épistaxis). Ou bien ,

(1) Traité de médecine pratique. Paris, 1842, t. I,p. 535.

Infusion de grande consôude, avec addition de

EaudeRabol 25 à 30 gouttes.

par chaque demi-kilogramme.

2° Potion alumineuse (voy. p. 763).

3° Application du froid à l'intérieur et à l'extérieur.

On se servira avec avantage d'une vessie à demi pleine de fragments de glace, qu'on appliquera soit sur l'épigasire, soit sur les testicules, soit sur le Larynx.

i° If Opium pur 0,05 gram. | Émulsion de gomme arabique. . 180 ffram

Mêlez. A prendre par cuillerées.

5° Appliquer des sinapismes aux extrémités. Ou bien : Manuluves et pédiluves sinapisés. 6" Repos absolu. Diète ut suprà.

Nous ne croyons pas qu'il soit nécessaire de multiplier ces ordonnances, attendu qu'il est fort difficile de prévoir les divers cas particuliers, et qu'il est très facile, au contraire, de grouper les moyens précédemment indiqués, suivant les exigences de chacun de ces cas.

RÉSUMÉ SOMMAIRE DU TRAITEMENT

1° Émissions sanguines; réfrigérants; acides; astrigents; styptiques; antispasmodiques, narcotiques; vomitifs, purgatifs; moyens divers. 2° Traitement de la gastrorrhagie à ses diverses périodes. 3° Traitement de la gastrorrhagie supplémentaire. li° Traitement de la gastrorrhagie pendant la grossesse. 5° Traitement de la gastrorrhagie scorbutique et constitutionnelle.

ARTICLE IV

C'est, de l'aveu de tout le monde, une question extrêmement difficile que celle de la gastrite aigiië.(On sait combien de discussions elle a soulevées et par combien de phases différentes a passé l'histoire de cette maladie, surtout dans ces vingt dernières aimées. Les anciens n'élevaient pas de doute sur son existence; mais il est facile de s'assurer qu'ils n'avaient point une idée exacte de ces symptômes] On trouve déjà dans Hippocrate (1) des passages qui se rapportent à des maladies dans lesquelles il y a eu des symptômes assez notables du côté de l'estomac, mais que l'on ne saurait regarder entièrement comme de simples gastrites. Galien (2) et les auteurs qui l'ont suivi n'ont pas été plus précis. Que savons-nous, en effet, de la gastrite lorsque nous lisons dans Ilippocrale le passage suivant : « Prœcordioruuj «dolores cum febre; si dolor iiitensus ad occiput progressifs fuerit repente!

(1) De, victu aculorum §§ III et VI, et Cuacœ prœiwliones, § II.

(2) De eresypelalc stomachi.

» occidunt convulsivo modo » ; ou bien ces mots dans Celsc (1) : « Al si inflammatio » aliqua est, dolor et tumor sequilur?» Nous ne chercherons donc pas dans les divers auteurs anciens ce qui peut avoir un rapport plus ou moins direct avec une maladie qu'ils ne pouvaient pas suffisamment distinguer.

Dans les siècles derniers, outre les auteurs des traités de pathologie interne, un très grand nombre de médecins ont publié des dissertations sur la gastrite. Mais il suffit de remarquer combien étaient vagues encore nos connaissances sur ce sujet il y a peu d'années, pour s'assurer que, loin d'avoir éclairé l'histoire de cette affection, ces nombreux travaux n'ont servi qu'à y introduire la plus grande confusion. On trouve pans les écrits de Fr. Hoffmann (2), de Van-Swieten (3), de Dehaen (U), de Stoll, de Sauvages (5), de Cullen (6), etc., etc., un ou plusieurs articles consacrés à l'inflammation de l'estomac; mais c'est dans ces articles que la confusion dont nous parlerons tout à l'heure est surtout remarquable. Nous en dirons autant du chapitre de P. Frank (7), qui a fait de vains cfforls pour simplifier une question insoluble pour lui.

Il est résulté des travaux de Broussais qui ne sont pas fondés sur l'observation exacte, une incertitude extrême sur tout ce qui a rapport à la maladie dont nous nous occupons. Et quelle en a été la dernière conséquence? C'est qu'après avoir admis très légèrement, pendant plusieurs années, l'existence fréquente de la gastrite, les médecins paraissent aujourd'hui portés à la révoquer complètement en doute.

On ne sera donc pas surpris si , dans le cours de cet article, nous ne signalons guère les travaux antérieurs que pour les critiquer. Si l'on veut arrivera un résultat positif, il faut, en effet, avoir recours à des documents tout nouveaux, dans l'élude desquels on ah mis toute l'exactitude possible, on ait employé les moyens de diagnostic acquis depuis peu , et l'on ait mis de côté toute espèce de préoccupation. Pour parvenir à ce résultat, nous avons réuni dix-sept observations qui ont été prises avec tout le soin désirable, et dans lesquelles le diagnostic a été rigoureusement porté (8).

Quant aux cas de gastrite publiés par les auteurs, nous les avons également rassemblés et analysés, afin de les comparer à ceux qui font la base de cet article. Parmi eux on en trouve huit qui ont été recueillis par M. Andral (9) , et qui ont eu une issue funeste. Les faits rapportés par cet auteur sont très extraordinaires; pour la plupart, ils manquent de détails très importants sur l'état des divers organes, et notamment des intestins et des voies urinaires ; enfin que , dans plusieurs, et en particulier dans les 7e et 8U observations, il ne s'agit nullement d'une gas-

(1) De re medica, lib. IV, cap. v.

(2) Tome IV, De febre stomachica inflammaloria .

(3) Comm. in Boerhaavii aphorismos, t. III, § 951 etsuiv.

(4) Rat. med., passim.

(5) Nosologia weth., class. III, ord. n, gen. îv.

(6) Médecine pratique, trad. par Bosquillon, t. I.

(7) Traité de médecine pratique. Paris, 1842, t. I, p. 209.

(8) On ne saurait douter, en effet, de l'exactitude de ce diagnostic, puisque, comme nous le rappellerons plus loin, on a pu, dans la gastrite secondaire, constater après la mort les lésions inflammatoires de l'estomac, dans les cas où des symptômes avaient clé identiquement les mômes.

(9) Clinique médicale, t. II: Maladies de l'abdomen; Gastrite aiguë.

Vai.i.eix, 4e «dit. — III. 49

trite simple, puisqu'il y avait des ulcérations dans l'intestin, et, dans un cas, péritonite. Il d en reste donc que très peu, si même il en reste, qui prissent encore être regardés connue des es de gastrite simple terminés pal- la £S au moins des cas entièrement exceptionnels; et si l'on se rappelle qu'à l'époque où ces observations ont été prises, les idées de Broussais étaient dominantes il que 1 auteur en avait, en grande partie, ressenti l'influence, on n'aura qu'une confiance lnm.ee dans ce très petit nombre de faits. Remarquons en onlreque, depuis cette époque, depuis que le diagnostic est plus sûr, et que les observation; sont recueillies d une manière plus complète, on n'a point cité de faits semblables, et nous reconnaîtrons que, jusqu'à nouvel ordre, il faut conserver des doutes sur ces laits incomplets et insuffisants.

Des 17 observations que nous avons rassemblées, 12 ont été recueillies par M. Louis; quelques-unes ont été publiées (1), les autres nous ont été communiquées par cet observateur; k ont été prises dans ces dernières années par M. Cossy dans le service de M. Louis, et la dernière, qui n'est pas la moins remarquable, a été publiée par moi (2).

§ — Définition, synonymie, fréquence.

On donne le nom de gastrite aux diverses formes d'inflammation de l'estomac. Les anciens, comme nous l'avons vu plus haut, la distinguaient sous ceux des erysipelas stomachi, passio cardioca , febris stomachica injlammatoria , ventneuh inflammatio, etc. C'est à la (in du dernier siècle qu'on a mis en usage l'expression de gastrite, aujourd'hui généralement employée.

Si l'on en croyait les médecins de l'école physiologique, aucune affection ne serait plus fréquente que la gastrite; dans les écrits qu'ils ont publiés il y a treute ans, ils regardaient l'existence de la gastrite comme démontrée toutes les fois qu'il y avait des troubles graves du côlé de l'estomac. Ainsi, pour eux, 1'inllammalion de ce viscère existait presque toujours au début des maladies fébriles, et elle était le point de départ des symptômes qui se montraient ensuite. D'un autre côté, n'ayant point égard à la marche de la maladie, et trouvant des traces d'inflammation de l'estomac à une certaine époque des affections soit aiguës, soit chroniques, loin de regarder cette inflammation comme une lésion secondaire, ils en faisaient souvent la maladie primitive.

Aujourd'hui de semblables erreurs ne sont plus permises, et l'on doit avoir de tout autres idées sur la fréquence de la gastrite; il faut faire une distinction : si l'on considère d'une manière générale la gastrite primitive et la gastrite secondaire, on devra reconnaître que cette affection est très fréquente ; elle survient fréquemment, en effet, dans toutes les maladies aiguës où le mouvement fébrile est très prononcé, et elle se montre très souvent dans le cours des maladies chroniques, dans la phtbisie pulmonaire principalement.

Mais si nous recherchons simplement la fréquence de la gastrite primitive nous voyons qu'elle est très peu considérable. Les 17 observations dont nous avons parlé ont été recueillies dans un assez grand nombre d'années. M. Louis a cons-

(1) Journal hebdomadaire de médecine, 1830.

(2) lluUclin de Ikcrapeutique, juin 1844.

taté que, dans un service de plus de 100 lits à la Pitié, il ne s'était présenté chaque année que cinq ou six cas de gastrite, et tous les médecins des hôpitaux savent combien il est rare d'observer cette maladie bien caractérisée. D'un autre côté, M. Louis nous a dit n'avoir jamais eu occasion de la traiter dans sa pratique particulière, et nous tenons de M. Cherard, médecin de l'hôpital de Philadelphie, et dont le talent d'observation est bien connu, que la gastrite est tout aussi rare dans cette ville, quoique la population s'y livre à de très fréquents excès de boissons alcooliques. Il résulte de tout cela que rien n'est plus inexact que les assertions émises par Broussais et par les médecins qui ont embrassé ses doctrines.

§ II. — Causes.

1° Causes prédisposantes.

On a, comme on le pense bien, attribué un grand nombre de causes à cette affection que l'on trouvait si fréquemment. Nous allons d'abord indiquer celles qui peuvent être étudiées à l'aide des observations que nous avons recueillies, et nous passerons ensuite en revue celles qui ont été signalées par les auteurs.

Relativement à l'âge, ces observations ne peuvent pas nous servir, puisqu'elles ont été recueillies dans les hôpitaux où l'on ne reçoit que des adultes. Disons cependant que l'âge a été très variable, et qu'il a llotté entre 20 et 65 ans; c'està-dire que la gastrite ne s'est pas montrée d'une manière plus remarquable h une époque de la vie qu'à toute autre. Nous savons que Billard a décrit les diverses formes de la gastrite chez les enfants nouveau-nés et à la mamelle ; mais il n'a pas cité une seule observation dans laquelle cette inflammation se soit développée sans complication et d'une manière non douteuse. MM. Barthez et Rilliet (1) ont décrit une gastrite primitive légère chez les enfants; mais, ainsi qu'ils le font remarquer, ils ont donné ce nom à l'embarras gastrique, et nous avons vu plus haut quels sont les motifs qui doivent faire distinguer ces deux affections. Quant aux autres gastrites, elles ont été réunies par eux au ramollissement de l'estomac, et ils reconnaissent (page 462) que ces maladies étaient toujours secondaires. Il faut en conclure que, si la gastrite primitive se montre chez les enfants, elle est au moins beaucoup plus rare encore que chez l'adulte.

Suivant les auteurs, les chagrins, les émotions morales vives, les travaux d'esprit, la vie sédentaire, prédisposent singulièrement à l'inflammation de l'estomac. Quelques auteurs, et entre autres Morgagni et Lieûtaud, ont cité des cas où la maladie est survenue dans ces conditions, mais ces cas sont en très petit nombre et peu concluants, ous n'avons rien de bien positif sur ce point .

Quant aux excès vénériens, à la masturbation, tout ce. que nous pouvons dire d'une manière générale, c'est que, par la faiblesse qu'ils occasionnent, ils peuvent prédisposer à cette inflammation comme à toutes les autres, mais que, d'après les faits, ils prédisposent bien plus encore aux maladies nerveuses de l'estomac. Nous en dirons autant du travail excessif.

Peut- être faut-il admettre comme cause de la gastrite les privations auxquelles sont exposés les individus de la classe pauvre. Nous avons vu que la maladie était

(1) Trailé des maladies des enfants, t. I, p. <i59 et suiv.

ili MATAMES DES VOTES DTCESTIVES.

infiniment plus rare hors des hôpitaux que dans ces établissements, et nous allons voir tout à l'heure que les écarts de régime ne. rendent pas suffisamment compte de celle différence. Il ne resterait donc guère pour L'expliquer que ces privations dont nous parlons.

Un régime très excitant, composé de mets épicés, de viandes noires, de café, de liqueurs alcooliques, doit-il être rangé parmi les causes prédisposâtes de là gastrite ? On sait combien l'opinion de Broussais était arrêtée sur ce point, et il est un grand nombre de médecins qui, sans accorder une aussi grande influence à cette cause, la regardent cependant comme assez puissante; mais ce que nous venons de dire relativement aux privations et à l'absence d'excès répétés dans le plus grand nombre des cas dont uous avons l'histoire sous les yeux, prouve qu'il ne faut pas accepter ces assertions sans contrôle. Si l'on trouve des sujets dont le régime se rapproche de celui que nous venons d'indiquer, c'est, sans contredit, dans la classe riche. Ce régime est souvent, prolongé très longtemps, et cependant, il faut le redire, la gastrite est très rare hors des hôpitaux. Les sujets de la classe inférieure font de plus grands excès; mais ce n'est qu'à des intervalles plus ou moins éloignés, et l'on ne pourrait tout au plus y voir qu'une, cause excitante, question que nous discuterons plus loin.

Le climat prédisposc-l-il à la gastrite? Nous n'avons sur ce point que des renseignements très vagues. Les auteurs qui ont écrit sur les maladies des pays chauds n'ont pas assez bien déterminé ce qu'ils entendaient par inflammation de l'estomac. Les bonnes observations manquent, et il serait par conséquent prématuré de se prononcer sur ce point. Disons cependant que c'est une opinion assez généralement reçue, que les inflammations des premières voies sont plus fréquentes dans les pays chauds.

En somme, nous n'avons pas trouve de causes prédisposantes bien évidentes et dont l'existence soit parfaitement fondée sur les faits.

2° Causes occasionnelles.

Si nous ne voulons pas nous contenter des assertions des auteurs, nous n'arriverons pas à des résultats beaucoup plus précis dans l'étude des causes occasionnelles. L'insuffisance des observations est évidente encore sur ce point. Voyons ce que les faits nous apprennent de moins sujet à contestation.

On peut signaler comme bien bien démontrée l'action des corps étrangers sur la muqueuse gastrique. On trouve dans les divers recueils des observations dans lesquelles l'ingestion de corps volumineux, comme des couteaux, des cuillers, des cailloux, etc., a donné lieu à une inflammation de l'estomac.

Viennent ensuite les écarts de régime , et surtout les excès de boissons alcooliques, mais ici nous sommes loin d'avoir la même certitude. Parmi les observations que nous avons rassemblées, il n'en est que trois qui fassent mention d'un excès de ce genre, et clans toutes les autres il a été bien constaté que celte cause n'existait pas. Nous avons fait remarquer ailleurs (1) combien cette circonstance

(1) Bulletin de thérapeutique: Quelques considérations sur Véliologie de la gastrite aigu,; de la gastrite chronique cl de la gastralgie, juin 1844,

était surprenante, puisque l'on peut imaginer la quantité d'excès de table qui se font tous les jours. On concevrait bien difficilement , si les propositions de Broussais étaient vraies, que l'on pût réunir ainsi un certain nombre d'observations où cette cause aurait manqué; et, d'un autre côté, on ne comprendrait pas la grande rareté de la gastrite aiguë bien établie aujourd'hui. Ajoutons que, dans les observations données par cet auteur et par d'autres, sous le nom de gastrite, il ne paraît pas, dans la plupart des cas, que l'on ait pris seulement la peine d'interroger les malades sur ce point.

Les réflexions que nous venons de présenter s'appliquent également à l'usage des médicaments irritants, des purgatifs drastiques, des vomitifs, etc. C'est sans aucun fondement que, dans ces dernières années , on a donné à la médication qui emploie ces dernières substances le nom de médication incendiaire. Tout ce qui a été dit à ce sujet n'a évidemment pas l'observation pour base.

Les émotions morales sont-elles des causes efficaces de la gastrite? Dans une des observations dont nous donnons ici l'analyse, et que nous avons rapportées avec détail dans le mémoire déjà cité, une émotion vive et prolongée fut, sinon la cause excitante, du moins l'occasion évidente de la gastrite. C'est, en effet, pendant cette émotion que des aliments ayant été pris à contre-cœur, déterminèrent les premiers symptômes de la maladie, qui fut très violente. Il suit de là qu'une simple indigestion, dans quelque circonstance qu'elle se soit produite, pourrait donner lieu à la gastrite ; cependant on ne devra se prononcer formellement que lorsque des observations plus exactes auront été recueillies.

Quant à Y ingestion de boissons froides ou glacées , le corps étant en sueur , ou après une grande fatigue, c'est là une cause banale admise par les auteurs, mais qui n'est mentionnée dans aucune observation.

Nous n'avons point, comme on l'a vu, parlé de l'influence des poisons acres et corrosifs. C'est que, dans cet article, nous n'avons pas l'intention de traiter de l'inflammation de l'estomac due aux agents toxiques. Cette inflammation, en effet, ne constitue pas à beaucoup près, en pareil cas, toute la maladie, et il suffira de la décrire à l'occasion de chaque empoisonnement en particulier.

Restent maintenant les violences extérieures, les coups, les chutes sur la région épigaslrique, etc. ; mais les faits ne prouvent pas suffisamment l'existence de ces causes. Dans un des cas que nous avons rassemblés , la maladie survint après de violentes secousses causées par le cahot d'une voiture de roulier, pendant un voyage assez long. Doit-on voir dans cette circonstance une cause occasionnelle évidente ?

[En conservant le mot gastrite et en suivant ainsi la tradition, on prend l'engagement de ne pas décrire autre chose que l'inflammation de l'estomac, c'est-à-dire suivant l'habitude et les conventions médicales, un état marqué par de la congestion, de la rougeur, du gonflement, etc. Nous ne ferons pas ressortir ici plutôt qu'ailleurs combien une semblable manière d'étudier est défectueuse, combien cette idée d'inflammation, à priori, est contraire à l'indépendance et au libéralisme dont doit jouir tout médecin qui veut mériter le titre d'observateur consciencieux et non prévenu. Il a donc fallu que le respect de la tradition fût bien grand chez Valleix pour qu'il se soumît à la nécessité de faire un article spécial de la gastrite. A mesure que l'on s'éloigne davantage de l'époque où écrivait Broussais on croit moins à la gastrite spontanée. Sans doute l'estomac est susceptible d'être

le siège de troubles fonctionnels graves et de lésions survenant d'une manière brusque, aiguë, niais c'est dans des circonstances très différentes de celles qu'on a citées. Il ne s'agit plus ici, comme daus la pneumonie ou la pleurésie, ou le rhumatisme, ou l'érysipèle, etc. , d'une phlegmasie survenant sans cause connue et précédée de prodromes, ayant une durée déterminée, une marche connue, etc. il ne s'agit pas non plus de congestion, ni de chaleur avec rougeur, tuméfaction, douleur, etc. Les causes des troubles de l'estomac viennent du dehors, c'est le plus souvent un agent toxique, une substance irritante, ou bien c'est la faiblesse de l'organe digestif à la suite des fièvres ou de toute autre maladie, et l'insalubrité ou la trop grande abondance des aliments ; c'est eu un mot une maladie objective et non subjective, effet et non cause. II serait fort à désirer qu'on put décrire enfin les causes des maladies et non leurs effets seulement. On trouvera des documents utiles sur les maladies aiguës de l'estomac aux articles suivants : Indigestion (p. 2), embarras gastrique (p.- 737), ulcère simple et ramollissement, dyspepsie, inanition, alcoolisme.']

§ III. — Symptômes.

C'est surtout dans l'étude des symptômes qu'il importe de procéder avec ordre et méthode ; car il ne s'agit de rien moins que d'établir les bases d'un diagnostic précis, ce que l'on n'a pas fait jusqu'à présent. .Nous allons d'abord examiner les symptômes du début, et nous passerons ensuite en revue chacun des symptômes importants de la maladie confirmée.

Début. — Dans les observations que nous avons rassemblées, le début a été variable suivant les cas; tantôt, en effet, les symptômes caraclérisqties de l'affection ont été précédés d'un malaise qui a duré de un à huit jours, tantôt ils se sont manifestés rapidement, et tantôt enfin, mais bien plus rarement, la maladie a paru d'une manière subite. Le malaise précurseur s'est montré 7 fois dans les 17 cas que nous avons réunis. Il consistait dans un médiocre degré de faiblesse, un peu de brisement des membres, et uue légère anorexie, jamais dans un dégoût prononcé pour les aliments.

La maladie ne s'est déclarée subitement que dans un seul des cas dont il s'agit. Le malade, au milieu d'une bonne santé, fut pris tout à coup de frissons suivis de chaleur, de douleur vague à la région épigastrique, et, presque immédiatement après, de douleurs vives avec vomissements. Ces phénomènes se montrèrent plusieurs heures après le repas.

Dans les neuf cas où la maladie survint rapidement, mais non d'une manière subite, les choses se passèrent de deux mauières différentes. Chez six sujets, en effet, il y eut d'abord des symptômes locaux, tels que douleur épigastrique, nausées,' vomissements ; et le mouvement fébrile ne survint qu'un peu de temps après. Chez les autres, au contraire, quelques frissons vagues, alternant avec la chaleur, accompagnés d'un peu de courbature, précédèrent de quelques heures l'apparition des symptômes locaux. Nous trouvons donc ici un début semblable à celui qui a lieu dans les inflammations de médiocre intensité, et notamment dans les angines.

Il y a bien loin de ces symptômes à ceux que quelques auteurs ont assignes a a gastrite aiguë, et qui sont des frissons violents, suivis d'une chaleur intense, de

grands troubles cérébraux, une vive agitation, etc. ; mais il faut observer, d'une part, que ces auteurs ont décrit sous le nom de gastrite, différentes espèces de lièvres graves, et, de l'autre, que ne faisant pas remonter le début aux premiers accidents, mais étudiant la maladie à l'époque où les symptômes gastriques étaient très prononcés, ils ont placé au début, des phénomènes qu'on ne retrouve même pas, ainsi (pie nous le verrons plus loin, à une époque avancée de la gastrite. Les observations de ML Andral ne contiennent pas de détails suffisants pour qu'il soit utile de les consulter sur ce point, et d'ailleurs, ainsi que nous l'avons (Ut 'plus haut, elles laissent des doutes sur l'exactitude du diagnostic, au point de vue de la simplicité de la gastrite. On peut donc regarder ce que nous venons de dire du début de la gastrite aiguë comme l'expression exacte des seuls fails observés avec le soin nécessaire.

Symptômes. — De quelque manière que la maladie ait débuté , elle donne ensuite lieu à des symptômes communs que nous allons étudier successivement.

Symptômes locaux. — La douleur épigastrique est un symptôme essentiel qui s'est montré constamment et avec une intensité toujours notable. Cette douleur, qui apparaissait spontanément, soit au début, .soit à une époque peu avancée de la maladie, était toujours exaspérée par la pression. Il importe de la considérer sous ces deux points de vue.

La.douleur spontanée avait des caractères différents suivant les sujets, mais elle était toujours vive. Les uns se plaignaient d'élancements violents dans la région épigastrique; d'autres éprouvaient un sentiment de construction très douloureux; d'autres se plaignaient d'une sensation marquée de brûlure ; en un mot, ils éprouvaient les diverses nuances de douleur observées dans les phlegmasies des muqueuses. Chez deux sujets qui avaient pris une très petite quantité d'aliments légers après le début delà maladie, cette douleur spontanée augmentait notablement immédiatement après le repas, et était calmée par le vomissement. Chez les autres, il y avait des exacerbations, mais à des époques indéterminées. Il faut remarquer que fréquemment une de ces exacerbations de la douleur spontanée était suivie d'un vomissement pénible, ce qui nous porte à penser qu'elles étaient provoquées par l'accumulation des matières.

Dans les observations que nous avons rassemblées, le siège de la douleur est presque toujours indiqué d'une manière générale comme occupant l'épigastre. Dans un, il est dit que la douleur s'étendait jusqu'à l'ombilic, et dans un autre, qu'elle occupait particulièrement l'hypochondre gauche. Nous n'avons donc encore que des renseignements insuffisants sur ce point.

La douleur augmentait sensiblement, dans tous les cas, sous une pression quelquefois très légère; mais, dans aucun d'eux, on ne remarquait cette sensibilité excessive de l'épigastre qui rend incommode le poids des couvertures, et qui, suivant Broussais, serait une des causes les plus efficaces de l'anxiété extrême de quelques sujets. Nous verrons plus loin quelle est la cause qui force quelques malades à se découvrir continuellement la poitrine, et à l'article Gastralgie, nous montrerons que la difficulté avec laquelle les couvertures sont supportées sur la région épigastrique appartient plus à celle névrose qu'à mit; véritable intlammation. C'est dans les endroits où se manifeste la douleur spontanée que la pression détermine

surtout cette exaspération ; néanmoins elle peut exister dans des points plus ou moins éloignés.

I* perte de l 'appétit est un symptôme presque constant; mais nous ne trouvons pas ici celte anorexie complète, ce dégoût prononcé pour les aliments que nous avons signalé comme un des caractères de l'embarras gastrique. Chez un seul sujet, en effet, il y a eu du dégoût pour les alimente ; tandis qae trois ont pu pendant plusieurs jours après le début, continuer à manger, quoique en petite quantité et avec des accidents consécutifs plus ou moins marqués. Chez les autres, la perle de l'appétit a été assez considérable pour que les malades se soient soumis volontairement, pendant plusieurs jours de suite, à une diète sévère.

Le mouvement fébrile était peu intense dans la très grande majorité des cas. Il y avait quelques légers frissons erratiques; un pouls un peu accéléré, variant entre 68 et 112 pulsations, sans autre caractère digne d'être noté; une chaleur un peu élevée et qui n'a été réellement considérable que dans deux cas ; parfois un peu d'accélération de la respiration. Chez deux sujets seulement, ces phénomènes avaient une intensité assez considérable; le pouls, à 120 et 130 pulsations, était dur et élevé ; la peau était sèche et la chaleur brûlante, et il y avait un peu ^agitation la nuit, manifestée surtout par ce mouvement pour se découvrir la poitrine, sur lequel Broussais a si fortement insisté. Nous ne parlerons pas des diverses postures prises par les malades; de la tendance à se rouler dans le lit ; de la jactitation, etc., parce que ces phénomènes n'ont jamais été observés dans les cas dont je donne ici l'analyse, et que les auteurs n'ayant point porté un diagnostic précis, il n'est pas possible d'accepter leur manière de voir sans que de nouveaux faits soient venus nous éclairer.

Résumé. — Tels sont les symptômes que nous croyons pouvoir assigner en toute confiance à la gastrite aiguë simple et primitive. Si nous les résumons, nous voyons que les symptômes essentiels sont : la douleur épigastrique spontanée à la pression, les vomissements bilieux avec ou sans nausées, la perte plus ou moins complète de l'appétit, et enfin un mouvement fébrile rarement intense et non accompagné des symptômes généraux si violents qui caractérisent les fièvres graves.

Jetons un coup d'oeil rapide sur la gastrite qui se développe secondairement ; les symptômes ne diffèrent pas essentiellement. Voici, en effet, comment s'exprime à ce sujet M. Louis (1) : « Variables dans leur durée aussi bien que dans l'époque de leur apparition, les vomissements spontanés furent bilieux et toujours accompagnés ou précédés de douleurs épigastriques ; et tandis que parmi les sujets qui n'eurent que des douleurs à l'épigastre, ou des nausées, ou des douleurs et des nausées tout à la fois, plusieurs avaient la membrane muqueuse dans l'état naturel, tous ceux qui eurent à la fois des douleurs épigastriques et des vomissements de bile avaient cette membrane plus ou moins profondément altérée. Fait important et qui semble indiquer (car les observations analysées sont trop peu nombreuses pour pouvoir affirmer) qu'on doit conclure l'existence d'une lésion de la membrane muqueuse de l'estomac, des douleurs épigastriques et des vomissements de bile réunis. »

Que manque- t-il à ces faits pour ressembler à ceux dont nous avons présenté l'analyse, si ce n'est de s'être produits primitivement et d'avoir donné lieu par eux-mêmes à un mouvement fébrile qui, dans les cas observés par M. Louis, a dû

(1) Recherches sur la fièvre typhoïde, 2e edit. Paris, 1841,1. ï, p. 459.

nécessairement se perdre dans les symptômes de la fièvre préexistante? On n'objectera pas sans doute que, parmi les observations de M. Louis, il en est qui se rapportent au simple ramollissement de l'estomac, car il suffit que la gastrite ait existé dans plusieurs, pour que ce que nous avançons soit exact.

On a dit et répété qu'une soif intense était un des caractères essentiels de la gastrite aiguë, mais cela n'est vrai que pour un certain nombre de cas dans lesquels l'inflammation paraît portée à un haut degré. Dans les 17 observations qui font la base de cet article, six fois seulement on a constaté l'existence d'une soif vive, qui s'est calmée promptement dès qu'il y a eu un peu d'amélioration dans les autres symptômes. Chez deux sujets, au contraire, la soif a été nulle pendant tout le cours de la maladie; et chez les autres, quoique un peu plus élevée que dans l'état de santé, elle a été modérée, un ou au plus deux pois de tisane suffisant pour l'étancher.

C'est encore une opinion généralement accréditée que l'appétence extrême des malades pour les boissons froides et acidulés. Il semble, quand on lit ce que les auteurs ont écrit à ce sujet, que les autres espèces de boissons ne peuvent absolument pas être supportées. Il y a au moins une très grande exagération dans cette opinion. Excepté dans un cas où le vomissement était si fréquent que la plus petite quantité de boisson fade et tiède suffisait pour le déterminer, les malades supportaient les infusions de mauve, l'eau sucrée, la solution de sirop de gomme, etc. Ils préféraient généralement les boissons froides, mais sans pour cela avoir une extrême répugnance pour les liquides légèrement chauds.

Deux symptômes beaucoup plus importants sont les nausées et les vomissements ; les nausées se sont montrées dans la grande majorité des cas, c'est-à-dire chez 15 sujets. Elles avaient précédé, chez quelques-uns les vomissements pendant plusieurs jours; chez les autres, elles alternaient avec ces derniers. Ces nausées, souvent très fréquentes, fatiguent beaucoup les malades ; et, comme elles se manifestent principalement après l'ingestion môme des liquides, ce sont elles qui déterminent à se soumettre à une diète sévère. Au début et pendant plusieurs jours elles constituent assez souvent, avec la douleur épigastrique, les seuls symptômes locaux, et surtout quand on considère que dans les deux cas où un reste d'appétit était conservé, les nausées n'existaient pas.

Les vomissements n'ont jamais manqué chez les sujets dont nous analysons les observations ; seulement ils ont eu une durée et une fréquence très variables. Ainsi, chez quelques-uns, après s'être manifestés au début de la maladie, ils se sont calmés peu de temps après et ont été remplacés par de simples nausées ; chez d'autres, ils ne sont survenus qu'à une époque assez avancée de la maladie; et chez d'autres, au contraire, ils ont persisté pendant tout son cours : ces derniers cas étaient les plus graves.

La fréquence du vomissement est, avons-nous dit, très variable. Chez un sujet très gravement affecté et dont nous avons rapporté ailleurs l'histoire (1), ils étaient presque incessants, et dans les courts intervalles où ils ne se produisaient pas, il y avait des nausées extrêmement fatigantes. Dans des cas, en plus grand nombre, il y a à peine deux ou trois vomissements par jour, et entre ces deux extrêmes les nuances sont très nombreuses.

(1) Bulletin de thérapeutique, loc. cit.

La mQjière de ces vomissements a été, dans tous les cas, au moins à une certaine époque de la maladie, remarquable par la présence de- la ùi/c. Lorsque I ■ , Ï n avait pas pu constater cette présence lui-même, le malade ne laissait aucun don ë SUT ce point, en disant qu il avait vomi un liquide vert ou verdàtre et très amer Ces vomissements de bde doivent donc être regardés comme un des caractères les p us importants de la maladie, et nous aurons fréquemment occasion de les rappeler plus lard. Mais entre ces vomissements bilieux, il y en avait d'aulres composés d ahments chez le peut nombre des sujets qui ne s'étaient point soumis à la diète de boissons et de quelques mucosités chez les autres.

Vétrt delà langue a, comme on sait, été donné comme un signe propre à faire reconnaître 1 existence de la gastrite ; et, suivant les auteurs, cet état serait constitué par la couleur rouge, la forme lancéolée de l'organe, quelquefois même par un aspect semblable à celui qu'on observe dans la scarlatine. Il suffit de jeter un coup d'œii sur les faits, pour voir combien celte manière de voir est erronée. La langue en effet, ne s'est montrée un peu rouge que dans deux cas, encore ne l'était-ellé qu au pourtour, et n'avait-elle nullement la forme lancéolée. Elle était, le plus souvent, large, humide, couverte d'un léger enduit blanc ou jaunâtre à son ceutre. Il est évident que l'on a attribué à la gastrite Simple l'état de la langue observé dans les maladies fébriles intenses avec gastrite secondaire, état qui n'a aucun rapport, ainsi que l'a démontré M. Louis (1) , avec l'inflammation de l'estomac. Cette réflexion s'applique, et à plus forte raison encore, à la sécheresse, à la dureté comme cornée, au fendillement, à la couleur brune de la langue,' qu'il faut regarder comme des signes d'une lésion secondaire des fièvres graves.

Du côté de X abdomen, on ne trouve rien de remarquable, si ce n'est une constipation médiocre qui s'est montrée dans la grande majorité des cas. Trois sujets seulement ont eu , pendant très peu de temps, quelques selles liquides précédées de coliques très légères. Chez deux, les selles sont restées naturelles pendant tout le cours de la maladie. On voit par là qu'il était facile de reconnaître le siège de l'affection, et que l'on ne pouvait pas le placer ailleurs que dans l'estomac. Quant à la conformation de l'abdomen, elle n'a jamais présenté rien de remarquable, soit à fépigastre, soit ailleurs, sauf dans un cas où l'on a noté une légère tension. La percussion a été méthodiquement pratiquée, dans quelques cas , à la région épigastrique, et, sauf l'exaspération de la douleur locale, elle n'a fait reconnaître aucun signe particulier.

Tels sont les symptômes locaux qui appartiennent en propre à la gastrite; il faut en rapprocher un phénomène sur lequel quelques auteurs, et Broussais en particulier, ont fortement insisté, mais qui ne se montre que bien rarement, puisque, sur 17 cas, il n'a été noté qu'une seule fois : c'est une respiration saccadée, semblable à une petite toux sèche, et qu'on pourrait appeler toux yastrique. J'ai constaté l'existence de ce symptôme dans un cas où la gastrite avait une violence bien rarement observée, puisqu'il est très peu de médecins qui puissent dire qu'ils ont vil un seul fait semblable. Sans doute, dans ce cas, le trouble de la respiration était occasionné par l'excès de la douleur, exaspérée elle-même par ies contractions du diaphragme.

II y a bien loin, comme on le voit, de ce phénomène à ce que Broussais a décrit (1) Recherches sur la fièvre typhoïde.

sous le nom de toux gastrique; mais n'est-il pas évident pour tout le monde que, par suite des erreurs continuelles de diagnostic commises par cet auteur, cette prétendue toux gastrique n'est autre chose qu'un symptôme, soit d'une complication du catarrhe pulmonaire, soit de l'état particulier dans lequel se trouve le poumon dans les fièvres graves?

Symptômes généraux. — Si les symptômes locaux ont toujours une intensité notable, il n'en est pas de même des symptômes généraux, et ce n'est pas là un des caractères les moins remarquables de la maladie qui nous occupe.

La céphalalgie, qui, dans l'opinion dont venons de parler, serait extrêmement fréquente et très intense dans tous les cas de gastrite, ne s'est montrée d'une manière un peu notable que dans 11 des 17 cas, et deux fois seulement elle a eu une assez grande intensité. Ce symptôme n'a donc pas toute l'importance que l'on a voulu lui attribuer; cette céphalalgie a été de courte durée, et ne s'est accompagnée ni d'étourdissements, ni de délire , ni de stupeur, ni de somnolence , en un mot , d'aucun des symptômes les plus graves des fièvres intenses. Chez deux sujets seulement il y a eu des étourdissements passagers au début, et jamais de bourdonnements d'oreilles. En somme, cette céphalalgie n'a point eu d'autres caractères que ceux que l'on observe dans les inflammations ordinaires des membranes muqueuses et en particulier du pharynx. Elle était, dans tous les cas, liée au léger mouvement fébrile dont s'accompagnaient les symptômes locaux.

Formes de la maladie. — Il est important de dire un mot des diverses divisions qu'on a introduites dans la description de la gastrite , d'après certains symptômes prédominants, ou qui ont plus particulièrement frappé les auteurs. On a d'abord distingué une gastrite érgsipélateuse et une gastrite phlegmoneusc. La première, suivant les auteurs, est bornée à la membrane muqueuse de l'estomac; la seconde alîecte les autres membranes, et principalement la celluleuse. Celle-ci donnerait quelquefois lieu à de véritables abcès, qui s'annonceraient par des symptômes extrêmement graves. On chercherait difficilement, dans les observations, la preuve de l'existence de cette dernière gastrite, et les auteurs du Comjiendium de médecine, qui ont cité à ce sujet Cullen (1), Naumann (2) et quelques autres auteurs, ont été obligés de reconnaître quel'on avait décrit sous le nom de gastrite phlegmoneuse plusieurs affections mal déterminées, et, en particulier, des abcès de différents organes voisins de l'estomac.

On a encore admis l'existence d'une gastrite subaiguë et d'une gastrite suraiguë. Il est certain que, dans la gastrite, il est des cas d'une violence particulière , et nous en avons cité un exemple; mais ce n'est pas un motif pour en faire une espèce distincte de gastrite : car celle maladie ne diffère en rien , sous ce rapport, des autres affections du même genre.

Nous parlerons peu de la gastrite cholériforme , admise par les auteurs du Compendium, qui, du reste ^ apportent une assez grande réserve dans sa description, et conviennent qu'assez souvent cette prétendue gastrite n'est autre chose qu'un choléra. La grande fréquence des vomissements bilieux et muqueuXi l'abondance des matières vomies, seraient, d'après ces auteurs, les principaux symptômes de cette gastrite.

(1) Eléments de médecine pratique. Paris, 1819, t. I.

(2) Handbuch der Medtcin Klinilc. Berlin, 1834, t. V.

La gastrite causée par les poisons irritants est connue de tout lo ,„,nJ ce n'est pas ici le lieu de la décrire, puisqu'elle dJfair 1 Ta d°; ma,S mente auxquels des articles particu i ers s toi ,„î ■ \' emP<*«>nnepas davantage de la gastrite L^iTteTïXïjï -us occuperons denl, et dans laquelle il faut encore voir une ûLre tvphoïde ^ ^ éVl"

Billard (1) a décrit une gastrite folliculeuse chez les nouve™ , •.

trouvé les caractères anatomiques d ans la ,)résenre rtlfn l . ' ™ *

petites granulations blanches arrondies , ayantl aSPect dc

fois finirent par s'ulcérer ^^^^^ IZl ^ ^ ^ de l'année 1826, il a observé 15 cas L^^iZ^Z^T^ dteaucun. Les autres auteurs n'ont pas parlé de cette orme de ÎÏÏSb steurs même et entre autres M. Louis, n'ont jamais pu déc^pîTScSî"

lonnê de 1 estomac? Mais nous n'insisterons pas davantage sur ce point avant à v revenir a propos de l'ulcère de l'estomac. 1 ' Y 5

Enfin on a admis une gastrite itOemittente t et même une gastrite m«7-

rTt 2)i Lrrmière n'eSt 3Utre Cb°Se ,e tr0uWe de ''-tomac, quïïe montre dan les fièvres intermittentes; et quant à la seconde, on ne trouve dans Tes

observations rien qui autorise à l'admettre.

Lu somme, toutes ces formes diverses que l'on a cru reconnaître dans la gasnte n ont pas une importance réelle. La description précédente a prouvé que dans ^ es cas où l'existence d'un, gastrite étai, bien démontrée,1 les sy^ôme étaient les mêmes a 1 intensité près, et l'on ne doit pas douter que si l'on a admis ainsi 1 existence d un certain nombre d'espèces et de variétés, c'est qu'on a confondu plusieurs maladies entièrement distinctes. Il n'y aurait qu'une seule division qui serait admissible : ce serait celle qui servirait à distinguer la gastrite primitive de la gastrite secondaire. Cette dernière, tout à fait sous l'influence de la maladie principale, est assez souvent opiniâtre et rebelle, en raison même de la gravité et de la persistance dc cette maladie. Elle contribue nécessairement , dans les cas graves, à entraîner les malades au tombeau, tandis que la première cède facilement à un traitement approprié. Il n'y a point entre elles de différences symplomatiques essentielles.

S Iv. — Marche, durée, terminaison de la maladie.

La marche de la maladie est moins rapide, en général, que celle du simple embarras gastrique. Dans un certain nombre de cas, il existait au début des symptômes peu intenses qui tendaient à se prolonger. Plusieurs sujets sont restés ainsi malades pendant plus de quinze jours, sans que l'affection fît de très grands progrès. A plus forte raison en est-il ainsi lorsqu'une diète sévère n'est pas observée; alors la maladie tend à se perpétuer.

Le traitement ayant une très grande influence sur les symptômes de la gastrite,

(1) Traité des maladies dos enfants, 2e édit. Paris, 1833, p. 338.

(2) Naumann et N;cgelc, cités par les auteurs du Compendium de médecine,

GASTRTTE STMPLE CFIRONTQUE. — LÉSIONS ANATOMTQUES. 781

la durée de la maladie est très variable, suivant qu'une médication appropriée a été mise en usage à une époque plus ou moins avancée. Nous voyons quelques sujets qui, après avoir été malades pendant dix et quinze jours, ont été guéris en quatre et cinq jours par un traitement fort simple. Il en résulte qu'on ne peut point assigner de limites précises à la durée de la maladie. Dans les cas que j'ai rassemblés, l'affection ne s'est pas prolongée au delà d'un mois ou un mois et demi, et, dans la plupart des cas, elle n'a pas dépassé une quinzaine de jours.

Chez les sujets dont il s'agit ici, la terminaison a été constamment heureuse. S'ensuit-il que la gastrite simple primitive ne peut jamais avoir une issue funeste? C'est ce qu'il ne m'est pas permis de décider. Dans aucune des observations citées par les auteurs comme exemples de gastrite ayant causé la mort, il n'est démontré que l'inflammation de l'estomac fût simple et primitive, et dans la plupart des cas, au contraire, il est évident qu'elle devait être rangée parmi les lésions secondaires!

§ V. — lésions anatomiques.

Dans la gastrite secondaire, qui est, comme nous l'avons déjà dit, une maladie toute semblable, on a pu fréquemment examiner les lésions que l'on est autorisé à regarder comme appartenant également à la gastrite primitive. Nous avons eu occasion plusieurs fois, et surtout tome Ier, page 37, à l'article Fièvre typhoïde, d'indiquer les altérations propres à la gastrite secondaire. Nous nous contenterons de les énumérer ici.

Ce sont la rougeur, le ramollissement, l'épaississement de la membrane muqueuse, avec les divers degrés connus de ces lésions. Quant au ramollissement saus rougeur, et avec amincissement, comme il doit y avoir un article spécialement consacré à cette altération, nous ne nous en occuperons pas ici; nous ajouterons seulement qu'il ne faudrait pas, d'après une simple rougeur trouvée à la surlace interne de l'estomac, regarder l'existence de la gastrite comme démontrée. Les expériences faites dans ces derniers temps sur l'injection cadavérique prouvent que cette rougeur peut parfaitement se produire après la mort. On a dit qu'on pouvait reconnaître la rougeur due à une inflammation véritable, à ce que le lavage et a macération ne la faisaient pas disparaître; mais des expériences, et en particulier celles de M. Scoutetten, nous ont encore appris qu'une rougeur véritablement inflammatoire pouvait très bien disparaître sous l'influence de ces moyens. Il faut donc qu'il y ait, dans la consistance et dans l'épaisseur de la membrane, des changements appréciables concurremment avec la rougeur.

§ VI. — Diagnostic, pronostic.

Nous venons de voir que les signes auxquels on reconnaît l'existence d'une gastrite sont la douleur épigastriqne, les vomissements de bile et un mouvement fébrile généralement peu intense; par là se trouve confirmé le diagnostic différentiel de cette affection et de Y embarras gastrique présenté plus haut. Nous le reproduisons dans le tableau synoptique ; car nous n'aurions rien de nouveau à y ajouter. :

La gastrite chronique offre souvent des symptômes semblables à ceux de la gas-

,oz MALADIES DES VOIES DICESTIVES.

tj'itc aiguë. Ce n'est donc que par la marche de la maladie et sa persistance que l'on peut reconnaître si elle est aiguë ou chronique. Nous reviendrons sur ce point quand nous aurons fait l'histoire de la gastrite chronique.

Dans quelques cas de cancer de l'estomac, les symptômes offrent; au début de la maladie, un certain degré d'acuité. On pourrait alors croire à l'existence d'une simple gastrite aiguë, et n'être détrompé qu'au bout d'un temps plus ou moins long. Ce diagnostic est donc important; mais pour le porter avec précision, il faut le renvoyer après l'histoire du cancer, afin d'avoir tous les éléments nécessaires. Voyez l'article Cancer de l'estomac.

Dans quelques cas de gastralgie, il existe également des symptômes assez aigus: la douleur de l'épigaslre est vive, les vomissements peuvent se montrer à des époques assez rapprochées, cl il peut même y avoir une excitation assez marquée : mais, même alors, il existe entre les deux maladies des différences notables. Dans la gastralgie, c'est surtout la douleur spontanée qui est remarquable; l'appétit n'est point perdu ; les troubles qui surviennent pendant la digestion sont les signes qui attirent le plus particulièrement l'attention du médecin; enfin, et c'est là le point capital, presque toujours la matière des vomissements est composée d'aliments, de boissous et de mucosités. Ces deux états n'ont donc pu être confondus qu'à une époque où l'on voulait voir partout L'inflammation de l'estomac.

Faut-il maintenant établir un diagnostic entre la gastrite aiguë et les affections fébriles? Ce point était beaucoup plus important à traiter lorsque la fièvre typhoïde, par exemple, étant très peu connue, on ne voyait en elle qu'une inflammation simple de l'estomac et des intestins. Aujourd'hui la confusion n'existe plus pour la grande majorité des médecins ; il suffit, par conséquent, d'indiquer en peu de mots les énormes différences qui existent entre une véritable fièvre typhoïde et une gastrite. Dans la gastrite, ce qu'il y a surtout à noter, ce sont les symptômes locaux; dans la fièvre typhoïde, au contraire, ce sont les symptômes généraux. Dans celle-ci, nous trouvons cette faiblesse si remarquable au début, les étomdissements, les bourdonnements d'oreilles, la céphalalgie intense, les frissons, l'accélération du pouls, la chaleur, en un mot un mouvement fébrile toujours remarquable. Dans la simple gastrite, ces phénomènes étaient nuls ou de peu d'importance. Ajoutons à cela les symptômes qui se manifestent du côté de l'intestin dans la fièvre typhoïde, et nous aurons des différences telles qu'il est inutile d'y insister, et que nous ne croyons pas même devoir faire entrer ce diagnostic dans le tableau synoptique. A plus forte raison la distinction est-elle facile lorsque la maladie est parvenue à une période plus avancée.

Dans les autres maladies fébriles, soit phlcgmasies simples, soit fièvres exanthématiques, des théories qui n'existent plus avaient fait voir à certains médecins le point de départ de la maladie dans des troubles de l'estomac qu'on pourrait rapporter à une inflammation. Il suffirait, pour faire justice de cette erreur, de rappeler que, dans les affections de ce genre, les symptômes gastriques dont il s'agit peuvent avoir lieu pendant un temps assez long, sans laisser dans l'estomac aucune trace inflammatoire. Les recherches récentes d'anatomie pathologique l'ont suffisamment prouvé.

En résumé, le diagnostic différentiel de la gastrite ne présente pas de difficultés, et c'est ce qui nous permet d'en donner un tableau très court.

TABLEAU SYNOPTIQUE DU DIAGNOSTIC

1° Signes distinctifs de la gastrite aiguë et de l'embarras gastrique.

GASTRITE AIGUË

Saveur amère et désagréable nulle ou peu prononcée.

Douleur épigastrique spontanée et à la pression ; poin t de dégoût pour les aliments.

Nausées, vomissements bilieux répètes.

Céphalalgie moins persistante, moins incommode, et en rapport avec le mouvement fébrile.

Fièvre presque toujours assez marquée.

ESIRARRAS GASTRIQUE.

Saveur amère, fade, désagréable.

Gêne dans la région épigastrique plutôt que douleur ; dégoût pour les aliments.

Nausées rares; vomissements bilieux plus rares encore.

Céphalalgie frontale persistante; souvent très incommode.

Fièvre nulle ou très légère.

2° Diagnostic différentiel de la gastrite aiguë et de la gastralgie avec

symptômes d'excitation.

Douleur remarquable à la pression.

Appétit perdu ou très notablement diminué.

Vomissements bilieux.

Mouvement fébrile plus ou moins prononcé.

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