GASTRALGIE
Douleur spontanée, surtout remarquable.
Appétit en grande partie conservé.
Vomissement des aliments, des boissons et des mucosités.
Pas de fièvre.
Pronostic. - D'après tout ce que nous avons dit plus haut , les idées doivent être considérablement modifiées sur le pronostic de la gastrite aiguë simple Nous avons vu, en effet, cette maladie se dissiper très promptement sous l'influence d'un traitement fort simple. Nous ne trouvons, dans aucune observation, aucun signe qui puisse nous indiquer si cette affection a de la tendance à passer à l'état chronique.
§ VII. Traitement.
Envisagée sous ce nouveau point de vue, la gastrite aiguë est loin d'exiger les moyens énergiques, qui, dans les idées en vogue il y a trente ans, devaient lui être promptement opposés. Nous allons voir, en effet, qu'elle a cédé, à une médication presque toujours fort douce.
Émissions sanguines. - Dans les cas que nous avons rassemblés, on n'a jamais mis en usage la saignée générale. L'observation ne nous apprend donc rien sur la valeur de ce moyen. On peut cependant admettre, par analogie, qu'il doit ayon- un certain degré d'efficacité. C'est surtout dans les cas où le mouvement prue est assez intense, que l'on est autorisé à l'employer; mais alors même on ne Sera pas des saignées très multipliées et très abondantes, car rien ne prouve qu'il so.t nécessaire d'y avoir recours. Les sangsues, au contraire, ont été appliquées «ans un assez grand nombre de cas, et un soulagement marqué, qui s'est manifesté le lendemain ou le surlendemain, fait voir que ce moyen a une valeur réelle quoiqu elle ne so.t pas encore parfaitement déterminée. Quinze ou vingt sangsues
MALADIES DES VOIES DlfiESTIVES.
appliquées à l'épigastre suffisent ordinairement. Il est même rare qu'on soit obligé de revenir à cette application; c'est cependant ce qui m'est arrivé dans le cas de gastrite d'une intensité exceptionnelle que nous avons eu occasion d'observer et dont nous avons déjà plusieurs fois parlé. On pourrait suppléer à l'application 'des sangsues par huit ou dix ventouses scarifiées sur la région épigastrique.
Vomitifs. — Nous rappellerons ici cette observation de gastrite intense que nous venons d'indiquer, et dans laquelle un vomitif administré au début, loin d'augmenter les symptômes, procura un soulagement marqué, quoique passager Ce qui nous détermina à recourir à ce moyen , c'est que les premiers accidents s'étaient manifestés après une digestion laborieuse qu'on pouvait regarder comme une véritable indigestion. Ce fait prouve que, dans des cas semblables, on ne doit pas redouter les funestes effets d'un vomitif. Dans les premiers vomissements provoqués par le médicament, on put reconnaître la présence d'aliments mal digérés, et il n'a sans doute pas été inutile d'en débarrasser l'estomac. Les cas de ce genre sont les plus rares, et il est prouvé par les autres faits dont nous avons donné l'analyse, que le plus souvent la maladie est promptement combattue avec succès, sans que l'on ait recours aux vomitifs. C'est donc dans des cas particuliers que l'on sera autorisé à les mettre en usage. Le tartre stibié et Vipécuan/ia , à dose vomitive, sont les substances que l'on doit administrer.
Purgatifs. — La constipation qui existe dans cette maladie a dû nécessairement porter à prescrire quelquefois des purgatifs. Dans deux des observations recueillies par M. Louis, on a donné V huile de ricin à la dose de 60 grammes, et dans deux autres, le calomel à la dose de 30 à 60 centigrammes. Ce n'est qu'à l'époque où les principaux symptômes gastriques s'étaient déjà améliorés, que l'on a eu recours à ce moyen pour combattre la constipation persistante. Cet effet a été obtenu dans l'espace de trois jours, et il n'en est résulté aucun accident du côté de l'estomac. On n'a donc nullement à redouter les suites d'un purgatif léger. Les purgatifs plus violents auraient-ils plus d'inconvénients? C'est ce qu'il n'est pas possible de décider en l'absence des faits; mais comme la constipation n'est pas opiniâtre au point de les exiger, il n'y a pas lieu de s'occuper davantage de celle question.
Narcotiques. — Quelques narcotiques, comme le sirop diacode à la dose de 30 grammes; \' extrait d'opium à la dose de 3 centigrammes, ont été également prescrits dans plusieurs cas ; et si l'on ne peut pas, avec les faits que nous possédons, reconnaître leur degré d'eflicacité, on s'assure néanmoins qu'ils n'ont eu aucun effet nuisible. Nous verrons plus loin , à l'occasion de la gastrite chronique, que les lavements laudanisés ont souvent pour effet d'arrêter les vomissements opiniâtres; on pourrait, dans la gastrite aiguë, s'il existait de semblables vomissements, mettre en usage ce moyen, qui n'aurait pas d'ailleurs d'inconvénients réels.
Nous nous bornerons à ajouter quelques mots sur les boissons et le régime.
Boissons. — Des boissons douces, comme la solution de sirop de gomme, de guimauve, l'infusion de mauve sucrée, peuvent être administrées sans que l'on ait toujours à crainde une grandre répugnance de la part des malades. Dans le cas contraire, quelques boissons acidulées : la solution de sirop de groseilles on de cerises, la limonade légère, seront prescrites. Si les vomissements étaient très fréquents, et qu'en même temps la soif fût extrême, on pourrait recommander au
malade de faire fondre des morceaux de glace dans la bouche. En général, on donne ces boissons à une température peu élevée, ce qui est surtout recommandé lorsqu'il existe un certain degré d'agitation.
Régime. — Presque toujours, les malades se soumettent d'eux-mêmes à une diète sévère. Tant que la douleur épigastrique et les vomissements de bile persistent, on doit prolonger cette diète, mais il n'est nullement utile d'y persister longtemps après la disparition des principaux accidents, comme l'ont prétendu quelques auteurs. On voit, en effet , dans les cas que nous avons rassemblés, une alimentation légère être facilement supportée immédiatement après la cessation de la douleur et des vomissements, et des aliments plus substantiels être bientôt prescrits sans inconvénient. Dans un cas de gastrite suraiguë , il ne fallut pas plus de huit jours pour ramener le malade à un régime presque semblable à celui qu'il suivait dans l'état de santé.
On doit, dans la gastrite, agir avec un peu plus de prudence que dans l'embarras gastrique ; mais ce serait un grand tort que d'être d'une sévérité extrême. Des bouillons, des potages légers, à^lait, peuvent être permis dès le premier jour de la convalescence. Un ou deux jours après, le poisson, les gelées de viandes, etc., seront conseillés, et enfin on arrivera assez promptement à un régime varié, comme dans l'état de santé.
Résumé , ordonnances. — Nous ferons remarquer encore l'extrême simplicité de ce traitement, dont les sangsues, les boissons émollientes ou acidulés et la diète font la base. Une seule ordonnance est donc suffisante , car il ne s'agit que d'insister plus ou moins sur ces moyens, suivant la gravité des cas.
Ire Ordonnance.
1° Pour boisson, tisane érnolliente ou acidulé, à un degré de température peu élevé.
2° Quinze ou vingt sangsues à l'épigastre. Renouveler cette application une ou deux fois, si le tas l'exige.
3° Une potion avec 20 ou 30 grammes de sirop diacode, ou bien une pilule de 0,03 gramme d'extrait thébaïque, le soir. Lavements opiacés contre les vomissements opiniâtres.
k° Après la [cessation des principaux accidents gastriques, combattre la constipation par de légers purgatifs.
5° Diète absolue et repos au lit dans le fort de la maladie. Permettre de légers aliments très peu de temps après la cessation des symptômes principaux.
RÉSUMÉ SOMMAIRE DU TRAITEMENT
Émissions sanguines, vomitifs dans des cas particuliers ; purgatifs, narcotiques ; boissons émollientes ou acidulés, régime.
Vam.rix, 4e <;dit. — Hf.
ARTICLE V
GASTRITE CHRONIQUE S1MPLC.
[Nous répétons ici ce que nous avons dit à l'article gastrite aiguë (p. 775), cJesl que le mot de gastrite n'implique pas L'idée d'inflammation analogue à celle' de la pleurésie, de la pneumonie, de l'érysipèle, etc. , ni une marche analogue à celle de ces phlegmasies; aussi l'expression de gastrite est-elle, tous les jours, déplus en plus abandonnée. (Voy. les articles dyspepsie, ulcère et cancer de l'estomac. ]
§ I. — Définition, synonymie, fréquence.
Il serait utile de pouvoir définir la gastrite chronique simple par une description sommaire de ses principaux symptômes et de ses principales lésions ; mais nous venons de voir que la chose n'était pas possible sans une discussion préalable. Contentons-nous donc, pour le moment, de dire que la gastrite chronique est l'inflammation de l'estomac plus ou moins persistante et avec des symptômes généralement moins violents que ceux de la gastrite aiguë.
Cette maladie a reçu les noms d'inflammation chronique de l'estomac, de ramollissement, de mamelonnemcnt de la muqueuse gastrique, et elle a été décrite implicitement sous les noms de squirrhe, cancer, induration de l'estomac, hypertrophie, etc. Faisons remarquer toutefois que c'est par erreur que les auteurs ont introduit la gastrite chronique dans ces dernières descriptions; car il n'est nullement prouvé, comme on le verra plus tard, qu'une inflammation simple de l'estomac, quelle que soit sa persistance, produise par elle-même les lésions que nous venons de mentionner.
On sent combien il est difficile de donner une idée delà fréquence de la maladie. Avant d'aborder une semblable question, il faudrait eu effet décider si le ramollissement blanc avec amincissement est ou n'est pas une gastrite. Or, n'ayant point cet élément pour la solution du problème, tout ce que je peux dire ici, c'est que la gastrite chronique, beaucoup plus rare encore à l'état de simplicité que la gastrite aiguë, se montre principalement dans le cours des maladies chroniques et de la phthisie en particulier. Nous verrons en effet, plus loin, que c'est dans ces circonstances qu'après avoir présenté des symptômes non équivoques, les sujets offrent à l'autopsie des lésions de l'estomac qu'on ne peut rapporter qu'à l'inflammation : tels sont la rougeur, l'épaississement, le ramollissement de la membrane muqueuse.
§ II. — Causes.
N 'avant donc rien de positif à cet égard, nous n'énumérerons pas les diverses causes admises par les auteurs.
Si nous examinons les observations recueillies par M. Louis, nous voyons que, sur deux sujets qui curent des symptômes assez intenses, la maladie survint chez l'un après des excès alcooliques considérables, et chez l'autre après six mois d'une misère profonde; mais, ainsi que le fait remarquer l'auteur, il est plusieurs considérations qui prouvent qu'on ne doit pas accorder trop de valeur à ces causes. D'abord, chez les autres sujets, on ne nota rien de semblable; et, en second lieu.
le nombre des femmes affectées de la maladie qu'il a décrite était notablement supérieur à celui des hommes. Ce dernier résultat a été confirmé par les observations prises chez les phthisiques et chez les sujets affectés de la lièvre typhoïde. N'oublions pas, toutefois, que M. Louis a décrit ensemble des cas où la lésion était réellement inflammatoire, et des cas où la nature de cette lésion est encore incertaine {ramollissement blanc) , et nous verrons qu'il faut rester dans le doute sur l'influence réelle des causes dont nous venons de parler.
§ III. — Symptômes.
Nous avons voulu chercher quel était le rapport des symptômes et des lésions dans les cas les mieux observés. Dans ce but, nous avons examiné séparément les faits dans lesquels il n'y avait que le ramollissement avec amincissement de couleur blanc bleuâtre (lésion qui, d'après les expériences de M. Carswell (1), doit être regardée comme purement cadavérique) , et ceux dans lesquels il y avait en outre, dans certains points, de la rougeur, de l'épaississement, et surtout le mamelonnement avec couleur grisâtre ou bleuâtre, que, d'après des considérations que nous exposerons plus loin, M. Louis regarde comme un résultat évident de l'inflammation chronique. Or, nous avons trouvé que, dans les uns comme dans les autres, et dans une proportion à peu près égale, il y avait eu tantôt simplement des douleurs à l'épigastre, accompagnées de nausées sans vomissements de bile, ou avec absence complète de vomissements, et tantôt des douleurs épigastriques avec nausées et vomissements de bile : symptômes qui caractérisent la gastrite aiguë.
Il nous paraît donc impossible de distinguer, sur le vivant, les cas clans lesquels on ne trouve qu'un simple ramollissement blanc avec amincissement, et ceux où ce ramollissement se continue avec des traces évidentes d'inflammation. S'ensuit-il qu'on ne doive pas décrire les symptômes de la gastrite chronique? Non, sans doute; cardans les cas dont nous parlons, il y en a eu d'évidents qui nous permettent d'étudier cette maladie ; seulement il ne faut pas oublier que ces symptômes se rapportent également au ramollissement tel qu'il sera décrit dans l'article suivant. Examinons-les donc ici, et renvoyons un peu plus loin la discussion que doit faire naître un sujet aussi compliqué.
Début . — Ainsi que l'a remarqué M. Louis (2), chez un bon nombre des malades, les fonctions digestiues sont déjà altérées lorsque surviennent les symptômes qui caractérisent l'affection. Cela tient évidemment à ce que la maladie ne se montre presque jamais qu'à l'état de complication, et que déjà les fonctions de l'estomac participaient, depuis un temps variable, au trouble plus ou moins grand de presque toutes les autres fonctions. Mais, soit que ces fonctions soient troublées, soit que la maladie survienne, comme dans un cas cité par M. Louis, dans un état de santé à peu près parfaite, le début est le même. Il s'annonce tantôt par la diminution ou la perte complète de l'appétit, par des douie;irs à l'épigaslrc, par des frissons alternant avec la chaleur, par la soif, et plus tard par les nausées et les vomissements; tantôt par ces derniers symptômes apparaissant les premiers avec l'anorexie,
(1) Recherches sur la dissolution chimique, ou digestion des parois de l'estomac (Journal hebdomadaire de médecine, 1830, t. VII.) v
(2) Mémoires ou recherches anatomo-pathologiques. Paris, 1826.
la soif et la fièvre, et suivis parfois, à un intervalle assez long, de douleurs à l'épigastre ; tantôt enfin par l'apparition de tous ces symptômes à la fois, la maladie se ' déclarant avec un assez grand degré d'intensité.
Symptômes. — Lorsque la maladie est confirmée, ces symptômes persistent avec plus ou moins de violence.
Le plus souvent la perte de l'appétit persiste à un assez haut degré pendant tout le cours de la maladie; parfois elle ne se fait remarquer que quelques jours avant la mort; d'autres fois enfin, il y a des variations marquées, de telle sorte qu'aprè avoir été complètement ou presque complètement perdu, l'appétit peut reparaître pendant un temps plus ou moins long. Ce symptôme n'a pas toute l'importance qu'on pourrait lui supposer.
Quant à la soif, elle n'a pas de valeur plus grande, puisque tantôt elle est très forte, et tantôt, au contraire, très légère, chez des sujets qui offrent des lésions identiques. L'appétence des boissons froides n'est pas générale, ainsi que l'a constaté M. Louis ; dans des circonstances en apparence semblables, certains sujets ne veulent boire que froid, tandis que d'autres demandent des boissons tièdes. On n'a pas remarqué que les unes excitassent le vomissement plutôt que les autres.
Les nausées constituent un symptôme important, puisqu'elles se montrent constamment dans la maladie qui nous occupe. Elles sont quelquefois fatigantes poulies malades, et se joignent à l'inappétence plus ou moins complète.
Quant aux vomissements, ils sont beaucoup moins constants; car, sur 12 cas qui forment la première série d'observations publiées par M. Louis, ils ont manqué trois fois. Nous avons voulu encore nous assurer si cette absence complète de vomissements appartenait plus particulièrement au ramollissement blanc, et nous avons trouvé en effet que, dans ces trois cas, il n'y avait ni rougeur de la muqueuse, ni épaississement, ni mamelonnement, ni, en un mot, aucun signe d'inflammation véritable; mais ce résultat, qui semblait important, s'est trouvé détruit par la dix-neuvième observation du mémoire de M. Louis, dans laquelle on a constaté l'absence complète des vomissements, quoique à l'autopsie on ait trouvé un mamelonnement de la muqueuse très considérable avec une altération remarquable du tissu sous-muqueux correspondant à une surface plissée, qui avait l'apparence d'une cicatrice. D'un autre côté, les vomissements, soit de bile, soit plus rarement d'aliments, se montrent avec l'une et l'autre des lésions dont il s'agit.
Quoi qu'il en soit, ces vomissements sont persistants, et reviennent à des intervalles variables, ayant heu, dans quelques cas, plusieurs fois par jour, et se montrant plus rarement dans d'autres. Quelquefois il suffit de l'ingestion d'une petite quantité d'aliments et de boissons pour les provoquer immédiatement. Toutes choses égales d'ailleurs, les vomissements bilieux paraissent plus fatigants pour le malade.
Les douleurs à Vépigastre sont un signe très important à noter. On peut dire qu'elles se montrent presque constamment, car elles n'ont manqué que dans un seul des cas observés par M. Louis, et sur lequel je reviendrai un peu plus loin. Comme dans la gastrite aiguë, ces douleurs sont spontanées ou provoquées. Les
sujets ne se plaignent que d'un peu Rembarras à la région épigastrique, de quelques picotements, d'un sentiment de barre continuelle, ou bien ils accusent d'autres sensations, et entre autres une sensation de chaleur plus ou moins marquée ; dans ces cas encore, on pourrait croire qu'on doit trouver plus particulièrement les signes d'une inflammation non contestable : eh bien ! M. Louis fait remarquer lui-même qu'on a vu chez ces sujets la membrane muqueuse simplement ramollie, amincie et pâle, ou d'un rose plus ou moins vif.
Ces douleurs épigastriquessont toujours notablement exaspérées par la pression, et c'est là un point très important. Suivant la remarque de 31. Louis, elles se sont montrées proportionnées aux nausées et aux vomissements.
Il est rare que les frissons, alternant avec la chaleur, dont nous avons constaté l'existence au début de la maladie, se prolongent pendant tout son cours. Parfois ils se produisent à divers intervalles. L'accélération du pouls n'est jamais très considérable; cependant, quelle qu'elle soit, elle ne mérite pas moins de fixer notre attention, car elle distingue l'affection dont il s'agit d'une simple gastralgie, que, malheureusement pour les progrès de la science, on a si longtemps confondue avec la gastrite. chronique.
Dans les observations de M. Louis, l'exercice des facultés intellectuelles et des organes des sens demeurait sans altération, et il n'y eut, dans aucun cas, de céphalalgie qu'on pût rapporter à l'affection gastrique.
La physionomie, ainsi que le prouvent les faits, n'a quelque chose de remarquable qu'au moment où se font sentir les douleurs épigastriques. Son expression est alors celle qu'elle prend dans les coliques.
On n'a point observé de douleur ni de brisement des membres, qu'on pût rattacher à l'existence de l'affection de l'estomac. L'état des forces est en rapport soit avec l'abondance et la fréquence des évacuations, surtout quand il y a des selles abondantes, soit avec le défaut plus ou moins complet d'alimentation ; mais il est très peu influencé par l'inflammation de l'estomac elle-même, puisque, dans des circonstances différentes de celles que nous venons de signaler, les malades ont pu se livrer à leurs travaux habituels jusqu'à une époque très avancée de leur affection.
Quant à l'état de la langue, comme dans la gastrite aiguë, il n'offre point cet aspect particulier qu'on a voulu donner comme un signe propre aux affections de l'estomac. Tantôt dans l'état naturel, tantôt seulement un peu rouge à la pointe, avec des villosités blanches ou roussâtres au centre, la langue est toujours humide, à moins que la gastrite ne survienne dans le cours d'une autre maladie, dans laquelle le mouvement fébrile influe sur l'état de cet organe.
Tels sont les symptômes qu'on peut assigner à la gastrite chronique. Dans la plupart des cas dont j'ai fait l'analyse, la gastrite était à l'état de complication: peut-on en conclure que les symptômes ont été modifiés par cette circonstance, et qu'ils auraient été différents si la maladie s'était montrée à l'état de simplicité ? C'est ce qu'on ne saurait admettre; car si l'on examine les observations de cette dernière espèce qui ont été recueillies en petit nombre, on trouve que tous les phénomènes ont été absolument les mêmes, et la guérison survenant a prouvé que la maladie n'était nullement sous la dépendance d'une affection organique profonde.
En résumé donc, la gastrite chronique reconnnaît pour symptômes : la perle plus ou moins complète de l'appétit, les douleurs épigastriques, les nausées, les
vomissements, soit de bile, soit d'aliments, et que parmi ces phénomènes les nausées et les douleurs à l'épigastre sont les plus constants.
Il est des cas cependant où ces derniers symptômes peuvent manquer euxmêmes, et alors la maladie est véritablement latente. M. Louis en a cité un exemple remarquable dans la dix-neuvième observation de son mémoire, où l'on trouva un mamelonnement considérable de l'estomac avec épaississement de la muqueuse et sécrétion d'un liquide visqueux, quoiqu'on n'eût observé d'autres symptômes qu'une anorexie persistante : nouvelle cause évidente du vague et de l'incertitude où nous sommes sur les signes positifs de l'affection qui nous occupe.
§ Iv- — Marche, durée, terminaison de la maladie.
Relativement à la marche et à la durée de la maladie, nous laisserons parler M. Louis, qui a analysé ses observations sous ce point de vue. « En général, dit-il, la maladie parcourait ses diverses périodes avec lenteur, sa durée était considérable , et l'on peut croire qu'elle l'eût été encore davantage sans les complications qui existaient. On l'a vue de trois mois et demi dans un cas , de six dans un autre, de treize dans un troisième, sans que l'on ait observé une différence correspondante dans l'état des organes après la mort. . .
» Dans sa forme chronique, la maladie, comme toutes les affections de long cours, n'avait pas une marche uniforme ; elle semblait quelquefois stationnaire ou même tendre vers la guérison; mais le mieux apparent était promplement suivi de rechutes. Nous en avons signalé un exemple remarquable chez un sujet qui, après cinq mois de maladie, recouvre l'appétit pendant un espace de temps à peu près aussi considérable, paraît enti er en convalescence, et dont l'affection n'en marche pas moins ensuite, bien qu'avec lenteur, vers une terminaison funeste. »
Quant à la terminaison, s'il est vrai de dire que, dans le plus grand nombre des cas, elle a été fatale, il est permis de croire que, dans la plupart d'entre eux, ce n'est pas à l'affection de l'estomac qu'il faut attribuer cette issue malheureuse, mais bien aux progrès de l'affection principale à laquelle la gastrite chronique est venue se joindre comme nouvelle cause de mort. Ce qui le prouve , c'est que M. Louis a cité trois observations dans lesquelles la guérison a eu lieu, bien que les symptômes aient eu une intensité remarquable. En pareil cas, les vomissements s'apaisent d'abord, puis les nausées, puis les douleurs épigastriques, et enfin on voit l'appétit revenir peu à peu à son état normal.
§ V. — Diagnostic, pronostic.
Nous ne pouvons pas nous étendre longuement ici sur le diagnostic différentiel de cette affection ; nous devons le renvoyer après l'histoire du ramollissement blanc, du cancer et de la gastralgie. En attendant que nous ayons les éléments de ce diagnostic si difficile, j'insisterai sur la valeur séméiologique des symptômes, et, pour cela, je ne saurais mieux faire encore que d'emprunter à M. Louis tout ce qu'il a dit à ce sujet.
« Nous avons vu, dit-il, que l'affection dont il s'agit se développait le plus souvent chez les sujets dont l'appétit et les digestions étaient altérés depuis un temps considérable; qu'à son début il y avait fièvre, nausées, vomissements, anorexie