PLEURÉSIE AIGLE. — SYMPTÔMES
Tels sont les svmptômes de la pleurésie aiguë avec épanchement, lorsqu'elle suit sa marche ordinaire, et qu'elle envahit une assez grande étendue de la poitrine. Mais il est quelques variétés dont il importe de dire un mot ici.
Variétés. — Et d'abord, sous le rapport du siège, nous avons les pleurésies partielles, divisées en diaphragmatiques, médiastines, costo-pulmonaires ou interlobaires, suivant le point qu'elles occupent.
La pleurésie costo-pulmonaire ne présente rien de remarquable, si ce n'est son étendue limitée par des fausses membranes dans un point circonscrit des parois thoraciques. On a vu de ces pleurésies partielles bornées à la partie moyenne de la poitrine, et quelquefois à la partie inférieure. M. Andral (1) en cite quelques exemples.
Dans d'autres cas, la pleurésie est bornée à une petite étendue de la membrane qui tapisse, d'une part, la base du poumon, et de l'autre la face supérieure du diaphragme ; elle prend alors le nom de pleurésie diaphragmatique. La gêne de la respiration, la douleur plus ou moins vive qui se fait sentir pendant l'inspiration, et le mouvement fébrile, sont alors les signes principaux, le plus souvent insuffisants pour le diagnostic. La pleurésie médiastine est toujours compliquée* et résulte presque constamment d'une rupture du poumon. Quant à la pleurésie interlobaire, elle est fort rare ; M. Andral n'en cite qu'un cas observé chez un tuberculeux. Quelquefois les accumulations de pus qui se forment dans les scissures interlobaires ont été prises pour des abcès du poumon, erreur que l'on évitera en examinant attentivement leur siège. On voit que ces variétés de la pleurésie n'ont qu'une importance médiocre.
Lorsque celte maladie n'est point accompagnée d'épanchement, on lui a donné le nom de pleurésie sèche, qui a pour caractère particulier le bruit de frottement pleurétique. Ce bruit, que l'on remarque dans un certain nombre de cas de pleurésie ordinaire, lorsqu'on peut observer les malades avant que l'épanchemeht se soit formé, persiste pendant tout le cours de l'affection dans quelques cas rares dont M. Barth a cité récemment un exemple remarquable. Il consiste dans un bruit sec, qui se fait entendre pendant l'inspiration et l'expiration , et qui ressemble à celui que produiraient deux corps dépolis frottant l'un sur l'autre.
Une autre variété est la pleurésie double , qui est fort rare, au moins au début, dans les cas non compliqués. Les signes se manifestent alors des deux côtés de la poitrine, et, de plus, les deux poumons étant comprimés, il en résulte une dyspnée et une anxiété beaucoup plus grandes.
Modifications des signes physiques dans le cours de la maladie. — Jusqu'à présent, nous n'avons guère considéré les symptômes que dans la période d'augmentation de la maladie; mais, à une époque plus ou moins avancée, il survient de grands changements. La douleur s'apaise, la respiration se calme, à moins que l'épanchement ne fasse des progrès très rapides, et le mouvement fébrile diminue ou disparaît complètement. Pendant quelque temps, les malades restent dans cet état; puis, si la maladie doit se terminer par la guérison, la matité commence à diminuer dans les parties supérieures; le murmure respiratoire se rapproche de l'oreille; il est d'abord dur, puis il s'adoucit et revient à l'étal normal. Ces changements s'opè-
(1) Clinique médicale. Paris, 1840, t. IV.
mil peu à peu el de haut en bas, jusqu'à ce qu'enfin ils soient complets dans tonte l'étendue du poumon. Il est fort rare néanmoins que le bruit respiratoire recouvre, avant un temps assez long, son intensité primitive, ce qui est dû aux fausses membranes qui s'interposent entre lui et l'oreille; aussi sa diminution d'intensité estelle beaucoup plus remarquable à la partie inférieure, où ces fausses membranes • sont plus épaisses.
Un phénomène que l'on remarque encore lorsque l'épanchement disparait, est le bruit, de frottement qui a été noté dans presque toutes les observations de M. Bouillaud. Le liquide, en se résorbant, laisse en contact deux surfaces chargées de fausses membranes rugueuses, qui, au moindre mouvement, produisent le bruit sec dont il s'agit. M. Maingault (1) cite un fait observé dans le service de M. Requin, et dans lequel le bruit de frottement était comparable à une crépitalion produite par des fragments osseux; il était perçu par l'application de la main aussi bien que par l'auscultation et entendu par l'observateur et le malade; ce même malade avait eu une pleurésie six ans auparavant.
Un autre bruit qui n'a point suffisamment attiré l'attention des auteurs survient parfois à la fin des pleurésies, et surtout à la fin des pleurésies limitées qui accompagnent la pneumonie : c'est un râle humide très voisin de l'oreille, et beaucoup plus fin que le râle sous-crépitant ordinaire. On explique très bien l'existence de ce râle par le frottement, le tiraillement et la pression de fausses membranes humides; car ce bruit est semblable à celui qu'on obtient en pressant entre les doigts une éponge très fine légèrement imbibée d'eau.
Dans quelques cas rares signalés par M. Trousseau (2), la maladie est remarquable par la faiblesse du malade et par la petitesse du pouls. Ce médecin a vu plusieurs cas de ce genre se terminer par la. mort. ; i! en a cité d'autres semblables observés par des médecins habiles, et c'est ce qui l'a engagé à pratiquer la paracentèse du thorax, opération dont nous parlerons plus loin. J Tels sont les symptômes de la pleurésie simple aiguë. Quant aux complications, ce n'est point ici le lieu de s'en occuper. Nous en avons déjà fait connaître quelques-unes (3), et les autres se présenteront dans d'autres articles.
^ IV. — Marche, durée, terminaison de la maladie.
La marche de la pleurésie aiguë est ordinairement croissante et toujours rapide. Le nlus souvent, en trois ou tpatre jours, les premiers accidents disparaissent, pour faire place aux signes de l'épanchement. Quant à ceux-ci, ils persistent plus longtemps, et, dans quelques cas, restent stationnais pendant plusieurs semâmes. O °u'ôb se ve pas dans la marche de cette affection des irrégularités auss, grandes aùe dans la pl upart des autres phlegmasies. Quelques auteurs ont néanmoins .ïïdô des JeJésies intermittentes; mais il est évident qu'ils ont eu en vue des fiottClifféreiites de la pleurésie, et principalement des pleurodvn.es ou des uévralgics intercostales.
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(3) Voy. Pneumothorax, Tubercules, etc.