‹ Guide du médecin praticien, ou, Résumé général de pathologie interne et de thérapeutique appliquées [electronic resource]Chapitre 83 sur 306 · ANEMIE · texte numérisé non relu

ANEMIE

Mêmes signes que dans le paragraphe précédent, plus la décoloration plus ou moins complète due à l'anémie.

De tous ces diagnostics, le plus important, sans contredit, est celui qui est relatif à la chlorose. Ce sont les palpitations causées par cette maladie qui ont donné lieu le plus souvent à l'erreur. C'est aussi parce qu'on n'a pas assez bien distingué ces deux états différents, l'hypertrophie et les palpitations chloroliques, qu'on est arrivé a des résultats si contradictoires dans le traitement de la maladie qui nous occupe. On ne saurait trop, par conséquent, fixer son attention sur l'état général du sujet qui offre des palpitations, puisque de cet état général dépendent et le pronostic et le traitement.

Pronostic. — Le pronostic de l'hypertrophie est grave, même en admettant, avec Laennec et M. Bouillaud, la possibilité de la guérison. Ce n'est, en effet, que dans des cas très rares qu'on a vu s'arrêter la marche des symptômes, et dans ces cas on n'avait que des présomptions en faveur de l'existence d'une hypertrophie. Le plus souvent cette maladie fait sans cesse des progrès, jusqu'à ce qu'enfin elle entraîne les malades au tombeau. Ce que nous avons dit de sa plus ou moins grande durée, suivant les cas, prouve que la dilatation des cavités du cœur lui donne un haut degré de gravité.

S VII. — Traitement.

Les médecins qui ont précédé Corvisart ont exposé très longuement, sous le nom de traitement des palpitations ou de l'anévrysme, les moyens mis en usage contre ] es maladies graves du coeur. Mais ils savaient si peu distinguer les divers états mor-

MALADIES DES VOIES CIHCULATOIlîl.S.

dnuiS1!!'8 ranSeaie," souveilt sous le même chef les affections nerveuses chlore tiques et organiques. On peut se faire une idée de la rnnf„fi;™ » ce rapport, dans la pratique, on lisant L'article qu ^Bor T\ " le traitement des anévrysmes. Son-seulement les JèLl^A SW ceux de l'aorte et les dilatations des gro^dTe^ST™» t T ma'S CnC0''e puisse distinguer véritablement ce q\,i L «t^"*

donc co.nb.en on do, être réservé en accueillant ce que ces auteurs non ont tr nus car les affections qu'ils ont ainsi traitées pêle-mêle ont une gravité l e v riable, et les moyens qui réussissent dans Tune peuvent fort bien être nu Hes ou même nuisibles dans l'autre. Nous allons passer en revue les divers moyem lroposes par les auteurs, après quoi nous présenterons les principaux t aiten en s complexes préconisés par eux. 1 .cuicn.s

Émissions sanguines. - Dès qu'on a reconnu l'existence des maladies organiques du cœur, on a eu recours à la saignée, et souvent à des saignées copieuses On sait que ce sont des saignées élevées à une très haute dose, jointes au régime qu. forment la base du traitement d'Albertini et de Valsalva. Depuis ces auteurs' on a largement usé de ce moyen. C'est ordinairement la saignée générale que l'on met en usage. Tantôt petite, mais renouvelée fréquemment; tantôt très copieuse mais faite à des intervalles plus éloignés, et seulement lorsque l'intensité des symptômes le réclame, elle trouve sa place dans tous les traitements, et bien que par'elle (employée seule du moins) on ne soit jamais parvenu à guérir une hypertrophie cependant elle est si souvent immédiatement suivie d'une amélioration sensible' qu'on ne peut pas douter de son action avantageuse. Il est néanmoins des cas où l'on recommande d'être sobre de la saigné> : ce sont ceux où, en même temps qu'une hypertrophie, il existe une dilatation considérable. Hope a principalement insisté sur ce point. Mais, ainsi que l'ont fait remarquer les auteurs les plus récents, il n'est pas rare de voir une amélioration très marquée suivre la saignée, alors que la dilatation n'est pas douteuse, et souvent l'intensité des symptômes force elle-même le médecin à y avoir recours. L'efficacité de la saignée passe généralement pour un fait si bien démontré, qu'on recommande d'ouvrir la veine chez les enfants, dès que la chose est possible. Les saignées locales, telles que les sangsues, les ventouses scarifiées, ne sont cependant pas exclues du traitement de l'hypertrophie. S'il n'y a aucune indication particulière à remplir, c'est à la région précordiale qu'on les applique; s'il existe une congestion sanguine du foie, ce qui est plus rare dans l'hypertrophie simple que dans l'hypertrophie avec obstacle au cours du sang, huit, dix ou quinze sangsues appliquées à l'anus font facilement disparaître cet engorgement incommode.

Diurétiques. — Les diurétiques jouent un trop grand rôle dans le traitement des maladies organiques du cœur, pour qu'on les ait oubliés dans l'hypertrophie; mais comme on n'y a guère recours que dans les cas où il existe un œdème ou une hydropisie ascite, il faut admettre que ces médicaments ont été principalement dirigés contre les hypertrophies compliquées, et surtout dans les cas où le cours du sang était arrêté aux orifices. La digitale, employée à la fois comme diurétique et comme sédatif du cœur, est une des substances les plus usitées : c'est AVithering (1) qui la conseilla le premier comme le principal remède de l'hydro-

(1) Voy. Kreysig, loc. cit.

pisie, et qui remarqua la diminution des battements du cœur sous son influence. Ce fut là ce qui engagea à la mettre en usage dans l'hypertrophie. Aujourd'hui on possède de trop nombreux exemples de ce fait pour que, malgré les objections fondées sur quelques cas exceptionnels, on puisse se dispenser de prescrire ce médicament dans les cas dont il s'agit. La manière la plus simple est de l'administrer en pilules, à la dose d'un à six décigrammes de poudre ou d'extrait, graduellement administrés; ou bien de faire prendre la teinture alcoolique à la dose de dix à trente-cinq gouttes, ou la teinture élhérée à la dose de dix à vingt gouttes dans une potion. Mais souvent les médecins ont associé la digitale à plusieurs autres substances; c'est ainsi que Gœlis conseille dans les palpitations, chez les enfants, la formule suivante :

If Teinture alcoolique de digitale 6 grain. Succinate d'ammoniaque. ... 2 gram.

Dose : de cinq à dix gouttes par jour.

Laudanum de Sydenham 125 gram.

M. le docteur W. Munk (1) distingue dans la digitale deux actions, l'une dépressive, l'autre antispasmodique. Cette dernière surtout se développe, selon lui, lorsqu'on associe la digitale avec un autre antispasmodique, et elle agit alors très bien contre les palpitations nerveuses. Mais on se demande quelle est, en pareil cas, la part d'actioii qui revient à chacun des médicaments. Il résulte des faits cités dans le mémoire que MM. Homolle et Quevenne (2) ont présenté à l'Académie de médecine, que la digitaline peut remplacer avantageusement la digitale. Suivant ces auteurs, elle a toutes les propriétés thérapeutiques de cette substance; son énergie est constante et n'exige que de faibles doses (2 « 5 milligrammes dans les viugtquatre heures). On l'administre par granules contenant 1 milligramme du médicament.

Le sirop de pointes d'asperges a été vanté, au même titre, comme très utile dans la maladie dont il s'agit. Mais, sur ce point, les expériences sont insuffisantes. Broussais (3) le recommandait très fortement. En général, on l'administre dans une potion à la dose de trente à quarante-cinq grammes. Le docteur Gordon l'a donné en lavements ainsi qu'il suit (4) :

^ Eau chaude 220 gram. | Sirop de pointes d'asperges l grain.

Pour un lavement, Le répéter chaque jour.

Les simples diurétiques, tels que le nitrate de potasse, l'acétate de potasse, ele lie sont guère administrés que dans les cas où il existe une hydropisie marquée [ c'est-à-dire principalement dans ceux où l'hypertrophie est accompagnée d'une lésion qui gêne plus ou moins le cours du sang.

Les purgatifs, employés depuis fort longtemps, ont été principalement préco-

(1) Guy' s hospilal Reports, octobre -1844.

(2) Bulletin de l'Acad. deméd., séance du 4 février 1851, t. XVI p. 383

(3) Annales delà méd. phys., 1829.

t. XXXIX°neP'â N°HZm am d°m Gebi6lC de'' Natur Und Heilkmde- Weimar, 1833,

nisés dans ces dernières années par Laennec « Ils ann* Au ;i que les diurétiques , et l'on doit d'autant moin a 1 1 T P UtHeS répétition un peu fréquente dto^^^^? r ^

tout aussi efficacement que la saigné Xmême ? !r 1 facll0»fdu cœur

aucune trace d'hydropisi , ritoSriUÏSÏÏL 1 ™ F* ^ j ^ ' ^'CUI1Lltf> saignées ne sou agent nas p rmhHo »J ou deux purgatifs rendent souvent la suivante plus utile. ! e fâlfx aUe Laennec n'ait pas appuyé son assertion sur •mM^Mv^^^Si eue dans son ouvrage, car l'exemple qu'il emprunte à Corvi art n'est pas suffisan Dans ce cas, en effet, on ne constata que la disparition d'une hydropis^ fait observé dans plusieurs autres cas où l'on a employé un autre traitement et en outre on ne du pas quel fut ensuite l'état du cœur. Quoi qu'il en soit , ce ont les purgatifs drastiques qui, suivant Laennec, doivent être mis en usage. On pourra par exemple, prescrire les pilules suivantes :

^ £°He-Sulte 0,60 gram. Réglisse pulvérisée 0 s

Rob de sureau Q. s. s-

Faites trente-cinq pilules, dont on prendra cinq par jour.

Lejalap, l'aloès, et même l'extrait de cologuinte , peuvent être mis en usage dans le même but. 5

On a employé aussi des sédatifs variés dans le traitement de l'hypertrophie du cœur. Les principaux sont : l'acide hydrocyanique et l'eau de laurier-cerise Ces médicaments n'ont pas, dans cette affection, une efficacité assez bien démontrée pour que l'on doive les recommander, le premier surtout , qui est d'un emploi si dangereux.

Kreysig prescrivait particulièrement l'alun dans des cas où il supposait qu'il y avait un embarras marqué de la circulation. Mais comme cet auteur ne dislingue pas, au moins sous le rapport du traitement, les divers états morbides , on ne sait dans quels cas il faut avoir recours à l'administration de cette substance, dont par conséquent nous ne croyons pas nécessaire de parler ici.

Les ferrugineux ont été aussi mis en usage; mais si l'on considère qu'ils sont vantés par des auteurs qui confondaient entre elles la véritable hypertrophie et les palpitations chlorotiques (sous le rapport du traitement, du moins, car depuis très longtemps on a signalé l'existence des palpitations dans la chlorose), on se demandera nécessairement si les cas de guérison qu'on a cités n'appartiendraient pas tout simplement à la chlorose. Dans les cas où l'on croit devoir administrer les préparations ferrugineuses, les pilules de Blaud ou dé Vallet, la limaille de fer, etc. , remplissent facilement l'indication.

Restent maintenant les médicaments destinés à agir directement sur le tissu hypertrophié, et à le réduire à son état primitif. C'est sous ce point de vue qu'on a prescrit certaines eaux minérales, telles que l'eau de Vichy (1) et celles dont la composition s'en rapproche plus ou moins. Ainsi Kreysig recommande les eaux de Carlsbad, d'h'ms, de Sellz, etc. C'est également dans ce but que le même auteur

(1) Voy. Nicolas, !\ouvcaux faits à l'appui de l'emploi des eaux de Vichy contre certaines affections organiques du cœur (Bulletin gén. de thérap., 30 juillet 1852).

vante les boissons copieuses d'eau pure , qui, selon lui, ont, entre les mains de pouteau et de Theden, fait disparaître des squirrhes et des cancers, auxquels il compare la maladie organique du cœur dont nous nous occupons. D'un autre cote, mielnues auteurs proscrivent ces boissons abondantes, dans la crainte qu elles n'augmentent la tendance à l'bydropisic, et qu'elles n'occasionnent une trop grande distension du système sanguin. Mais tout porte à croire que ces craintes sont exagérées, et, vu la grande action du sang dans la production des affections organiques du cœur, on peut espérer qu'en introduisant une quantité considérable d'eau dans ce liquide, on diminuera la cause incessante des progrès de la maladie.

Moyens divers. — On a recommandé encore un nombre assez considérable de médicaments, tels que la racine de serpentaire, Y hydrochlorate d'ammoniaque, les opiacés , etc. ; mais ces moyens paraissent bien plutôt avoir été mis en usage, dans des cas de palpitations nerveuses que dans tout autre.

L 'opium, la jusquiame, le lactucarium, ont été administrés aux doses ordinaires, sans que rien vienue déposer en faveur de leur efficacité.

Moyens externes. — En même temps que l'on a donné à l'intérieur les substances que nous venons d'indiquer, on a prescrit, à l'extérieur, diverses applications. Ainsi, des vésicatoires et même des cautères à la région précordiale, dans le but de produire une révulsion; Y immersion fréquente des extrémités dans l'eau chaude, conseillée principalement par Morgagni ; des frictions irritantes, etc. Le docteur Turnbull a vanté des frictions faites sur la région du cœur avec la pommade suivante (1) :

If Vératrine de 0,75 à 4 gram. | Axonge 30 gram.

Pour frictions matin et soir.

Mais il serait très difficile d'apprécier la valeur de ce médicament.

Régime. — De l'avis de tous les auteurs, le régime a la plus grande importance dans le traitement de l'bypertrophie du cœur. Tous recommandent de ne donner que des aliments très légers : du poisson, des légumes frais, du laitage, etc., et d'en diminuer la quantité autant, que le malade peut le supporter. C'est encore là un des principaux points du traitement d'Albcrtini et de Valsai va que nous exposerons plus loin. En même temps il faut supprimer complètement les boissons alcooliques, et ne permettre que de l'eau pure ou très faiblement rougie.

C'est un très grand point que d'épargner au malade toutes les émotions violentes ou tristes, toutes les impressions subites qui peuvent porter leur action sur le cœur; on doit également, tout en leur prescrivant un exercice modéré, et surtout ce que l'on appelle l'exercice passif, c'est-à-dire les promenades en voiture ou sur un cheval d'une allure très douce, leur défendre expressément tout exercice violent et lont mouvementdésordonnéqui pourrait accélérer considérablement la circulation. Pour éviter des efforls dangereux, ils doivent se tenir constamment le ventre libre, et apporter le plus grand soin dans le traitement des plus légères affections de poitrine, qui peuvent également avoir pour effet l'accélération des mouvements du cœur. En un mot, on prendra les précautions générales suivantes ;

(1) An investigation inio the médical e/fecls of veratria. London, 1834.

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