DU COEUR
Ne prendre qu'une petite quantité d'aliments très légers. S'abstenir de vin pur et de liqueurs fortes. Éviter les vives émotions morales.
Ne se livrer qu'à un exercice modéré, et surtout à un exercice passif Tel est le traitement de cette affection trop souvent rebelle ; il nous reste mainte nant à indiquer celui qui a été mis en usage par Albertini et Valsalva (1) et qui a été ensuite appliqué par Laennec avec quelques modifications.
TRAITEMENT D'aLBERTINI.
Ce médecin eut l'idée d'employer les moyens suivants : Pratiquer une ou deux saignées copieuses; faire garder le lit; peser les aliments, de manière à diminuer chaque jour leur quantité, et à finir par n'accorder que ce qui est absolument nécessaire pour la conservation de la vie; ne donner cette quantité qu'en trois ou quatre fois par jour, afin de n'introduire dans le sang qu'une petite portion de substance nutritive, et de ne stimuler que médiocrement les vaisseaux. Si l'on veut un exemple de la rigueur de ce traitement, on n'a qu'à lire une observation rapportée par Morgagni, dans laquelle le malade était réduit à ne prendre le matin que 250 grammes de bouillie, et le soir à peine la moitié de cette quantité, ne buvant du reste qu'une quantité minime d'eau rendue mucilagineuse avec la colle de poisson. On a vu des malades soumis à ce régime pouvoir à peine, au bout d'un certain temps, soulever leurs membres affaiblis. En même temps Albertini et Valsalva faisaient parfois des applications froides sur la poitrine.
D'après Albertini, ce traitement aurait eu des résultats très heureux. Parmi les sujets jeunes encore, lorsque la maladie n'était pas trop invétérée, il y en eut qui furent entièrement guéris et d'autres en grande partie. Chez les vieillards et lorsque la maladie est d'ancienne date, on parvient à arrêter les progrès du mal.
Certes, ce résultat serait très beau et devrait faire insister pour l'adoption de ce traitement, si plusieurs raisons ne venaient faire naître des doutes sur son efficacité. Rappelons d'abord ce grand point, qu 'Albertini et Valsalva ne pouvaient pas, dans l'état où était alors la science, porter un diagnostic sûr, et ensuite remarquons qu'ils ont indifféremment parlé de l'anévrysme de l'aorte et de l'hypertrophie du cœur. On s'explique ainsi comment, dans les applications ultérieures de leur traitement, on n'a point été aussi heureux, et comment Laennec lui-même, qui employait une médication semblable, n'a pas pu citer d'exemple bien authentique de guérison. — Voici le traitement que ce dernier mettait en usage :
TRAITEMENT DE LAENNEC.
Ce traitement, dit l'auteur, doit être fait d'une manière énergique, surtout dans les commencements, et, en cherchant à affaiblir le malade, il faut plus craindre de
(1) Comment. Bo)ion.,t. I. — Valsalva, Opéra moilica. Venetiis, 1740, 1! vol. in-4".
HYPEftfRÔPlllÊ DU COËUrt. — TRAtT EMENT". 193
rester en deçà du but que de le dépasser. On commencera donc par des saignées aussi copieuses que le malade les pourra supporter sans tomber en défaillance, et on les répétera tous les deux, quatre ou huit jours au plus tard, jusqu'à ce que les palpitations aient cessé et que le cœur ne donne plus au stéthoscope qu'une impulsion médiocre. On réduira en même temps, de moitié au moins, la quantité des aliments que le malade prenait ordinairement, et l'on diminuera même cette quantité, s'il conserve plus de forces musculaires qu'il n'en faut pour faire pas à pas une promenade de quelques minutes dans un jardin. Chez un adulte vigoureux, nous réduisons ordinairement la quantité des aliments à quatorze onces par jour, dans lesquelles les viandes blanches entrent seulement pour deux onces. Si le malade veut prendre du bouillon ou du lait, nous comptons quatre onces de ce liquide pour une de viande. Le vin doit être interdit. Lorsque le malade a élé à peu près pendant deux mois sans éprouver de palpitations et sans présenterd'impulsion forte du cœur, on peut éloigner les saignées et diminuer quelque chose de la sévérité du régime, si l'habitude n'a pu familiariser encore aucunement le malade avec elle. Mais il faut revenir aux mêmes moyens et avec une égale vigueur, si par la suite l'impulsion du cœur augmente encore.
On ne doit avoir confiance dans la guérison qu'au bout d'une année d'absence complète de tous les symptômes, et surtout de tous les signes physiques de l'hypertrophie. Il faut craindre de se laisser tromper par le calme parfait qu'amènent quelquefois très promptement la saignée et la diète , surtout lorsque l'on a commencé le traitement à une époque où l'hypertrophie était déjà accompagnée de dyspnée extrême, d'anasarque et d'autres symptômes qui faisaient craindre une mort prochaine.
Ce traitement n'est employé dans toute sa rigueur par Laennec, que dans le* cas où la maladie n'a pas fait de progrès assez grands pour déterminer les infiltrations séreuses et un état de cachexie très marquée. Mais s'il en est ainsi, sans renoncer à l'emploi des saignées et de la diète, il a recours aux diurétiques, aux purgatifs et aux autres moyens indiqués plus haut. Voyons maintenant quel est le traitement adopté par Hope.