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COMMUNICATION DES CATJTÉS DROITES ET GAUCHES DU COEUR

g IV. — Marche, durée, terminaison de la maladie.

Dans la très grande majorité des cas observés par M. Louis, la marche de la maladie n'a pas différé sensiblement de celle de l'anévrysme du cœur, c'est-à-dire de la plupart des affections précédemment décrites. Dans quelques cas, au contraire, les symptômes d'une affection du cœur n'ont paru que peu de temps avant la mort. Ceci doit s'appliquer sans doute aux symptômes les plus apparents, et en particulier aux palpitations violentes; car, avec les moyens de diagnostic que nous possédons aujourd'hui, il est probable que, dans la plupart des cas, on aurait reconnu que le cœur était affecté d'une maladie organique.

Accès de suffocation. — Nous avons déjà dit qu'il y avait plus ou moins fréquemment des suffocations, souvent suivies de lipothymies. M. Ginlrac a fort bien décrit ces accès, qui quelquefois ont une très longue durée, et dont il est le plus souvent impossible de reconnaître la cause. Ils sont caractérisés par les signes suivants : sensation de suffocation, contraction convulsive des muscles inspirateurs, battements du cœur irréguliers, pouls faible, intermittent; parfois lividité de la peau actuellement produite, ou augmentant si elle existait; sensation de froid; sueurs froides; quelquefois excrétions involontaires, et enfin lipothymies. Ces symptômes n'existent pas toujours réunis dans les accès, mais on en observe ordinairement le plus grand nombre. On a vu plusieurs de ces accès se succéder à de courts intervalles pendant des heures entières. Dans un cas, nous les avons vus survenir à la moindre émotion morale. Ils s'annoncent généralement par des symptômes nerveux semblables à ceux qu'on observe clans les cas d'accès ordinaires de sulfocation ou de diverses névroses.

La durée de l'affection est très variable. Suivant M. Louis, le prolongement de l'existence n'est proportionné ni à celui des symptômes ni à l'altération présumée du sang. On peut néanmoins dire d'une manière générale que cette affection a une marche très chronique, car on a vu arriver jusqu'à la vieillesse des sujets qui évidemment depuis longtemps avaient une communication anormale des cavités du cœur.

La terminaison est-elle toujours fatale? Les sujets dont nous venons de parler ont succombé dans leur vieillesse à des maladies tout à fait étrangères à la lésion du cœur; mais, dans le plus grand nombre de cas, la vie est évidemment abrégée par celte affection, et après avoir mené une existence plus ou moins pénible, les sujets finissent par présenter une stase veineuse de plus en plus considérable, et par succomber dans un véritable état d'asphyxie lente.

8 V. — Iiésions anatomiques.

Les lésions anatomiques sont variables chez les divers sujets. M. Déguise (loc. cit.) nous a donné, à ce sujet, un bon résumé des observations publiées. La communication des cavités droites et des cavités gauches du cœur est causée le plus Souvent par la persistance du trou de Botal. Celte persistance du trou de Botal est fréquente, puisque M. Bizot l'a trouvée 11 fois sur 34 sujets âgés d'un à quinze ans, 18 fois sur 58 sujets Agés de quinze à trente-neuf ans, et IU fois chez 63 sujets âgés de quarante à quatre-vingt-neuf ans. Si l'on examine comparativement les

observai ions dans lesquelles on a noté quelques symptômes qu'on pût rapporter à a persistance du trou de Botal et ceux ou l'on n'a pas soupçonné la lésion pend nt la Vie, on von que la proportion des premiers est infiniment inoins considérable et ce fait i lent encore à l'appui de ce qui a été dit plus haut sur la possibilité du jeu normal el réguber du cœur avec conservation de celle ouverture fœtale 11 faut donc d'autres conditions organiques pour que cette permanence du trou de Botal devienne réellement morbide.

D'autres lois c'est à travers la cloison interventricalaire, et à une hauteur variable qu on trouve un orifice à bords arrondis, plus ou moins épais, lisses et comme fibreux. Dans la quinzième observation de M. Louis, l'ouverture pratiquée aux deux cloisons, au lieu d'avoir un pourtour lisse et arrondi, offrait des franges membraneuses, jaunâtres, irrégulières, en un mot des conditions suffisantes pour faire regarder la communication comme accidentelle. MM. les docteurs Bertody et Iliff ( i ) ont rapporté chacun un cas de cyanose par communication des ventricules. Dans l'un d'eux, dont le sujet était une jeune fille de vingt et un ans, la communication des ventricules existait seule. Daus l'autre (chez une jeune fille de douze ans), les oreillettes communiquaient entre elles, et de plus il y avait un rétrécissement considérable de l'artère pulmonaire.

Celte dernière complication , si favorable à la cyanose, n'est pas très rare. Le docteur Crisp (2) a cité deux cas de cyanose, dont l'un, chez une fille de douze ans, morte rapidement d'asphyxie, avait pour principale lésion la communication des deux ventricules par un trou admettant le petit doigt, avec absence complète de l'artère pulmonaire , et l 'au li e chez un enfant de six semaines, chez qui manquait aussi l'artère pulmonaire (3).

La persistance du canal artériel, coïncidant avec la permanence du trou de Botal, semble rendre encore plus facile le mélange des deux espèces de sangs. Elle existait deux fois dans les vingt observations rassemblées par M. Louis. Enfin, une hypertrophie plus ou moins considérable, avec rétrécissement des orifices, et principalement de l'orifice pulmonaire, la dilatation des cavités, les altérations de la membrane interne du cœur, sont, des lésions qui se rencontrent en même temps que la précédente, et qui ajoutent beaucoup à sa gravité. Un fait qu'il ne faut pas laisser passer inaperçu, et qui a été déjà signalé par M. Bizot, c'est la fréquence des altérations de la membrane interne des cavités droites du cœur, altérations qu'on serait naturellement, porté à attribuer au passage du sang artériel dans les cavités droites, si les objections précédemment indiquées ne venaient jeter quelque doute sur cette manière de voir. Dans presque tous les cas, en effet, le passage du sang artériel dans les cavités droites paraît plus difficile que le passage du sang veineux dans les cavités gauches.

Il faut ajouter que parfois ces lésions ne produisent pas de cyanose. Ainsi, M. le docteur Maync (Zi) a vu chez une femme morte à vingt-neuf ans le trou ovale persistant, avec un rétrécissement des orifices aortique etmitral si considérable, que

(1) Voy. Archives gén. de mcd., Ie série, 1 S i S , t. XVI, p. 375. (2J London médical Gazette, avril 18î7.

(3] Voy. Archives gén. denicd., 4e sério, ISIS, t. XVI, p. 8". (4) Dublin quarterly Journal, février 1848.

COMMUNICATION DES CAVITES DROITES ET GAUCHES OU COEUR. 205 le système artériel recevait très peu de sang rouge, et chez laquelle il n'y avait pas

de cyanose. ^ — Diagnostic, pronostic.

Le diagnostic de cette lésion présente très fréquemment de grandes difficultés. Nous avons vu que les principaux symptômes manquent souvent ; on conçoit donc facilement qu'il y ait des cas fort douteux. M. Louis [loc. cit.) a résumé ainsi le diagnostic de celte affection : «Le seul symptôme qui puisse annoncer d'une manière sûre la communication dont il s'agit, est une suffocation plus ou moins considérable qui revient par accès, souvent périodiques et toujours très fréquents, accompagnés ou suivis de lipothymies avec on sans coloration bleue de tout le corps, et provoquée par les moindres causes. » On a élevé quelques objections contre ce diagnostic; mais bien que, suivant M. Louis lui-même, il n'ait pas une certitude absolue, il faut reconnaître que les causes d'erreur sont bien peu considérables, car ce ne serait que dans des cas très exceptionnels, et dont on ne connaît guère d'exemples, que ces symptômes pourraient avoir lieu sans être liés à une communication anormale des cavités du cœur. Suivant M. Bouillaud, « la coexistence d'un frémissement cataire et d'un bruit de souille dans la région précordiale ajouterait beaucoup à la^aleur des signes précédents (ceux. qui ont été indiqués par M. Louis), si surtout le bruit de souffle et le frémissement cataire étaient permanents et non accompagnés de collections séreuses passives. « La communication des cavités droites et gauches du cœur est si souvent accompagnée d'autres lésions de cet organe, et le bruit de souffle, ainsi que le frémissement cataire, appartiennent à tant d'autres affections, que cette assertion de M. Bouillaud aurait besoin de preuves. Quant aux autres symptômes, ils n'ont qu'une valeur secondaire; cependant ils peuvent être d'une grande utilité pour le diagnostic, quand ils viennent se joindre aux syncopes : si, par exemple, outre les' syncopes et les lipothymies, on observe des palpitations permanentes, la sensibilité au froid, la cyanose, etc. , on ne pourra plus conserver de doutes sur la nature de la maladie.

Avec quelle autre affection, en effet, pourrait-on la confondre ? Les divers rétrécissements peuvent donner lieu, ainsi que nous l'avons vu, à une stase du sang, d'où résulte la coloration bleuâtre de la face ; mais ils ne produisent pas ces syncopes fréquemment renouvelées, occasionnées par la cause la plus légère, et remarquables dans beaucoup de cas de cyanose. Il est très probable que cela lient à la rareté des rétrécissements extrêmes de l'artère pulmonaire, sans communication anormale des cavités du cœur. Tout porte à croire, en effet, que la dyspnée, les syncopes, la lipothymie, sont dues principalement à l'insuffisance de la circulation pulmonaire. Toutefois c'est un fait qui ne pourra être mis hors de doute que lorsque l'on aura étudié avec soin le rétrécissement de l'artère pulmonaire dans tous les cas où il se présente.

On a cité comme méritant un diagnostic particulier : Yictère noir, formé par la matière pigmenteuse en surabondance dans la peau ; la coloration causée par remploi du nitrate d'argent; celle du choléra;, les taches bleues scorbutiques, elc. Mais : !'■ la cyanose due à la stase sanguine diffère trop de celles qui viennent d'être indiquées, pour occasionner une méprise;, et 2° ce n'est point par cette coloration même qu'on juge de l'existence de la lésion dont il s'agit, puisqu'on la voit manquer clans des cas bien déterminés.

IadfelTf vp*r; °'a,fS CB <|U0 "Wl,S *°* di1 Pltis ^ H pronostic de la J a Ht est pn e ; cependant sa gravité est très variable. Nous avons vu en effe m! dans certains cas, les malades pouvaient espérer une Scbm^JT ' qoenco des syncopes, la difficulté de la res i,,l(io(1/1;i • , ^ R^*! congés, ,„„ ven.eusc, en un mot la réunion d'un grand „o,„b, Ï 1

1 tolence des accès, annoncent ordinairement une mort prochain-.

S V*L — Traitement.

men'rtr V****"*- »ous devons pas nous attendre à un traJ

m ni bien efficace; mais les divers symptômes pouvant être avantageusement dil.os par plusieurs moyens, quelques détails ne seront^ inutiles

cette maladie a faa turellemcnt engagé les médecins à recourir à la satanée. Il est certain que dans plusieurs cas, dont les principaux sont cités par M. Ginlrac la sa gUée a réus|i à amender momentanément les symptômes : mais la cause restant toujours la même, les accidents ne tardent pas à se reproduire, et l'on est obligé de recourir encore au même moyen. Si les paroxvsmes sont fréquents, et si la congestion veineuse se reproduit très rapidement, il y aurait des inconvénients à insister sur la sa.gnée chez des sujets ordinairement affaiblis ; le médecin devra donc, d après l'état du malade, en diriger l'emploi de manière à pouvoir toujours y avoir recours lorsque les accidents deviendront trop graves. Les sangsues sont moins fréquemment mises en usage; cependant lorsque le foie est très congestionné, on ne doit pas hésiter à en appliquer un nombre assez considérable à l'anus, lieu1 ou elles produisent avec le plus de facilité le dégorgement. Chez les enfants audessous de huit ou neuf ans, c'est le moyen que Ton emploie de préférence. Ouant aux ventouses scarifiées, etc. , elles ne trouvent leur place que dans les cas de' congestion locale.

Narcotiques. — Quoique la gêne de la respiration dépende plus particulièrement, dans cette affection, de l'embarras de la circulation pulmonaire, on emploie' souvent avec avantage les médicaments propres à rétablir le calme dans cette fonction. L'opium, le daturastrct7nonium, h belladone, hjusquiame, remplissent très" bien cette indication; mais nous n'entrerons pas à ce sujet dans de plus grands détails, attendu que l'administration de ces médicaments est la même que dans les autres accès de suffocation précédemment décrits (1).

Antispasmodiques. — C'est dans le même but qu'on a administré les antispasmodiques, parmi lesquels le camphre et l'osa fœtida tiennent la première place, nuis sur lesquels, pour le même motif, nous n'insisterons pas. II est cependant un médicament dont il importe de dire un mot : c'est Véau distillée de laurier-cerise préconisée par Burns. On l'administre dans une potion de la manière suivante :

'if Infusion de tilleul 120 gram. I Sirop de fleur d'oranger 30 grain.

Eau dist. de laurier-cerise. 10 à20goultes. I

Mêlez. A prendre par cuillerées dans la jounnv.

(I) Voy. articles Laryngite, Bronchite, etc.

COMMUNICATION CES CAVITÉS DROtTËS ET GAUCHES DU COEUR. 207

On ne doit pas oublier que l'administration de ce médicament peut offrir quelque danger chez les jeunes enfants, et, par conséquent, on ne le prescrira qu'avec circonspection, surtout en l'absence de laits parfaitement concluants en faveur de son efficacité.

Diurétiques. — L'emploi de ces moyens dans une maladie de longue durée ne peut être ordinairement prolongé assez longtemps et avec assez de persévérance. C'est lorsqu'à la congestion veineuse viennent se joindre des infiltrations diverses qu'on les met en usage, mais sans que la manière dont on les emploie diffère de celle qui a été indiquée pins haut.

Médicaments divers. — La stase du sang veineux et les inconvénients qui en résultent pour les organes baignés de ce liquide non artérialisé sont des motifs qui ont engagé à agir plus ou moins directement sur le sang lui-même. Ainsi on a fait respirer au malade un air chargé d'une plus grande quantité d'oxygène que l'air atmosphérique ; on a cherché à rendre la respiration plus énergique en prescrivant un exercice plus ou moins violent, en faisant pousser des cris, exercer de grands mouvements, etc. Les bains d'air comprimé employés dans d'autres affections pourraient trouver ici leur application ; mais outre qu'en agissant ainsi sur un phénomène, sans détruire sa cause, on ne peut tout au plus produire qu'une amélioration momentanée, on sent que dans un bon nombre de cas cette pratique pourrait avoir des inconvénients, et d'ailleurs ces indications sont fondées plutôt sur des vues théoriques que sur l'expérience. Le médecin devra donc être très réservé dans l'administration des moyens qui viennent d'être indiqués.

Des frictions sèches ou balsamiques, faites habituellement sur la surface du corps, des pédiluves et des manuluves chauds ou rendus excitants par l'addition du sel, de la moutarde, etc., sont aussi recommandés.

Lorsqu'on s'aperçoit qu'un enfant, peu de temps après la naissance, présente des signes de congestion veineuse, voici comment il faut agir suivant M. G intrac : on lui fait respirer un air pur; on pratique sur son corps des frictions chaudes et aromatiques, et on l'entoure de vêtements chauds. Mais les cas dans lesquels on peut prendre ainsi la maladie au début sont rares, et bien plus rares encore sont ceux où, d'après M. ïhiébault, on aurait à laisser s'écouler une certaine quantité de san°par le cordon ombilical.

Le régime doit être ordinairement corroborant, sans toutefois être trop excitant. Les malades doivent faire un exercice modéré au grand air, et surtout ce que l'on appelle un exercice passif, c'est-à-dire de petites promenades à cheval ou en voiture, en évitant les courses trop précipitées.

Tels sont les moyens généralement employés. On a, en outre, indiqué la conduite à suivre dans les accès de suffocation, les lipothymies, les syncopes. Mais c'est pour ainsi dire à l'ensemble de ces moyens qu'il faut avoir recours. Les pédiluves et les manuluves irritants, les frictions excitantes sur la surface du corps, et en particulier à la région précordiale, l'ingestion de l'eau froide dans l'estomac ou dans le rectum, les aiïusions froides, ont réussi dans plusieurs cas à rendre les accès moins prolongés. Quanta la saignée, elle n'est employée par les praticiens que dans les cas extrêmes, et suivant les auteurs, elle peut alors mettre rapidement un terme à un accès effrayant, ou au contraire déterminer la mort subite. Mais on se demande si ce dernier fait est bien démontré, quand on considère qu'en l'ab-

maladies des Voies circulatoires.

sen.ce de toute émission sanguine, la mon, dans plusieurs cas, a eu lieu subitement dans un accès.

Résumé, ordonnances. — On vient de voir que les émissions sanguines, les narcotiques, les dérivatifs, forment la base du traitement. Il est facile, après lés détails qui précèdent, de formuler des ordonnances appropriées; par conséquent, nous nous bornerons à présenter la suivante :

Ordonnance.

POUR UN ADULTE DANS UN CAS DE CONGESTION CONSIDÉRABLE ET DE SUFFOCATION FRÉQUENTE.

1" Pour tisane, infusion de tilleul édulcorée avec le sirop de fleur d'oranger.

2° Prendre tous les soirs une pilule de 3 à 5 centigrammes d'extrait gommeux d'opium ou de datura stramonium.

3° Quand les accès de suffocation deviennent trop violents et la congestion trop considérable, une saignée de 200 à 350 grammes.

k° Dans les cas de congestion considérable du foie, de huit à quinze sangsues à l'anus.

5° Frictions sèches ou aromatiques sur la surface du corps, et principalement à la région précordiale.

6° Pédiluves et manuluvcs irritants, le matin.

7° Aliments en petite quantité et nourrissants. S'abstenir devin pur et de liqueurs alcooliques; exercice modéré.

Chez les enfants très jeunes, on aura recours à la même prescription; seulement la saignée sera remplacée par trois, quatre ou six sangsues à l'anus. Ce lieu est le plus favorable pour cette application.

RÉSUMÉ SOMMAIRE DU TRAITEMENT

Émissions sanguines , antispasmodiques, narcotiques, révulsifs, diurétiques; soins hygiéniques.

ARTICLE X

ASYSTOLIE.

[Il nous paraît indispensable de donner, comme complément de l'histoire des maladies du cœur, l'analyse d'un des plus remarquables travaux de M. Beau sur l'état qu'il désigne sous la dénomination nouvelle à'asystolie (1). A part quelques explications et déductions théoriques que tous les médecins n'admettront certainement pas, et dont il faut laisser la responsabilité à l'auteur, ce travail est un des plus importants des temps modernes, et, dans notre opinion, il prend place à côté de ceux de M. le professeur Bouillaud lui-même. Nous sommes heureux de constater aussi que M. Beau , quittant les errements de Yanntomisme pur, accorde la plus large part aux phénomènes dynamiques ou vitaux, et agrandisse par là le champ de ses observations et même de ses explications.

M. Beau part de ces observations très réelles : « 1° La nécropsie V1ent souvent (I) Traité expérimental et clinique d'auscultation. Paris, 1856, p. 318,

ASVSTOrJF. ifà

nous donner des démentis imprévus, quand on a voulu trop pi'écisûr le diagnostic d'une altération anatomique du cœur. 2" On rencontre souvent des maladies du cœur caractérisées par les symptômes rationnels les plus positifs, dont la gravité augmente jusqu'à ce que les individus succombent, et l'on ne trouve pas à l'autopsie des lésions qui expliquent suffisamment les symptômes observés et la mort. D'autres fois c'est l'inverse : il y a une altération valvulaire démontrée par des signes irréfragables; mais l'individu présente à peine des symptômes rationnels, et il peut vivre fort longtemps sans éprouver un dérangement notable dans sa santé. 3° Enfin, dans les maladies du cœur, il y a habituellement des lésions, constatées à l'autopsie, qu'il est très difficile d'accorder avec les symptômes observés pendant la vie, tels que la dilatation des cavités gauches avec la petitesse extrême du pouls, l'hypertrophie des parois avec l'enrayement de la circulation. » Toutes ces difficultés peuvent être expliquées, dit M. Beau, si on les rattache à quelque principe palhogénique qui en rende compte d'une manière suffisante.

Avant de faire connaître ce principe palhogénique, M. Beau expose d'abord la série des symptômes rationnels qui ont de tout temps frappé les observateurs, et dont voici l'énumération :

La face est injectée, surtout aux joues et aux lèvres ; la couleur de cette injection est rouge, souvent violacée. Il y a de la bouffissure aux paupières. Les veines voisines du cœur, telles que celles du cou, de la face, sont gonflées; ce gonflement est manifeste, surtout aux veines jugulaires externes, qui ne désemplissent pas, même pendant les inspirations. Ces veines présentent assez souvent une ondulation ou pouls veineux. La petitesse du pouls est encore un fait très commun. A ces symptômes, qui indiquent de la manière la plus positive que le sang a de la peine à traverser le centre circulatoire, il s'en joint d'autres qui dénotent tout aussi bien le même embarras des fonctions cardiaques. C'est ainsi que cette surabondance produite par le sang, qui passe difficilement dans les artères, fait éprouver un sentiment de gène, d'embarras et de pesanteur à la région précordiale. Notons aussi la dyspnée, les congestions des poumons, du foie et de la rate, qui peuvent aller jusqu'à Y apoplexie, et enfin les hydropisies.

L'auteur ajoute que l'on a peut-être le droit de s'étonner que ce groupe de symptômes si naturel n'ait pas encore été envisagé à part, et n'ait pas reçu de nom qui lui donne une existence pathologique. Mais celte observation n'est pas fondée Laennec (1) disait que cet ensemble de phénomènes permettait de reconnaître une maladie du cœur « au premier coup d'œil », et il en a donné une très bonne descnpfon. Après lui MM. Bouillaud, Andral, Gendrin, Hope, en ont fait mention. Mais il y a plus, c'est que divers auteurs avaient déjà donné des noms à cet ensemble de symptômes : Corvisart (2) le nommait faciès propria; Stokes (3) le rapporte a ce quil nomme iveakness or déficient muscular poiocr of the heart Jofin, 1 Un des annotateurs de ce livre {h) avait déjà, dès 185/,, caractérisé les divera phénomènes d ensemble des maladies du cœur, par le nom de type car~

(1) Traité d'auscultation médiate, 4e édit. Paris, -1 837, t. III n iRg et si.lv

(2) Essai sur les maladies du cœur. Paris, 1806, p. 373. "

(3) The diseases of the heart. Dublin, 185i.

(4) Y .-A. Racle, Traité de diagnostic médical , 1" édit. Pnris, 1834,

Yàlleix, 4e édit. -III.

Quoi qu'il eu soit de celte question, qui u'est qu'une question de fait voici en quoi consistent les opinions entièrement nouvelles de M Beau

l 'ensemble de ces phénomènes ne doit pas être rapporté directement à un obstacle mécanique a la Citation : il dépend d'un état de faiblesse dn cœur < ne permet plus a ce viscère de vaincre et de forcer les difficultés du passage Ce t insuffisance de systole partage le nom d'asystolie avec l'ensemble des phénomène enumeres plus haul. ,« Vasystolie, dit M. Beau, est donc une altération de fonction qui vient s ajouter ou non aux différentes lésions anatomiques du cœur ».

Les mum de l'asystolie sont de plusieurs ordres. En première ligne figurent les obstacles. « Celte condition est évidente dans les cas de rétrécissement d'orifice li ondée, en effet, a de la difficulté à franchir le passage rétréci; mais la nature" prévoyante, renforce et hypertrophie les parois cardiaques à un point suffisant pour que la force d expulsion de l'ondée soit proportionnée à la grandeur de l'obstacle qu elle doit vaincre. De cette manière le cœur fonctionne comme à l'ordinaire sans enrayement de la circulation, c'est-à-dire sans asystolie. C'est là le cas de ces personnes qui présentent les signes physiques de rétrécissement d'orifice, sans les signes rationnels des maladies organiques du cœur. Mais cet équilibre maintenu entre 1;: force de contraction et l'obstacle ne dure pas habituellement toujours. Au bout d'un temps qui varie beaucoup, quelquefois même dès le début de la lésion valvulaire, surtout si le rétrécissement est considérable, les parois cardiaques, même quand elles sont affectées d'hypertrophie, deviennent impuissantes à chasser complètement l'ondée à travers l'orifice rétréci. Dès ce moment il y a enrayement de la circulation cardiaque ; la cavité placée en amont du rétrécissement se dilate, et l'on voit apparaître les différents signes rationnels des maladies du cœur, c'està-dire les symptômes d'asystolie. »

M. Beau explique encore ces symptômes par la présence d'un autre obstacle, lorsque les orifices ne sont pas rétrécis. Si, par une cause quelconque, le cœur a perdu son énergie contractile, le poids de la colonne sanguine artérielle ou pulmonaire devient trop considérable, les ventricules ne se désemplissent pas, et de proche en proche la stase du sang s'établit. « Il se produira, dans ce cas, des lésions anatomiques faciles à comprendre : l'ondée sanguine ne pouvant plus sortir de la cavité impuissante à se bien contracter, distendue peu à peu, cette cavité finira par être affectée de dilatation, et, par suite d'une loi de pathogénie admise par tout le monde, les parois de cette cavité dilatée s'hypertrophieront peu à peu. »

Ainsi, selon M. Beau, l'asystolie dépend toujours d'un obstacle, soit réel, soit relatif, contre lequel vient échouer la contraction insuffisante des parois cardiaques.

Mais quelles sont les causes qui peuvent diminuer l'énergie de ces contractions? Ce sont :

« 1° Les différentes circonstances physiologiques ou morbides qui font accumuler le sang dans les cavités droites du cœur, soit qu'il y arrive en plus grande quantité de la périphérie, soit qu'il ait de la difficulté à traverser l'organe pulmonaire pour se rendre dans les cavités gauches. On conçoit que cette accumulation de sang distende à un degré considérable les parois cardiaques, que celles-ci re\ iennent difficilement sur elles-mêmes, qu'elles soient pour ainsi dire forcées, et que leur contraction ne se fasse plus que d'une manière faible et incomplète. On doit rapporter à ce genre de causes la maladie appelée asthme, emphysème, bronchite «

ASYSTOLIE. 2li

râles vibrants généralisée. L'affection du cœur résultant de cette accumulation de sang qui force ainsi les parois cardiaques et les rend inhabiles à se bien contracter, est tout à fait semblable à ces difficultés de miction qui succèdent à une accumulation d'urine dans la vessie, dont les parois, distendues à l'excès, ont perdu par là même une grande partie de leur force contractile.

» 2° Une autre cause qui agit sur les parois cardiaques pour diminuer l'énergie de leurs contractions, est l'anémie globulaire... Le sang n'a plus de force stimulante.

» 3° Enfin, un ordre de causes qui agit comme les deux précédents, c'est l'ordre des causes morales, c'est-à-dire le chagrin profond, le désespoir, la contrariété, la peur, etc. »

Si telles sont les causes de l'asystolie, on comprend qu'elle puisse disparaître pour revenir, et présenter une sorte d'intermittence; il suffit de supposer que le cœur reprenne et perde alternativement sa force contractile.

Les déductions que M. Beau a tirées du principe qu'il a posé sont extrêmement intéressantes et même séduisantes. Mais nous ne pouvons pas en donner l'analyse dans un livre de la nature de celui-ci. Nous avons dû nous borner à faire l'exposé des points fondamentaux. Cependant nous ne pouvons pas terminer sans rappeler quelques-unes des considérations que, dans un autre ouvrage (1), nous avons publiées sur ce sujet.

« Par ces conceptions séduisantes, M. Beau fait de l'asystolie une maladie, une entité pathologique. S'il a fait bon marché des lésions d'orifices, en ne les considérant que comme causes occasionnelles, il est encore moins généreux pour l'hypertrophie, qui est rejetée sur un plan tout à fait secondaire. L'hypertrophie n'est pas une maladie primitive, existant par elle-même, c'est un effet nécessaire et qui résulte d'un besoin fonctionnel; le cœur s'hypertrophie pour recouvrer sa puissance d'action ; et, à ce titre, elle mérite bien le nom d'hypertrophie providentielle. Enfin, comme il n'y avait pas moyen de s'arrêter sur une semblable pente, la digitale serait le quinquina du cœur; car il est certain que ce médicament amende les phénomènes de l'asystolie; et comment pourrait-elle le faire, si elle ne tonifiait pas, si elle n'augmentait pas la puissance contractile de l'organe.

» De toute cette théorie, nous n'acceptons que l'asystolie, c'est-à-dire l'affaiblissement du cœur; mais nous ne pouvons pas y voir une maladie ni la cause de l'hypertrophie. Il nous semble qu'elle ne constitue qu'un élément des maladies du cœur; élément quelquefois forcé, nécessaire, et quelquefois futur, éventuel. L'asystolie pourrait, comme l'adynamie dans les fièvres, tour à tour se présenter ou faire défaut; de sorte que telle maladie du cœur, sans lésion propre à gêner la circulation, déterminerait des stases sanguines, des hydropisies, de la dyspnée, etc.; dans ces cas, le trouble circulatoire ne serait pas un obstacle matériel, il dépendrait seulement de ce que le cœur serait tombé dans l'asystolie. Et réciproquement, avec des obstacles b.en évidents des orifices, ces mêmes symptômes manqueraient parce que le cœur ne serait pas en état d'asystolie. On expliquerait, par l'apparition ou fa décroissance de ce phénomène, la production et la guérison alternatives des hydropisies, de la dyspnée, etc. , dans un grand nombre d'affections du cœur »J.

(I) Traité de diagnostic médical, 2e édit. Paris, 1859.

ARTICLE XL

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