VICES DE CONFORMATION, TRANSPOSITIONS, ECTOPIE DU COEUR
[Outre les maladies du cœur acquises, c'est-à-dire résultant de l'action d'un vice ultérieur ou d une cause extérieure, sur un organe primitivement sain et bien conlorme, il y a un certain nombre d'états congénitaux se rapprochant des monstruosités ou malformations, et que le médecin doit connaître. Ouelcp.es auteurs ont donne a ces malformations le nom de maladies congénitales du cœur. Lorsqu'on analyse les observations de ce genre qui ont été publiées en différents pays, on voit que dans l'immense majorité des cas il s'agissait de la maladie que nous avons décrite plus haut, cl qui est connu.' sous le nom dépose, ictère bleu, etc. Un auteur distingué, qui a étudié spécialement cette question, le professeur Peacock, s'exprime ainsi (1) :
Des Palpitations, de la dyspnée et la cyanose à différents degrés, observés dès la naissance, ou bientôt après, indiquent sûrement une déformation du cœur ou d'une des grosses artères. La difficulté est grande, quand la maladie ne s'est déclarée que dans un âge plus avancé, quand le malade n'est observé qu'après la puberté et qu'on ne peut pas avoir de renseignements précis sur son existence antérieure ; alors il n'est pas souvent aisé de dire si la lésion est congéuitale ou acquise. L'embarras augmente encore si, dans le premier cas, on veut préciser le genre de déformation.
Sur 150 cas de lésions congénitales du cœur de tout genre, près de 70 consistaient en un rétrécissement plus ou moins considérable de l'orifice de l'artère pulmonaire. Sur ces 150 enfants, 28 ont dépassé quinze ans, et sur ces 28, ïh étaient atteints de celle stegnose. Il en résulte que, en cas de diagnostic d'une lésion congénitale, surtout si le malade est âgé de plus de quinze ans, on peut la supposer avec la plus grande probabilité dans l'artère pulmonaire. On entend alors, à la hauteur du mamelon, près du sternum, uu fort bruit syslolique, qui se propage surtout dans la direction de cette artère, c'est-à-dire, -de la base du cœur vers le milieu de la clavicule, etc. »
Ainsi, la communication des deux cœurs par la persistance du trou de Botal ou par formation incomplète de la cloison ventricuJaire, avec rétrécissement de l'artère pulmonaire, est la maladie congénitale du cœur compatible avec la vie, qui a été le plus souvent observée.
Néanmoins il n'est pas sans utilité de signaler divers vices de conformation qui, en nuisant au libre jeu du cœur cl en entravant dans une certaine mesure les fondions circulatoires, doivent être considérés comme de véritables maladies. Les
(1) Journal fur Kinder krankh., 1855, n"s 5 et 6, clUnion médicale, 1856, p. 10.
VICES DE CONFORMATION, TRANSPOSITIONS, EGTOPIE DU COEUR. 21a
transpositions des viscères par suile desquelles le cœur se trouve porté à droite, sa l'ace antérieure regardant en arrière, sont assez fréquemment signalées. Il est juste de dire que le plus souvent ces sortes de déplacements ont été découverts dans les amphithéâtres d'anatomie par l'effet du hasard, et sans que rien eût fait reconnaître cette singularité pendant la vie. C'est dans ces conditions que se présentent plusieurs cas inscrits dans les Bulletins de la Société anatomique de Paris. On a pourtant signalé quelques cas dans lesquels ce déplacement a été diagnostiqué pendant la vie, le cœur s'entendant mieux à droite et en arrière ou sous l'aisselle du côté droit, que du côté gauche. Cette transposition est-elle réellement une cause de maladies, et en particulier a-t-on remarqué qu'en pareil cas les fonctions circulatoires fussent entravées? C'est une opinion qui semble, à priori, conforme aux données de la physiologie, et que quelques exemples sembleraient confirmer; mais ces exemples sont encore trop rares, et la question n'est pas encore assez élucidée pour qu'on puisse faire, à cet égard, une déclaration tout h fait affirmative. Cependant il est utile de signaler ces faits à l'attention du lecteur.
Il en est de même de ces malformations qui consistent dans une ossification incomplète des côtes, ou dans l'absence d'une des pièces osseuses du sternum : tel est le cas si bien observé par M. Béhier sur un jeune homme, nommé Graux, lequel présentait une fissure sternale permettant de voir les battements de l'oreillette droite (1). Cette fissure était produite parla séparation du sternum en deux moitiés un peu inégales, écartées l'une de l'autre de '2 centimètres à la partie supérieure de la poitrine, et réunies par un angle inférieur, lequel était formé par une pièce cartilagineuse. C'est dans cet intervalle triangulaire que l'on voyait une tumeur agitée de mouvements... Ce jeune homme était d'une santé délicate, sujet aux palpitations de cœur, condamné à une existence extrêmement calme et exemple de toute émotion et de tout effort.
En pareil cas, le bons sens indique l'hygiène et les précautions à prendre. Il faut éviter toute secousse, tout excès, et garantir, par un appareil appliqué au devant de la poitrine, le cœur, que la faiblesse et la minceur des tissus ne protègent qu'imparfaitement.
Nous ne parlons pas ici des monstruosités si nombreuses qui sont incompatibles avec la vie, et qui ne peuvent à aucun litre être considérées comme maladies.
Il est un genre de malformation ou de difformité qui joue un grand rôle dans la production de certaines maladies du cœur : nous voulons parler du rachitisme, ^'expérience de tous les jours montre combien est grand le nombre des rachitiques atteints de maladies du cœur. Quelques mots d'explication à cet égard nous sont indispensables. Le rachitisme, en tant qu'il ne porte que sur les os des membres, a l'inconvénient grave de donner lieu à une difformité qui nuit au développement physique de l'individu, le condamne à une locomotion imparfaite et à une vie qui, privée de mouvement et d'activité, est, par cela même, incomplète en quelque sorte. Il est inutile de dire que l'anémie , la faiblesse , résultent souvent d'un pareil état.
Quant aux conséquences sociales du rachitisme, elles sont trop évidentes pour que nous ayons besoin d'y insister.
(1) Bulletins de la Société médicale des hôpitaux de Paris,
Cependant le rachitisme exerce surtout une influence fàdhema «,„. i contenus dans .os cavités splancfamques, et gui a S^T^ÏïH
r— ;'" fsquelette' 0,1 si,ii quelies terr^es 4ï ■ «ciïi ; u
bassin chez les femmes en mal d'enfant. Sait-on aussi bien que le raïZ J toral expos, presque fatalement les malheureux qui en sont atteint, 1 mÏÏT ï menai, et cardia^ a l'emphysème et a ^ ^^2^^ seulement 1 nypertroplne simple du cœur qui survient presque fatalen en t ch e z 1 jeunes gens attemts de rachitisme pectoral, c'est souvent aussi l'altérât des 0L1 fiecs du cœur, avec tous les accidents qui en découlent
En signalant le rachitisme comme cause de maladie du cœur, nous ne faisons qu énoncer un fat vulgaire, mais sur lequel il serait utile que l'attenti des met cjns se fixât de plus en plus.
noul°occupe0nS C>nC°re SiS"aIer " " 80 raUadie d'aSSeZ Près au ^ A « Sénac, il y a déjà longtemps, avait signalé une conformation vicieuse du tho ras, commune chez les rachiliques, et dans laquelle on remarque une voussure ou incurvation des côtes au-devant du cœur, mais il n'avait guère porté son observation plus loin. M. Piorry a repris dernièrement ce sujet, et a fait voir que celte disposition est ordinairement liée à une incurvation de la colonne vertébrale qui forme une légère convexité du côté gauche. Par suite de cette disposition, les côtes gauches sont reportées en avant, et elles subissent une flexion au niveau de l'articulation avec leurs cartilages; il y a alors une insymétrie prononcée, qui n'est pas seulement visible au niveau du cœur, mais qui affecte tout le thorax, et qui se traduit en arrière par une disposition inverse de celle qu'on remarque en avant ; là, en effet, l'angle des côtes du côté droit est saillant, tandis qu'il est un peu déprimé à gauche. Cette espèce de distorsion a des caractères si H anches, qu'il est inutile que nous y insistions. S'il n'y a aucun autre phénomène du côté du cœur, il sera très facile d'en reconnaître la véritable origine ; mais elle peut être cause de quelques difficultés chez des malades chlorotiques et qui se plaignent de palpitations; on s'attachera alors à l'examen des phénomènes concomitants et aux phénomènes fournis par la percussion (1). »
Voici d'ailleurs comment M. le docteur "Woillez (2) s'exprime sur ce sujet, avec son exactitude habituelle :
« Il est rare que les deux côtés de la poitrine soient égaux; il en résulte des héé tèromorphies physiologiques qu'il ne faudrait pas prendre pour le résultat de maladies. Le côté droit de la poitrine est plus étendu que le gauche de 1 à 3 centimètres; Quelquefois les deux côtés sont égaux; dans des cas plus rares le gauche est plus Étendu que le droit de 1 centimètre, ou de 2 tout au plus. 11 existe souvent des saillies latérales antérieures ou postérieures, soit à droite, soit à gauche. Ces saillies rendent les deux côtés égaux ou le côté gauche plus étendu que le droit; à droite, où leur influence est moins nettement dessinée, elles rendent plus sensible la différence que l'on observe ordinairement à l'avantage du côté droit. La saillie antérieure que présentent les gauchers rend ordinairement le côté gauche plus étendu
(1) V. Racle, Traite de diagnostic médical, 2' édit. Paris, 1859.
(2) Traité de l'inspection et de la mensuration de la poitrine. Paris, 1838.
PÉRICAIIDITE ALGUE. 217
que le droit. Lorsqu'il n'existe pas de saillies à gauche, ce côté n'est jamais plus étendu que Je droit. » ]