‹ Guide du mécanicien conducteur de machines locomotivesChapitre 2 sur 98 · M83SM · texte numérisé non relu

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des autres jours , de n avoir ni propriété , ni épargne , ni gîte, ni famille, ni association d’instruction, ni moyen d employer utilement les heures de repos, a produit ce résultat, que l’ouvrier se place en dehors de tout patronage , qu’il ne sait plus alors que vendre sou travail au jour le jour , sans dévouement pour celui auquel il le vend; que dans ce marché, qu’abaisse l’absence de tout sentiment moral, la ruse intervient toujours; et qu’enfin l'ouvrier, isolé, sans appui , sans but , sans espoir de sortir de la condition où il est, se plie à un genre de vie presque animal, où il trouve enfin , quand les forces viennent à lui manquer, la misère et l’abrutissement.

Nous ne pouvons donc conseiller qu’à ceux qu'un véritable courage porterait à renoncer à leurs dispendieuses habitudes, d’embrasser la profession de conducteursde machines locomotives, et nous n’avons pas l’espoir que le nombre en soit considérable.

Nous faisons plus de compte sur les professions ayant des habitudes différentes , sur les hommes, fussent-ils simples manœuvres, ayant un domicile, une famille, comprenant la nécessité d’épargner pour faire vivre et instruire leurs enfans. Pour ceux-là seuls , la profession de conducteurs de machines locomotives , quelque méthodique qu'elle soit, quelque asservissement qu’elle exige, aura un grand prix, parceque son salaire est plus élevé, relativement, que celui de professions qui demandent beaucoup plus d’apprentissage.

Un ouvrier intelligent, actif, observateur et studieux, courageux et ayant la volonté d’apprendre, peut

en trois mois devenir un bon conducteur de machines locomotives.

C’est donc une profession ouverte à-la-fois aux ouvriers ajusteurs ayant des habitudes sages , mais auxquels le manque d’instruction impose une barrière qu’ils ne peuvent franchir pour devenir mécaniciens , et aux ouvriers de tout autre état ayant les qualités que nous venons d’indiquer.

La profession de conducteur de machine exclut les intelligences bornées et paresseuses, l’homme mou, sans nerf et valétudinaire. Unconducteurmédiocre est toujours tellement nuisible, qu’il faut rigoureusement qu’il soit remplacé. En effet , une machine locomotive coûte au moins en entretien et en réparation o f. 60 à i f. par kilomètre qu’elle parcourt; son travail par jour est au moins de 125 kilom. C’est donc 7.5 à is5 f. qu’elle peut coûter pour ce seul chapitre. Un mécanicien inattentif ou inintelligent peut porter cette dépense du simple au double. Une machine dépense ordinairement 29 litres de coke par kilomètre , à 3 c. chaque ou f. 0,87, ce qui pour 12Ô kilom. fait une dépense journalière de 1 08 f.; ajoutant à cela la dépense de conduite, graisse, huile et chiffons, outils, eau , etc., on voit que la dépense de travail d’une machine se monte par jour au chiffre considérable de 200 à 25o francs , et que ce chiffre est sous l’influence immédiate du plus ou moins de mérite du conducteur dont l'habileté peut la tenir dans de justes limites , et dont l’ignorance ou l’inattention peuvent la porter bien au-dessus de ce que noùs avons indiqué.

Il est donc de la plus haute importance d’user de ri-

gueur avec tout conducteur de machines qui remplit mal ou médiocrement sa profession.

A côté du soin, de l’attention, de l’aptitude nécessaires au conducteur de machines locomotives, viennent, au même degré d’importance, un esprit de docilité absolue aux exigences du service, un dévouement sans limite dans les cas extraordinaires, une disposition constante à payer de sa personne, en un mot ce sentiment sévère de discipline qui ne doit pas nuire davantage à l'indépendance morale et à la bonne volonté de l’ouvrier qu’il ne nuit au courage du soldat.

Nous ne demandons là rien d’extraordinaire; combien avons-nous vu de fois, en province, dans de grands établissemens industriels, lorsqu’un accident grave vient suspendre les travaux, les ouvriers, attachés par affection de famille à Tusine où ils travaillent de père en fils, comme au champ qu’ils possèdent à côté d’elle, s’empresser à l’envi de porter secours , et ne connaître ni jour ni nuit qu’ils n’aient terminé leur tâche et remis les travaux en activité.

La profession de conducteur de machines locomotives n'est pas pénible, sauf quelques cas infiniment rares. Elle n’offre d’autre danger que ceux qui peuvent être dus à la négligence ou à l’ignorance. 11 est certaines professions, celle de lamineur de fer, par exemple, qui sont bien autrement dangereuses que celle-ci. Il ne faut donc pas que le conducteur de machines se laisse aller à cet esprit de charlatanisme qui lui fait regarder sa profession comme exigeant un courage extraordinaire qui le place au-dessus des autres; ce serait une grave erreur. Entre toutes les machines, celles où l’em-

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ploi du fer est le plus général sont les machines locomotives. Le fer a sur la fonte l’avantage de plier sans rompre, ou d’annoncer sa rupture de telle sorte qu’il est plus rare de voir des accidens par suite de rupture de pièces dans les machines locomotives que dans les machines fixes.

Les conducteurs de machines locomotives doivent toujours être sous l’impression que leurs fautes ne peuvent jamais être punies trop rigoureusement. Un conducteur qui s’enivrerait pendant son service ne devrait pas seulement être exclu pour toujours de la conduite des machines; il devrait encore être mis en prison et frappé d’une forte amende par les tribunaux.

Ges observations sont faites pour inspirer aux ouvriers qui veulent se livrer à la profession de conducteurs de machines locomotives le sentiment de tout ce qu’ont d’impérieux les obligations qu ils s’imposent; mais nous devons ajouter que leur intérêt à les accomplir est aussi grave. Dans cette profession, comme dans les autres, l’ouvrier habile, laborieux et rangé, se fait de tous ceux pour lesquels il travaille de véritables amis. Les personnes qui ont jugé sa conduite, les ingénieurs qui l’ont suivi et ont reconnu son habileté et son dévouement, l’entourent d’un patronage qu’il trouve en toute occasion , et il parvient toujours , avec cette aide , à améliorer de plus en plus sa position.

Nous avons divisé cette instruction en quatre parties.

La première contient des notions générales sur les machines locomotives. Nous engageons les conducteurs à revenir plusieurs fois sur l’étude de ces notions ,

quand ils auront acquis les connaissances qui font l’objet des autres parties.

Dans cet exposé succinct de la composition et du travail des machines locomotives, nous n’avons pas cru devoir remonter aux principes élémentaires sur la génération de la vapeur d’eau, sur les forces quelle développe , sur les températures auxquelles elle se forme et les pressions correspondantes, surles conditions de son travail dans les machinés; nous avons rassemblé ces notions élémentaires dans la r" note placée à la suite de la quatrième partie.

La seconde partie contient le détail descriptif des machines et du travail des pièces qui les composent.

Dans la troisième partie, nous avons réuni les notions de conduite et d’entretien des machines; et dans la quatrième, nous avons traité des différens accidens qui peuvent arriver aux machines.

La quatrième partie est suivie de notes: La i" a pour but de rappeler les principes sur la génération de la vapeur, son poids, ses vitesses d’écoulement, son travail théorique et son emploi dans les machines.

La note 2' a pour but de faire connaître les dimensions principales et de donner des résultats pratiques sur la puissance des machines locomotives en activité surles chemins de fer de Saint-Germain, de Versailles, (rive droite) et sur quelques chemins de fer anglais. La note 3' donné des indications sur l’application de la d étente aux machines locomotives. La note 4' traite des pompes alimentaires des machines. La note 5' traite des soupapes de sûreté.

La note 6' est divisée en quatre sections: La 1"

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