‹ Guide du médecin praticien (volume 2)Chapitre 12 sur 494 · TUMEURS SANGUINES. — FRÉQUENCE · texte numérisé non relu

TUMEURS SANGUINES. — FRÉQUENCE

des veinules superficielles. Or, on conçoit facilement que les veines ainsi forcées, distendues, et peut-être amincies, puissent se rompre spontanément ou sous l’influence d’une violence extérieure, exactement comme les veines variqueuses des membres inférieurs. De là des hémorrhagies plus ou moins considérables dans l’épaisseur des tissus de la vulve ou des parois du vagin. Mais l’existence de varices, tout en prédisposant aux thrombus, n’est point une condition essentielle de leur développement (1). On a signalé encore, parmi les causes prédisposantes (2), le volume excessif de l’utérus, l’étroitesse du bassin, de la vulve ou du vagin, la primiparité, l’appauvrissement du sang(?).

Parmi les causes déterminantes, on a noté l’expulsion trop rapide du fœtus avec efforts considérables; le volume considérable de la tète du fœtus; les manœuvres nécessitées par l’application du forceps ou par la version; des violences extérieures agissant le plus souvent par contre-coup; enfin, des explorations vaginales trop fréquentes ou faites avec imprudence et maladresse (3).

Dans les cas de thrombus pendant l’accouchement, il est bien évident, comme l’a fait remarquer Deneux (U), que la tête de l’enfant peut agir à la façon d’un corps contondant, en froissant les parois du vagin et de la vulve; mais le plus souvent, « la rupture d’un vaisseau assez considérable paraît nécessaire, et dans le plus grand nombre des cas, si ce n’est dans tous, cette rupture paraît devoir être favorisée par l’amincissement des parois veineuses, amincissement résultant de varices. Elle est déterminée, ou par la distension (pie l’enfant exerce sur toutes les parties, ou par l’accumulation outre mesure du sang dans les veines, au moment de la contraction simultanée de l’utérus et des muscles abdominaux. Mais, indépendamment de ce mécanisme dont l’explication a été adoptée par Cazeaux (5) et Blot (6), entre autres auteurs, il peut encore arriver que, dans certains cas, la tête du fœtus fasse subir aux parois du vagin une sorte de glissement sur les tissus voisins, glissement qui, chez une malade dont Perret (7) a publié l’histoire, a eu pour résultat de décoller les parois vaginales dans une plus ou moins grande étendue, et de déchirer les cloisons du tissu cellulaire en produisant ainsi une cavité plus ou moins spacieuse.

§ II. — Fréquence.

Le thrombus de la vulve et du vagin est certainement rare. Deneux n’en avait recueilli que quatre exemples dans une pratique de quarante années. Hervez de Ghégoin n’en a vu qu’un seul cas en vingt ans. Cependant Yelpeau en possède trente exemples qui lui sont propres, et il dit en avoir observé six autres dans le

(!) P. Dubois, cité par Laborie ( Histoire des thrombus de la vulue et du main Paris 1860). J ’

; Vauclill> thèse inaugurale. Paris, 1858, n° 21. — F. Perret, Des tumeurs sanguines intra-pclmenncs pendant la grossesse normale et T accouchement , thèse inaug. Paris, 1804.

(3) Delius, Amœnitates medicœ decas quint a, p. 394. — Siebenhaar, Observât iones de tujnorc vaginœ sanguineo ex partu oborto. Leipzig, 1824, p. 21.

(4) Deneux, Des tumeurs sanguines défia vulve et du vagin. Paris, 1830.

(o) Cazeaux G azette médico-chirurg., février 1840, p. 05, et Traité de l'art des accouchements. 01- édition. Paris, 1862, p. 613.

(6) H. Blot, Des tumeurs sanguines de la vulve et du vagin pendant la grossesse et t accouchement, thèse d’agrégation. Paris, 1853.

(7) Perret, thèse citée, p. 25.

MALADIES DES l'EMMES.

cours d’une seule année. Blot (1) pense qu’il existe, dans l’appréciation de la fréquence, des causes d’erreur, d’abord parce que l’on peut méconnaître des tumeurs de petit volume, et ensuite parce que l’on peut confondre le thrombus avec une autre affection, comme la gangrène de la vulve. Vauclin (2), de son côté, distingue la fréquence relativement au siège, et la fréquence relativement à l 'époque d'apparition : sous le premier rapport, les tumeurs sanguines sont plus fréquentes à la vulve que dans le vagin ; sons le second, elles sont plus communes pendant l'accouchement et après la délivrance que pendant la grossesse. Enfin Perret a pu, lui-même, en observer deux cas, et quatre autres lui ont été communiqués par Guéniot et par Bouchaud.

Une division doit, du reste, être établie parmi ces différents cas : les uns, comme l’a démontré Velpeau (3), pouvant se montrer en dehors de la gestation ; les autres, réunis pour la plupart dans un travail général dû à Bernutz et Goupil (ô), étant liés à l’existence d’une grossesse extra-utérine ; et d’autres enfin, dont Deneux, Hervez de Chégoin, Blot, quelques autres auteurs et, plus récemment, F. Perret, ayant été observés sur des femmes dont la grossesse était normale ou qui venaient d’accoucher.

La plupart des causes indiquées par les auteurs appartiennent particulièrement au dernier groupe. Quant à celles du thrombus survenant chez les femmes non enceintes, elles peuvent être variées; mais, presque toujours, il y a eu une violence extérieure. Dans un cas observé par Velpeau chez une jeune fille de quatorze ans à peine pubère, il y avait eu tentative de viol ; d’autres lois il s’agit d’un coup de pied ou d’un choc contre l’angle d’une table, d’une chaise, etc. « Une des causes les plus fréquentes peut-être se trouve dans un excès de coït »; aussi observe-t-on fréquemment le thrombus chez les filles publiques et les femmes récemment mariées. La nature de ces causes fait comprendre qu’il puisse y avoir simultanément une plaie extérieure.

§m. — Caractères anatomiques.

Le thrombus se manifeste plus fréquemment à la vulve que dans le vagin, et aussi souvent à gauche qu’à droite, quoi qu’en ait dit Boër. Il se produit quelquefois, mais rarement, dans les petites lèvres. Son siège le plus habituel est à la partie postérieure et interne des grandes lèvres, et la tumeur fait saillie du côté de leur partie glabre. L’infiltration sanguine n’est pas toujours limitée, car on l’a vue gagner toutes les parties de la vulve, le pourtour de l’anus, le pénil, la paroi antérieure de l’abdomen.

Dans l’intérieur du vagin, la tumeur est plus circonscrite; elle en occupe les parties latérales de préférence, plus rarement la paroi postérieure, presque jamais la paroi antérieure.

Il n’est pas rare de voir une tumeur occuper à la fois le vagin et la vulve.

Enfin on a trouvé quelquefois la lèvre antérieure du col utérin infiltrée de sang à

(1) H. Blot, toc. cit.

(2) Vauclin, loc. cit.

’(3) A. Velpeau, Dict. de méd. en 30 vol., t. XXX, art. Vulve.

[U) Bernutz et Goupil, Cliniq. médic. sur les maladies des femmes , t. 1, p. 509 ; Paris, 1800.

Page 1