COXALGIE. — LÉSIONS ANATOMIQUES
l’articulation malade a subi un déplacement dans le même sens que celui du pli , de la fesse. Celle-ci est aplatie quand son pli est descendu: elle est, au contraire, • saillante quand le pli est remonté. Les reins sont fortement cambrés. Les mouwements de l'articulation sont généralement amoindris, le plus souvent il y a i ankylosé.
Les symptômes généraux qui accompagnent la coxalgie n'ont rien de fixe ; il I peut arriver que I’afl'ection articulaire parcourt les diverses phases de son évolution, •sans presque allumer de réaction fébrile, mais ce n’est pas l’habitude. Le plus sou went, elle retentit plus ou moins profondément sur l’économie entière. La fièvre, accompagnée de frissons prolongés, de vomissements, de soif vive, ardente, peu «être continue ou se montrer périodiquement; le sommeil est incomplet; l’appétit sse perd, les forces s’épuisent, l’amaigrissement se prononce; une diarrhée séreuse ssurvient et hâte le marasme dans lequel tombe bien vite le malade.
§ IV. — Marche, durée, terminaison.
L’arthropathie de la hanche peut affecter une marche lente, ou bien amener en rquclques semaines la désorganisation de l’articulation. Habituellement la coxalgie •subit dans son évolution des temps d’arrêt, des rétrocessions, des exacerbations. (Elle peut guérir, même lorsque des altérations très-avancées se sont faites dans Iles têtes osseuses. Quelquefois le mal s’arrête h sa première période; la douleur •s’apaise, le membre reprend sa position et ses allures normales; les mouvements •se rétablissent dans leur intégrité. La guérison peut être obtenue à une période pplus avancée, alors que des déplacements du fémur se sont effectués. Dans ces cas, IVankylose est encore un résultat relativement heureux. Car, malheureusement, lill n’est que trop fréquent de voir le mal continuer une progression ascendante.
! LDes abcès se forment autour de la hanche, cl les malades épuisés par la suppurai ti ion, la fièvre hectique, ne tardent pas à succomber. Ces abcès apparaissent souvent à» la partie supérieure et externe delà cuisse, d’autres fois en arrière du grand trochanter; il peut arriver même que le pus s’accumule dans l’intérieur du bassin, ce qui arrive quand le fond de la cavité cotyloïdc est perforé par la carie.
La durée de la coxalgie est ordinairement longue, elle compte des années.
§ V. — Lésions anatomiques.
Les lésions anatomiques sont celles des tumeurs blanches en général; elles portent sur les différentes pièces de l’article ; la synoviale et le tissu qui la double, les os, les cartilages, les ligaments. La synoviale est injectée, épaissie, bourgeonnante; de sa face libre, s’élèvent des fongosités qui tapissent toute la cavité articulaire où M’épanche une sérosité lactescente, purulente. L’inflammation ne se borne pas à la séreuse; elle s’étend plus ou moins profondément dans le tissu conjonctif qui la double, et au tissu de même nature qui se prolonge entre les faisceaux musculaires. iD’une manière générale, tous ces tissus fibreux s’épaississent, prennent un aspect ’ardacé , et souvent l’acuité ou les exacerbations de la phlegmasie y développent «I les abcès.
Les cartilages diarthrodiaux disparus donnent à la cavité cotyloïdc l’apparence
^ MALADIES DE L’APPAREIL LOCOMOTEUR
cl o 1 1 o agi an die. Les parois sonl, du reste, usées par la carie; dans quelques cas même son fond est perforé. Des tubercules peuvent se retrouver dans la synoviale et dans les épiphyses lorsqu’ils ont été la cause provocatrice de la coxalgie; mais souvent on ne retrouve que de véritables cavernes ayant servi de kystes au produit morbide. La déformation de la cavité cotyloïde par la carie, et surtout la destruction du rebord cotyloïdicn favorisent les déplacements du fémur. Les luxations dites spontanées ou consécutives sont le plus souvent incomplètes, c’est graduellement et à la longue qu’elles s’accomplissent. Favorisées par les modifications des pièces osseuses, elles sont aussi aidées par les altérations survenues dans l’appareil ligamenteux. Le ligament rond est habituellement rompu, détaché de ses insertions, quelquefois entièrement détruit; la capsule articulaire distendue, ulcérée, montre des solutions de continuité par où le pus s’est échappé.
§ VI. — Diagnostic, pronostic.
Le diagnostic de la maladie confirmée est sans difficulté, mais au début de l'affection, il ne laisse pas que d’être parfois fort obscur, et c’est cependant à cette période que le médecin praticien est obligé de se prononcer et de prévoir. La coxalgie commençante se rapproche par son expression symptomatique de maladies que nous allons rapidement passer en revue.
lu La tumeur blanche de la hanche a plus d’un rapport avec l’ostéite èpiphys aire. La douleur, la fièvre survenant tout à coup chez un enfant après des fatigues; la tuméfaction de la région coxale, voire même la suppuration, sonl des symptômes communs à l’une et à l’autre affection. Mais l’ostéite épiphysaire attaque ordinairement plusieurs articulations à la fois ; elle s’accompagne d’accidents typhoïdes, comme l’a fait remarquer Gosselin (1), et sa marche est progressivement fatale.
2° La sciatique et la coxalgie au début ont été souvent prises l’une pour l’autre. C’est même sous le nom de sciatique que Palletta décrit l’arlhropathie de la hanche. Les douleurs erratiques, la gêne des mouvements de la cuisse, l’attitude vicieuse du membre, sont des symptômes communs à la coxalgie et à la sciatique. Mais la constatation des points douloureux situés aux points d’émergence du nerf affecté précise les caractères de la névralgie; d’un autre côté l’attitude vicieuse et la claudication offrent des différences signalées par Teisser (de Lyon) et exprimées comme il suit par Léon Labbé (2) : « Si l’on peut faire lever les malades, on reconnaît que leur manière de marcher est différente dans l’un et dans l’autre cas. Ceux qui souffrent d’une névralgie marchent courbés sur eux-mêmes; ils saluent en marchant, n’osant point contracter trop vivement les muscles de la cuisse, tandis que la coxalgie les tient dans une rectitude exagérée, et les force à transporter leur membre sans le plier, et en rasant le sol de leur pied. -> (Voyez le tableau du diagnostic différentiel à l’article Névralgie sciatique du tome Ier.)
3° Il est encore une affection essentiellement nerveuse qui, mieux que la sciatique, simule la tumeur blanche iléo-fémorale, nous voulons parler de cette curieuse maladie découverte par Brodie, décrite par Lesauvage (3) et Robert (ô), et
(1) Gosselin, Mémoire sur les otéistes épiphysaires des adolescents {Archives générales de médecine , novembre 1858).
(2) Léon Labbé, De la coxalgie, thèse de concours pour l’agrégation. Paris, 1863.
(3) Lesauvage, Arch. gènèr. de méd., 2e série, t. IX, p. 283.
(/j) Robert, Clinique chirurgicale, p. 453.