ÉRYSIPÈLE. — TRAITEMENT
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Reprenant aussi l'ancienne comparaison faite entre l’érysipèle et la brûlure, U. Béhier rappelle les désordres gastro-intestinaux que l'on observe dans ces deux étals pathologiques et, sans vouloir dire pour cela que tout, dans 1 érysipèle, est s subordonné à la lésion de la peau : «il lui paraît raisonnable d’admettre qu’ici, comme dans la brûlure, la sympathie de l’estomac peut être mise en jeu, et de rapporter à cette sympathie les phénomènes gastro-intestinaux». Sans pouvoir rien conclure encore, dans une question pour la solution de laquelle on dispose jusqu’ici dd’un trop petit nombre d’éléments à conviction, mais qui, pour cela même, appelle ilde nouvelles recherches et réclame l’intérêt du praticien, nous rappellerons que 10. Larcher (1) « dans des érysipèles étendus à une grande surface, a observé des «ulcérations duodénales pareilles à celles qui se rencontrent à la suite de brû- Itlures superficielles très-étendues (2); et que, depuis, Malherbe (3) a trouvé '■encore sur une portion de l’intestin grêle des ulcérations semblables, à l’autopsie dd’un sujet atteint d’érysipèle (U).
§ VH. — Traitement.
Prophylaxie et traitement hygiénique. — Quelque idée qu’on se fasse de la waleur des propriétés infectieuses de l’érysipèle, le danger pour celui qui séjourne aauprès d’un malade érysipélateux paraissant évident, et plus grand encore pour le «malade atteint de plaie (5), on doit, dans ces conditions, éviter toute proximité.
Quant à l’érvsipèle puerpéral, les règles hygiéniques commandent d’isoler les
Ieenimes en couches atteintes de cet exanthème, de les éloigner, s’il est possible, du milieu où elles ont contracté la maladie, de les placer dans de bonnes conditions ll’aération; de prévenir par des soins assidus de propreté, par le renouvellement quotidien de l’air, des alèzes et des pièces de pansement, l’accumulation des principes miasmatiques qu’engendrent les sécrétions lochiale, lactée, intestinale, etc. , lie s’opposer à toute communication de la malade avec les personnes du dehors, mais plus spécialement avec les femmes grasses, les jeunes filles ou les jeunes enfaants : telles sont les précautions hygiéniques qu’impose au praticien le développer lient de l’érysipèle puerpéral (6). ]
Érysipèle simple. — Un assez grand nombre de moyens ont été proposés contre l’érysipèle. Un des principaux est la saignée. Il est peu de médecins qui se dispen-
(1) 0. Larcher, Des ulcérations intestinales dans Pèrysipèle ( Archives générales de méde- :inc, 1864, t. II, p. 697).
(2) [ Les ulcérations siégeaient à la face interne du duodénum, au voisinage de l’orifice les conduits cholédoque et pancréatique réunis; elles ôtaient arrondies assez régulièrement, et mesuraient environ un demi-centimètre de diamètre; leurs bords n’étaient ni taillés il pic, ni 1 enversés; elles n’intéressaient que la muqueuse. ]
(3) Malherbe (de Nantes), Archives générales de médecine , 1865, t. II, p. 725, et Journal le la section de médecine de la Société académique de la Loire-Inférieure. Nantes, 1865, Ulll 7e livraison, p. 19.
(4) [ Pour compléter l’énumération des lésions anatomiques qu’on peut être appelé à contater à l’autopsie de malades morts à la suite d’un érysipèle, nous rappellerons que dans trois las d’érysipèle ambulant, Frerichs a trouvé le foie graisseux au plus haut degré. (Frerichs, raité des maladies du foie, trad. franç., 2e édition. Paris, 1866, p. 475).]
(5) Ch. Martin, De la contagion dans l'érysipèle, thèse inaugurale, p. 138. Paris, 1865.
(6) E. llervieux, De V érysipèle puerpéral ( Gazette médicale de Paris, p. 54. Paris,
AFFECTIONS ET MALADIES DE LA l'EAL.
seul de pratiquer (les émissions sanguines, et la plupart ont plus de confiance dans la saignée générale que dans la saignée locale.
Saignée employée avec modération. — Louis (1) ayant examiné l’action de la saignée dans 33 cas d’érysipèle de la face, a trouvé qu’elle est beaucoup plus faible qu’on ne le croit communément; la durée de la maladie n’a été, en effet, diminuée que de trois quarts de jour. Si l’on a pu penser quelquefois que l’action de ce moyen est beaucoup plus grande, c’est qu’on l’a appliqué à une époque voisine du déclin de la maladie, et lorsqu’une amélioration évidente allait se manifester. Il ne faut pourtant pas conclure de. ces faits, comme on s’est bâté de le faire, que la saignée n’a aucune utilité; la durée de la maladie ayant été diminuée, quelque faible que soit cette diminution, on doit en tenir compte. Nombre d’auteurs recommandables ont attribué aux saignées, et surtout aux saignées multipliées, un assez grand danger; nous citerons parmi eux Chomel et Blache, Andral, Bauquin(2), etc. Nous ne croyons pas que l’exactitude de cette dernière manière de voir soit mise hors de doute.
Bouillaucl a appliqué à l’érysipèle sa formule des saignées coup sur coup ; est-elle plus efficace dans celte affection que les autres modes de traitement?
Quelques auteurs regardent l’application des sangsues dans un point plus ou moins rapproché du siège du mal comme un moyen plus clïicacc que la saignée générale. Rien ne démontre qu’il en soit ainsi ; dans quelques cas observés par Louis, l’érysipèle traité par les sangsues a eu une durée plus longue, ce qui ne veut pas dire, sans doute, que les sangsues soient nuisibles, mais seulement qu’il n’est pas probable qu’elles aient une efficacité notable. Broussais, regardant l’érysipèle comme ayant son point de départ dans une irritation de l’estomac, conseillait les sangsues à l’épigastre; ces idées ne peuvent plus avoir cours aujourd’hui.
[Si le traitement par les émissions sanguines trouve sa justification dans quelques cas, on devrait bien se garder de le mettre en pratique dans tous les cas où l’érysipèle s’accompagne de délire, surtout dans ceux où ce trouble paraîtrait purement nerveux, comme cela ressort de la discussion relative aux complications.] Parmi les autres moyens qu’il reste h passer en revue, il en est qui appartiennent à la médication interne, et d’autres qu’on applique à l’extérieur.
1° Médication interne. — Parfois on voit survenir dans le cours de l’érysipèle une adynamie profonde. En pareil cas, plusieurs auteurs, parmi lesquels nous citerons Chomel et Blachc (3), recommandent de suspendre les saignées et de recourir aux toniques. Celte conduite paraît sage ; mais sur ce point, comme sur tous ceux qui restent à examiner, nous ne possédons pas de recherches bien faites, et surtout qui tiennent compte de la durée de la maladie. D’autres auteurs, tels (pie Selle, Cullen, Sloll, ont employé les toniques (quinquina, vin, etc.) dans presque tous les cas d’érysipèle; mais que peut-on conclure de faits incomplets ou de simples assertions?
[Cependant la conduite de Chomel et (1e Blaclie paraît être la meilleure, en face de l’érysipèle ambulant, par exemple, dont la marche envahissante dépend du
(1) Louis, Recherches sur les effets de la saignée dans quelques maladies inflammatoires, Paris, 1835, in-8.
(2) Bauquitî, Ann. mèd.-chir., 1827.
(3) Dictionnaire de médecine en 30 vol., ai t. ÊnvsirÉLE.
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mauvais étal du sujet, qui ne peut réagir contre le travail inflammatoire pour le limiter et lui faire reprendre son expression symptomatique habituelle (1).]
Vomitifs. — Une des médications le plus fréquemment recommandées par les médecins et parles chirurgiens, est l’emploi des vomitifs. Desault (2), Autenrieth, Fischer (3), etc., préconisent ce moyen. Le tartre stibié h dose modérée ou en lavage est le vomitif le plus ordinairement prescrit.
[C’est surtout au début de l’érysipèle à forme bilieuse que cette préparation doit être employée, à la dose de 5 centigrammes (en moyenne) dans un litre d’une boisson acidulée, à prendre de quart d’heure en quart d’heure. Ce remède constitue un excellent éméto-cathartique, et répond parfaitement au précepte d’Ambroise Paré :
En la cure d'èrysipelas Il faut purger par haut et par bas.
Purgatifs. — Ils constituent, presque constamment, l’une des bases les plus utiles de la thérapeutique dans l’érysipèle; les purgatifs salins, en particulier, donnés quotidiennement, dès le début, à faibles doses (un verre d’eau de Sedlitz ou de Pullna, etc.), sont ceux sur lesquels on peut compter davantage.]
L'opium a été prescrit par Reil (A) à la dose de 2 à 3 centigrammes toutes les quatre ou six heures, dans les cas où la douleur est très-vive. Quelle influence cette médication a-t-elle sur la durée et sur l’issue de la maladie? C’est ce qu’il est impossible de dire.
Velpeau (5) dit s’être bien trouvé de pilules composées d’opium, de nitrate de potasse et de camphre , dans les cas où les symptômes généraux étaient graves, et où la maladie avait la forme ataxique.
[Lorsque l’érysipèle se complique de délire nerveux, on le combattra, dès le début, par l’opium à hautes doses en pilules ou en lavement; le musc a paru utile également dans quelques cas, soit seul, soit administré concurremment avec une préparation opiacée.]
Nous nous bornerons à mentionner quelques autres moyens employés à l’intérieur, tels que Y huile de térébenthine , employée par Harry-Cox (6), la poudre de colchique d'automne (7), Y acétate d'ammoniaque (Autenrieth), la digitale (8).
[Hillairet et O. Larcher, dans plusieurs cas d’érysipèles compliqués d’accidents cérébraux et notamment de délire, ont eu à se louer de l’usage interne de l’alcoolature d’aconit (à la dose quotidienne de 2, 3 et A grammes, dans un julep), combiné à l’administration d’un verre d’eau de Sedlitz, chaque matin.]
Hamilton et Charles Bell (9) disent avoir employé depuis vingt-cinq ans, et avec un succès constant, un remède puissant pour combattre l’érvsipèle dans toutes les
(1) J. Béhier, Confèrences de clinique médicale , p. 47.
(2) Desault, Œuvres chirurgicales, t. II.
(3) Fisher, Rust's Magazin,\.Mll.
(4) Reil, Fieberlchre , t. U.
(5) Velpeau, Lancette française, 1831.
(6) Harry-Cox, The London med. Rep., 1825.
(7) Bullock, Journal des conn. méd.-chir., janvier 1835.
(8) Kopp, lleobacht irn Gebicte (1er ausObenden Heitkunde. Frank!'., 1821.
(9) Monthlg Journal, juin 1851, et Union médicale, 5 juillet 185 1.
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affections ET maladies de la peau.
variétés qu’il revêt, idiopathique, symptomatique, traumatique: c’est le chlorhydrate de fer sous forme d ' alcoolature (alcoolé de fer chloruré), qu’on prépare en mélangeant 1 partie d’oxyde rouge de fer, /i d’acide chlorhydrique et 6 d’alcool. La dose est de quinze à vingt gouttes toutes les deux heures; on peut l’augmenter toutes les fois que la plilogoseest tenace, étendue et produit beaucoup de sécrétion. Ces médecins citent de nombreuses observations d’érysipèle dont la guérison a été plus ou moins rapide, mais toujours certaine.
Ce médicament, qui leur a été très-utile chez les enfants nouveau-nés, se donne à la dose de deux gouttes toutes les deux heures dans un peu d’eau sucrée. Il est évident qu’ils auraient dû tenir plus de compte qu’ils ne l’ont fait de la durée de la maladie.
Erysipèle des nouveau-nés. — Belladone. — Prosper Yvaren, d’Avignon (1), a rapporté un cas dans lequel un érysipèle fort grave, survenu chez un enfant de neuf jours, et compliqué d’endurcissement du tissu cellulaire sous-jacent, s’est terminé par la guérison, après avoir parcouru presque toute l’étendue du corps. La médication, qui a paru avoir de bons efiets, est la suivante :
2 C Teint, alcooolique de belladone. 1 goutte. | Eau sucrée 100 gram.
A prendre par cuillerée d’heure en heure.
Le septième jour, la dose fut portée à deux gouttes de teinture.
Nous citons ce fait pour qu’on puisse expérimenter de nouveau le traitement, car, isolé, il n’a qu’une valeur restreinte.
2° Médication externe.
Scarifications , piqûres. — Nous signalerons d’abord les scarifications sur la partie affectée. Proposées par Ilutchinson (2), elles ont été blâmées par d’autres, et surtout par J. Frank, qui craint qu’elles ne produisent la gangrène. Sloll scarifiait le cuir chevelu dans les cas d’érysipèle de celte partie. Nous avons vu que souvent la suppuration s’établit dans cette variété d’érvsipèle, qu’on peut considérer alors comme un érysipèle phlegmoneux, et par conséquent, il faut renvoyer nos réflexions sur ce point au moment où nous parlerons de l’érysipèle phlegmoneux.
Des piqûres superficielles pratiquées au nombre de vingt, trente, et même plus de cent, sont regardées comme très-utiles par quelques médecins (Lassis, Bright, etc.). Après les avoir faites, on les lave avec de l’eau tiède pour faciliter l’écoulement du sang, et l’on renouvelle cette petite opération deux ou trois fois en vingt-quatre heures. Nous manquons des éléments nécessaires pour apprécier l’utilité ou les inconvénients de ces moyens.
Topiques. — Le nombre des topiques employés contre l’érysipèle est très-considérable. On a recommandé les fomentations émollientes , les cataplasmes de farine de graine de lin, de fécule de pomme de terre , les lotions calmantes; l’application de farine sèche de froment , de seigle ‘ les onctions avec l'axonge (F. Barthez, Martin-Solon); les onctions mercurielles (méthode mercurielle); les compresses trempées dans l’eau froide ; les lotions d’alcool camphré étendu d'eau; le camphre recouvert de compresses humides; l 'eau blanche et d’autres astringents, etc.
Nous avons réuni à dessein ces médications dans ce passage, parce que la môme
(1) Yvaren (d’Avignon), Revue méd.-chirurg . , mai 1848.
(2) Hutchinson, Med. -chie. Transaction')'. London, 1814, t. V, p. 278