‹ Guide du médecin praticien (volume 2)Chapitre 155 sur 494 · ÉRYSIPÈLE. — TRAITEMENT · texte numérisé non relu

ÉRYSIPÈLE. — TRAITEMENT

réflexion s’applique à toutes; on n’a pas mis hors de doute, par une analyse rigoureuse des faits, leur degré d’efficacité.

L’emploi des comptasses froides et des astringents (Reuss, Gouzée, Wilkinson) a quelques faits qui paraissent parler en sa faveur; mais ces faits sont sujets à contestation, et beaucoup de médecins pensent qu'il y a un grand danger à traiter ainsi l’érysipèle, parce qu’on peut déplacer l’inflammation et la porter sur un organe important.

L’application du camphre a été recommandée par Gama et par Malgaigne (1). Il résulterait des faits rapportés par ce dernier observateur que cette méthode n’a pas d’inconvénients réels.

Erysipèle des nouveau-nés. — Trousseau (2) a employé contre l’érysipèle des nouveau-nés et des enfants à la mamelle le topique suivant :

If Éther 60 gram. | Camphre 30 gram.

Étendez cette solution à l’aide d’un petit pinceau de charpie sur toute la surlace érysipélateuse.

[Pour diminuer la phlegmasie delà peau dans les érysipèles, Trousseau et Pidoux font encore étendre, à l’aide d’un pinceau, sur la partie malade, une couche de la solution suivante :

Tannin. , Camphre

10 gram.

20 gram.

Éther sulfurique

50 gram.

L’éther, en se volatilisant, laisse sur la peau une poussière de tannin et de camphre, qui agit comme sédatif et résolutif (3). ]

Onguent mercuriel. — L’emploi de l 'onguent mercuriel , en frictions ou en onctions sur la surface malade, a été beaucoup plus préconisé encore : est-il mieux démontré qu’il a une action avantageuse? Personne n’a plus insisté sur son efficacité que Ricord (6); mais si l’on examine avec quelque attention ce qu’il a écrit à ce sujet, on voit qu’on ne peut arriver à aucune conclusion inattaquable. Citer des faits dans lesquels on voit des érysipèles promptement guéris, ce n’est rien; tous les jours nous voyons la même chose presque sans aucun traitement II faut donc, de toute nécessité, employer les moyens de démonstration mis en usage par Louis. Ricord attribue les insuccès à ce qu’on a employé de l’onguent mercuriel rance, à ce qu’on n'a pas persévéré dans le traitement. Ce que nous venons de dire nous dispense de discuter ces assertions. Ces réflexions prennent plus d’importance encore si l’on considère que, suivant F. Barthez (h), il suffit de faire des onctions avec un corps gras pour produire de bons effets. Du reste, Ricord recommande exclusivement les onctions faites de manière à recouvrir et à déborder même la surface érysipélateuse.

[Bazin (de Bordeaux) recommande, dans ce but, le mélange suivant :

'¥ Cérat de Galien 20 gram. | Camphre 1 à 2 gram.

On en forme une épaisse couche de 1 à 2 millimètres sur les parties malades,

(t) Gazette médicale , 1832.

(2) Trousseau, Bulletin gên. de thérap., février 1848.

(3j Trousseau et Pidoux, Traité de thérapeutujue, t. I, p. 141, 7e édition. Paris, 186*2.

(4) Ricord, Lancette française, 1831.

(5) t. bardiez, Du traitement des érysipèles a laide des corps y rat {Recueil de méat, de rnéd., de chir. et de pharnu militaires. Paris, 1834, t. XXXIII).

AFFECTIONS El MALADIES DE LA FEAL.

que l’on recouvre d’une feuille d’ouate. C’est un moyen isolant et sédatif tout à la fois, dont l’auteur dit avoir obtenu un succès marqué (1). ]

L’usage des lotions mercurielles a été proposé par Schott. Il les pratique ainsi qu’il suit :

if Eau (50 gram. | Deutochlorure de mercure. . . 5 ccnligr.

Dissolvez. Pour une ou deux lotions dans les vingt-quatre heures.

Collodion. — Dans un cas observé dans le service de Briquet, on a appliqué sur la surface d’un érysipèle occupant l’abdomen, et survenu dans les circonstances les plus fâcheuses, une couche de collodion sur toute la surface érysipélateuse. L’érysipèle a été immédiatement arrêté dans sa marche. Vran a cité à la Société médicale des hôpitaux des cas semblables. Grisolle (2) a vu un érysipèle commençant arrêté du jour au lendemain de la même manière, et nous avons nous-même observé un cas où le collodion a procuré un soulagement immédiat, et dans lequel l’érysipèle, qui semblait encore en voie d’augmentation, a cessé de faire des progrès. Guersant (3) a obtenu chez un malade un bon résultat, en unissant le collodion à l’huile de ricin qui le rend plus souple, plus élastique et plus facile à se détacher par la simple application d’un cataplasme émollient.

Voici la formule de ce nouvel enduit :

if Collodion 30 gram. | Huile de ricin 2 gram.

Mêlez.

Piachaud, de Genève (ù), dans un mémoire sur l’érvsipèle, cite trois cas où l’application de ce médicament a également été favorable. Enfin on sait que Robert- Latour traite ainsi un grand nombre d’inflammations. Ces faits doivent engager les praticiens à répéter un traitement aussi simple.

Nous croyons devoir exclure le collodion dans les formes vésiculeuses et bulleuses, etc., c’est-à-dire toutes les fois que l’épiderme a disparu ou se déchire au moindre contact; dans ces cas on s’exposerait à faire naître des complications locales ou l’exacerbation des symptômes généraux.

Vésicatoire. — Le vésicatoire est recommandé par un très-grand nombre d’auteurs, et Dupuytren en a beaucoup vanté l’emploi. Faut-il employer le vésicatoire dans tous les érysipèles, ou seulement dans l’érysipèle ambulant? Cazenavc et Schedel pensent qu’on ne doit y avoir recours que dans ce dernier. Quant a nous, après avoir examiné les faits et avoir vu le vésicatoire échouer bien des fois, nous pensons que, même dans ce dernier cas, on ne peut accorder une grande confiance à ce moyen. Toutefois, si l’on était tenté de l'employer, il est certain que c’est dans l’érysipèle ambulant qu’il paraît le mieux indiqué.

[Si le malade est fortement déprimé, s’il paraît réclamer un prompt secours, Béhier conseille de mettre un vésicatoire au centre de l’érysipèle; on ne laissera

(1) Société de médecine de Bordeaux, novembre 1804.

(2) Grisolle, bulletin gén. dethèrap 15 avril 1850.

(3) Guersant, Journ. des connu iss. médico-chirurg . , 18 mars 1852.

(4) Piachaud (de Genève), Archives générales de médecine, septembre 1854.

ÉRYS1PËLE. — TRAITEMENT.

ùô3

l’emplâtre vésicant que quatre ou cinq heures en place, pour appliquer ensuite un cataplasme de fécule qui remplira le double but de finir le travail de vésication et de modérer l’excitation cutanée. Dans un certain nombre de cas il agit comme stimulant sur le système nerveux et sur la peau qu’il relève et dont il réveille la réaction. Il peut être considéré aussi comme un agent de la méthode substitutive. L’emploi du vésicatoire doit toutefois être surveillé; car, outre qu’il peut devenir le point de départ de nouvelles irradiations phlegmasiques, il peut encore, soit dans le cas où le malade est très-déprimé, soit si l’action du moyen est trop prolongée et trop énergique, favoriser la formation de la gangrène au niveau de la surface qu’il a occupée (1).]

Est-il nécessaire, après ce qu’on vient de dire, de rechercher, avec les auteurs, s’il vaut mieux appliquer des vésicatoires volants que des vésicatoires à demeure , et réciproquement? s’il faut recouvrir toute la surface érysipélateuse, ou seulement une partie? s’il faut établir la vésication non -seulement sur la peau enflammée, mais encore sur une partie de la peau saine? Évidemment non. Nous mentionnerons seulement une manière particulière d’appliquer le vésicatoire, à laquelle Piorry (2) attribue de nombreux succès. Il applique un vésicatoire long et étroit, un vésicatoire linéaire, autour de la surface enflammée et à quelques centimètres au delà des limites du mal ; et, suivant lui, l’inflammation est arrêtée par cette vésication circulaire comme par une barrière infranchissable. Dans les faits cités par Piorry, on voit, en effet, l’inflammation rester en deçà de la vésication; mais il faut remarquer que les érysipèles dont il s’agit sont des érysipèles de cause externe, qu’ils ont déjà un certain nombre de jours de durée quand on applique le vésicatoire, et que rien ne prouve que l’inflammation n’eût acquis déjà l’étendue qu’elle devait avoir, lorsqu’on a eu recours à la vésication. Ce n’est qu’en étudiant mieux les faits qu’on répondra à ces objections.

Cautère actuel. — Le cautère actuel, employé soit sous la forme de raies de feu plus ou moins nombreuses, soit sur une surface un peu large avec un cautère plat, a été surtout préconisé par Larrey (3) ; mais il se présente encore ici celte cause continuelle de doute que nous retrouvons lorsqu’il s’agit d'apprécier les frictions térébenthinées, le Uniment de Kcntisch (h) composé d 'onguent basilirum et d 'essence de térébenthine ; les sinapismes, les moxas, les caustiques.

La cautérisation à l’aide du nitrate d'argent mérite seule de nous arrêter un . instant. Ce moyen, mis en usage par ilibbinglon (5), et appliqué plus tard par lanchou, consiste à toucher toute la surface de l’érvsipèle, soit avec un crayon de nitrate d'argent, soit, ce qui est plus facile, avec une solution de ce sel. Après cette application, la surface malade pâlit; mais quelle influence ce moyen a-t-il sur la guérison ?

Traitement de l'érysipèle phlegmoneux. — ♦ Un certain nombre de moyens employés contre 1 érysipèle simple conviennent dans l’érysipèle phlegmoneux, et doivent être employés avec plus d énergie. Ce sont les émissions sanguines générales

(1) Béhier, Conférences de clinique médicale, p. 47 et 48, Paris, 1804.

(2) Piorry, Union médicale, 1847.

(3) Larrey, Clinique chirurgicale , t. I.

(4) American med. and surg. Journal, 1823.

<P) Hibbingion, voy. Journal des progrès, 1827.

AFFECTIONS ET MALADIES DE I.A PEAU

cl locales, les applications émollientes, les bains. Mais il est évident que tous les topiques irritants (vésicatoires, sinapismes, cautérisations), qui n’agissent que sur la partie la plus superficielle du derme, n’auraient ici qu’un résultat fort incertain; car la maladie s’étend profondément au tissu cellulaire. C’est du moins ce qui résulte de l’expérience de Dupuvtren. Pâtissier, au contraire, dit avoir vu traiter avec un succès complet, par le vésicatoire, plus de quarante érysipèles phlegmoneux; mais aucun autre chirurgien n’a obtenu de pareils effets.

Si /'érysipèle phleymoneux n'est pas parvenu à la période de suppuration, on cherche, après avoir essayé de modérer l’inflammation par des émissions sanguines abondantes, à la faire avorter, soit par des incisions, soit par la compression.

Les incisions doivent être assez nombreuses pour qu'une suppuration s’établissant par les ouvertures qu’elles produisent, le pus ne puisse pas se rassembler en foyer, ou même pour que l’écoulement considérable de sang auquel donnent lieu ces incisions prévienne toute suppuration due à l’inflammation qu’on veut combattre. Plusieurs auteurs ont attribué à cette pratique la gangrène des tissus, survenue dans quelques cas.

La -compression est un moyen qui paraît plus utile, et en faveur duquel on a rapporté des cas intéressants. Pour la pratiquer, on se sert, soit d’un bandage ordinaire, soit d’un bandage amidonné. Il faut, d’une part, que cette compression ne soit pas exercée trop fortement; et, de l’autre, qu’elle soit suffisante. On comprend facilement les inconvénients qu’aurait l’un ou l’autre excès.

Quand la suppuration est établie, le traitement est tout ü fait chirurgical.

Il nous suffit d’ajouter que, comme dans les cas d ‘érysipèle simple, on a recours à une médication interne plus ou moins énergique, et qui n’est pas essentiellement différente.

Dans Y érysipèle du cuir chevelu, l’accumulation rapide du pus sous l’aponévrose et la difficulté que ce liquide trouve à s’échapper exigent des scarifications promptes et profondes.

On a recommandé, contre Y érysipèle des nouveau-nés, Yoxymel scillitique pour provoquer le vomissement (1). OEstcrleben a prescrit, dans un cas, le sulfate de quinine, à la dose de 15 milligrammes, trois fois par jour, concurremment avec le mercure gommeux de P/enck: l’enfant a guéri. Miles (2) a dominé le sulfate de quinine à la dose de 25 milligrammes; il en vante les bons effets, mais sans fournir de preuve convaincante.

[Dans l’un des cas d’érysipèles périodiques qu’a observés Béhier, le sulfate de quinine, donné pendant huit jours avant l’époque à laquelle était liée son apparition, a fini par triompher delà maladie. Peut-être, dans des cas analogues, serait-il bon de recourir à la même médication?

Ajoutons encore l’indication d’un moyen préconisé par Higginbotlom. On fait une solution de 8 grammes de sel lunaire dans 30 grammes d’eau, dont on se sert pour badigeonner non-seulement la zone rouge, mais encore le tégument qui l’entoure, dans une étendue de 5 à 6 centimètres. Deux applications suffisent, eu

(1) Joerg, H and b. der Kinder kran/c/i. Leipzig, 1826. ^2) Miles, The London med, Repos if.} 1824,

URTICAIRE. — CAUSES. 4oo

général, et, si elles sont faites à temps, elles préviennent, selon l’auteur, les symptômes généraux et l’extension de la phlegmasie cutanée (1).

En terminant, il n’est peut-être pas inutile de rappeler qu’un cas mortel a été observé récemment, sur un enfant de trois mois, très-lymphatique, au dixième jour d’une vaccination. L’érysipèle prit son point de départ dans les pustules vaccinales, et de là s’étendit sur tout le corps. D’où cet enseignement pratique, de suspendre les vaccinations en temps d’épidémie d’érysipèle (2).

ARTICLE 11 i.

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