URTICAIRE. — SYMPTÔMES
apparaître sur une partie du corps plus ou moins étendue, et principalement sur les épaules, les lombes, les cuisses, des élévations tantôt roses, tantôt d’un rouge assez foncé ou d’un rouge vif, tantôt pâles, comme si elles étaient constituées par une suffusion séreuse du derme, tantôt enfin pâles dans leur centre, et plus ou moins rouges à leur pourtour.
Leur forme est variable, circulaire, ovale, irrégulière; leur étendue très-diverse ; leurs bords sont durs. Leur nombre est également très-variable, car tantôt on n’en voit qu’un petit nombre, assez distinctes les unes des autres; tantôt, au contraire, elles sont confluentes, et, dans ce dernier cas, elles couvrent assez souvent tout le corps. Kocb (1) affirme qu’il en a vu jusque dans la bouche.
Un prurit souvent insupportable, augmentant par la chaleur du lit et aussi par les frottements exercés par le malade, est un phénomène constant.
Ordinairement les plaques, considérées individuellement, n’ont qu’une courte durée; cette durée peut n’être que de quelques minutes ou d’une ou plusieurs heures. Quelquefois cependant elles se montrent pendant un et même plusieurs jours; mais ces derniers cas sont très-rares. Il en résulte que l’éruption consiste en une apparition plus ou moins rapide de plaques, se montrant çà et là, et disparaissant pour être remplacées par d’autres. Il est même assez commun de voir l’éruption diminuer très-notablement , disparaître presque complètement pendant plusieurs heures pour se reproduire de nouveau.
Parfois la disparition, le retour des plaques sont périodiques ; l’urticaire est alors intermittente ; et ce qui prouve qu’elle est de la nature des fièvres de ce nom, c’est qu’elle cède promptement au fébrifuge. D’autres fois, elle accompagne tout simplement une lièvre intermittente, et cède avec elle au sulfate de quinine.
De la présence des plaques sur divers points du corps il résulte un gonflement des tissus, avec gène des mouvements. Ainsi les lèvres, les paupières s’épaississent et s’ouvrent plus difficilement. Les articulations sont un peu tuméfiées et roides. Parfois Y érythème se joint à l’urticaire ; en pareil cas, le gonflement et la roideur sont plus considérables, et la maladie se termine par une desquamation qui n’appartient nullement à l’urticaire.
Les symptômes généraux ont une intensité des plus variables. Quelquefois la fièvre est intense Je premier et le second jour; il y a une vive agitation et même du délire. Bien plus souvent, le mouvement fébrile est très-modéré.
Après des apparitions plus ou moins nombreuses, les plaques de l’urticaire disparaissent sans laisser aucune trace.
[L éruption, dans quelques cas, s est prolongée sept à huit jours environ par poussées successives, en conservant pendant tout son cours le caractère fugace qui appartient aux diverses espèces d’urticaire.
'l 11 rticaire symptomatique ou concomitante de maladies fébriles. — Uetle espèce de I urticaire dont nous avons fait connaître plus haut les circonstances étiologiques, est, dans tous les cas où elle se présente, « plus ou moins subordonnée à la maladie principale, dont elle partage habituellement toutes les vicissitudes; or, c est dans le fait même de cette solidarité que réside véritablement le seul caractè,e fiu* appai tienne en propre a l’urticaire fébrile ou symptomatique. L’éruption
(I) Koch, Progr. defebr, urtie. Leipzig, 1792.
AFFECTIONS ET MALADIES DE LA PEAU
n’ajoule pas d’ailleurs à la gravité de la maladie qu’elle vient compliquer; quelquefois même elle a paru constituer une crise judicaloire d’un favorable augure. » (Bazin.)
5° Urticaire Mymptoniatique de la dartre et de 1 artiiritis. — Bazin, qui a étudié à part ces deux espèces de l’urticaire (1), les rattache à deux phases différentes de l’évolution de ces deux maladies constitutionnelles. L’éruption liée à la première période de l’arthritis et de la dartre, revêt une marche aiguë; dans chacune des deux maladies, elle a pour type la lièvre ortiée proprement dite. C’est là un caractère commun aux deux espèces. Quant aux caractères qui peuvent servir à les distinguer, Y urticaire aiguë de nature arthritique (outre les signes tirés de la constitution du malade, des phénomènes concomitants), son développement serait favorisé ou ranimé par le froid (?), la fluxion cutanée serait souvent portée à un degré extrême ; quelquefois même , il se produirait dans le tissu de la peau une véritable hémorrhagie qui persiste après la disparition des plaques sous la forme d’une tache noirâtre ecchymotique ( Urticaria perstans de Willan et Balernan). Enfin, le malade accuserait surtout un sentiment de cuisson avec picotements et élancements dans les parties affectées. L 'urticaire aiguë dartreuse s’observerait surtout chez les femmes, chez les sujets d’un tempérament nerveux, sous l’influence d’émotions morales vives. La chaleur et le séjour au lit favorisent ou rappellent le développement de l’éruption et des démangeaisons si pénibles quil’accompagent (Bazin).
L’éruption d’urticaire que Bazin rattache à la deuxième et même à la troisième période de la dartre et de l’arlhritis, est extrêmement importante à connaître eu pratique, que l’on adopte ou non l’opinion relative aux deux origines auxquelles Bazin les rapporte. Nous donnerons ici les caractères à l’aide desquels cet auteur espère pouvoir les faire distinguer entre elles, mais il en est un qui les distingue de toutes les autres espèces d’urticaire, c’est la chronicité. Ce caractère fait de l’urticaire (dartreuse ou arthritique) une affection des plus pénibles; elle peut ainsi durer des mois, des années même, et souvent n’avoir d’autre terme que celui de l’existence des individus. Apparue sans fièvre, sans aucun prodrome qui l’annonce, elle ne succède jamais à la forme aiguë, mais revêt dès son début la marche qui la distingue; ce n’est pas que l’éruption de chaque élément dure plus que d’ordinaire d’une façon bien marquée; mais les éruptions se succèdent presque sans intervalles. « Il n’est pas rare de voir, vers son déclin, l’urticaire chronique dégénérer en une autre éruption, prurigo, lichen, herpès ou pemphigus, soit qu’il y ait transformation réelle, ou qu’il s’agisse d’un simple fait de succession entre deux manifestations émanées de la même cause interne, à deux périodes de son évolution (2). »
Urticaire chronique arthritique {cnidosis arthritique de Bazin). — Cette espèce de l’urticaire, bien connue depuis longtemps, est constituée non plus par de simples plaques superficielles, mais par des espèces de nodosités, d’un rouge foncé, pénétrant assez profondément dans le derme et occasionnant dans les parties une tension et une gêne considérables. C’est Y urticaria tuberosa de "Willan et Batcman. Remarquant que l’éruption a lieu sur les parties découvertes, qu’elle semble se
(1) Bazin, Leçons sur tes affections génériques de ta peau. Paris, 1SG5, t. Il, p. 53.
(2) !d , ihid. Paris, 1 8 G 5 , t. II, p. 31.