HERPÈS. — SYMPTÔMES
morales, et s’accompagne d’un mouvement fébrile ( H . pseudo-exanthématique) ; souvent il est dû à l’action d’agents irritants locaux (H. artificiel)', il est quelquefois un phénomène critique dans des affections graves (pneumonie, lièvres intermittentes); enfin il est symptomatique de la dartre, de l’arthritis et de la syphilis.
Pour Bazin, l’herpès phlvcténoïde de nature herpétique est déterminé par les émotions morales, tandis que l’herpès arthritique reconnaît pour cause l’impression du froid. Dans ce dernier, outre les caractères qui lui sont communs avec les autres arthritides, les vésicules offrent un volume inégal qui contraste avec celui des mêmes éléments dans l’herpès dartreux. Dans l’herpès syphilitique, enfin, l’existence d’une rougeur cuivrée, la disposition de l’éruption en corymbes ou en cercles, des symptômes vénériens concomitants mettront sur la voie du diagnostic (1).]
3° iicrpcs iabiaiis. — • Cette variété, qui ne mérite pas une description à part, offre, sur un point circonscrit de l’ouverture buccale, les phénomènes d’éruption que nous venons de signaler. Tout ce qu’il est nécessaire d’ajouter, c’est que le point de la lèvre où doit paraître le mal devient d’abord le siège d’un sentiment de chaleur âcre et brûlante, suivi bientôt d’un gonflement assez marqué. La surface est rouge et luisante, et ne tarde pas à se couvrir des vésicules caractéristiques. Celles-ci n’occupent le plus souvent qu’une partie restreinte de l’une des lèvres, et ordinairement le point où la muqueuse sc confond avec la peau. L ’herpes labialis parcourt rapidement sa marche; le liquide des vésicules se concrète en croûtes brunes qui tombent du septième au huitième jour. Si on les arrache, il s’eu forme de nouvelles qui persistent plus longtemps.
[D’une manière générale, on peut dire que les circonstances étiologiques se confondent avec celles que nous avons rappelées à l’occasion de l’herpès phlycténoïde.
Gubler a vu 1 ’herpes dit labialis se développer sur divers points de la face, au nez, à la joue, aux paupières, et même sur la conjonctive oculaire, où il détermine une vive inflammation. Il peut prendre même naissance dans la cavité buccale et à l’isthme du gosier, où il produit l 'angine couenneuse dite commune.
6° Herpès guttural. — « 1° L’angine couenneuse, dite commune, est une variété de l’angine vulgaire, a frigore , et prend place dans le groupe naturel des maladies qui dérivent de l’action du froid. 2° La coïncidence fréquente de Vherpes labialis souvent du même côté que l’angine, et la similitude incontestable des lésions de la bouche et de l’orifice guttural, démontrent clairement la réalité de l’herpès sur les régions en apparence diphthéritiques. 3° Mais l’herpès, comme tous les autres éléments anatomiques des affections tégumentaires, subit des modifications sur les membranes muqueuses. Les vésico-puslules qu’il forme se décoiffent de leur épithélium et montrent à nu leur exsudât plastique; en sorte que lorsqu elles deviennent confluentes, elles offrent une surface couenneuse plus ou moins large. 6° I. aspect de cette surface est modifié, son étendue est augmentée par une sécrétion pseudo-membraneuse sans ulcération préalable qui s’étale sur les points limitrophes, c est-à-dire sur l’auréole inflammatoire du groupe d’herpès. Cette
(1) Bazin, Leçons sur les affections génériques de la t. 1, p. 122 et 123
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circonstance indique chez les muqueuses une tendance très-marquée aux exsudations plastiques, et démontre que, sous ce rapport, elles sont intermédiaires entre les séieuses et la peau. 5° La couche plastique de l’herpès guttural offre exactement la même composition chimique et microscopique que la pellicule du croup, le contagium qui accompagne celle-ci. n étant pas saisissable par nos moyens d’investigation les plus perfectionnés. Cette identité n’a rien qui doive surprendre, car les symptômes ne sont jamais absolument pathognomoniques; souvent, au contraire, les lésions sont communes à des maladies de nature diverse, et les causes seules peuvent être véritablement spécifiques. G0 Malgré cette analogie de lésion avec l’angine diphthéritique maligne, et malgré quelques différences secondaires par rapport a l’éruption cutanée, l'angine couenneuse commune n’est donc en réalité qu’un herpès de l’isthme du gosier et mérite le nom d'angine herpétique. 7° 11 existe deux variétés de cette angine : dans l’une, l’herpès est primitif et constitue la lésion unique; dans l’autre, il succède à une amygdalite et se surajoute au phlegmon tonsillaire, en même temps qu’une éruption semblable couvre les lèvres. On pourrait nommer la première angine d’herpès [angina ah herpete ), et la seconde, angine avec herpès ( angina cum herpete). 8° Cette affection, bénigne de sa nature, peut néanmoins entraîner des conséquences sérieuses, en raison de son siège et de l’obstacle qu’elle apporte à l’alimentation : elle est à Vherpcs la hiahs ce que l’œdème érysipélateux de l’orifice supérieur du larynx est à celui des paupières. 9" L’ herpès guttural ne réclame aucun traitement spécifique. Au début, une émission sanguine, locale ou générale, sera parfois nécessaire. Le plus souvent on aura recours à un éméto-catharlique, utile pour faire tomber l’appareil fébrile et commencer la résolution de l’engorgement inflammatoire. Alors les révulsifs cutanés rendront des services.
» Les autres indications à remplir sont : 1° de calmer les douleurs causées par la déglutition, h l’aide des narcotiques appliqués localement; 2° défavoriser l’élimination des produits exsudés par des gargarismes légèrement détersifs et des boissons émollientes; 3° d’entretenir la liberté du ventre par des lavements et de légers laxatifs; l\° de donner des aliments mous ou liquides, et, s’ils ne sont pris qu’en proportions insuffisantes, d’y suppléer par des lavements nutritifs, et de soutenir
les forces par des toniques 10° Des considérations analogues aux précédentes
s’appliquent à l’ophthalmie spéciale, due à la présence de groupes d’herpès sur la conjonctive oculo- palpébrale, affection dont un exemple se trouve consigné dans le mémoire (1). ■>]
5° Herpès præputiaiis. — Bielt a le premier appelé l’attention sur cette variété de l’herpès, dans laquelle il a distingué deux étals bien tranchés : l’état aigu et l’état chronique.
A Y état aigu , l’éruption s’annonce par la présence de quelques taches rouges d’étendue variable, dépassant rarement la grandeur d’une pièce d’un franc. Ces taches se recouvrent bientôt de petites vésicules globuleuses, transparentes. Si P éruption a pour siège la face externe du prépuce, l’inflammation est peu considérable, le liquide des vésicules se résorbe, il y a une légère desquamation ; quel-
(1) A. Gubler, Mémoire sur l’herpès guttural, etc. Paris, 1858. Voy. aussi Boucaud, Journal >1e médecine de Lyon, août 1865, et P. Garnier, Dictionn , des progrès des sciences médicales, 1865, p. 378.
HERPES
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quefois il se forme de petites croûtes brunes qui tombent rapidement, et l'affection se termine dans l’espace d’un septénaire. Si, au contraire, l'herpès se développe à ta face interne du prépuce, l’inflammation est plus forte, les plaques vésiculeuses sont d’un rouge tellement vif, que les vésicules, en raison de leur transparence, paraissent rouges elles-mêmes; elles sont d’abord très-petites, mais grossissent rapidement et se réunissent entre elles par petits groupes confluents. Quelquefois la résolution a lieu, mais le plus souvent les vésicules se déchirent et laissent après elles de petites érosions superficielles qui conservent la forme arrondie des vésicules, et disparaissent rapidement sans laisser de traces. Un peu de démangeaison au début, une cuisson légère quand il y a des érosions, tels sont les seuls symptômes qui accompagnent l’état aigu, dont la durée ne dépasse pas sept ou huit jours (1).
A Y état chronique, Y herpes prœputialis, maladie souvent méconnue, consiste en une succession d'éruptions qui apparaissent à des intervalles de plus en plus rapprochés. L'inflammation, augmentant graduellement, finit par gagner les couches du tissu cellulaire sous-muqueux. Le prépuce devient de plus en plus rude, et difficile à replier sur lui-même ; son ouverture se transforme en un anneau épais qui se rétrécit chaque jour, et permet à peine le passage de l’urine. Il peut aussi arriver que l’orifice du prépuce se resserre de telle sorte qu’iY ne corresponde plus exactement au méat urinaire: alors l’urine n’est plus chassée complètement, et chaque émission occasionne de la douleur, de la cuisson, des démangeaisons vives. Dans ces conditions, l’extrémité du prépuce est froncée. Les efforts que l’on fait pour découvrir le gland donnent lieu à des tractions et à des déchirures douloureuses. A. Cazenaze a vu chez un malade atteint de cette forme d’herpès, et bien que le rétrécissement fût peu avancé, un paraphimosis grave, déterminé par le renversement forcé du prépuce. Il est facile d’apprécier les inconvénients de toute sorte que peuvent entraîner de pareilles conditions; aussi tous les malades observés par Biett et Cazcnave étaient-ils tombés dans la tristesse et le découragement.
6° Hcrpcs zona. — Pendant longtemps il a été décrit à part et sous des noms différents, tels que : feu de Saint- Antoine, feu sacré , ignis sacer, herpès phlycténoïde en zone, etc.; c’est à tort que certains auteurs en ont voulu faire une variété de l’érysipèle, sous le nom d'érysipèle bulleux. Sa fréquence et quelques particularités de son développement ont une certaine importance, sans toutefois exiger une description spéciale; elles seront suffisamment exposées dans les détails suivants.
La disposition en demi-ceinture, qui lui a valu le nom de zona, est le caractère saillant de l’éruption. En général, cette forme a son siège au tronc, le plus souvent
(1) [C’est ici le lieu de parler de Y herpès généralisé. Nous venons de voir précédemment l’herpès siéger sur des points isolés et reconnaître, relativement à son développement sur ces surlaces, des causes variées. Lorsque l’éruption des vésicules est généralisée (étant exclue, bien entendu, la syphilide vésiculeuse), elle est ordinairement symptomatique d’un état pathologique général. Bucquoy l’a vue occuper toute la surface du corps, chez un homme atteint de delirium tremens alcoolique. Le plus souvent, cet herpès accompagne des fièvres éphémères sans gravité ; cependant, dans un cas récemment observé à 1’hùpital des Enfants, Jules Simon et Gingeot ont vu une éruption très-abondante et généralisée d'herpès aigu, accompagnée d'un état général grave et de déterminations morbides vers l’intestin. (Communication à la Société médicale des hôpitaux, séance du 24 mai 1865, et Union médicale, nouvelle série, t. XXVI, p. 609.) ] ’
Valleix, 5e édit.
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à la base du thorax; on la rencontre aussi au cou, h la face, quelquefois aux membres seulement ; elle n affecte jamais quun seul côté à la fois. Le zona paraît aussi se montrer plus fréquemment à droite qu’à gauche.
[Bazin (1) a vu le zona partir de la ligne médiane de la région lombaire, contourner la fesse et se terminer à la partie interne de la cuisse. Hillairet et O. Larcher ont observé un fait semblable portant sur le côté gauche du corps.]
Il a toujours la forme d’une demi-ceinture, constituée, non par une suite non interrompue de vésicules, mais par une série de groupes vésiculeux, séparés par des intervalles plus ou moins considérables, où la peau est restée saine. Ces groupes, ordinairement assez rapprochés, peuvent quelquefois être assez éloignés les uns des autres, de telle sorte, par exemple, que la demi-zone soit formée par trois ou quatre plaques.
[Ces plaques, rouges, irrégulièrement arrondies, naissent ordinairement après douze ou vingt-quatre heures de prodromes généraux (anorexie, fièvres) et de douleurs lancinantes sur les parties qui doivent être le siège de l’éruption. Elles supportent des vésicules brillantes, transparentes, en nombre variable, de la grosseur d’un grain de millet. La sérosité qu’elles renferment devient lactescente, opaque, quelquefois d’un noir particulier qui, à distance, répond assez bien à la teinte des téguments touchés avec une solution légère de nitrate d’argent dans l’eau distillée. Le volume de ces vésicules atteint bientôt celui d’un petit pois; quelquefois elles se fusionnent entre elles de manière à former des bulles; enfin, vers le cinquième jour de leur existence, elles s’affaissent et se recouvrent de légères croûtes brunâtres ou jaunâtres qui tombent en laissant des taches rouges et lentes à disparaître. Cependant, si l’inflammation a été trop vive, on voit au milieu une petite eschare qui laisse, après sa chute, une plaie douloureuse {zona gangréneux ), phénomène qui s’observe surtout chez les vieillards dont la constitution est détériorée par de mauvaises conditions hygiéniques. En général, la durée d’un groupe de vésicules est de huit à dix jours, mais la durée totale de l’éruption varie entre deux et trois septénaires, le zona gangréneux étant écarté (2).]
Une circonstance qui a frappé tous les observateurs, c’est la douleur locale qui se fait sentir dans chaque groupe vésiculeux, qui lui survit et persiste parfois trèslongtemps. C’est surtout celte dernière particularité qui a attiré l’attention : elle avait été signalée par Pinel (3) et Louis (A), qui ont rapporté des cas de douleurs persistant plusieurs années après la disparition de l’éruption. Les douleurs ont généralement une intensité considérable, et affectent la forme des douleurs névralgiques. Elles n’appartiennent pas exclusivement au zona. On les retrouve quelquefois dans la forme phlycténoïde de l’herpès.
Ajoutons que, parmi les plaques vésiculeuses, celles qui occupent les extrémités de la demi-zone saut ordinairement plus largement développées, et que l’éruption s’accompagne presque toujours de symptômes généraux.
[La nature du zona n’est pas uniformément interprétée. Quelques auteurs ont pensé que c’était une fièvre éruptive, et ils ont appuyé leur opinion sur la régu-
(1) Bazin, Leçons sur les affections génériques rie la peau, t. I, p. 124.
(2) Id., ibid, t. I, p. 125 et 126.
(3) Pinel, Nosographie philosophique, art. Zona.
(4) Louis, Journal hebdomadaire de médecine , t. Vl, p. 361.
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la ri te do sa marche et sur la disparition des phénomènes généraux au moment où apparaissait l’éruption. Mais cette régularité est loin d’être aussi grande que dans I les fièvres éruptives; d’ailleurs le zona diffère essentiellement de ces affections par sa localisation, par l’absence de contagion et par la circonstance des causes acci- ! dentelles sous l’influence desquelles il se développe souvent (froid et émotions i morales).
On a encore considéré le zona comme une névralgie. Parrot (1) a publié un i mémoire dans lequel il cherche à établir la nature névralgique ou rhumatismale i du zona en ne considérant l’éruption que comme un symptôme accessoire. II hase
• son opinion sur les caractères de la douleur, qui se rapproche de celle des névraligies, et surtout sur les causes de l’affection qui, dans presque toutes les observait ions qu’il a .recueillies, se rapportenl à un refroidissement. A. Hardy admet
« l’existence fréquente, mais non la constance de cette cause qu’il est impossible i de retrouver dans bien des cas. Mais l’objection la plus sérieuse à faire à la doci trine de Parrot consiste dans l’absence complète de douleur observée chez certains i malades atteints de zona. Or, que devient une névralgie sans douleur? Admettons i donc que le zona est une maladie inflammatoire accidentelle à laquelle l’existence I habituelle d’une véritable névralgie donne un caractère spécial, mais qui ne peut (cependant être rangée ni dans la classe des fièvres, ni dans celle des névralgies» (2).
Bazin considère le zona comme un pseudo-exanthème, tantôt idiopathique,
I tantôt arthritique, tantôt enfin de nature dartreuse. Le zona arthritique se monttrerait le plus ordinairement chez l’adulte, sans être rare dans l’enfance, époque (de la vie à laquelle il est toujours de cette nature. Il se développe sous l’influence (des mêmes variations de température que les autres arthritides; l’inflammation y (est plus intense, les vésicules groupées moins régulièrement et présentant entre relies une plus grande inégalité de volume que dans les zonas de nature différente. ILe zona herpétique , plus fréquent dans la vieillesse que dans l’âge adulte, est souvent déterminé par des émotions morales, et s’accompagne d’ictère, dan§ un certain nombre de cas. Dans le zona arthritique, on rencontre au niveau de l’éruption mine douleur tensivc qui augmente lorsque le malade vient à faire des mouvements brusques; elle a son siège dans les muscles et disparaît en même temps que les .groupes vésiculeux. Dans le zona herpétique, les douleurs névralgiques précèdent souvent, et ordinairement accompagnent ou suivent l’éruption qui, quelquefois, ^semble n’être alors qu’un symptôme secondaire (3). Ilillairet et O. Larcher ont observé à l’hôpital Saint-Louis sept malades, chez lesquels on ne pouvait rapporter l’éruption ni à l’arthrilis, ni à la dartre, et qui, ni avant l’éruption, ni pendant
• son cours, ni même, plus de quinze jours après elle, n’ont ressenti aucune douleur, spontanée ou provoquée, si ce n’est un léger sentiment de cuisson à la peau, sur 1 «quel les malades n’avaient pas eux-mêmes appelé l’attention. Dans ces sept cas,
•’C zona paraissait être idiopathique.]
(1) J. Parrot, Considérations sur le zona {Union médicale ; mars 1856). Voyez aussi sur ee sujet, Charcot, Note sur quelques cas d’affection de la peau dépendant d'une influence tu système nerveux {Journal de physiologie de Brown-Séquard, 1859, t. Il, p. 110).
(2) Hardy, Leçons sur les maladies de lu peau, publiées par Garnier. Paris,’ 1859.
(3) Bazin, Leçons sur les affect, génér . delà peau , t. I, p. 120 et 127.
AFFECTIONS ET MALADIES DE LA PEAU
7° Herpès circiné (1). — C'est une variété de forme qui a pour caractère particulier de se présenter sous l’aspect de cercles complets plus ou moins étendus, dont le centre est vide et ordinairement intact. Les bords, rouges, enflammés, se recouvrent de vésicules globuleuses extrêmement petites, auxquelles succèdent de petites squames si minces, si ténues quelquefois, qu’elles constituent une espèce d’état farineux.
L’herpès circiné s’annonce par des points rouges de la largeur d’un franc, souvent moindres, rarement d’un diamètre de 5 à 6 centimètres; ces points ont toujours l’apparence d’un disque bien arrondi; au début, ce caractère est moins sensible, surtout quand le point rouge est très-borné.
Dans quelques cas, les disques vont en s’élargissant, et acquièrent ainsi une étendue assez considérable; ils sont d’abord peu nombreux; il peut même n’y en avoir qu’un seul. D’autres fois ils sont en grand nombre, se rapprochent, se confondent de manière à ne plus présenter qu’une seule plaque farineuse qu’on pourrait prendre pour un eczéma squameux, si, en cherchant à la circonférence de l’éruption, on ne retrouvait des portions de cercle qui rappellent le caractère delà maladie. Cette variété est Yherphs squameux de Cazcnave.
L’herpès circiné a un siège de prédilection ; le cou et la face sont les points où on le rencontre le plus fréquemment.
La durée de cette maladie, (pii n’est ordinairement que de huit à dix jours, lorsque l’éruption n’est constituée que par une seule plaque, peut aller au delà de deux à trois septénaires quand il se fait plusieurs éruptions successives de disques vésiculcux.
[Bazin a démontré que l’herpès circiné constitue l’une des formes éruptives sous lesquelles se traduit d’abord le trichophyton quand il se développe sur la peau de l’homme. L’apparition des plaques est généralement précédée d’un prurit simple; chez quelques malades, les démangeaisons sont très-vives, les obligent à se gratter et deviennent ainsi la cause du transport de la maladie d’un point à un autre du corps. On devient ainsi, pour soi-même, une source de contagion ; et, si l’herpès circiné est plus souvent observé sur le membre droit, par exemple, que sur le gauche, c’est parce qu’on se sert moins souvent du second que du premier (2). Hillairct a vu un cas dans lequel il a pu établir l’existence antérieure de rapports illicites et préciser exactement la position respective des deux intéressés, par la seule inspection comparative des points du corps de chacun d’eux, sur lesquels on découvrait des plaques d’herpès circiné (3). On conçoit que, si, dans un cas pareil, au lieu qu’il s’agît d’un diagnostic purement médical, une question médico-légale était soulevée, on pourrait apporter dans la réponse une précision presque mathématique, en s’appuyant sur le degré d’évolution de l’alTcction cutanée et sur les points où l’on en constaterait l’existence.
8° Herpès iris et hjdro». — Les auteurs ne sont pas d’accord sur ce qu’il faut entendre sous le nom d’herpès iris. Tandis qu’en effet, Gibert, Cazenave,
(1) A. Devcrgie a décrit récemment une espèce A' herpès à forme quadrilatère, probablement liée à l’existence du trichophyton , quoique ni Ad. Gublcr, ni lui, n’aient pu retrouver ce champignon. i Union médicale du 3 avril 18(36.)
(2) Bazin, loc. cit., p. 106 et 107.
(3) Hillairet, communication orale de juillet 1865.
HERPfcS. — SYMPTÔMES.
DeVergie (1), paraissent penser que ce qu’ils décrivent est bien l’herpès iris de Bateman; Bazin «après une lecture attentive et répétée de l’auteur anglais, n’hésite pas à déclarer que la description donnée par Bateman s’applique à une variété d’hydroa et non pasàl’herpès parasitaire, à anneaux multipleset concentriques »(2). Nous donnerons ici, d’après cet auteur, la description de l’hydroa et les caractères qui servent à le différencier de l’herpès iris. « L’herpès iris de Bateman est un herpès à grosses vésicules, comme le phlycténoïde ; l’herpès iris parasitaire est un herpès à vésicules presque imperceptibles, comme le circiné. Dans la première affection, il existe parfois des prodromes, et la marche est plus rapide que dans la
? seconde Le siège topographique n’est pas le même : dans l’iris de Bateman,
I l’affection occupe constamment le dos des mains, leur paume, les doigts, les : genoux, les pieds, la muqueuse des lèvres et de la bouche; dans l’iris parasitaire, i toutes les régions indistinctement, mais particulièrement les poignets et les seins, i les parties découvertes. Dans l’herpès à grosses vésicules, les plaques sont plus i nombreuses que dans l’iris à vésicules très-ténues. Dans l’hydroa ou iris de 1 Bateman, la plaque est continue; les éléments qui la composent sont rapprochés, (contigus; l’évolution de cette plaque a lieu de la manière suivante : à une tache i rosée, éphémère, succède bientôt une vésicule qui s’ombilique, se déprime à son (centre, qui se transforme en une petite croûte brunâtre ou noirâtre, tandis que la (circonférence s’affaisse et forme comme un cercle blanchâtre. En dehors de ce (cercle, se produit une aréole inflammatoire d’un rouge plus ou moins foncfi; en (dehors de cette aréole a lieu une nouvelle production de vésicules phlycténoïdes (rapprochées et confondues, de manière à former un bourrelet circonférentiel, «saillant, d’un blanc jaunâtre, qui ne tarde pas à être environné lui-même par
lune seconde aréole inflammatoire d’un rouge plus ou moins vif. Sur les
(plaques de l’iris de Bateman, les nuances de couleur sont parfaitement trancchées : ainsi on observe, du centre à la circonférence, une tache d’un brun jaumâtre, puis un cercle rougeâtre, un bourrelet blanchâtre et enfin un cercle d’un rouge vif. L’étendue de la plaque dépasse rarement les dimensions de noire pièce d’un franc. Dans 17m parasitaire (herpès iris proprement dit), les plaques sont -généralement plus larges, offrent des dimensions qui varient depuis celles d’une pièce de 2 francs jusqu’à celle d’une pièce de 5 francs, sont moins saillantes et présentent des nuances moins diversifiées; leur évolution est plus rapide et se dérobe presque toujours à l’œil de l’observateur. Le centre de la plaque est tantôt vide, tantôt rempli par un groupe de petites vésicules, le plus souvent en desquamation; puis vient le premier anneau, cercle rouge, ou simplement érythémateux, ou couvert de petites granulations vésiculeuses, ou de légères squamules; en dehors de ce cercle, quelques petits groupes vésiculeux ou squameux, puis un second anneau. Dans la plupart des cas, la plaque n’a que deux anneaux concentitriques ; mais quelquefois il y en a trois, et alors le second se trouve séparé du [(troisième par des groupes vésiculeux ou squameux analogues à ceux qui existent entre le premier anneau et le second. » Pour compléter ce qui précède, ajoutons (que « 1 hydroa débute toujours par une vésicule unique, et non par un groupe de
(1) Devergie a, dans une édition postérieure de son livre, changé de place l’herpès iris et l’a rangé parmi les herpès à grosses vésicules.
(2) Bazin. Leçons sur les affect, génêr. de la peau, t. I, p. 108 et suiv.
4/u AFFECTIONS ET MALADIES DE LA PEAU.
petites vésicules, comme cela peut avoir lieu dans l’iris parasitaire, dont les vésicules initiales sont ténues comme celles de l’herpès circiné. » C’est en particulier cette évolution spéciale de l’hydroa qui a déterminé Bazin à en faire un genre distinct de l’herpès ordinaire. Pour lui, l’herpès iris des auteurs est toujours parasitaire; tandis que l’hydroa est toujours une manifestation arthritique soit aiguë, soit chronique, puisqu’elle a pu se prolonger pendant cinq à six mois. L’hydroa successif ou chronique ne présente presque toujours qu’une seule vésicule, et souvent même, sur quelques points, il n’existe qu’une simple tache érythémateuse, la vésicule ne se produisant pas. Celle-ci peut, d’ailleurs, affecter trois variétés de formes, qui constituent I’hydroa vésiculeux, l’hydroa vacciniforme (olophlyctide chronique d’Aliberl), l’hydroa bulleux (pemphigus à petites huiles) (1).
9° Herpès nummulalre. — Cet herpès est, pour Bazin, une variété de l’herpès trichophytique caractérisée par des plaques arrondies, circulaires, relevées à la circonférence et complètement couvertes de vésicules et de squames. Pour Devergie, l’herpès nummulaire est une forme de syphilide assez commune, ainsi d’ailleurs que l’herpès circiné (2).
1 0° Herpès lonsurunt. — L’herpès qui accompagne la teigne tonsurante (3) ne diffère pas, par lui-même, des autres espèces d’herpès, au point de vue anatomique; toutefois, comme son histoire se relie intimement à celle des circonstances étiologiques au milieu desquelles il évolue, nous renvoyons sa description au chapitre des teignes. Si donc nous avons maintenu ici l’herpès circiné, l’herpès iris, l’herpès nummulaire, c’est que, quoique avec l’herpès tonsurant ils reconnaissent une cause parasitaire, celle-ci n’est pas la seule qui puisse leur donner naissance; c’est, par conséquent, à titre A' affections cutanées communes que nous venons de les décrire, ce que nous ne saurions faire pour l’herpès tonsurant.]
§ IV. — Lésions anatomiques.
<■ En ouvrant les vésicules à l’aide d’une lancette, on reconnaît, dit Rayer, qu’indépendamment de la sérosité qu’elles contiennent, il existe dans la plupart d’entre elles une petite fausse membrane très-adhérente à la surface du réseau vasculaire de la peau. Ce réseau, d’un rouge vif, surmonté de petites granulations formées par les papilles, offre parfois de petits points d’un rouge violacé, surtout dans les vésicules qui contiennent de la sérosité sanguinolente. Quand les vésicules sont devenues purulentes, la pseudo-membrane n’existe pas ou est moins apparente. »
Dans un cas où le malade succomba, Rayer constata que les vaisseaux qui pénètrent à travers les aréoles du derme étaient très-injectés dans les points correspondants à ceux où les vésicules s’étaient développées.
' § V. — Diagnostic, pronostic.
Diagnostic. — Si l’on se rappelle que l’herpès a pour caractères propres une
(1) Bazin, Leçons sur les affections cutanées de nature arthritique.
(2) Devergie, Traité pratique des maladies de la peau , p. 582, 3e édit. Paris, 1863.
(3) Voyez plus loin le chapitre des Affections cutanées parasitaires.