HERPÈS. — DIAGNOSTIC, PRONOSTIC
éruption de vésicules rassemblées en groupes, et que ces groupes, formés sur une surface enflammée, sont séparés par des espaces où la peau est restée saine, on ne le confondra pas avec l 'eczéma. Dans cette dernière maladie, eu effet, les vésicules ne sont ordinairement pas disposées en groupes, ou, si elles le sont, elles forment des groupes irréguliers. En outre, dans l’eczéma, les vésicules, petites et confluentes, ne ressemblent pas aux vésicules globuleuses et transparentes de l’herpès, vésicules toujours bien isolées dans leur agglomération.
On distinguera du pempkigus les vésicules isolées et volumineuses de l’herpès phlycténoïde, en se rappelant que dans le pemphigus ce sont de véritables bulles parfois rapprochées, mais jamais agglomérées en groupes; que ces bulles sont plus larges et plus rondes; qu’elles ont une marche plus lente, et renferment un liquide limpide qui se précipite à leur partie déclive. Mais il est certaines formes de l’herpès, ainsi que nous bavons vu dans l’étude des symptômes, qui s’éloignent plus ou moins du type générique, et qu’on pourrait confondre avec d'autres affections cutanées, qui s’en rapprochent par les apparences extérieures; c’est en indiquant leurs caractères distinctifs que nous compléterons le diagnostic de l’herpès.
En raison de son siège, Yherpes prœputialis a été pris pour une affection syphilitique., et cette erreur a conduit à le combattre par des cautérisations inutiles, sinon dangereuses. A la période vésiculeuse , l’herpès sera reconnu par le nombre plus considérable des vésicules, par la moins grande rapidité avec laquelle elles se transforment en ulcérations dans les cas rares où il en est ainsi, et par le peu de profondeur de l’inflammation. On sait, en effet, que dans le chancre l’inflammation occupe presque toujours une épaisseur assez considérable de la peau.
L’herpès est-il à Y état squameux , les squames sont minces, aplaties, bien différentes des croûtes noirâtres et épaisses de la syphilis. Les érosions secondaires qui parfois accompagnent Yherpes prœputialis, passagères et superficielles, seront toujours faciles à distinguer des chancres, dont les bords, le fond, la forme, etc., ont des caractères opposés (1).
Le zona diffère de Yérysipèle bulleux en ce que, dans celui-ci, les phlyctènes qui compliquent l’exanthème sont éparses, jetées çà et là sur des surfaces rouges, largement et irrégulièrement répandues, tandis que les vésicules du zona sont réunies en groupes qui, reposant sur une surface moins étendue, sont disposés en demi-zone, et séparés entre eux par des espaces où la peau est restée saine. La douleur qui survit à l’éruption est aussi un caractère qu’on ne retrouve pas dans l’érysipèle.
Quand, dans Yherp'es circiné, les vésicules sont flétries et remplacées par de petites squames, on pourrait prendre l’éruption pour un disque de psoriasis; mais, dans cette dernière, le cercle est constitué par un anneau papulcux, tandis que dans l’herpès la circonférence n’offre pas de saillie; toute la surface de l’éruption est lisse et unie; ensuite les squames dures, argentées, chatoyantes du psoriasis, sont si différentes des petits débris squameux gris et friables de l’herpès, que toute erreur est facile à éviter. On se rappellera aussi qu’il existe souvent, aux limites de 1 herpès, quelques vésicules, et qu’il est rare que le psoriasis soit constitué par un seul anneau.
(1) Voy. Valleix, article Chancre, tome I, p. 429 et 431 .
AFFECTIONS ET MALADIES DE LA PEAU
Le lichen circumscriptus , dont le cercle est plein, sans point central où la peau soit saine, dont la surface est raboteuse et comme grenue, se distinguera toujours, à ces traits, du cercle squameux, uni et régulier de l’herpès circiné.
TABLEAU SYNOPTIQUE DU DIAGNOSTIC
1° Signes distinctifs de l'herpès phlycténoïde et de l'eczéma aigu.
HERPÈS PHLYCTÉNOÏDE.
Vésicules disposées en groupes, globuleuses, transparentes.
Sur une base enflammée.
ECZÉMA AIGU
Vésicules irrégulièrement agglomérées, pe • tites.
Sur une base non enflammée.
2° Signes distinctifs de V herpès phlycténoïde et du pemphigus.
HERPÈS PHLYCTÉNOÏDE.
Vésicules en groupes , globuleuses.
Développement rapide ; liquide bientôt trouble.
PEMPHIGUS
Bulles isolées, plus larges, plus rondes Marche plus lente ; liquide limpide , qui se précipite à la partie déclive.
3° Signes distinctifs du z on
ZONA.
Vésicules sur un fond rouge limité .
En groupes et en demi-zone, la peau restant saine dans l'intervalle.
Douleur persistant parfois longtemps après la disparition de l'éruption.
l\° Signes distinctifs de l’he
HERPÈS CIRCINÉ.
Cercle sans saillie.
Surface lisse, unie.
Squames légères en débris ; grises , friables.
Vésicules aux limites.
Un seul disque herpétique.
5° Signes distinctifs de l'herpès ci
HERPÈS CIRCINÉ.
Cercle ayant le centre sain.
Surface unie.
Disque régulier.
Présence d’un champignon ( trichophyton ).
i et de l'érysipèle bulleux.
ÉRYSIPÈLE BULLEUX.
Phlyctèncs sur une large surface enflammée.
Isolées et répandues çà et lù sur le fond rouge.
Douleur qui cesse avec l’exanthème.
cpès circiné et du psoriasis.
PSORIASIS.
Cercle saillant, papuleux.
Surface inégale.
Squames chatoyantes, argentées, dures.
Pas de vésicules.
Rarement un cercle unique.
' ciné et du lichen circumscriptus.
LICHEN CIRCUMSCRIPTUS.
Ceicle plein.
Surface raboteuse.
Disque i" régulier ; groupes de papules.
Absence de champignon.
Pronostic. — Dans la plupart de ses formes, l’herpès est une maladie qui n a rien de grave ; il parcourt rapidement ses périodes sans porter une atteinte profonde à la santé générale. L ’herpes prœputialis chronique a pour effet, par sa persistance et par les inconvénients qu’il entraîne, de plonger souvent les malades dans une tristesse et un découragement qui font de cette affection une de celles qui méritent le plus d’attirer l’attention du médecin. Quant à V herpès dit tonsurant, il a
HERPfeS.
TRAITEMENT
tune longue durée et il est difficile à guérir; en outre, sa propriété contagieuse lui ( donne un caractère de gravité qu’on ne saurait trop se rappeler lorsqu’on est appelé dans des maisons où des enfants sont réunis en plus ou moins grand nombre.
§ VI. — Traitement.
Le peu de gravité qu’offre l’herpès, la difficulté bien connue de l’empêcher de I parcourir régulièrement ses périodes dans ses formes aiguës, font que le traitement i de cette maladie se résume dans quelques détails, dont les plus importants sont i ceux qui se rapportent à certaines variétés remarquables par leur longue durée.
1° Herpès à l'état aigu. — Quand la maladie est légère, que l’éruption se fait «sur une surface peu étendue et que les symptômes généraux sont nuis ou peu i marqués, le repos , l’usage d’une tisane rafraîchissante , telle que l’eau d’orge, la I limonade, une diète légère , suffisent, et la guérison est obtenue vers la fin du prei mier septénaire.
Si, au contraire, les groupes vésiculeux se développent en grand nombre et s’accompagnent d’un mouvement fébrile prononcé avec une douleur violente dans les points occupés par l’éruption, comme cela a lieu parfois dans Yherpes zona, quelques médecins ont conseillé les émissions sanguines générales et locales. Si, malgré l’emploi de ces moyens, ces premiers symptômes persistent. Rayer revient volontiers à la saignée. « Lorsque, dit-il, les malades se refusaient à l’emploi de la : saignée, je faisais appliquer une guirlande de sangsues vers les points les plus douloureux, et je prescrivais une pilule ou une potion narcotique pour le soir. Le prompt soulagement qu’on obtient ainsi se fait toujours attendre plusieurs jours lorsqu’on se borne à une méthode purement expectante. »
Les purgatifs rejetés formellement par Bateman, les vomitifs administrés sans succès par Rayer, sont rarement employés dans le traitement de l’herpès.
Aujourd’hui la médication topique, presque réduite à quelques précautions pour la plupart des formes de l’herpès, ne reçoit d’application importante que dans quelques variétés. C’est par là que nous finirons d’exposer ce qu’il importe de savoir sur le traitement d’une affection où l’art n’a, en quelque sorte, besoin d’intervenir qu’exceptionnel lement.
Ce que Cazenave dit des effets des topiques à l’occasion du zona donne parfaitement une idée de l’emploi qu’on peut faire de ces moyens dans les autres formes aiguës de l’herpès. Nous citons textuellement :
«Il faut, dit Cazenave, être dans le zona très-sobre d’applications topiques, surtout de celles que semble indiquer l’acuité même de l’éruption. Ainsi on pourrait être tenté de combattre l’inflammation par des cataplasmes, par des lotions émollientes; il faut, au contraire, rejeter ces moyens, qui ont pour effet de macérer les vésicules, d’en faciliter le déchirement et de préparer ainsi au malade toutes les souffrances qui résultent de cet accident.
» Parmi les topiques dont l’emploi peut être utile, il faut citer Veau saturnine employée en lotions, puis le cérat quand les vésicules se sont ulcérées; mais il en est un bien simple, que j’emploie depuis bien des années et qui m’a toujours donné de très-bons résultats. Pour empêcher ou au moins atténuer autant que possible le déchirement des vésicules, je fais oindre les points malades d'un peu
kl h
AFFECTIONS ET MALADIES DE LA PEAU
d'huile douce , puis je fais saupoudrer avec de l'amidon sec. Il en résulte une sorte (l’enduit inerte qui abrite la vésicule et lui permet de suivre toutes ses phases sans être exposée à une cause de rupture; au contraire, elle se flétrit très- rapidement, se sèche sur place, et la maladie se termine par résolution. »
Cette méthode est adoptée généralement aujourd’hui. En ajoutant qu’on emploie avec avantage quelques lotions d'eau fraîche, ou additionnée de quelques gouttes d 'acétate de plomb liquide dans Yherpes labialis, des injections mucilagineuscs émollientes pratiquées entre le prépuce et le gland dans Vherpes prœputialis , quelques bains tièdes vers la fin de ['herpès phlycténoïde, nous aurons indiqué les principales applications topiques qui conviennent dans les formes aiguës de l’herpès.
Collodion. — Nous ajouterons seulement que Briquet (1) assure que le collodion, appliqué de bonne heure sur les plaques du zona, arrête immédiatement leur marche et fait cesser toute douleur. Nous avons employé plusieurs fois celte médication, mais le succès n’a pas été aussi complet : les vésicules ont acquis, il est vrai, moins d’élévation, mais souvent elles se sont étendues en largeur; les douleurs ont été calmées, mais non complètement dissipées. Cependant il n’est pas douteux que le collodion, surtout quand on y ajoute 1 gramme d'huile de ricin pour 30 grammes, ce qui l’empêche de s’écailler, ne soit un très-bon moyen protecteur pour les vésicules.
[ Debout a aussi proposé d’étendre, dès le début, sur les plaques éruptives, pour faire avorter le zona, du collodion contenant, sur 15 grammes, 5 décigrammes de bichlorure de mercure ; et Devergie a souvent employé ce moyen avec succès (2). Ce dernier auteur recommande également, pour faire disparaître les douleurs si rebelles que laisse après lui le zona, l’emploi de la pommade suivante, qu’on applique sur une grande surface, deux ou trois fois par jour :
’Tf Extrait de belladone: 5 gram . 1 Axonge 30 gram.
Extrait aqueux d’opium 2 gram. J
Récemment enfin, Crépinel (de Troves) a fait' usage d’applications externes de chloroforme dans quatre cas, où les douleurs ont été efficacement calmées. Il conseille de faire, cinq à six fois par jour, une application du mélange suivant sur les parties malades :
Huile d'amandes douces. . . 20 gram. | Chloroforme 4 gram.
On augmente ou l’on diminue la dose suivant l’àge du malade et l’intensité des douleurs, qui disparaissent ordinairement en un ou deux jours. La guérison est ordinairement complète en six ou huit jours, surtout quand la maladie est récente (3). ]
La cautérisation des vésicules, pratiquée dans le but d’en abréger la durée et de diminuer les douleurs, est un moyen qui, dans beaucoup de cas, a l’inconvénient d’exaspérer et d’aggraver les symptômes. Elle est réservée, par beaucoup de médecins qui en redoutent l’usage, à quelques cas exceptionnels; mais Rayer, qui l’a
(1) Briquet, Bulletin gén. de thérap., 15 septembre 1850.
(2) A. Devergie, Traité pratique des maladies de la peau, p. 173, 3e édit. Paris, 1863.
(3) Crépinel (deTroyes), Bulletin de la Société de médecine de l’Aube, 1865, n° 1.
TTERPkS. — TRAITEMENT.
tentée dans le zona, est arrivé à conclure que si, après avoir ouvert et épuisé les vésicules, on touche légèrement leur intérieur avec le nitrate d’argent, de manière h produire seulement une petite croûte très-superficielle, comme cela se pratique souvent pour les aphthes, la durée du zona est diminuée; que la cautérisation, qu’on peut négliger dans les zonas légers et discrets, doit être employée toutes les fois que des excavations et des eschares sont à redouter sur un ou plusieurs groupes, au tronc, au visage, etc. , etc.
[ Dans des cas pareils, Devergie recommande l’usage des toniques pulvérulents, poudre de quinquina, poudre de tan; des lotions d’eau-de-vie camphrée, de chlorure de soude; des pansements avec la charpie imbibée de vin dans lequel on fait bouillir des roses de Provins, concurremment avec l’emploi de pommades calmantes. ]
2° Traitement de l'herp'es à T état chronique. — C’est dans les formes chroniques de l’herpès que les topiques sont le plus fréquemment mis en usage. Ainsi, dans quelques cas où Y herpès phlyclénoïde se prolonge et résiste aux moyens ordinaires, A. Cazenave prescrit les résolutifs , l’emploi de la pommade au calomel , et même le vésicatoire sur le groupe vésiculeux. Dans Y lier pas prœputialis chronique, on conseille les lotions alcalines, les bains alcalins et sulfureux.
A. Cazenave dit s’être bien trouvé de l’emploi d 'onctions faites avec Y oxyde de zinc, ou le précipité blanc à la dose de 1 à 2 grammes pour 20 à 30 grammes d’axonge. Il joint à ces moyens, comme traitement interne, soit les pilules de Plummer, soit les eaux d'Enghien.
Les pilules de Plummer sont composées ainsi qu’il suit :
% Protochlorure de mercure . I . , , Ueutosulfure d’antimoine. . iaa *iai ' e°a
Faites des pilules de 10 centigrammes.
Suc de réglisse
Quand il existe des excoriations entre le gland et le prépuce, on introduit dans cette région une petite quantité de charpie fine, qu’on humecte de temps à autre d’eau fraîche ou saturnée. Un petit anneau d" éponge préparée, introduit entre le gland et le prépuce, sera quelquefois nécessaire pour empêcher le resserrement progressif du prépuce et prévenir l’opération du phimosis. Biett et A. Cazenave ont employé ce moyen avec succès.
AVilson (1) a obtenu de très-bons effets de l’emploi du collodion étendu sur les surfaces malades avec un pinceau.
Quant aux moyens internes qu’on emploie contre les diverses espèces d’herpès chroniques, ils n’ont pas une très-grande valeur. Nous nous contenterons d’indiquer le suivant, recommandé par Jeoffroy (2) :
^ Teinture d’iode .. . 2 à 30 gouttes. | Eau sucrée . 1 demi-verre.
On commence par la dose de deux gouttes, qu’on augmente graduellement, et qu’on administre deux fois par jour.
[ Indépendamment des moyens thérapeutiques applicables à l’extérieur, le trai—
(1) Wilson, The Lancet et Répert. de pharm., janvier 1849.
(2) Jeoffroy, voy. L. F. Froriep’s Notizen aux dem Gebiete der Natur und Ileilkunde, Weimar, 1831.
AFFECTIONS ET MALADIES DE LA PEAU
tement interne de l’herpès doit nécessairement varier, selon la nature de la maladie à laquelle le diagnostic permet de le rattacher; nous ne reviendrons pas sur les détails que comportent, en pareils cas, les médications antiarthritiques et antidartreuscs. Dans le cas où l’herpès paraîtrait lié à la syphilis, la voie est également déjà tracée. ]
ARTICLE II