ECZÉMA. — SYMPTÔMES
enfin, que Gintrac (de Bordeaux) ajoute encore à l’influence de ces trois maladies celle de la syphilis; pour Devergie (1863), « évidemment l’eczéma se rattache très-fréquemment à une cause générale qui nous est inconnue », et quelque nom qu’on lui donne, « c’est reculer seulement la difficulté, sans la résoudre ».]
2° Causes occasionnelles. — L’eczéma peut survenir à la suite de toutes les influences irritantes, agissant extérieurement. Quand il se développe sous l’action des rayons solaires, il constitue Y eczema solare de Willan.
L’emploi des pommades irritantes , des frictions alcalines, des frictions avec l’huile de laurier ou de croton tiglium, en est une cause fréquente. La maladie admise sous le nom d'hydrargyrie n’est, selon A. Cazenave (1), qu’une éruption vésiculeuse simple, développée sous l’influence des frictions mercurielles. Cette opinion nous paraît devoir être partagée, et c’est pourquoi nous n’avons pas assigné à cette affection une place à part dans ce chapitre.
On rencontre fréquemment l’eczéma chez les individus qui, par état, manient habituellement des substances âcres, pulvérulentes; il est commun chez les affineurs de métaux, les broyeurs de couleurs, les épiciers, les boulangers, les individus qui ont fréquemment les mains dans l’eau chargée de matières irritantes.
L’eczéma peut naître sous l’influence d’une émotion morale vive ; à la suite d’un accès de frayeur, décoléré. Cet effet est produit surtout chez les femmes à l’époque des couches, de l’allaitement et de l’àge critique.
On a vu, dans un certain nombre de cas, l’eczéma apparaître exclusivement pendant la grossesse , et disparaître après l’accouchement; d’autres fois, l’éruption cutanée était évidemment sous la dépendance de troubles fonctionnels, ayant leur siège, soit dans les voies digestives, soit dans le système nerveux. L’eczéma nest pas contaqieux par lui-même.
Tel est l’exposé sommaire des causes de cette affection, et il faut ajouter que bien souvent elle apparaît sans qu’il soit possible de lui en reconnaître aucune.
[ Quoi qu’il en soit, et quelque opinion que l’on se fasse sur l’influence que peuvent exercer les maladies constitutionnelles sur le développement de l.’eczéma, il est évident, en pratique, que, parmi plusieurs malades soumis, dans les mêmes conditions, aux mêmes causes irritantes, les uns sont exempts de toute éruption, tandis que d’autres prennent de l’eczéma, et parmi ces derniers, les uns guérissent dès qu’on a pu les soustraire à la cause extérieure appréciable; tandis que chez d’autres, soustraits également à cette cause, l’eczéma résiste longtemps, ou même passe à l’état chronique. Les malades atteints de gale, et jusque-là indemnes de toute affection cutanée en offrent quelquefois de bien regrettables exemples. ]
§ III. — Symptômes.
L’eczéma présente lui-même trois variétés principales, qui sont : Yeczêma simple, V eczema rubrum, et I eczema impetiginodes ; nous allons les étudier successivement.
a. Eczéma simple. — A son état le plus simple, il n’est ni précédé ni accompagné de symptômes généraux un peu marqués. Dans une étendue peu considérable de la peau, un léger sentiment de fourmillement annonce le développement
(1) Chausil, Traité des maladies delà peau , p. 75.
l|7° affections et maladies de la peau.
de vésicules ; celles-ci apparaissent très-petites, le plus souvent visibles seulement a la loupe, sans aréole inflammatoire, répandues sur des surfaces qui ont conservé leur couleur naturelle; elles sont pleines d’une sérosité limpide, d’un aspect brillant.
Après un jour ou deux, le liquide se trouble, prend une teinte laiteuse; alors, ou il est résorbé, ou il s'épanche par la rupture de la vésicule. Dans le premier cas, la vésicule se flétrit et disparaît en donnant lieu à une légère desquamation ; dans le second, le liquide se concrète en un petit disque squameux qui tombe trèsrapidement.
Un léger prurit accompagne cette éruption, qui dure sept ou huit jours et sp dissipe sans laisser de traces. Elle peut durer un peu plus longtemps, et alors elle consiste en de petites éruptions partielles et successives, qui toutes présentent les mêmes caractères de bénignité.
L’éruption occupe généralement un siège limité: quelquefois elle est très-étendue, et peut alors, surtout quand l’affection atteint des enfants en bas âge, constituer une maladie qui n’est pas sans gravité.
b. Eczema rubrum. — Dans cette espèce, il existe des prodromes. La surface qui va être le siège de l’éruption est chaude, tendue, douloureuse, quelquefois sensiblement tuméfiée.
Peu de temps après, elle se couvre d’une rougeur vive, et, en examinant avec attention la partie affectée, on y découvre une foule de petites vésicules qui la hérissent comme autant de points brillants. Bientôt ces vésicules deviennent grosses comme des têtes d’épingle; elles ne tardent pas à se flétrir, et la peau, enflammée et érythémateuse, reste parsemée de points arrondis, entourés d’un petit liséré blanchâtre.
Mais, le plus souvent, au lieu de se résorber, le liquide, devenu lactescent, s’épanche par suite de la rupture des vésicules ; la surface enflammée s'excorie et devient le siège d’une irritation vive, à mesure qu’elle est baignée par le suintement qui s’y établit. La matière de ce suintement se concrète en lames minces, molles, peu adhérentes, qui, en se détachant, laissent à découvert des surfaces enflammées et suintantes qui se recouvrent bientôt des mêmes sécrétions épidermoïdes. C’est là ce qu’Alibert appelait la dartre squameuse humide.
La maladie, qui peut être entretenue par des éruptions successives, se termine ordinairement au bout de deux ou trois semaines; après ce temps, il ne reste à la peau qu’une teinte rouge qui brunit et disparaît peu à peu.
c. Eczema impetiginodes. — Dans cette variété, l’éruption se manifeste avec une acuité remarquable : la peau est rouge, tendue, tuméfiée; sa chaleur est brûlante; les vésicules primitives se déchirent promptement, pour faire place à d’autres qui contiennent de prime abord un liquide moins transparent, puis bientôt trouble, puriforme. A ce moment, la vésicule est véritablement devenue une pustule . Cette transformation remarquable de la vésicule primitive en pustule forme le caractère distinctif de l’eczéma impétigineux. Rayer et Copland (1), comme l’a démontré A. Cazenave, se sont trompés en ne voyant là qu’un eczéma compliqué de pustules d’impétigo. Il arrive souvent, en effet, que chez le même individu on
(1) Copland, üictionanj of practical medicinc, art. Eczema.