‹ Guide du médecin praticien (volume 2)Chapitre 165 sur 494 · ECZÉMA. — SYMPTÔMES. Ô · texte numérisé non relu

ECZÉMA. — SYMPTÔMES. Ô

constate, sur différents points, les divers degrés de la transformation que nous venons d’indiquer.

Une fois rompues, les vésicules pustuleuses laissent échopper un liquide qui se durcit en squames épaisses, jaunâtres, molles, semblables a des feuillets superposés ; à leur chute, on trouve des surfaces rouges d’où suinte une sérosité roussâtre. Après un certain nombre d’éruptions successives, les croûtes ne se reforment que difficilement ; ce ne sont plus que les lamelles minces, grises, un peu sèches de l’eczéma. Tout peut être terminé ainsi en deux ou trois semaines.

Dans ces trois variétés, l’eczéma aigu est rarement accompagné de symptômes généraux graves. Cependant, quand il occupe une grande surface, chez des individus affaiblis par l’âge, chez ceux qui ont la peau brune et sèche, il peut acquérir une grande intensité, et déterminer une inflammation qui s’étend jusqu’aux couches sous-jacentes du derme. Alors les éruptions sont plus fréquentes, plus aiguës; des exulcérations douloureuses sillonnent la peau; elles se recouvrent de squames humides, etc., etc. Après la résolution, la peau conserve une teinte brune qui parfois persiste indéfiniment.

[Nous avons dit plus haut que, pour Bazin, l’eczéma peut être symptomatique de trois maladies constitutionnelles, la scrofule, la dartre et l’arthritis; nous emprunterons à cet auteur les caractères qu’il assigne aux eczémas scrofuleux et arthritique, et qu’il considère comme propres à les faire distinguer de l’eczéma dartreux auquel se rapporte plus particulièrement la description symptomatologique qui précède.

« V eczéma scrofuleux, ou scrofulide bénigne exsudative (1), affection vulgaire* ment connue sous le nom de gourmes, débute par une vésicule remplie d’un liquide séreux, qui ne tarde pas à devenir séro-purulcnt, mais l’existence de cette vésicule est si éphémère, qu’on ne la constate ordinairement pas, et que le plus souvent, lorsque le malade se confie à nos soins, il présente à la surface du cuir chevelu des croûtes jaunâtres ou verdâtres, humides, molles et exhalant une odeur fade et bien souvent infecte; ces croûtes sont c'a et là le siège de fissures, desquelles s’écoule un liquide séro-purulent, qui se concrète à son tour en croûtes jaunes ou verdâtres.

’> L’exhalation séro-purulente ne tarit pas, mais a lieu sans qu’il se produise à la surface du tégument de nouvelles poussées vésiculeuses.

» \u-dessous des croûtes existe une surface rouge, granuleuse, et quelquefois même fongueuse. Il n’est pas rare de voir l’inflammation se propager au tissu cellulaire sous-cutané, et des indurations profondes, de petits abcès ou des furoncles apparaître. Je ne saurais, dit l’auteur, trop appeler l’attention sur cette propagation de l’inflammation au tissu cellulaire et aux ganglions lymphatiques du voisinage, car c’est là l’un des caractères principaux des inflammations scrofuleuses.

» Les gourmes peuvent occuper une partie ou la totalité du cuir chevelu, envahir même les oreilles, le cou, la face et quelquefois la plus grande partie de la surface du corps. D’ailleurs, la tête n’est pas le siège exclusif de l’eczéma scrofuleux, et cette affection peut occuper primitivement toute autre région du corps ; du

(1) Bazin, Leçons sur les affections génériques de la peau, t. I, p. 189 et suivantes. Paris, 1862.

AFFECTIONS ET MALADIES DE LA PEAU

moins est-il vrai qu’elle débute, dans la grande majorité des cas, par la télé et la face.

» L’eczéma scrofuleux n’est pas accompagné de fortes douleurs, quand il se complique de furoncles, d’abcès et de ganglites, ni de violentes démangeaisons, quand il est passé à l’état chronique... Les dermatologistes qui ont soutenu une opinion contraire ont dû s’appuyer sur des faits d’eczéma compliqués de la présence des parasites du règne végétal ou animal.

» Lorsque l’eczéma est passé à l’état chronique, on n’observe plus que des croûtes sèches, farineuses, écailleuses, blanchâtres ou d’un blanc jaunâtre, et formées dans la majeure partie de lamelles épidermiques. C’est cette période de l’eczéma que 1 on a désignée sous le nom de pseudo-teiqne furfuracée.

» L’eczéma scrofuleux ouvre le plus souvent la marche des accidents scrofuleux, débute dès la plus tendre enfance, disparaît vers l’Age de trois ou quatre ans pour faire place à de nouveaux accidents, tels que l’ophthalmie, etc. Toutefois, il peut se continuer comme gourme pendant la jeunesse et même l’âge adulte ; il n’est même pas rare de le voir révéler primitivement l’existence de la scrofule dans la jeunesse ou l’âge adulte. Il y a plus, il peut constituer une forme fixe, primitive, de la scrofule; toute la maladie semble alors s’épuiser sur la peau.

» L 'eczéma arthritique se présente sous la forme de petites plaques nummulaires bien circonscrites, dont les bords nettement limités sont quelquefois festonnés, et qui occupent les parties découvertes du corps, c’est-à-dire le front, les lèvres, principalement la lèvre supérieure, la nuque, les tempes, le dos des pieds et des mains, les parties génitales, les mamelles, etc., quelquefois la ligne médiane, mais plus souvent un seul côté du corps; l’asymétrie constitue, en effet, un des principaux caractères des affections arthritiques. Ces plaques eczémateuses sont petites, dépassent rarement les dimensions d’une pièce de 5 francs, et sont séparées les unes des autres par des intervalles de peau saine; quelquefois, cependant, plusieurs petites plaques peuvent se réunir et donner ainsi naissance à une surface eczémateuse assez considérable. Quel que soit d’ailleurs le siège qu’elles occupent, elles oiïrent une sécheresse remarquable, sont recouvertes de squames minces ou de croûtes jaunâtres et lamellcuses, sont le siège à leur début d’une démangeaison vive, qui ne tarde pas à faire place à des élancements et des picotements, offrent souvent une coloration violacée, et à leur pourtour des dilatations variqueuses des vaisseaux capillaires du derme.

» Cet eczéma affecte une marche chronique, disparaît sous l’influence d’un traitement approprié pour reparaître aux mômes endroits à des époques déterminées, ne tend pas à se généraliser, et disparaît même à une certaine époque de la vie du malade, soit parce que la maladie constitutionnelle offre un temps d’arrêt, soit parce qu’il fait place à des manifestations arthritiques d’une période plus avancée (I). »

Devergie (2) a proposé de l’eczéma une division basée sur la forme morbide; l’eczéma, indépendamment des autres différences qui servent à caractériser certaines espèces ou variétés, devrait encore être considéré d’un point de vue diffé-

(ly Bazin, Leçons sur les affections génériques de la peau, t. I, p. 192.

(2) Devergie, Traité pratique des maladies de la peau, p. 149, 3e édit. Paris, 1863.

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