CHAPITRE
FORMES PUSTULEUSES.
Les pustules sont caractérisées par de petites collections purulentes qui soulèvent l’épiderme sous forme de boutons d’un blanc jaunâtre, et qui reposent sur une base enflammée.
ARTICLE PREMIER
IMPÉTIGO.
Avec Willan, Biett, Cazenave, on définit l’impétigo une maladie caractérisée par des pustules psydraciées (petites pustules), conlluenles, donnant lieu à la formation de croûtes molles, jaunâtres, épaisses, irrégulières, qui se renouvellent par la dessiccation d’un suintement plus ou moins abondant, et laissent après elles des empreintes assez persistantes.
L’impétigo a reçu un assez bon nombre de noms divers : il nous suffira de dire qu’il a été décrit sous les dénominations de dartre crovteuse , gourmes , croûtes de lait ; que Sauvages l’a appelé tinea lactea , Alibert dartre crustacée , achore , tinea muciflua.
Sans pouvoir indiquer d’une manière précise le degré de fréquence de l’impétigo, on peut dire que cette affection, la plus commune des maladies pustuleuses, est très-fréquente, ce qui sera facilement admis, aujourd’hui qu’on a fait rentrer dans cette éruption quelques variétés assez communes et qui lui appartiennent véritablement.
IMPÉTIGO, — SYMPTÔMES,
§ II. — Causes.
On peut être affecté de l’impétigo à tout âge. Le sexe féminin, surtout à l’époque critique, le tempérament lymphatique , une peau fine et blanche, doivent, suivant les auteurs, être rangés parmi les causes prédisposantes de cette affection. L'automne et le printemps seraient aussi, d’après eux, particulièrement favorables au développement de l’impétigo, et quelques individus en seraient périodiquement atteints à ces époques pendant plusieurs années consécutives. .
Viennent enfin ces conditions que nous avons si souvent occasion de citer, telles que la misère, la malpropreté, l’ivrognerie, etc., etc. , et qu’on retrouve dans l’étiologie de toutes les affections cutanées, sans qu’on puisse apprécier l’action réelle de chacune d’elles en particulier.
[Indépendamment de ces causes générales communes, l’impétigo prend naissance sous l’influence de causes spéciales, que l’on peut diviser en deux groupes :
Causes externes. — De ce nombre sont toutes les professions qui mettent la peau en contact avec des substances irritantes (dans ce cas sont les épiciers, les maçons, les crinière, les fileurs de laine, les fileuses de cocons de vers h soie (mal de ver ou de bassine), les ouvriers qui travaillent la canne de Provence, ceux qui manient les verts arsenicaux, la chaux, les poussières métalliques, etc.) ; on doit aussi noter l’exposition à une chaleur brûlante.
L’impétigo survient aussi comme complication fréquente des affections parasitaires (teigne faveuse, gale, pediculi, teigne tonsurante); on admet généralement qu’il n’est pas contagieux par lui-même; toutefois, Devergie «n’hésite pas à dé- » clarer que l’impétigo est contagieux par contact de bouche à bouche, et notam- » ment d’enfant .a enfant ou d’enfant à adulte » (1).]
§ III. — Symptômes.
Rarement précédée d’un peu de malaise, de céphalalgie, d’inappétence, l’éruption débute par des taches rouges, assez distinctes et un peu saillantes, qui sont le siège d’un sentiment de chaleur quelquefois très-douloureux.
Sur ces taches apparaissent bientôt de petites pustules généralement assez rapprochées, parfois isolées, quelquefois confondues entre elles. Ces pustules, aplaties, supei ficielles, ont acquis tout leur développement en trente-six ou quarante-huit heures, et elles ont alors la grosseur d’un grain de millet, ensuite elles s’ouvrent et laissent échapper un liquide purulent qui se dessèche et donne lieu à des Croûtes jaunes sur lesquelles nous appellerons l’attention.
Les croûtes de l'impétigo, comme le fait très-bien remarquer A. Cazenave (2), ressemblent assez, dans les premiers temps, à des larmes d’ambre ; puis elles s épaississent, deviennent rugueuses, inégales, et conservent toujours un certain degié de tiansparence qui les a fait comparer à des fragments de miel desséché (melitagra favescens, d Alibert), aux grains jaunes et brillants du succin, au suc gommeux de certains arbres, etc.
(1) A. Devergie, Traité pratique clés maladies de la. peau, 39 édit., p. 227. Paris, 1863.
(2) Alphée Cazenave, Leçons sur les maladies de la peau, p. 68.
AFFECTIONS ET MALADIES DE LA PEAU
Peu adhérente, du peste, ces croûtes sont comme déposées à la surface de la peau; leur consistance molle est due au suintement continuel qui les accompagne, en sorte que, parvenues à une épaisseur quelquefois considérable, elles se fendent et laissent sourdre à travers leurs fissures un liquide ichoreux. Après leur chute, on aperçoit une surface qui est le siège d’une sécrétion purulente , et qui se recouvre bientôt de croûtes nouvelles.
Ordinairement, vers la fin du second septénaire, les croûtes deviennent moins épaisses, se détachent en portions plus sèches et grisâtres, et le suintement se tarit graduellement. Bientôt après, il ne reste plus de l’éruption qu’une empreinte brunutrx qui persiste assez longtemps.
« Chose remarquable, dit Alphéc Cazenave, l’impétigo peut, alors que les pustules ont cessé, se continuer pendant un peu de temps encore par une sorte d’état squameux qui le fait ressembler à un eczéma : il semble que l’inflammation se décompose et s’éteigne; que de tous les éléments morbides qui constituent l’impétigo, il ne reste plus qu’une petite phlegmasie séreuse qui donne lieu à la desquamation que je siguale ici, et qui d’ailleurs passe elle-même asssez rapidement. »
[On a décrit plusieurs variétés de formes sous lesquelles peut se présenter l’impétigo; ce sont : Y impétigo erysipelatodes , Y impétigo sparsa ou disse minât a, Y impétigo scabida, Y impétigo granulata , Y impétigo figurcdu ou conferta, le l orval is et le rode ns.]
1° Impétigo erysipelatodes. — Dans celte forme de l’éruption, l’impétigo est annoncé par des troubles généraux plus marqués ; la douleur locale est plus vive ; les pustules reposent sur des taches érysipélateuses largement développées : c’est ce que AYillan appelait impétigo erysipelatodes. Ces cas, d’ailleurs, ne sont pas fréquents. [Cette forme de l’impétigo constitue l’eczéma rubrum pseudo-exanthématique de Bazin (1).
2° impétigo «pars». — Ici, les pustules sont disséminées, éparses, et n’affectent aucune forme particulière. Cette variété envahit surtout les membres inférieurs, où elle se montre très rebelle, surtout chez les individus avancés en âge, en même temps qu’elle s’accompagne d’un prurit intense. ] Dans certains cas, et surtout chez les individus dont la constitution est détériorée, les croates peuvent devenir énormes, rugueuses et verdâtres, elles enveloppent parfois un membre tout entier. A travers leurs fissures s’échappe un liquide, ichoreux et brunâtre, exhalant souvent une odeur fétide ; c’est là Y impétigo scabida de AVillan, dont les croûtes brunâtres, fendillées, l’ont fait comparer à l’écorce de certains arbres. A ce degré, l’impétigo peut se compliquer d’œdème, d’ulcérations, etc. Il peut aussi, lorsqu’il siège aux orteils, entraîner la chute des ongles, les déformer, les rendre ternes, cassants. [L 'impétigo sparsa et Y impétigo scabida , qui n’en serait qu’une variété de forme, correspondent à ce (pie Bazin a appelé mélitagre dartreuse (2).]
y impétigo granuiata (porrigo granulata de YVillan ; teigne granulée d’Alibert, vulgairement galons). — Cette forme, que Bictt, Schedel et Cazenave on
(1) Bazin, Leçons sur les affect, gémir, de la peau. t. Il, p. 175.
(2) Bazin, ibidem.
IMPÉTIGO. — SYMPTÔMES. 493
retranchée de l’ancien groupe porrigo pour la rattacher a l 'i mpétigo, a pour siège exclusif le cuir chevelu. Elle est caractérisée par la présence, au milieu des cheveux, de petites croûtes séparées, grisâtres, d’une ligure très-irrégulière. L’éruption s’accompagne d’une inflammation assez vive et de beaucoup de démangeaison. Puis apparaissent des pustules d’un blanc jaunâtre, traversées à leur centre par un cheveu , et s’ouvrant au bout de deux a quatre jours.
Le suintement qui s’établit alors est assez abondant; il donne lieu aux croûtes caractéristiques dont nous venons de parler.
Ces croûtes , qui deviennent dures, bosselées, prennent une couleur brune ou gris foncé; elles ont été comparées par Alibert à de petits grains de mortier. De petites granulations sèches, friables, se détachent et restent éparses cà et là dans les cheveux, qui en sont comme hérissés.
Les cheveux, qui ne sont jamais détruits, se trouvent réunis en groupes par une agglomération de croûtes; en même temps il s’exhale de la tête u ne odeur nauséabonde, et, dans certains cas, des^oter pullulent au milieu des croûtes et des cheveux (1). Cette odeur, selon Cazenave et Schcdel, n’existe pas chez les individus qui ont recours aux soins de propreté, et même alors, le plus souvent, les croûtes ne présentent plus leurs caractères distinctifs, et ressemblent à celles de l’impétigo situé sur un autre point de l’enveloppe cutanée.
[Cette variété, qui n’offre rien de bien spécial que son aspect, constitue pour Bazin, tantôt une affection provoquée par des parasites animaux, tantôt et le plus souvent une affection scrofuleuse modifiée par la présence de parasites (2).]
li° impétigo figurât» ou eonferta. — Dans cette forme, les pustules plus ou moins agglomérées occupent une surface variable, mais assez exactement circonscrite, ovale ou circulaire; elles se développent de préférence à la face, et aux joues en particulier. Tantôt l’éruption recouvre un membre tout entier, tantôt elle reste bornée à une seule région. En général, Y impétigo figurata n’occupe, au visage, qu’une surface limitée : la lèvre supérieure, par exemple, les paupières, etc.
5° Impétigo larvails (vulgairement croûtes de lait , teigne muqueuse ; porrigo larvalis de AVillan). — Cette forme de l’impétigo a été, comme la teigne granulée, détachée du porrigo de AVillan par Gibert, Biett, Cazenave et Schedel. Observée surtout chez les jeunes enfants, elle se manifeste par une éruption de pustules plus ou moins conlluentes et réunies en groupes. Tantôt l’éruption occupe la presque totalité du visage, comme le ferait un masque, d’où lui vient le nom de larvalis , cl tantôt elle est bornée aux joues, aux lèvres, aux oreilles, à une portion du cuir chevelu.
Aux pustules succèdent des croûtes jaunes et verdâtres, le plus souvent minces et lamelleuscs, qui, en se détachant, laissent à découvert une surface rouge, enflammée, se recouvrant bientôt de nouvelles concrétions croûteuses. Quelquefois le suintement est si abondant, qu’il ne se concrète pas, et l’on voit un liquide visqueux, âcre, s’écouler par une foule de petits points.
Ne consistant souvent, chez les très-jeunes enfants, qu’en un petit nombre de croûtes minces répandues sur les tempes, et ne donnant lieu qu’à un suintement
(1) Voy. plus loin, art. Maladie pédiculaire.
(2) Bazin, tyÿpns sur les u/fcct. génér. de lu peau, l. 11, p. 177.
AFFECTIONS ET MALADIES DE LA PEAU
peu abondant, Y impétigo larvalis constitue une affection bénigne qu’on a désignée souvent sous le nom de croûtes de lait. Si l’éruption est plus intense, les surfaces se recouvrent d’incrustations jaunes, épaisses, exhalant une odeur nauséabonde. Alors les démangeaisons sont vives; souvent les ganglions lymphatiques voisins s'enflamment et suppurent; il y a coryza, otite, ophthalmie.
Lorsque l’affection gagne le cuir chevelu, les cheveux sont collés ensemble et enfermés dans des croûtes irrégulières, jaunâtres, recouvrant une surface variable. C’est cet état qu’on trouve, dans certains auteurs, décrit sous le nom de teigne muqueuse ( achor mucifluus ).
Après un certain temps, le suintement diminue; les croûtes, plus minces, plus blanches, reposent sur une surface moins rouge, et finissent par être remplacées par une desquamation légère, qui annonce la terminaison heureuse de la maladie.
<■ Et, chose remarquable, dit Alphée Cazenave (1), là où existait une éruption en apparence si grave, souvent sillonnée de fissures, de crevasses, d’où l’on voyait souvent, sous l’influence de l’action des ongles des enfants, le sang ruisseler, mêlé à un liquide séro-purulent, non-seulement on n’observe jamais de cicatrice, mais on ne retrouve plus qu’une teinte rosée qui ne tarde pas à se dissiper. »
[ Üe même que la variété figurata, Y impétigo larvalis fait partie de fa scrofulide bénigne exsudative ('2). ]
[ 6° impétigo rodons. — La dénomination d’ impétigo rodens a été improprement donnée par Batcman à certaines lésions cancéreuses de la peau et du tissu cellulaire. Signalé par Biett, rencontré plusieurs fois par Cazenave, décrit sous le nom de scrofulide pustuleuse par Hardy (3), Y impétigo rodens a été étudié avec beaucoup de soin par Bazin et par Devergie. INous emprunterons à ce dernier auteur les principaux détails qui vont suivre; ce qui, d’ailleurs, caractérise cette forme de l’impétigo, c’est que les croûtes, après leur chute, laissent au-dessous d’elles des ulcérations et, par suite, de véritables cicatrices.
L’éruption peut se présenter sous trois formes différentes et, dans chacune d’elles, c’est par un très-petit point malade qu’elle commence. Dans la première (forme diffuse de Devergie), en même temps qu’il existe une légère démangeaison, il se fait, dans divers points de la peau du visage, mais successivement et à distance, une peiite sécrétion d’un jaune grisâtre, qui représente une croûte de la grosseur d’une tête d’épingle. Le malade, y portant involontairement la main, fait lomber la croûte en trois ou quatre jours. A la place, se trouve une petite surface déprimée, comme s’il y avait une petite perte de substance, sans qu’il paraisse y exister de plaie; mais on peut voir, dans le fond de la dépression, un point rouge qui saigne dans quelques cas, si le malade tourmente la surface affectée. Cette petite dépression se remplit peu à peu en quelques jours et, au bout de huit à dix, elle est comblée par une croûte d’un gris jaunâtre tout à fait semblable à la première. Il suflit d’un peu d’axonge pour la faire tomber et, alors, la dépression préexistante paraît moins profonde, et elle ne semble pas s’être élargie. Dans cer-
(1) Alphée Casenave, Dictionnaire de médecine en 30 volumes, art Impétigo. Paris, 1837.
(2) Basin, Leçons sur les affect, gènér de la peau, t. 11, p. 174 et 176.
(3) Hardy, Leçons sur tes maladies de la peau, lre partie, 2e édit., p 140, Paris, 1860.