IMPÉTIGO. — MARCHE, DURÉE, TERMINAISON
tains cas, la maladie semble s’être totalement arrêtée, et l’on ne voit plus alors qu’une très-petite dépression cicatrisée, qu’on peut rapprocher de la marque que laisse une petite pustule de variole. Cette variété, qui constitue Y impétigo rodens diffusa, se montre ordinairement sur les joues, et notamment au voisinage des pommettes. Les points affectés sont espacés les uns des autres.
Dans une seconde forme [forme ramassée mais excentrique ), beaucoup plus commune que la précédente, c’est à l’angle interne des paupières et sur les côtés du nez, mais surtout au voisinage de l’œil, que l’on voit survenir la maladie. Elle offre ceci de spécial que, lorsque la croûte tombe, la partie malade semble se guérir : il se forme une cicatrice centrale, autour de laquelle apparaît une croûte circulaire, circinée, qui tombe à son tour, de façon à augmenter les dimensions delà cicatrice première; autour de celle-ci, se forme de nouveau une petite croûte à cercle plus ou moins complet.
Dans l’espace de six, huit ou dix ans, la surface malade, constituée presque complètement par une cicatrice blanche, légèrement froncée ou lisse, et terminée par une portion de couronne croûteuse, occupe une surface d’un centimètre à un centimètre et demi d’étendue, gagnant, de l’angle interne de l’œil, le dos et les côtés du nez, de manière à s’allonger sur le même côté et à ne pas dépasser en général la ligne médiane. Le malade éprouve seulement une légère démangeaison, analogue à la sensation d’un fourmillement d’insecte.
La troisième variété se distingue par sa forme ulcéreuse ; elle se montre sur l’aile du nez, ou à l’angle externe de l’œil, ou à son angle interne et en gagnant vers le sourcil. Elle débute comme la variété précédente : sa marche est presque aussi lente, mais la sécrétion est plus abondante, la croûte plus éle\ée, plus humide, plus purulente et quelque peu sanieuse. Il existe, au-dessous de chaque croûte, une ulcération dont les bords ne sont pas endurcis, comme cela a lieu dans le cancroïde : tantôt elle gagne seulement en profondeur, tantôt c’est à la fois en profondeur et en surface, de sorte qu’il en résulte une destruction des parties molles ayant déjà peu d’épaisseur (1).
Pour Bazin, on doit reconnaître deux espèces d 'impétigo rodens, selon sa nature; l’un, de nature scrofuleuse, correspond à sa scrofulide maligne cru$(acée ulcéreuse; l’autre constitue une sgphilide pustulo-crustacée, tantôt simple , tantôt serpigineuse (2).
La distinction clinique entre les deux espèces d 'impétigo rodens n’est pas toujours facile, et l’on doit toujours s’aider des notions fournies par les commémoratifs et quelques lésions concomitantes; on sait, d’ailleurs, que Y impétigo rodens syphilitique se montrependant la dernière phase d’évolution de la syphilis secondaire.]
S'IV. — Mafche, durée, terminaison.
Marche. — L’impétigo aigü parcourt ses périodes avec une Certaine régularité qu’on retrouve dans ses différentes variétés. Rapj>elons seulement qu’à l’étal chronique, tantôt la maladie se compose d’une succession d’éruptions aigues qui se pro-
(1) A. Devergie, Traité pratique des maladies de la peau, 3° édit. Paris, 1863, p. 232.
(2) Bazin, Leçons sur les affect, gènér. de la peau. Paris, 18Gf>, t. U, p. 170.
lJh AFFECTIONS ET MALADIES L)E LA PE Al.
longent un certain temps , tantôt elle se perpétue sur place sans aucune trace d’acuité.
L’impétigo aigu a une durée qui ne dépasse pas ordinairement deux ou trois septénaires. A l’état chronique , il peut durer indéfiniment, et souvent alors il est lié k un mauvais état de la constitution. La durée de Y impétigo granulata est variable; elle dépasse rarement quelques mois; celle de Y impétigo larvalis est généralement longue ; on voit cette affection persister des années entières.
La guérison, qui est la terminaison de la maladie dans l’immense majorité des cas, s’annonce généralement par la diminution de la sécrétion purulente ; les croûtes se forment de plus en plus lentement et deviennent plus sèches et plus minces. Une légère desquamation termine bientôt la maladie.
§ V. — Diagnostic, pronostic.
Diagnostic. — A l’état pustuleux, l’impétigo sera toujours facile k reconnaître. Des pustules psydraciées, isolées ou rassemblées en groupes, ne sauraient, en effet, être confondues avec les vésicules de Y herpès et de Y eczéma, ni avec les bulles du pemphigus et du rupia. Il en est de même relativement aux grosses pustules (phlgzacices) de Y ecthy ma.
Les pustules d oY impétigo /igurata, lorsqu’elles occupent le menton, pourraient être prises pour des pustules de mentagre; mais celles-ci en diffèrent en ce qu’elles sont plus saillantes, isolées, suintent beaucoup moins, et reposent sur une base calleuse ou tuberculeuse.
Les croûtes de l’impétigo, avec leur couleur jaune, leur épaisseur, leur demitransparence, leur aspect rugueux, inégal, leur friabilité, leur faible adhérence, offrent des caractères qui les font distinguer des croûtes lamelleuses des affections vésiculeuses. Nous avons décrit ailleurs les croûtes caractéristiques du rupia ; celles de la mentagre sont plus sèches, plus foncées en couleur que celles de l’impétigo, et elles ne se reproduisent qu’après une nouvelle éruption.
Dans quelques cas d 'impétigo larvalis de longue durée, les cheveux tombent dans une plus ou moins grande étendue : cette alopécie accidentelle diffère de celle qui a lieu dans le porrigo , en ce que les cheveux repoussent. Cependant, chez quelques enfants, l’impétigo laisse une alopécie incurable, le bulbe des cheveux se trouvant atrophié. Nous reviendrons sur ce point quand il sera question du porrigo (1).
Pronostic. — L’impétigo aigu est le plus souvent une maladie légère, surtout chez les sujets jeunes et robustes ; il n’a quelque gravité que lorsqu’il survient chez des individus qui ne prennent aucun soin de propreté et dont la constitution est débile. En pareil cas, il se perpétue avec une grande opiniâtreté.
L’aspect effrayant de l’éruption, chez les enfants affectés A' impétigo larvalis, ne doit pas alarmer sur l’issue de la maladie : le médecin pourra, sur ce point, rassurer les parents, et prédire, comme nous l’avons dit plus haut, une terminaison favorable.
[Le pronostic des gourmes offre une considération k laquelle Caillault attache quelque importance.
11 signale cette opinion populaire, que les éruptions croùleuses du cuir chevelu
(1) Voy. plus loin, art. Teigne faveuse.
IMPÉTIGO. — TRAITEMENT.
sont salutaires aux enfants. « Assurément, dit-il, c’est à l’occasion de cette affection cutanée qu’il est survenu dans tous les temps des revers funestes à propos de guérisons intempestives ou trop rapides des gourmes. » Cet auteur cite deuxexem- I pies à l’appui de celte opinion (1). (Racle.)]
« § VI. — Traitement.
[ indépendamment des indications thérapeutiques auxquelles peut conduire la nature supposée de la forme d’impétigo en face de laquelle on se trouve placé, il en est de communes à toutes les formes et qui s’adressent surtout à la lésion locale. Celles-ci se tirent de la marche, du siège, de la période, de l’état de sécheresse ou d’ humidité des surfaces, etc. Ainsi conçu, le traitement de l’impétigo, lorsque la marche de l’affection est aiguë, ne réclame pas une médication active : quelques boissons rafraîchissantes ou acidulés, le repos, un régime doux, seront d’abord prescrits. On se trouve bien, en général, dans les premiers temps de l’éruption, de l’emploi des cataplasmes de fécule de pomme de terre, des lotions avec de l'eau de guimauve, l’eau de son, l’eau de sureau, la décoction de tètes de pavot. Ces divers topiques émollients calmeront l’irritation locale, et, si déjà des croûles s’étaient formées, ils en favoriseront la chute. C’est alors que les surfaces ainsi mises à nu devront être recouvertes de poudres adoucissantes et résolutives (poudre d’amidon, etc.). L’emploi répété et à petites doses de faibles laxatifs est aussi fort utile, dans le but d’exercer sur l’intestin un dérivation salutaire. On y joindra enfin l’usage de quelques bains ti'edes , additionnés de 250 grammes de fécule de pomme de terre.] Enfin, si l’éruption a une étendue considérable, et si elle s’accompagne d’une réaction fébrile marquée, on pratique avec avantage, chez les sujets jeunes et vigoureux, quelques émissions sanguines générales ou locales.
Quand l’impétigo occupe le cuir chevelu, il faut avoir soin de couper les cheveux très-court et d "enlever les croûtes à l’aide de cataplasmes ou de lotions mucilagineuses, afin de mettre à nu les surfaces malades, sur lesquelles on pourra appliquer des médicaments topiques. Cette précaution est applicable à tous les cas i d’affections douteuses qui ont leur siège dans le cuir chevelu et sur les autres points -garnis de poils. Elle n’est cependant pas absolument indispensable lorsque des ' soins assidus et intelligents peuvent être donnés aux malades. Dans plusieurs cas d'impetigo granuluta {teigne granulée) chez des jeunes filles, on peut, en effet, faire conserver les cheveux et triompher de la maladie en quelques jours, ainsi qu’il suit :
Faites, avec une brosse et de l’eau de savon, laver très-exactement la tête, en écartant les cheveux sur tous les points du cuir chevelu sans exception. Puis, tous ces points seront légèrement frictionnés avec la pommade suivante :
¥ Calomel de 3 à 5 gram. | Axonge 30 grain.
Cette opération est pratiquée matin et soir, et, au bout de dix à quinze jours, les croûtes, souvent considérables, et l’engorgement des ganglions du cou, conséquence de la maladie, sont complètement dissipés.
Mais cette opération est longue et pénible ; elle dure au moins une demi-heure
(1) Caillault, Trcuté pratique des maladies de la peau chez tes enfant y. Paris, 1859.
Valleix, 5e édit. V — 32
AFFECTIONS LT MALADIES DE LA l>L\L.
matin et soir; il faut presque du dévouement pour s'en charger, et ce n'esl guère que chez les mères qu’on le trouve. Si l’on n’avait pas la conviction la plus profonde que les choses se feront avec tout le soin nécessaire, il ne faudrait pas hésiter un seid instant à sacrifier les cheveux.
[Dans l 'impétigo scabida avec œdème des membres inférieurs, la compression combinée à la position peut rendre de véritables services (Bazin), et chacun sait que, si l’impétigo a son siège dans des points où la peau s’adosse à elle-même, derrière les oreilles, au-dessous des seins, dans les espaces interdigitaux, au niveau du pli génito -crural, etc., on devra d’abôrd isoler les surfaces malades.
Sans parler d’un traitement approprié à la nature scrofuleuse ou syphilitique de l 'impétigo rodons, celle forme de l’éruption oblige h recourir à des modificateurs locaux d’une grande puissance, à la teinture d’iode, à la pierre infernale, aux caustiques de Tienne ou de Canquoin, etc. Hillairet et O. Larcher ont plusieurs fois, dans le même but, employé avec succès le caustique Filhos. Si les ulcérations qui succèdent à l’impétigo malin ont un caractère gangréneux ou phagédénique, Bazin " retire de grands avantages des lotions chlorurées ou toniques, des pansements avec le vin aromatique et surtout avec le coaltar saponiné, qui arrête et modifie d’une manière si prompte et si heureuse les suppurations de mauvaise nature ».
C’est lorsque l’impétigo passe à l’état chronique , ou lorsque, dès le début, il a suivi cette marche, que le traitement réclame une grande prudence. En ce qui concerne les bains, la plupart des dermatologistes et Bazin, en particulier, s’élèvent contre Y usage trop souvent intempestif qu’on est tenté d’en faire. >< Sous leur influence, les croûtes se détachent brusquement, laissant à nu des surfaces ex co liées, douloureuses au contact de l’air; or, s'il est quelquefois utile d’obtenir ce résultat, il ne faut pas oublier que la croûte constitue pour la peau malade le meilleur topique, et que, par conséquent, les bains deviennent dangereux par leur répétition fréquente, en entravant la dessiccation des produits sécrétés (1). »
Quant à la nature des bains à donner, il semble que la nature même de l’état général qui domine! l'affection cutanée doit toujours en diriger le choix : ainsi, presque tous les dermatologistes ont remarqué que les bains sulfureux , à peu près constamment nuisibles dans l’état aigu, trouvent leur application la plus heureuse dans le traitement des impétigos de nature scrofuleuse. Des faits nombreux prouvent que les eaux d’Enghicn, les Eaux-Bonnes, celles de Cauterets, de Baréges, de Bagnères-de -Ludion, etc., ont alors une efficacité réelle. Ces eaux ne sont d'ailleurs pas seulement administrées à l’extérieur, elles constituent encore un médicament interne des plus utiles (2).
Cazenave dit avoir vu plusieurs cas dans lesquels les bains de mer ont été suivis de bons résultats ; selon Bazin, l’usage de ces bains conviendrait encore surtout aux individus scrofuleux ou débilités.]
Les bains et les douches de vapeur, en détachant les croûtes et en changeant le mode de vitalité des tissus, suffisent, dans un bon nombre de cas, pour procurer une terminaison favorable; [les douches sulfureuses ou sulfo-alcalincs en arrosoir sont alors particulièrement utiles (Bazin).]
M ) Bazin, Leçons sur les affections génétiques de la peau, t . Il, p. 168.
(2) Vov. Durntul-Fardcl et Le Brct, Dictionnaire des eaux minérales, Paris, 1860.
JMPÉTKîO. — TRAITEMEMT.
Les lot Ions alcalines, les lotions d'eau acidulée, ci en particulier avec V acide chlorhydrique , ont parfois contribué puissamment à la guérison d’anciens impétigos. Dans ces cas aussi, on a obtenu des avantages marqués en promenant sur la surface malade un pinceau trempé dans un acide a/faibli ou une solution étendue de nitrate d'argent. Cette légère cautérisation doit être suivie immédiatement d’une aspersion d'eau simple, afin de modérer l’énergie du caustique.
Rayer, dans les cas où l’impétigo est borné aune petite surface, dit s’ètrc servi avec avantage de la pommade suivante :
if Protonitrate de mercure. . . D’r,30 j Axougc 30 grain.
I n certain nombre d’impétigos qui avaient résisté à l’emploi d’une foule de moyens ont cédé promptement, entre les mains de Biett, de Rayer, Cazenave, à l’usage des préparations arsenicales, et notamment à la solution de Pearson, dont voici la formule :
if Arséniate de soude cristallisé . 5 conligr. | Eau distillée 32 grain.
Dose : chez les adultes, 20 gouttes dans la journée, dans un verre d’eau sucrée.
Biett employait la solution suivante :
if Arséniate d’ammoniaque . 20 centigr. | Eau distillée. 32 grain.
Mêlez. Dose : de 12 gouttes à 2 et même à à grammes et plus, progressivement, et avec prudence.
On ne saurait trop recommander au praticien d’être réservé dans l’emploi de ces préparations arsenicales, dont néanmoins nous ne devons pas nous priver, car elles réussissent dans des cas très-rebelles.
[C’est surtout dans les formes d’impétigo qui se rattachent à la dartre, qu’on doit avoir recours aux préparations (pii ont pour base les composés arsenicaux. La mé • dication alcaline est celle, au contraire, qui a paru réussir dans quelques autres cas, quoique cependant l’impétigo n’ait jamais encore paru se rattacher à l’arthritis.]
Dans l'impétigo larvalis (croûtes laiteuses), Cazenave recommande d’insister sur les lotions d'eau tiède et de lait; chez les enfants à la mamelle, la seule médication, selon lui, consiste à conseiller à la nourrice de faire jaillir du lait de son sein, et d'en arroser les surfaces malades. Il est important aussi d’avoir recours aux bains entiers tièdes et émollients.
Don Serapio Escolar (1) emploie contre le porrigo larvalis, Yiodurc de soufre à l'intérieur et à l’extérieur, de la manière suivante :
1° Tous les jours prendre à l’intérieur de 5 à 7 centigrammes d’iodurc de soufre.
T Faire matin et soir des frictions avec la pommade suivante :
if Axonge 32 gram. 1 Essence de roses ’. G gouttes.
Iodure de soufre 2 gram. |
Mêlez.
3° Un purgatil salin chaque semaine, l’usage du lait de vache, un exercice modéré, et une propreté extrême secondent le traitement.
(t) Don Serapio Escolar, Journal de médecine et de Onrunj. prutiyucs, octobre I8'i7.
AFFECTIONS ET MALADIES DE I.A PEAU
Sai li (1) propose la vaccination , et voici les laits sur lesquels il se fonde :
Sur 89 cas dans lesquels la vaccine a réussi, il y a eu chez 25, diminution prompte et durable des croûtes laiteuses, et chez 58, guérison immédiate et radicale. Chez 2 enfants la vaccination a échoué, et il n’y a pas eu d’amélioration.
ARTICLE II
ACNÉ.
§ I. — Définition.
[ On peut, avec Bazin, définir l’acné : une affection des cryptes cutanés (glandes sébacées et glandes annexes), caractérisée par l’hypertrophie de ces cryptes avec altération de la matière sébacée, qui, tantôt retenue dans les cavités folliculaires, détermine une éruption à la peau, et qui, d’autres fois, s’épanche au dehors en formant des enduits lamelleux ou crustacés. » Toutefois, on comprend encore • dans la description de l’acné, des taches du visage, bien positivement formées par le réseau vasculaire cutané, soit seulement congestionné, comme dans la couperose simple, soit même dilaté, comme dans les varices de la peau du visage. Ici, à l’exemple de Hardy (2), nous étudierons les diverses maladies désignées sous le nom d'acné, en les rangeant dans quatre divisions principales : la première, comprenant les variétés caractérisées par une rougeur érythémateuse de la peau et paraissant être sous la dépendance d’un trouble dans la circulation capillaire ; la seconde, se rapportant à l’inflammation des follicules sébacés ; dans la troisième nous placerons les affections constituées par la rétention du produit de sécrétion; et dans la quatrième nous nous occuperons des flux de matière sébacée, augmentée de quantité et épanchée au dehors , soit sous forme liquide (acné sébacée fliiente), soit sous forme solide (acné sébacée concrète). )
La fréquence de l’acné est un fait facile à constater, son siège de prédilection étant à la face. Néanmoins on le rencontre souvent sur le cou, les épaules, le tronc, et, dans ces derniers cas, il n’est pas rare qu’il reste ignoré des individus memes qui en sont affectés.
§ II. — Description des diverses formes d'acné.
[ 1° ACNE ROSACEA {acné érythémateuse de Hardy, couperose de Devergie). — Cette affection cutanée est due à une modification active dans la circulation des vaisseaux capillaires de la peau, et, si les follicules sébacés sont quelquefois affectés consécutivement, ce n’est qu'accidentellement, selon Devergie et Hardy : la couperose doit donc être distinguée avec soin des autres variétés d’acné dont elle diffère essentiellement par son siège anatomique (3). ]
On l’observe généralement dans l’àge mûr, et c’est sur le nez qu’elle siège le plus ordinairement. Après un léger excès de régime, quelquefois un simple repas, on voit cet organe prendre à sa pointe une couleur d’un rouge violacé. Cette rougeur devient bientôt habituelle et donne à la physionomie un caractère particulier.
(1) Sarti, Bulletin général de thérapeutique, 30 avril 1852.
(2) A. Hardy, Nouveau Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques. Paris, 1864,
t. 1, p. 33-7, art. Acné, ;
(3) A. Devergie, Traite pratique des maladies de la peau. Paris, 1863, p. 293.
ACNÉ. — DESCRIPTION DES DIVERSES FORMES D’ACNÉ.
De temps en temps apparaissent quelques pustules qui le plus souvent ne suppurent pas, et la rougeur s’étend et augmente d’intensité. Ces congestions renouvelées donnent au nez un volume plus considérable , une forme différente de celle qu'il avait auparavant. Sa surface se couvre de lignes bleuâtres variqueuses qui tranchent sur la couleur rouge ou violacée du fond.
Dans certains cas la maladie s’étend aux joues, au front, au menton, à tout le visage. La rougeur, qui est générale, est surtout prononcée là où existent des pustules : la suppuration ne s’y établit pas d’une manière franche, et il reste toujours une sorte d 'induration au niveau de laquelle l’injection de la peau est plus marquée.
Après un certain temps, la peau du visage devient inégale, rugueuse, d’un aspect repoussant ; les traits sont plus ou moins altérés. La rougeur, qui est, en général, plus marquée le soir et après les repas, finit par prendre une teinte violacée sur laquelle s’élèvent de nombreuses pustules qui s’en distinguent, et par leur saillie, et par la couleur jaune de leur sommet.
[ La couperose se développe chez les individus des deux sexes, mais plus communément chez les femmes, à partir surtout de la quinzième année. La ménopause, qui est indiquée par la plupart des auteurs comme favorisant son développement, paraît à Hardy l’avoir en général plutôt aggravée. Elle semble être plus commune chez les sujets sanguins et nerveux, et en particulier dans les pays froids et humides; on l’a notée également comme habituelle dans certaines familles, et transmissible par voie d’hérédité de la mère à la fille (Hardy).
Les affections de l’estomac et du foie ; celles de l’utérus et notamment la dysménorrhée, ont paru jouer un rôle dans la production de la couperose (Biett, Cazenave) ; et parmi les circonstances se rattachant à la santé habituelle, on a signalé le froid aux pieds et un état de constipation rebelle, les excès de table, l’abus des boissons alcooliques (Bazin, etc.) et un travail assidu, la tête inclinée en avant, tel que le travail de cabinet ou le travail à l’aiguille ; toutes habitudes qui produisent la congestion céphalique à laquelle on peut rattacher le développement de la couperose (Hardy). Ajoutons à ces causes, comme favorisant aussi l’afflux du sang vers les parties supérieures du corps, les digestions pénibles, le séjour fréquent dans un lieu très-chaud, l’action de la chaleur succédant rapidement à l’impression du lroid et du vent, notamment au bord de la mer et sur des plateaux élevés, pour peu que d’avance on soit disposé à la couperose.
On a encore mis en cause l’irritation produite par les cosmétiques appliqués sur la figure; mais tous les auteurs ne sont point d’accord sur ce point, et Hardy, en particulier, sans croire que de pareilles applications soient innocentes, ne pense pas cependant qu’elles soient susceptibles de causer la couperose.
2“ Acnés inflammatoires (Hardy) . — Les variétés réunies dans ce groupe, sont constituées par 1 inflammation des follicules sébacés {acné simplex, A. indurata) , et caractérisées par des pustules, des tubercules. Dans une autre variété, caractérisée par son siège simultané dans la glande sébacée et dans la glande pileuse (Bazin), il existe de petites tumeurs formées par l’hypertrophie de la peau. Quoique l’on puisse, dans un certain nombre de cas, admettre que dans cette dernière variété, 1 inflammation ne joue qu’un rôle secondaire, accessoire et non nécessaire, et qu il y a seulement une hypertrophie des follicules avec éruption à la
502 AFFECTIONS ET MALADIES DE f \ PEA T.
peau (1), on peut toutefois, avec Hardy, considérer les trois variétés, simple, indurée et hypertrophique, comme trois degrés bien distincts, quelquefois séparés, d’autres fois réunis.
a. Acné simple ou pustuleuse. — Cette variété qui se rencontre fréquemment chez les jeunes gens des deux sexes, a encore reçu le nom d’ acné juveni lis. ] Elle se manifeste par de petites é levures rouges, du volume d’une pointe ou d’une tète d’épingle, disséminées sur le front, le nez, les joues; la base de ces élev tires est généralement entourée d’une aréole rosée. Chacune d’elles se développe isolément et suit sa marche sans s’accompagner de douleur ni de chaleur, si ce n’est parfois d'un fourmillement, léger. Le travail de suppuration s’établit lentement, et la pustule n'est souvent bien caractérisée qu’au bout de huit jours. Vers le milieu du second septénaire, le sommet de la petite pustide s’amincit, se déchire et se recouvre d’une croûte mince, légère, quelquefois à peine perceptible. Au dos, où le plus souvent la suppuration est abondante, la croûte est plus épaisse, mais elle tombe bientôt par le frottement des vêtements. Après la chute de la croûte, il reste un point rouge un peu élevé qui persiste huit ou quinze jours après la rupture de la pustule, et qui peut donner lieu à une petite cicatrice, véritable transition entre l’acné simple et l’acné indurée.
Ajoutons que, dans beaucoup de cas, les pustules de l’acné simple sont entremêlées (Y acné punctata.
[ Enfin, Bazin, qui donne à la forme que nous venons de décrire, le nom d'acné pustuleuse disséminée, en décrit encore une autre sous les noms dV/cnés pileuses ombiliquée et miliaire. Dans ces deux sous-variétés, c’est la glande pileuse et non plus la glande sébacée, qui est le siège de l’affection. « Les pust ules sont petites, rapprochées, groupées, formant des plaques, variables de forme et d’étendue. Chacun des éléments pustuleux est traversé par un poil. Les pustules sont d’autant plus grosses et plus ombiliquées qu’elles siègent à la base de poils plus développés ; aussi ont-elles été confondues, sur le cuir chevelu , avec le sycosis (2). » ]
b. Acné inclurais». — Dans cette variété, qui est l’exagération de la variété précédente, et qui peut être fort légère, on voit apparaître quelques pustules qui s’élèvent lentement; la suppuration ne s’v établit que dans l’espace de deux ou trois septénaires, ou même manque quelquefois. Plus lard, surviennent d’autres pustules qui suppurent ; leur base reste dure, rouge, et le tissu cellulaire engorgé concourt à former une sorte de tubercule ou d’induration chronique. Il s’en développe ainsi un nombre limité, et l’affection se borne là.
Dans certains cas, l’acné est plus intense, et les traits du v isage sont considérablement altérés : on y voit des tubercules d’un rouge livide , siégeant principalement sur les tempes et sur le nez. Dans les intervalles existent des pustules suppurantes ou à l’état naissant.
[ Ces pustules se rompent au bout de quelques jours, il s’en échappe quelques gouttelettes de pus, quelquefois même une espèce de bourbillon ; l’ouverture se referme tout de suite sans présenter de croûtes, mais la base persiste plus longtemps, souvent quelques semaines, et ne disparaît que pour laisser habituellement une cicatrice indélébile, qui ressemble à celles de la variole (Hardy). ]
il) Bazin, Mémoire sur l’aoné varioli forme (Journal des cunnaiss. méd., 1851).
(2) Bazin, Dictionn. encyclop. des sciences médicales , t. I, p. 5(i3, art. ACNÉ.
ACNÉ. * — DESCRIPTION DES DIVERSES FORMES d’aCNÉ.
X'acne indur ata peut attaquer séparément le visage ou le dos. Il n’est pas rare de trouver des individus chez lesquels celte dernière région est parsemée de cicatrices qui sont les restes d’anciennes éruptions, et qui présentent une forme oblongue.
[ l.’acné indurée s’accompagne souvent de couperose, d’acné simple et d’acné sébacée fluente; et delà réunion de ces diverses formes, auxquelles se joignent encore les cicatrices violacées ou blanches consécutives à des éruptions antérieures, il résulte une difformité fâcheuse.
c. Acné hypertrophique. — « Cette acné, qui paraît succéder «à la fluxion sanguine permanente dont s’accompagnent la couperose ou les éruptions répétées d’acné indurée, consiste en des tumeurs rouges ou v iolacées, molles, sillonnées et entourées par des veines dilatées, et recouvertes, le plus ordinairement, d’un enduit huileux du à une hypersécrétion de l’humeur sébacée. Ces tumeurs, dont le volume varie depuis un pois jusqu’à une noix, sont quelquefois pédiculées et disséminées, d’autrefois réunies en groupes; elles se développent presque exclusivement sur le nez, qui prend un aspect bourgeonnant, et qui acquiert un volume souvent double de celui qu’il présentait auparavant. Cet organe est tantôt grossi uniformément, avec une coloration rouge, vineuse, et présente un épaisissemenl de la peau, dont les follicules sont dilatés et béants ; tantôt il est recouvert d’une ou plusieurs tubérosités, molles, rouges, piquetées par l’orifice élargi des follicules, rendues luisantes par le flux sébacé, et parsemé de veines variqueuses. On peut trouver quelques tumeurs semblables sur les joues, sur le front, près des parties génitales, aux cuisses, mais on les observe surtout au nez. Dans les parties affectées, et à leur voisinage, il existe quelquefois un sentiment de chaleur et de légère cuisson, mais il n’y a pas de véritable douleur, et jamais de démangeaisons (1). •> Les trois formes d’acné que nous venons de réunir sous le nom d’acnés inflammatoires, se rencontrent à peu près également dans les deux sexes ; nous avons vu déjà que l’acné simple pustuleuse et l’acné indurée, inconnues dans l’enfance, sont communes au moment de la puberté ; on trouve d’ailleurs mélangées souvent à ces variétés le mollusçum granuleux , que Bazin considère comme une acné, simple difformité, répondant à ce que Hardy et Dcvergie, après Alibert, ont décrit sous le nom d 'acné miliaris. Cette forme est caractérisée par de petits grains blanchâtres, perlés, ayant pour sièges le front, les paupières, les lèvres ; n’occasionnant aucune démangeaison, restant stationnaires, et se montrant surtout chez les jeunes filles vers l’époque que nous indiquions tout à l’heure (2). Tandis que I acné simple et l’acné indurée semblent être le privilège de l'adolescence, on voit au contraire l’acné hypertrophique ne se développer, en général, que chez les gens d’un certain âge, notamment après cinquante ans.
Rappelons qu’on a signalé, dans l’étiologie générale des trois variétés qui nous occupent, la mauvaise influence d’un séjour aux bords de la mer, ainsi que celle du printemps et de l’hérédité ; quant à l’usage habituel et excessif des liqueurs alcooliques et du café, que l’on a aussi incriminé, il paraîtrait plus particulièrement en rapport avec le développement de l’acné hypertrophique qui se rencontre surtout chez les ivrognes. On a indiqué encore la continence comme une circon-
(1) Hardj , Nouveau Dictionnaire de médecine et de ehinirqie pratiques, Paris, 1864 t I
(2) Bazin, Did . enn/el. des sciences médie. Paris, 1864, t. I, p. 360.
Juq AFFECTIONS RT MALADIES DE LA FEAL.
stance susceptible de favoriser l’apparition des acnés inflammatoires, et Hardy fait remarquer combien il est fréquent, en effet, de les rencontrer chez les séminaristes de quinze à vingt-cinq ans (1).
Quant à la nature des acnés dont nous venons de rapporter la description, les auteurs sont très partagés ; ainsi, pour ne prendre que parmi les plus modernes, tandis que Hardy n’y voit qu’une affection locale des follicules sébacés, survenant en dehors de toute maladie constitutionnelle, et qu’on peut rencontrer indistinctement chez des scrofuleux, des goutteux, des dartreux, des syphilitiques ; nous voyons Bazin rattacher Y acné pileuse ombiliquée exclusivement à Yarthritis et considérer comme des manifestations delà scrofule et de Yarthrilis, Yacne indurata, ainsi que Yacne rosacea précédemment décrite.
Enfin, Y acné pustuleuse miliaire , indiquée plus haut comme sous-variété de forme de Y acné simple pustuleuse, constituerait, d’après Bazin, une affection symptomatique de l’arthritis, de la scrofule et de la syphilis. L’origine syphilitique de cette acné miliaire a été discutée, et Hardy, la rejetant complètement, a même cherché à établir un diagnostic différentiel entre l’acné et ce qu’il appelle la syphilide acm forme. Toutefois il reconnaît combien ce diagnostic est difficile ; ce qui se comprend, ajoute-t-il, parce que, probablement, le siège anatomique des deux affections est le même. Or, comme à l’exemple de Bazin, auquel nous avons emprunté la définition de l’acné, nous étudions la valeur sémiologique de la lésion cutanée, il nous semble naturel de ne pas isoler ces deux affections l’une de l’autre, et c’est seulementà titre de caractère distinctif d’espèce, que nous dirons: Y acné pustuleuse miliaire syphilitique ( syp/nlide acm 'forme de Hardy) débute par le tronc, par la face, et même par les membres, sur lesquels l’acné simple ne paraît pas. Ses pustules, qui sont celles de l’acné pustuleuse miliaire déjà décrite, ne peuvent servir à la caractériser ; mais, en revanche, les petites taches cicatricielles qui leur succèdent, sont cuivrées, de forme arrondie, et présentent au centre une dépression par laquelle commence la décoloration : au bout d’un certain temps, le centre est d’un blanc mat, tandis que le pourtour est encore cuivré (2).
3° Acnés dues a la rétention du produit de sécrétion.
a. Acné ponctuée. — Cette forme d’acné siège sur la face, le devant de la poitrine, les épaules, le dos, quelquefois sur la verge (Hardy). Elle consiste en de petites saillies de la grosseur d’une tête d’épingle, offrant à leur centre un point noir, justement comparé à un grain de poudre fiché dans la peau. En pressant la base de ces petites saillies, on en fait sortir le comedo, petite production conique, vermiforme, connue des gens du monde sous le nom de ver de peau, et formée de matière sébacée concrète et blanchâtre : la couleur noirâtre de l’extrémité superficielle est due, en effet, seulement au contact de l’air et au dépôt de la poussière atmosphérique sur la matière sébacée. On sait qu’au milieu de cette matière, Simon, de Berlin (3), a trouvé un parasite, décrit par Eugène Lanquelin, sous le
(1) A. Hardy, lac. cit ., p. 345.
(2) Bazin, Leçon? sur les affect, gêner, de la peau, t. I, p. 287. — Voy. aussi .1. Rollet, art. ACNÉ syphilitique du Uict. encycl. des sciences médicales, t. I, p. 571. — Tanturri, Etude sur l’acné syphilitique (Il Morgagni , 1864, et Gazette médicale de Paris , 1866, p 1 34).
(3) G'. Simon, U cher dias Vorkommen lebsnder Thiere in den so genannten Miiessern (Acné punctata) der Mensch/ichen Haut (Medizinische Zeitung herausgegeben von don vêtent fur Heilkundein Preussen , 1842, n°0). — Die Hauthrankheifen durch anntomische Vntêrsuchungeit er/aiifert. Berlin, 1851.
ACNÉ. — DESCRIPTION DES DIVERSES FORMES I)’aCNÉ. 5ü5
nom de Demodex (1); mais ce petit parasite (fig. 5U) n’est pas spécial à l’acné ponctuée, puisqu’il se retrouve au milieu de l’humeur sébacée qu’on recueille en pressant les follicules sains. — L’acné ponctuée peut exister seule ou simultanément avec l’acné pustuleuse ; elle s’accompagne aussi parfois de quelques légères démangeaisons.
L'acné cornée , — décrite à part par quelques auteurs, notamment Cazenave et Hardy (le dernier de ces deux auteurs la réunissant à la scrofulide folliculeuse),
— se rapproche beaucoup del’acné ponctuée ; mais ici, le produit sébacé, blanc ou jaune, concret et dur, se présente sous forme de saillies aeuminées, réunies ordinairement les unes à côté des autres, dans un espace circonscrit, et donnant au loucher la sensation d’une râpe ou d’une brosse. En pressant la base de ces pointes, on les fait saillir davantage et, parfois, on les expulse. L’acné cornée peut se montrer sur tous les points de l’enveloppe cutanée : au nez, au front, au menton, et surtout aux épaules et aux fesses; elle ne s’accompagne d’aucune sensation morbide à la peau, et peut y persister durant des mois et des années (2).
Relativement à l’étiologie de Y acné ponctuée , nous n’avons rien à dire, si ce n’est que Bazin la considère comme une scrofulide bénigne , tandis que Y acné cornée , qui laisse après elle des cicatrices plus profondes et s’accompagne d’accidents plus graves, fait partie des scrofulides malignes et est rangée, par le même auteur, au nombre des variétés de 1 ’ucnée sébacée concrète.
b. Acné varioiifbrme. — L'affection décri e pour la première fois, sous ce nom, par Bazin (3), avait été indiquée, par Bateman, sous le nom de molluscum coniagiosum, désignée par Rayer sous celui d 'élevure folliculaire, et étudiée par Huguier, sous la dénomination d ' ecdermoptosis (U). C’est encore cette acné qui a reçu les noms d'acné tuberculeuse ombiliquée (5), acné molluscdide (6), acné tuberculoïde (7) : « Elle a pour siège ordinaire la face, le cou, le devant de la poitrine; on peut l’observer sur toutes les régions du corps. Bornée le plus souvent à une région, elle peut être répandue à la fois sur la face, le tronc et les membres; enfin, rencontrée surtout sur les parties sexuelles de la femme (Huguier), elle a été observée sur les mêmes points par Bazin, dans l’un et l’autre sexe indifféremment.
(1) Moquin-Tandon, Éléments de zoologie médicale, 2° édition, p. 316. Paris, 1862.
(2) Hardy, toc. cit., p. 350.
3) Bazin, Mém. sur l’acné varioh forme (Journal des connaissances médicales, 1851).
(4) Huguier, Mém. sur les ma/ad. des appar. sécrét. des organes gèïiit. ext. de la femme ( Mémoires de l’Académie de médecine, Paris, 1850, t. XV, p. 585).
(5) Piogey, Observation d’acné tuberculeuse ombiliquée ( Comptes rendus de la Société de biologie, lre série. Paris, 1852, t. IV, p. 170).
(6) Caillault, Recherches sur deux variétés rares d'acné ( Archives gin. de méd., 4e série, t. XXI II, année 1851), et Traité pratique des maladies de la peau chez les enfants. Paris. 1859, p. 07.
(7) A. Devergie, Traité pratique des maladies de la peau, 3° élit., p. 274.
AFFECTIONS ET MALADIES DE I.A PEA l:.
« L’éruption consiste en de petites éminences arrondies, qui varient de volume, depuis un grain de mil jusqu’à un gros pois ou à une cerise; elles sont dures, non douloureuses au toucher (si ce n’est quand elles sont enflammées) , ombiliquées, discrètes ou cohérentes, rares ou en nombre plus ou moins grand, d’une couleur se rapprochant du blanc de cire, et comme demi-transparentes sur les bords du point ombiliqué (1). »
L’acné varioliforme peut rester longtemps stationnaire et guérir spontanément, soit par l’évacuation du follicule et son inflammation adhésive, inflammation qui va jusqu’à la formation du pus et d’une croûte jaune sucre d'orge, avec cicatrice consécutive; soit par l’étranglement et la mortification du follicule laissant à sa place une eschare qui tombe, et à laquelle succède une surface enfoncée, brisée, , formant, en quinze ou dix-huit mois, une cicatrice des plus remarquables. Celle-ci est gaufrée, rayonnée comme celles de la vaccine et de la variole, arrondie, à bords nets, comme taillés à pic, blanchâtre, avec des dépressions multiples plus colorées que le reste de la dépression et du fond desquelles, à la loupe, on voit sortir un poil. Ces dépressions paraissent répondre aux couronnes de follicules sébacés qui entourent la base de chaque poil.
L’acné varioliforme constitue l’une des manifestations de la scrofule cutanée, et, quels que soient les doutes émis sur cette origine, Bazin a toujours pu établir la relation de cette acné avec les autres accidents de la scrofule, opinion à laquelle Hardy ne saurait se ranger. Quant à la fréquence de cette affection dans l’enfance et la jeunesse, elle est généralement admise, quoique l’on puisse l’observer à tous les âges, même chez les vieillards (Cazenavc).
Admise par Bateman et reconnue implicitement par la désignation qu’il lui avait donnée ( molluscum contagiosum ), la contagion de l’acné varioliforme est encore discutée ; en effet, tandis que Cazenave et Devergie ne se prononcent pas, que Bazin nie formellement cette faculté contagieuse, au contraire, Caillaull (2) et Hardy (3) ont fait connaître des faits qui leur paraissent favorables à l’idée de Bateman ; et c quoique l’on ignore complètement comment s’opère la contagion, Hardy conseille habituellement, pour empêcher la propagation d<* la maladie, d’éviter le voisinage et surtout le contact trop immédiat des personnes qui en sont atteintes. •>
Nous ferons remarquer que, dans les faits rapportés par Bateman, Devergie, (laillault, Hardy, il s’agit toujours d’une mère et de son enfant, d’une nourrice et de son nourrisson.
c. Acnés moiiuscoïdcN. — .Nous décrirons sous ce nom certaines v ai iélés d acné, confondues par Hardy sous le nom général de molluscum , et nous réserverons cette dernière dénomination pour un groupe de difformités hypertrophiques de la peau, dont nous donnerons plus loin les caractères anatomiques différentiels (U). Nous avons déjà donné plus haut la description succincte de Y acné mil taris (Hardy) (molluscum granuleux de Bazin); il nous reste à parler de l’acné stéarique ( mot tnscum stéarique de Bazin) et de Y acné éléphant msi que (Bazin).
(t) Bazin, Dictionn. encijcl. des sc. mèd.} t. I, p. 565. — \oy. aussi Magnan, l)e /acné varioliforme, thèse de doctorat. Paris, 1855.
(2) Caillault, loc. cit., in Archives deméd.
(3) Hardy, Nouveau Dictionnaire de médecine, et de chirurgie pratiques , t. I. p. 354.
fil) Voy. plus loin, chap. IX, art. Moi.î.uscüm.
XCNÉ. — DESCRIPTION DES DIVERSES FORMES D ACNÉ.
L’acné stéarique constitue une véritable loupe de la peau, essentiellement formée par la rétention et l’accumulation d’une matière graisseuse concrète dans un follicule ou dans un conduit sébifère hypertrophié. C’est exclusivement son siège anatomique qui nous engage à en rapporter ici la description. On petit 1 observer, du reste, sur toutes les régions du corps, sous la forme de petites tumeurs arrondies, sans changement de couleur à la peau, sessilesou pédiculées, du volume d’un pois ou d’une petite cerise, n’occasionnant aucun trouble fonctionnel, et demeurant indéfiniment stationnaires (1).
Enfin, sous le nom d’acné éléphantiasique [molluscum athéromateux de quelques auteurs), on a décrit une variété rare, observée par Bazin et par Lutz (2), et caractérisée par l’existence d’une hypertrophie générale du système glandulaire de la peau. Toute l’enveloppe extérieure du corps est couverte de tumeurs lobulées ou végétantes, entremêlées de tannes et d’acné huileuse, répandant une odeur de. suifm generis. Cette affection est, pour Bazin, dénaturé éminemment scrofuleuse (3).
/l° ACNÉS PAR HYPERCRINIE DE L’HUMEUR SÉBACÉE ÉPANCHÉE AU DEHORS DES follicules. — Ce dernier groupe comprend deux formes dont la distinction est fondée sur ce fait, que, dans l’une, la matière épanchée se présente sous l’aspect d’un liquide huileux ( acné sébacée fluente), et dans l’autre, sous l’apparence concrète de crasse ou de croûtes ( acné sébacée concrète ).
a. Acné sébacée fiucntc ( flux sébacé de Bazin). — Indiquée pour la première fois par Biett, celte variété a été décrite avec soin par Cazeuave (U), Devergie (5), Bazin, Hardy, etc. Elle est caractérisée par l’abondance extraordinaire du lluide sécrété et par l’élargissement des orifices folliculeux. C’est ordinairement sur la face et sur le cuir chevelu qu’on l’observe, et sur la face, c’est en particulier au niveau des sourcils, du nez et des joues. Elle a été vue sur les régions axillaires et pubienne (Bazin), et dans quelques cas, elle était répandue sur toute l’enveloppe cutanée (Hardy, Bazin). La peau des parties malades est comme vernissée ou couverte d’une couche d’huile, et à la loupe, les orifices glandulaires se montrent en général manifestement agrandis. Le plus souvent aussi, le malade n’éprouve d’incommodité que celle qui résulte de l’application d’un corps gras; quelquefois cependant, outre la chute des cheveux et des poils qu’elle portait, la partie malade est le siège de picotements ou de fourmillements. Cette variété d’acné inspire souvent le dégoût par l’abondance de la sécrétion huileuse et par sa coïncidence avec d’autres formes, et notamment avec les acnés pustuleuse et indurée.
Dans certains cas, l’inflammation des follicules peut, selon Cazeuave et Schedel, être portée au point que le fluide sécrété soit altéré et se rapproche du liquide Séro-puriderd des vésicules de l’eczéma.
b. Acné sébacée concrète. — Au lieu de rester liquide, le flux sébacé se concrète quelquefois et peut, par une accumulation successive, former une sorte de couche d’étendue variable, offrant un aspect gras, jaunâtre. D’abord molle, peu
(1) Bazin, Leçons sw les affect, cutanées artificielles, etc. Paris, 1862, p. 446.
(2) Lut z, De l’hypertrophie génér. du syst. sébacé , thèse inaug. Paris, 1860.
(3) Bazin, lac. cit., p. 447.
l4) Cazenave, Traité des maladies du cuir chevelu, Paris, 1840, p. 314.
(5) Devergie, /oc. cit., p. 269 et suivantes.
AFFECTIONS ET MALADIES DE I.A PEAU
adhérente, cette couche ne larde pas à durcir, et quelquefois on provoque une i légère douleur en cherchant à la détacher. Quelquefois aussi, surtout quand elle a le nez pour siège, et qu’elle dure depuis quelque temps, elle prend une couleur noirâtre qui lui donne une apparence singulière. Les incrustations auxquelles donne lieu la dessiccation de l’humeur sébacée sont très-variables et ont porté Bazin a décrire les variétés squameuse ou croûteuse, pénici II i forme, crétacée et cornée. Nous avons déjà donné précédemment la description de cette dernière à la suite de l’acné ponctuée; dans Y acné péni cil li forme, les concrétions sébacées ont la forme de petites houppes soyeuses, que l’on a comparées à de l’amiante et implantées dans les follicules acnéiques. Quant à la variété croûteuse, qui est la plus commune, ses squames sont assez minces et de peu d’étendue, d’un gris jaunâtre qui devient brun avec le temps; peu adhérentes aux parties sous-jacentes, elles sont, d’ailleurs, malléables comme de la cire, au lieu d’être cassantes, ou pulvérulentes comme celles plus épaisses de l’impétigo. Lorsque l’acné sébacée croûteuse siège sur le cuir chevelu, elle rend la chevelure grasse, agglutine les cheveux, et forme parfois des touffes inextricables, ce qui lui donne de l’analogie avec le trichoma ou pltque polonaise. Quelquefois aussi, Bazin a vu de larges incrustations granuleuses, verdâtres, répandues sur la presque totalité de l’enveloppe cutanée et exhalant une odeur sui generis des plus insupportables (i).
L’acné sébacée (2), quelle que soit sa forme, constitue une manifestation de la scrofule; dans quelques cas aussi, Bazin reconnaît à la forme concrète, la nature arthritique.]
§ III. — Marche, durée, terminaison.
Quelle que soit sa forme, l’acné a une marche lente et une durée toujours longue. Il faut en excepter quelques cas à'ucne simplex , rares à la vérité ; mais surtout d 'acné sebacea , dont la durée n’a pas dépassé deux ou trois septénaires. En général, l’acné persiste avec opiniâtreté, et la couperose se prolonge des années entières.
La guérison, quoique toujours difficile à obtenir, est une terminaison assez fréquente, principalement dans les variétés simplex et sebacea.
§ IV.— Diagnostic, pronostic.
Diagnostic. — Il est toujours facile, surtout pour Vacne simplex et Yacnerosacea.
Les croûtes molles, huileuses, peu adhérentes, d’un jaune sale, noirâtres, de Vacne sebacea, ne sauraient être confondues avec les croûtes sèches, rugueuses, friables, d’un jaune ambré, de l’ impétigo .
L’élément pustuleux de l’acné le fera toujours distinguer des papules du lichen, dont le sommet excorié et croûleux pourrait quelquefois en imposer. On ne sera pas plus embarrassé pour le lupus, qui, par la destruction des parties qu’il affecte, offre un caractère distinctif suffisant. Quant au sycosis, nous en donnerons avec détail les signes distinctifs quand il sera question de cette affection.
Pronostic. — Si l’individu est jeune, la maladie récente, l'éruption légère, et non entretenue par les causes qui l’ont fait naître, on peut espérer en triompher
(1) Bazin, Dict. encyct. des sciences médicales, t. I, p. 560 et 561. Paris, 1864.
(2) Séborrhée de quelques auteurs allemands et anglais’
ACNÉ. — ÎRAiÎËMliNf.
facilement: c'est ce qui arrive pour beaucoup de cas à' acné simplex. Quant aux autres variétés, ordinairement plus rebelles, elles persistent quelquefois indéfiniment, et en général, on peut dire de l’acné, quelle qu’en soit la forme, que c’est une maladie difficile à guérir.
§ V. — Traitement.
S’il est vrai, comme l’indiquent les auteurs, que les différentes formes de l’acné exigent chacune une médication particulière, il est néanmoins un certain nombre de moyens thérapeutiques qui sont communs à toutes.
1° Traitement commun aux diverses espèces. — Un régime simple et doux, l’usage habituel de boissons rafraîchissantes, la privation des alcooliques et des excitants analogues, l’éloignement de toutes les causes qui peuvent appeler le sang vers la tcte, de temps en temps quelques révulsifs sur le canal intestinal , quelques dérivatifs aux extrémités , l’emploi de quelques topiques émollients, soit en lotions, ssoiten pommades; enfin, si le cas l’exige, quelques émissions sanguines générales i ou locales, tels sont les moyens qui constituent la base du traitement généralement ■ employé. Dans les cas d 'acné simplex, dans quelques cas d 'acné rosacea commencçant, ils peuvent suffire pour entraver la marche de la maladie et amener une guérrison rapide. Mais dans la plupart des cas, le médecin est obligé de recourir à •ides moyens plus actifs ; ce sont eux qu’il nous reste à exposer, et qui diffèrent suivant les diverses variétés de l’acné.
2° Traitement de T acné rosacea. — Selon Cazenave et Schedel, toute la médication consiste dans les moyens hygiéniques; et si quelquefois on est obligé de rrecourir aux émissions sanguines, il est préférable de s’adresser aux saignées •locales ; les pédiluves constituent aussi dans quelques cas des auxiliaires utiles.
[ Hardy a employé avec succès dans des cas intenses, des lotions d’eau chaude à une température aussi élevée que les malades peuvent la supporter; malin et soir elles sont répétées et faites rapidement pendant une minute environ : elles amènent d’abord de la chaleur et de la rougeur au visage, mais bientôt on voit cesser l’afflux du sang et, par une réaction contraire à celle que provoque l’action de l’eau froide, les parties touchées par l’eau chaude pâlissent et se refroidissent pour quelque temps. Tantôt l’eau qu’on emploie est pure, tantôt on y joint quelques gouttes de teinture de benjoin ou d’une liqueur aromatique, telle que l’eau de Cologne, ou bien même une légère dose d’une solution de sublimé (pour un verre d’eau chaude, une cuillerée à café d’une solution de 1 gramme de sublimé dans 150 grammes d’eau) (1).
Lorsque la maladie date déjà de plusieurs mois, il faut joindre aux lotions des onctions légèrement irritantes, et notamment celles avec une pommade mercurielle :
¥ Axongfl 30 grain. | Protoiodure hydrargyrô. . . . 2 à 4 gram.
Suivant l’action plus ou moins forte qu’on veut produire (2).
Hardy donne, de son côté, la formule suivante :
Onguent rosrtt 15 gram. | Protoiodure de mercure. . 10 ou 15 centigr.,
(1) Hardy, Nouveau Dictionnaire de médecine et de chirurgie , t. I, p. 341.
(2) O. Reveil, Formulaire des médicaments nouveaux, 2e édit. Paris, 1865, p. 296.
AFFECTIONS ET MALADIES DE LA I’EAU
dans laquelle il augmente graduellement la dose du sel mercuriel jusqu'à un trentième ou même un vingtième, en continuant ainsi ce traitement local pendant plusieurs mois.
Hillairct emploie également la pommade au b iodure d’hydrargyre, au centième d’abord, pour arriver graduellement au cinquantième, au vingt-cinquième, et quelquefois au dixième.]
Enfin F. Rochard (1) conseille l’emploi de la pommade suivante :
Axongc CO grain. | loduro de chlorure liydrargyreux. 75 ccntigr.
line seule friction suffit dans la journée; elle doit être limitée aux surfaces malades : on la renouvelle pendant deux ou trois jours, pour la suspendre pendant le même temps cl la reprendre ensuite.
[L application de ces pommades donne lieu d’abord à une rougeur assez \i\e et à un sentiment de chaleur de la partie de la peau qui a été touchée ; on a vu l’érysipèle (2) de la face et du cuir chevelu se développer aussi dans les mêmes circonstances; mais ces phénomènes de réaction durent peu et s’effacent au bout de quelques jours, malgré la continuation delà pommade, pour reparaître chaque fois «lu on augmente la dose du sel mercuriel. Selon Devergie, on n’obtient pas de ces divers moyens une véritable guérison, mais une amélioration de la couperose ; et Hardy a eu souvent de nombreuses occasions de l’employer avec succès.]
Le collodion étendu sur la surface malade a eu de grands avantages dans plusieurs cas (3).
[Enfin, dans les cas rebelles et anciens d’acné rosacée, on peut employer les douches de vapeur ou d'eaux sulfureuses dirigées sur les parties malades; on conseillera surtout les eaux sulfureuses de Baréges, de Bagnères-de-Luchon, d’Ax/etc. , qu’on administrera en bains et en douches faibles sur le visage. Signalons encore les eaux de Loucche et de Schlangenbad (Nassau). L’usage de ces eaux minérales paraît du reste préférable pour consolider une guérison que pour l’effectuer réellement.]
3° Traitemcint des acnés inflammatoires. — Dans les cas d’acné simple où les pustules sont peu nombreuses, il n’y a réellement rien à faire ; cependant leur persistance a engagé quelques praticiens à conseiller l’usage des lotions avec l’eau de son, l’émulsion d’amandes amères, la décoction de semences de coing. Les anciens faisaient, dans ces cas, un emploi fréquent de liniments dont la térébenthine, le vinaigre, le savon, la myrrhe, etc., étaient la base; mais ces moyens sont à peu près abandonnér) aujourd’hui.
[Le traitement local émollient, composé de bains, de lotions mucilagincuses, de cataplasmes froids de fécule de pomme de terre, a paru, dans la plupart des cas, complètement inerte; il constitue cependant un moyen préparatoire très-utile, ici comme dans la couperose, lorsqu’on a l’intention de recourir à une médication locale substitutive : celle-ci se compose du reste des différentes lotions et pommades indiquées précédemment. Hardy indique, en outre, les lotions d’eau chaude additionnée de quelques gouttes d’ammoniaque, celles faites avec une solution de sul-
(t) F. Rochard, Union médicale, 27 décembre 1851.
(2) Devergie, Bazin, Hardy, etc. Voyez aussi, plus haut, notre article Éirvsil’ÉLE.
■3) Wilson, The Lancet et Hépcri, de pharm ., janvier 1849.
ACNÉ. — TRAITEMENT. 511
fuie de soude ou de potasse; les onctions avec l’huile de code, avec la teinture d’iode, l’huile de noix d’acajou, etc.]
4° Traitement des acnés dues à la rétention du produit de sécrétion. — La plupart des moyens employés ont encore pour but de résoudre les petites tumeurs acnéiques et d’imprimer à l’éruption chronique une marche plus aiguë. C’est ainsi qu’on a conseillé les lolions d’eau distillée, de roses rouges, de petite sauge, de I lavande, avec additions de proportions d’alcool variables selon le degré d’irritation de la surface malade. La solution suivante est préconisée par Biett, Cazenave et ï Schedel :
"X. Sublimé 25 à 30cenligr. | Eau distillée 250 gram.
• Pour lotions.
On peut, selon ces auteurs, y ajouter 30 grammes d’alcool rectifié.
La liqueur de Goivland , qui jouit en Angleterre d’une grande réputation, diff 1ère peu de cette préparation. En voici la formule :
Liqueur de Gowland.
If Deutochlorure de mercure. I décigr.l Émulsion d’amandes amères. . 200 gram.
Sel ammoniac 1 décigr.|
Pour lotions.
Les eaux sulfureuses, surtout celles de Barégcs, d’Enghien, de Cauterets, etc.,
; seront employées avec avantage en lotions et eii bains ; elles pourront également 1 être données à, l'intérieur.
Parmi les pommades dont on a vanté l’elïicacité, nous citerons celle qui est com- I posée d’un mélange de protochlorure ammoniacal de mercure à la dose de 1 à \ grammes, avec 30 grammes d’axonge, et dont on fait des frictions répétées sur les parties indurées.
Biett se servit avec succès, pendant plusieurs années, de la pommade avec 17odure de soufre; il en a donné la formule suivante :
^ lodurc de soufre. . 80 centigr. à 1 «r ,50 | Axonge 30 grain.
Pour frictions.
Les bains , mais surtout les douches de vapeur aqueuse dirigées pendant douze à quinze minutes sur la face, aident puissamment à la résolution des tubercules. Leur emploi est vanté par Biett, Rayer, Cazenave et Schedel, etc. Il en est de même des bains de vapeur dans l’étuve humide, quand la maladie a son siège sur le dos, les épaules et la partie antérieure de la poitrine.
La cautérisation, l’application d’un vésicatoire sur les points affectés, dans le but de changer la vitalité des tissus, sont des moyens trop incertains pour qu’on puisse les conseiller sans hésitation.
[Outre les moyens thérapeutiques, telles que lotions, pommades, douches ou bains, indiqués déjà à 1 occasion du traitement de la couperose et de celui des acnés dites inflammatoires, et qui tous ont pour but de déterminer une irritation substitutive, il en est quelques autres que nous ferons encore connaître. Lorsque, par exemple, les tumeurs de l’acné varioliforme sont en petit nombre, on a conseillé do faire avec une lancette une incision très-superficielle sur la partie njédianc
DEFECTIONS Ëî MALADIES DE LA PEAU.
de la tumeur, puis d’exercer une pression sur sa base avec les ongles des deux pouces, de manière à faire sortir le follicule à travers l’incision et h l'énucléer complètement. Mais lorsque les follicules malades sont en grand nombre, ce moyen que Huguier a, devant nous, employé plusieurs fois avec succès, n’est plus applicable. On peut recourir alors à l’usage des astringents, tels que les solutions d’alun, de sulfate de zinc, de sulfate de fer, qui paraissent amener la contraction du follicule, 1 évacuation de la matière sébacée et l’afTaissemcnt de la tumeur (Hardy). On a conseillé aussi les lotions irritantes qui amènent l’inflammation du follicule et la guérison par suppuration ou ulcération, et, dans ce but, on a employé les applications d’huile de cade, de teinture d’iode pure, les lotions avec une solution de sublimé, les cautérisations avec le nitrate d’argent, les douches sulfureuses, les pommades mercurielles, sulfureuses ou à base d’iodure de soufre. Bazin conseille les lotions alcalines et les bains alcalins; Cazenave les lotions avec de l’eau ammoniacale. Mais en général, autant que cela est possible, il est préférable, selon Hardy, d’avoir recours aux procédés chirurgicaux, qui consistent, outre l’incision, dans l’excision ou la ligature des tumeurs folliculeuses.]
5° Traitement des acnés par hypercrinie de l'humeur sébacée épanchée au dehors des follicules. — Biett a employé plusieurs fois avec succès les douches de vapeur dirigées pendant quinze à vingt minutes sur les surfaces malades. Il secondait l’action de ce moyen par l’usage de lotions avec des infusions, d’abord narcotiques, et plus tard rendues styptiques par l’addition du sulfate d’alumine ou de quelques acides végétaux.
[llodet recommande l’usage de la pommade suivante :
If, Axonge 50 grain. Tannin U grain.
Soufre sublimé h gram. Eau de laurier-cerise 5 gram.
Dissolvez le tannin dans l’eau, ajoutez le soufre et incorporez l’axouge (1).
Hardy recommande principalement l’emploi des lotions avec des solutions de sous-carbonate de soude, de borate de soude (eau commune, 300 grammes, sous carbonate ou borate de soude, de 5 à 10 grammes), répétées plusieurs fois par jour; il conseille aussi l'usage des solutions d’alun, de sulfate de fer, de tannin.
Les pommades ayant souvent l’inconvénient d’augmenter l’état déjà huileux de la peau, il est bon, dans leur préparation, de substituer à l’axonge la glycérine qui est moins oléagineuse; on peut se servir alors du glycérolé suivant :
if Glycérine...
Eau de rose
100 gram.
25 gram
Tannin
10 gram.
11 est le plus souvent utile d’associer au traitement local l’huile de foie de morue, les amers et les précautions hygiéniques convenables.]
Dans un cas, Cazenave (2) a modifié avantageusement une acné sébacée datant de quatre ans, par l’emploi combiné des sudorifiques, des bains, des douches de vapeur aqueuse, des lotions ammoniacales et des frictions avec la pommade suivante :
if Iodure d’ammonium,... 1 gram. | Axonge 30 grain.
Frictions trois fois par jour avec gros comme une fève de marais de cette pommade.
(1) O. Reveil, Formulaire des médicam. nouveaux, 2e édit. Paris, 1865, p. 129.
(2) A. Cazenave, Ann. des malad. de la peau. Paris, 18 AA, p. 305.
SYCOSIS. — SYMPTÔMES.
ARTICLE III
SYCOSIS.
§ I. — Définition, synonymie, fréquence.
[ Le sycosis est une affection des follicules pileuv caractérisée par l’existence de pustules siégeant à la base des poils, précédées ou suivies d’uue induration qui ne idépasse pas ordinairement les téguments, mais qui peut cependant occuper le tissu cellulaire sous- cutané (Bazin). ]
C’est du reste une maladie assez fréquente.
§ H. — Causes.
[ La façon dont aujourd’hui, avec Bazin, on envisage généralement le sycosis,
I permet d’en rattacher le développement à deux ordres de causes :
Causes externes. — 1° Action de substances irritantes, telles que l’huile de ccade, etc., ou d’un simple rasoir ébréché (Cazcnave, Bazin, etc.), amenant le développement du sycosis artificiel; 2° introduction des spores du trichophyton dans le f follicule pileux (Bazin), donnant lieu au sycosis parasitaire. On doit alors considérrer comme causes purement adjuvantes toutes les circonstances qui mettent les ssporules en rapport avec le poil. Ainsi, par le seul fait de l’emploi d’instruments i|qui ont été en contact avec une surface atteinte d’éruption sycosique, on pourra (contracter la même affection.
Causes internes. — Le sycosis peut être symptomatique de la scrofule, de la 'syphilis ou de l’arthrilis; mais le sycosis arthritique est la seule variété qui se pré- 'sente dans un état de simplicité parfaite (Bazin).]
Le nom de mentagre, sous lequel le sycosis est encore désigné par quelques auteurs, lui vient de ce qu’il affecte le plus souvent le menton. On trouve encore cette maladie décrite sous le nom de sycosis menti; c’est la dartre pustuleuse mentagre, le varus mentagra d’Alibert.
[ L’apparition du sycosis peut n’êlre précédée d’aucun phénomène morbide appréciable, ou, au contraire, succéder au développement, tantôt de petites pustules discrètes, isolées, et se perpétuant pendant un temps variable (des mois, des années même), tantôt d’un cercle d’herpès ou d’érythème parasitaire, tantôt du pityriasis nlba parasitaire (première et deuxième périodes de la teigne tonsurante).]
Souvent l’éruption initiale du sycosis consiste en une petite pustule qui ne fait pic passer, mais dont les caractères doivent attirer l’attention ; elle est acuminée ;t douloureuse; au bout de trois ou quatre jours, elle se rompt et laisse un e petite route qui tombe sans laisser de trace de son existence. Une autre pustule apparaît ïientôt, suit la même marche, puis affecte une durée plus longue, jusqu’à ce (u’enfin il survienne une éruption de plusieurs pustules, accompagnée d’un senti tient de tension douloureuse et d’une rougeur prononcée des tissus. A cette époque, m peut déjà constater dans ce groupe de pustules une petite induration qui porte uur leur base.
Les croûtes , produites par la suppuration de plus en plus abondante, sont plus Valleix, s* édit. v 33
AFFECTIONS ET MALADIES DE LA PEAU
épaisses; elles sont noirâtres , sèches, peu adhérentes. A leur chute, on voit poindre de nouvelles pustules qui parcourent les mêmes phases que les premières. Bientôt on peut juger des progrès de l'inflammation, qui, s’étendant au tissu cellulaire sous- dermique, donne lieu à ces engorgements tuberculeux qui finissent par former de véritables nodosités. C’est dans ces cas que le menton est altéré dans sa forme; quelquefois ces tumeurs donnent à la physionomie un aspect tout particulier.
A un degré plus avancé, l'inflammation peut amener la chute des poils , et même donner lieu h de véritables abcès. Le sycosis alors peut se compliquer de pustules d'impétigo qui masquent la maladie et rendent le diagnostic extrêmement difficile.
Le sycosis n’a pas son siège exclusif au menton ; quelquefois, placé sous le nez, il est constitué là par une seule pustule qui se développe de la manière indiquée plus haut, et qui souvent s’y montre fort rebelle.
S IV. — Marche, durée, terminaison.
Il est bien rare que le sycosis offre une marche aiguë; dans des cas exceptionnels, la maladie peut durer de dix à quinze jours. Le plus souvent, cette marche est essentiellement chronique. La durée, qui est extrêmement variable, est en général très-longue, et parfois indéfinie. Quand le sycosis se termine par la guérison, on voit les engorgements tuberculeux s’affaisser peu à peu; les croûtes tombent, et les pustules, qui deviennent de plus en plus rares, cessent entièrement de paraître. Quand la maladie a duré longtemps, elle laisse souvent après elle des empreintes rouges , violacées, à la surface desquelles se fait une exfoliation épidermique. Le sycosis est une affection qui récidive fréquemment.
§ V. — Diagnostic, pronostic.
Le diagnostic est en général facile. Le sycosis ne saurait être confondu qu’avec Y acné et l’ impétigo. Voici à quels caractères on reconnaîtra ces diverses affections.
Les pustules du sycosis diffèrent de celles de l 'impétigo en ce que les premières sont discrètes, acuminées, tandis que celles de l’impétigo sont plus larges, aplaties et disposées en groupes. Les croûtes de l’impétigo sont larges, épaisses, jaunes, friables, humides; celles du sycosis sont sèches et brunâtres. Dans le cas où l’induration tuberculeuse s’ajoute à ces caractères, le doute n’est plus possible.
Enfin, dans certains cas, la présence du trichophyton, en même temps qu’elle fait diagnostiquer l’existence d’un sycosis, en fait encore reconnaître la nature parasitaire.
l'acné ne sera pas confondue avec le sycosis, si l’on se rappelle que ses pustules sont plus superficielles, plus enflammées, qu’elles suppurent irès-incomplétement, qu’elles ne donnent pas lieu aux croûtes particulières du sycosis, qu’elles sont suivies d’une induration moindre, et qu’enfin elles ont pour caractère essentiel d’être accompagnées d’une supersécrétion de matière sébacée.
En rappelant que le sycosis a son siège dans le follicule pileux, dans cette gaine qui entoure le poil jusqu’à sa sortie, ce qui explique sa prédilection pour l’homme, nous aurons complété les éléments du diagnostic de cette affection.
Pronostic. — Le sycosis n’est jamais grave par lui-même. Le médecin doit être
ECTHYMA. — DÉFINITION, SYNONYMIE, FRÉQUENCE. Mo
prévenu de sa ténacité, et souvent de l’inefficacité absolue de la thérapeutique dirigée contre lui.
§ VI. — Traitement.
Dans le cas où le sycosis existe à l’état aigu, et lorsque dans le cours de son évolution il s’accompagne de tension douloureuse et de signes de congestion, tous les i auteurs conseillent de recourir aux antiphlogistiques ; les saignées locales hors Idu siège de l’éruption, et les applications émollientes fréquemment renouvelées, telles que lotions, cataplasmes de fécule; quelques laxatifs et une tisane rafraîchissante, sont les moyens qu’on peut employer avec le plus d’avantages. Ils sont toujours indiqués quand la maladie présente un certain degré d’acuité.
Une précaution qu’il ne aut jamais négliger dans le traitement du sycosis, c’est de supprimer l'emploi du rasoir; on fera couper la barbe avec des ciseaux.
Quand toute l’inflammation a disparu, on dirige le traitement contre les engorgements tuberculeux. Pour cela, on a recours aux douches de vapeur, aux topiques résolutifs, en un mot aux moyens que nous avons indiqués avec détail dans le trait tement de l 'acné indurata (1).
[Broussonnet (2) emploie les bains gélatineux on alcalins, les applications émollientes et narcotiques, puis le vésicatoire pansé avec une solution de nitrate d'argent, et en même temps il exerce une compression avec une plaque de plomb, • mince et flexible, placée entre deux linges. Mais nous devons faire remarquer que ices moyens sont tous d’une efficacité secondaire dans les cas où le sycosis est parasitaire. Cependant, dans ces cas mêmes, on doit encore s’efforcer d’éteindre tout i état aigu avant d’employer les procédés propres à faire périr le trichophyton. On arrive à ce dernier résultat par deux moyens : l 'épilation et les agents parasiticides.
L’épilation, dit Bazin, produit une amélioration, mais elle exige une certaine habitude, parce qu’on est exposé à prendre pour des pustules mentagreuses les pustules ecthvmatiques sans conséquence. En outre, il ne faut pas se borner à extraire les gros poils, ceux qui traversent les pustules et les croûtes, puisque ce sont précisément les petits poils et ceux qui n’ont pas de pustules à la base que le champignon affecte de préférence. Le duvet demande à être avulsé avec le plus grand -soin.
Quant au choix d’une solution parasiticide, Bazin emploie sans préférence et sans exclusion le sublimé. Seulement, il engage à ne pas élever les doses du sel mercuriel ; la salivation qui en est résultée deux fois l’a forcé d’interrompre le traitement. On n’a aucun accident à craindre eu ne dépassant pas 1 gramme pour 500 grammes d’eau distillée. Ainsi formulé, ce liquide a d’ailleurs l’avantage de ne pas irriter les surfaces malades (3). j
ARTICLE IV
ECTI1YMA.
§ I- — Définition, synonymie, fréquence.
On désigne sous le nom d 'ecthyma une inflammation de la peau caractérisée par
(1) Voy. plus haut, art. Acné.
pi) Broussonnet, Bulletin gén. thér. et méd.-chir, Montpellier, 30 septembre 1851.
(3) Basin, Considérations générales sur la mentagre et les teignes de la face, 1854.
AFFECTIONS ET MALADIES DE LA PEAL
des pustules phlyzaciées, larges, arrondies, ordinairement discrètes, à base dure, enflammée, auxquelles succèdent des croûtes brunes, épaisses, laissant après leur chute une empreinte rouge qui persiste plus ou moins longtemps, ou bien, ce qui est plus rare, une véritable cicatrice.
L’ecthyma, désigné par Alibert (1) sous le nom de p/dyzacia, et sous celui â'epinyctis par Sauvages, Vogel, etc., est une maladie assez commune.
§ II. — Causes.
Aucun âge n’est à l'abri de l’ecthyma, aucune constitution n’en est exempte ; mais il est bien plus fréquent de l’observer chez les individus affaiblis par les fatigues, par les maladies, chez les vieillards débiles, en un mot, chez tous les sujets dont la constitution a reçu un atteinte plus ou moins profonde.
[C’est dans ce sens qu’agit l’ingestion d’aliments insuffisants ou doués de propriétés délétères ; signalons notamment le lait provenant d’une mauvaise nourrice, et chez d’autres, l’administration de certains médicaments, tels que les arsenicaux (Bazin).]
La misère , les chagrins , la débauche , ont la même action sur le développement de l’eclhyma. Les hommes, qui en sont plus fréquemment atteints que les femmes, n’ont probablement ce privilège que parce qu’ils se trouvent plus souvent qu’elles sous ces fâcheuses influences.
Selon Bielt, l’automne et l’hiver paraissent les saisons les plus propres à faire naître ces alTections. Après certaines fièvres éruptives, les varioles surtout, on voit souvent des éruptions successives de pustules d’ecthyma qui prolongent la convalescence.
[Il est un certain nombre de causes qui peuvent artificiellement donner naissance à l’ectbyma : la malpropreté; le contact de certaines matières provenant du corps même de l’individu (méconium, urines, etc.) ; certaines attitudes (le décubitus prolongé) ; les piqûres de sangsues; certaines applications emplastiqucs, des frictions irritantes, par exemple, avec l’huile de croton, ou avec le tartre stibié, le contact du sulfure de potasse ; certaines professions, dans lesquelles les ouvriers manient des substances âcres ou irritantes, des produits métalliques (épiciers, cuisiniers, maçons, teinturiers, apprêteurs de couleurs, mégissiers, criniers, tanneurs, pelletiers, chapeliers, fondeurs, mineurs, houilleurs, etc.). Enfin la gale et la teigne ont souvent pour éruption symptomatique l’ccthyma; et, suivant la remarque de Legendre, la complication d’ecthyma serait plus fréquente lorsqu’on substitue les lotions aux frictions graisseuses dans le traitement de la gale.
On sait que plusieurs fois des médecins vétérinaires, après avoir assisté, pendant une parturition difficile, certaines femelles d’animaux, ont vu se développer sur leurs mains et leurs bras un nombre plus ou moins considérable de pustules d’ecthyma (2). Cazcaux a vu aussi, à la suite d’un accouchement laborieux, l’ecthvma se développer sur les bras de l’accoucheur ; quoique l’on n’ait pu constater aucune écorchure sur les membres supérieurs, l’accoucheur n’avait cependant pas cm moins de trois heures durant, les mains et les avant-bras constamment salis
n\ Monographie des dermatoses. Paris, 1832.
(0) Ourlt et Herlwig, Magazin fur die Gesammfe Thier Heilkunde. Berlin, 1845, p. 170.
ECTHYMA. — SYMPTÔMES.
par les liquides plus ou moins altérés qui s'échappaient des parties génitales, et de nombreuses contusions résultèrent des résistances diverses qu’il fallut surmonter (1). i C’est là un rare exemple d’ecthyma artificiel.]
<' line cause assez fréquente d’ecthyma, et qu’il faut considérer comme cause locale, c’est la présence d’une autre éruption qu’il vient compliquer sans l’interuvention du traitement.
» Il faut cependant certaines conditions particulières pour déterminer la présence de pustules phlyzaciées, compliquant une autre maladie de la peau; il faut - surtout que celle-ci ait été puissamment excitée , et principalement d’une certaine ' façon. Ainsi ce n’est pas l’impétigo, par exemple, qui se complique le plus ordinairement de l’ecthyma, bien que ces deux éruptions semblent se rapprocher à f priori par leur nature et leur forme pustuleuse ; mais ce sont les maladies accompagnées de prurit; et c’est à cette dernière condition que nous attribuons la fréquence de la réunion de l’ecthyma avec la gale. Après cette dernière affection, ce ssont les maladies papuleuses, le prurigo et le lichen, avec lesquelles on observe le pblus souvent les pustules d’ecthyma. » (A. Cazenave.)
Telles sont les causes de l’ecthyma ; comme on le voit, elles agissent de deux umanières ; ou localement, ou généralement en affaiblissant la constitution.
[Aux causes qui précèdent, il faut ajouter, à titre de causes constitutionnelles, .a syphilis, la scrofule, l’arthritis et la dartre.]
§ III. — Symptômes.
lû Ectiiyma aigu. — Assez rare au tronc, l’ecthyma aigu se développe habituellement aux bras et aux mains.
L’éruption apparaît sous forme de points rouges assez nettement circonscrits ; file est annoncée par une douleur souvent vive et piquante s’accompagnant d’un sentiment de cuisson. Au centre de ces petites plaques s’élève bientôt une petite ‘collection d'un liquide ordinairement purulent dès le début, et quelquefois séro- Hjurulent. Cette collection purulente, entourée d’une aréole d’un rouge vif, constitue ce qu’on appelle une pustule phlyzaciée , à cause de sa largeur et de son peu de saillie. En effet, dans certains points, à la paume des mains, par exemple, l’épi- Idermc paraît à peine soulevé.
Lue fois formée, la pustule reste intacte pendant quelques jours, et, ce qui est digne de remarque, quelquefois plus d’une semaine; puis le liquide qu’elle ren-
.eimese coagule et se convertit en une petite croûte brunâtre, peu épaisse et assez tdhéiente. Si la pustule est rompue avant la formation de la croûte, on aperçoit âne petite cavité dont le fond est rouge, comme excorié. A la chute de la croûte, e deime conserve une empreinte violacée qui persiste longtemps.
L éruption des pustules d’ecthyma est ordinairement successive et ne détermine aucun mouvement fébrile. Les symptômes locaux, bien qu’ils annoncent l’inflamimation du derme, sont en effet trop laibles pour qu’un aussi petit nombre de pustules, se développant à la fois, puissent produire le moindre trouble général. Parfois
cependant les choses se passent un peu différemment, ce qui tient aux circonstances suivantes :
laniée ISsT*’ C°mpteS Vendu* des séances de 1(1 Société de biologie , 2- série, t. I, p. 140,
AFFECTIONS ET MALADIES DE LA PEAU
Quelquefois les pustules, au milieu de leur développement, paraissent être le siège d’un mouvement fluxionnaire ; elles augmentent de largeur et de saillie et ressemblent assez bien, dans ces cas, à certaines bulles de pemphigus.
Dans quelques cas, plus rares, l’éruption est simultanée et précédée de symptômes généraux , tels que malaise, mouvement fébrile, etc. Alors les pustules, discrètes, plus petites, répandues sur une surface plus ou moins large, suivent ensemble les diverses phases de l’éruption. En général, celle-ci est douloureuse et s’accompagne d’un gonflement comme érysipélateux des surfaces affectées.
2° Ecthyiua chronique. — Plus fréquent que l’ecthyma aigu, l'ecthyma chronique a pour siège de prédilection les membres inférieurs; ses pustules, plus rares, quelquefois au nombre de trois ou quatre seulement, sont généralement moins circonscrites ; elles sont aussi plus larges que celles de l’ecthyma aigu, et atteignent souvent l’étendue d'une pièce d'un franc et au delà. La peau, siège de l’éruption, est à peine enflammée ; la pustule se forme avec peine, et reste quelquefois flasque et plissée, perdant en saillie ce qu’elle gagne en étendue. V aréole qui l’entoure est un cercle dont la couleur varie depuis le rouge pâle jusqu’à la teinte brune violacée ; le liquide qu’elle renferme, ordinairement peu épais, quelquefois noirâtre ou sanguinolent, se convertit en une croûte le plus souvent noirâtre, parfois très-adhérente, laissant après elle une excoriation sanieuse, puis une empreinte qui reste longtemps foncée : une véritable petite cicatrice.
C’est cette variété d’ecthyma, comme le fait remarquer Rayer, qu’on rencontre chez les enfants faibles, mal nourris ou convalescents de variole {ecthyma infantile ): dans ces cas les pustules sont ordinairement peu volumineuses.
[L’ecthyma, lorsqu’il est sous la dépendance de la syphilis, peut constituer un accident précoce ou, au contraire, n’apparaître qu’à une période déjà avancée de la maladie constitutionnelle. Dans le premier cas ( ecthyma superficiel , syphilide pustuleuse phlyzaciée pseudo ■ exanthématique , de Bazin), l’éruption est souvent généralisée ; elle peut être précédée de symptômes généraux et offrir une analogie tellement frappante avec la variole, que, dans certains cas, elle a pu en imposer pour cette dernière. On évitera cette méprise en tenant compte des phénomènes d’invasion si différents dans l’un et l’autre cas, de l’état général du malade, de la marche et du mode d’évolution des pustules, des signes tirés de l’aspect des croûtes rugueuses, brunes ou noirâtres, des symptômes concomitants et des exulcérations superficielles, ou au moins des taches violacées, lentes à disparaître, qui s’observent après la chute des croûtes (Bazin). Lorsque l’ecthyma appartient à une période déjà avancée de la syphilis ( ecthyma malin , ulcéreux), il creuse profondément la peau; ses croûtes sont très-épaisses, verdâtres, rugueuses, vernissées, saillantes, comme enchâssées dans les bords taillés à pic des ulcérations qu’elles recouvrent. Cet ulcère tend à s’agrandir dans tous les sens ; il est grisâtre, inégal, incessamment baigné d’un pus très-consistant, que la pression fait sourdre à la circonférence des croûtes. Plus tard, la sécrétion purulente finit par diminuer ; l’ulcère se recouvre de granulations charnues, son fond s’élève, ses bords s’affaissent, et les croûtes, ne recevant plus d’éléments nouveaux, se dessèchent, s’amoindrissent ei tombent. La surface ainsi mise à nu est violacée, puis brunâtre ou d’un jaune cuivré : à sa partie centrale paraît un point lisse et blanchâtre, au pourtour duquel s’opère une abondante exfolialion d’épiderme. Enfin, il reste une cicatrice arron-
ECTHYMA. — DIAGNOSTIC, PRONOSTIC. 519
die, déprimée, d’un blanc mat, quelquefois parcourue par de légères arborisations vasculaires. Quoiqu’il appartienne à une période déjà avancée de la syphilis, l’ecthyma ulcéreux peut suivre de très-près le moment de la contagion et constitue alors une syphilide maligne précoce (1). Cette forme de l’ecthyma se distingue de celui de nature scrofuleuse ( scrofulide puslulo-crustacée ulcéreuse) par l'aspect et la couleur de ses croûtes, l’auréole cuivrée qui les entoure, les caractères de ses ulcérations, les cicatrices blanches qui leur succèdent, etc. (2).
Quant à l’ecthyma que l’on observe chez les arthritiques et les dartreux, ses • symptômes objectifs sont encore insuffisants pour conduire à la connaissance de sa i nature spéciale.]
§ IV. — Marche, durée, terminaison.
En général, la marche del’ecthyma aigu est subordonnée au développement des pustules; elle est plus rapide quand l’éruption s’accompagne de phénomènes int flammatoires. A l’état chronique, la marche est essentiellement lente, et sa durée i peut varier de plusieurs mois à plusieurs années. Vecthyma aigu a ordinairement une durée de plusieurs semaines, entretenu qu’il est par l’apparition successive de i nouvelles pustules. C’est ce qui a lieu quand il a été produit par une cause permai nente, et quand il accompage une autre affection cutanée.
La guérison est la terminaison habituelle de l'ecthyma.
§ V. — Lésions anatomiques.
Rayer, en étudiant la structure des pustules de l’ecthyma à leurs diverses péiriodes, a reconnu que dans un premier état ( élevures rouges ), il v a seulement injection sanguine, avec tuméfaction piriforme du derme; dans un second degré, il se dépose au sommet de ces élevures, et plus rarement sur toute leur surface et < sous l'épiderme , une certaine quantité de sérosité purulente. Bientôt après, une matière comme pseudo-membraneuse est déposée au centre de l’élevure évidemment perforée, et, lorsque après avoir enlevé l’épiderme, on extrait cette matière, la pustule apparaît sous la forme d’un petit godet entouré (l’un bourrelet dur eL \ volumineux. Enfin, les jours suivants, le bourrelet s’affaisse, en même temps qu’une cicatricule se forme au-dessous d’une croule dont le centre est enchâssé : dans le point où l’on avait observé la perforation (3).
§ VI. — Diagnostic, pronostic.
Diagnostic. — Le rupia, que nous décrirons plus loin (ô), est la maladie avec laquelle il serait possible de confondre l’ecthyma, et c’est sans doute ce qui a engagé [ Plumbe à proposer de réunir en une seule ces deux affections. Tout en reconnaissant qu’on les rencontre assez souvent dans des conditions analogues, et qu’au début, dans certains cas, rares néanmoins, la lésion élémentaire paraît être la même, on doit convenir que l’ecthyma diffère toujours du rupia par son état pustuleux, dès le commencement du soulèvement épidermique.
(1) Bazin, Ixçons sur les affect, gin. de la peau, t. II, p. 287. Voyez aussi Dubuc, Des isyphilides malignes précoces , thèse inaugurale; Paris, 1864.
(2) Bazin, Leçons sur la scrofule , 2e édit., p. 220.
(3) Rayer, Traité théorique et pratique des maladies de lu. peau.
(4) Voyez page 537.
AFFECTIONS ET MALADIES DE IA PEAU
On ne confondra pas non plus les larges pustules phlyzaciées de l’ecthyma avec les petites pustules de Y impétigo et les pustules ombiliquées de la variole.
Pronostic. — L’ecthyma ne saurait jamais être regardé comme une affection grave par elle-même. A l’état aigu, c’est une maladie légère ; à l’état chronique, il indique un état de faiblesse, de détérioration de l’économie, mais par lui-mêine il n’ajoute rien à la gravité du mal.
§ VII. — Traitement.
Dans Vecthyma aigu, quand l’éruption ne consiste qu’en un nombre peu considérable de pustules, les auteurs conseillent de s’en tenir à l’usage des délayants , des bains frais , des bains d eau de son, et de prescrire un régime doux et le repos.
Si, au contraire, chez un sujet robuste, Y éruption s' accompagne de fièvre, si les surfaces où elle se développe sont douloureuses ou fortement enflammées, on pratique avec avantage quelques émissions sanguines, et les bains frais seront plus fréquemment répétés. Vers la fin de l’affection, on joint à ces moyens quelques purgatifs légers.
Quant à Vecthyma chronique, le médecin doit suivre une conduite toute différente, et l’état général sous l’influence duquel l’affection pustuleuse s’est développée doit fixer particulièrement son attention. Crest ainsi que chez les individus dont la constitution est affaiblie, on prescrit un régime tonique et fortifiant ; l’usage des amers , des ferrugineux ; quelques bains gélatineux ou alcalins. Le malade doit être en outre soumis il toutes les conditions d’une hygiène bien entendue.
Chez les enfants à la mamelle, il faut surveiller la qualité du lait qu’on leur donne ; quelquefois un changement de nourrice a suffi pour obtenir dans l’état du petit malade les plus heureuses modifications.
En général, dit Cazenave, l’éruption par elle-même ne réclame l’emploi à' aucun topique ; il y a cependant quelques cas dans lesquels les excoriations de mauvaise nature, qui appartiennent à certaines formes de l’ccthyma, réclament l’application de certaines pommades astringentes, ou même quelques cautérisations légères avec le nitrate d’argent ou un acide étendu.
Les ulcérât ions qui succèdent à la chute des croûtes, et qui, chez certains vieillards, sont si longues à cicatriser, seront favorablement excilées, selon Rayer, par des lavages avec des décoctions aromatiques, ou une solution de chlorure de chaux , ou encore en les saupoudrant de crème de tartre.
Ce traitement bien simple ne demande pas d’autres détails.
[Ajoutons seulement que, dans les cas où l’ecthynia paraîtra se rattacher à la scrofule, à la syphilis, à l’arthritis ou à la dartre, on devra joindre au traitement local un traitement général enrapport avec la nature de la maladie. ] .
ARTICLE V