‹ Guide du médecin praticien (volume 2)Chapitre 178 sur 494 · PEMPHIGUS. — LÉSIONS ANATOMIQUES · texte numérisé non relu

PEMPHIGUS. — LÉSIONS ANATOMIQUES

ordinairement des deux cotés a la fois. L’éruption s’étend sur les faces dorsales des extrémités; on la voit quelquefois remonter plus haut. Les bulbes sont volumineuses et rapprochées, quelquefois presque conlluentes entre elles, opalines, blanchâtres ou jaunâtres. Au point de vue anatomique, elles sont caractérisées par la grande quantité de cellules 'épidermiques que renferme leur contenu et par la présence d’une couche pulpeuse, blanchâtre, épaisse, recouvrant les papilles congestionnées du derme, et formée par les cellules dissociées du corps muqueux. Quant au diagnostic différentiel entre le pemphigus simple ( P . bénin de Bazin) et le pemphigus syphilitique ( P . malin de Bazin), il repose sur les signes relatifs au siège

J spécial de ce dernier, à la contl uence de scs bulles, à la teinte rouge violacée de l’auréole, et à la nature du contenu ; et ces signes sont encore confirmés par les antécédents, par la coexistence d’autres lésions spécifiques et l’influence favorable du traitement mercuriel. Il résulte de faits rappelés par Ollivier et Ramier, qu’on ne doit pas vacciner les enfants atteints de pemphigus, tant que l’éruption ne sera pas guérie ; dans la pratique, on ne devra pas non plus prendre du vaccin sur un enfant atteint de pemphigus syphilitique ou ayant présenté cette affection.]

§ IV. — Marche, durée, terminaison.

En décrivant les formes aiguë et chronique que peut affecter le pemphigus, nous avons indiqué sa marche de manière qu’il soit inutile d’y revenir ici. La durée du pemphigus aigu est ordinairement d’un à trois septénaires; celle du pemphigus chronique est généralement longue : elle peut varier de plusieurs mois à plusieurs années; il n’est pas rare de ne la voir finir qu’avec la vie des malades. Souvent le pemphigus se développe en été, pour se terminer à la fin de l’automne.

Le pemphigus aigu se termine par la guérison, mais on doit craindre les récidives. Dans le pemphigus chronique, cette terminaison constitue une véritable exception, la maladie ayant tôt ou tard une issue fatale. La mort est souvent causée par une affection des organes contenus dans les cavités thoracique et abdominale.

[Le pronostic du pemphigus des nouveau-nés est tout différent, selon la forme qu’on a sous les yeux ; toujours favorable pour le pemphigus simple, il est trèsgrave pour le pemphigus spécifique, sans être toutefois constamment fatal, puisqu’il existe dans la science plusieurs cas de guérison.]

§ V. — Lésions anatomiques.

La pâleur des membranes muqueuses, des épanchements séreux dans les grande, cavités, un état gras du foie, rencontré dans tous les cas par A. Cazcnave (1 ), qui l’a trouvé d’autant plus marqué que la maladie était plus avancée ; et, de plus, dans les bulles restées entières, un liquide albumineux, limpide, quelquefois jaunâtre, ordinairement visqueux, tantôt inodore, tantôt fétide ; telles sont les lésions les plus constantes qu ont permis de constater les autopsies de sujets morts à a suite du pemphigus.

[Nous ne pouvons ici rappeler que très -brièvement l’existence des lésions viscé- '1) Cazenave, Annales de<t maladies de la peau, t. I. p. 28.

AFFECTIONS HT MALADIES DE LA PEAU

raies, que Gubler (1), J. Cruveilhier et que quelques autres auteurs ont rencontrées chez les nouveau-nés qui mouraient avec un pemphigus syphilitique; mais il est tout un autre ordre de lésions sur la nature desquelles les auteurs ne sont pas d’accord. L’espace et la nature de cet ouvrage nous interdisant des discussions qui seraient trop longues, nous rappellerons seulement que Gilibert (2), et depuis, plusieurs observateurs. Rayer, Ghalvet (3), ont eu l’occasion de constater du côté des voies urinaires et notamment de la sécrétion rénale, divers troubles ; Ghalvet a trouvé en particulier une augmentation très-considérable dans la quantité des phosphates éliminés par les urines. Gazin a observé aussi des épanchements séreux jusque sous la plèvre, le péricarde, le péritoine, et Fleury (G) en a observé jusque dans l’arachnoïde.

Indépendamment des détails qui précèdent et qui ont surtout trait aux complications, les bulles en elles-mêmes, la surface cutanée mise à nu lorsqu’elles disparaissent, ont été étudiées avec beaucoup de soin ; nous avons fait connaître précédemment le résultat des recherches de Ranvier et Ollivier sur cette question, et en particulier sur le pemphigus des nouveau-nés ; nous ajouterons seulement que Lailler a pu trouver dans le liquide de quelques bulles, des cristaux de phosphate ammoniaco-magnésien. L’étude du pemphigus des muqueuses, dont l’existence est niée par presque tous les dermatologistes modernes, et notamment dans un travail récent de Baggio (5), avait déjà été entrevue par Frank, Robert, Sackse, Braune, puis tentée par Gilibert, Alibert et plus tard par Fleury. Elle a été reprise par Roberlet et II illairet (6) , qui ont trouvé sur la face interne de l’estomac et des premières portions de l’intestin grêle, de petites ulcérations multiples, isolées, les unes très-superficielles, les autres occupant toute l’épaisseur de la muqueuse. Guiraud (7) a publié un fait pareil recueilli dans le service de Hardy, et qui, comme le précédent, appartient à un malade qui avait succombé à un pemphigus foliacé. Ranvier et Guiraud ont, dans ce cas, trouvé sur l’une de leurs préparations, des cristaux de phosphate ammoniaco-magnésien, ce qui, selon leur remarque, tendrait à prouver qu’il y a une véritable élimination de phosphate par toutes les voies.]

§ VI.— Diagnostic.

Diagnostic. — En général, le diagnostic du pemphigus est facile : la présence de bulles le plus souvent bien isolées, figurant de larges ampoules; la forme bombée et la minceur lamelleuse des croûtes qui leur succèdent; les excoriations superficielles que le déchirement des phlyctènes met à nu, sont des caractères à 1 aide desquels on évitera la confusion. Le rupia , dont la forme est essentiellement chronique, et Yecthyma se distinguent de cette affection par les caractères suivants : dans le rupia, les bulles sont rares, et elles sont suivies de véritables ulcérations, de croûtes dures et épaisses ; dans Yecthyma, dont la lésion élémentaire est une

(1) Ad. Gubler, Gazette médicale de Paris, 1852.

(2) Gilibert, Monographie du pemphigus. Paris, 1813.

(3) Chalvet, Communicat. à la Société anatom., décembre 1864.

(4) Fleury, Bulletins de la Société anatomique , t. XXIII, p. 40.

(5) Baggio. thèse inaugurale. Paris, 1864.

(6) Robertet, Bulletins de la Société anatomique, 1863.

(7) L. Guiraud, Du pemphigus chronique, thèse inaugurale Paris, 1865.

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