PEMPHIGUS. — TRAITEMENT
pustule, celle-ci est ordinairement beaucoup plus petite que les bulles du pemphigus. Ce n’est donc que dans quelques as rares qu’on pourrait éprouver de 1 hésitation ; niais alors même on arrive au diagnostic en se rappelant que la pustule de l’ecthyma est de prime abord purulente, et que les croûtes auxquelles elle donne lieu sont épaisses et noirâtres.
Le pemphigus^ lorsqu’il est confluent, pourrait, par ses croûtes, faire croire a l’existence de Y impétigo : on évitera l’erreur en songeant que les croûtes du pempliigus sont minces, lamelleuses, foliacées, et que l’impétigo a des croûtes épaisses, anfractueuses, rugueuses.
§ VII. — Traitement.
De l’avis de tous les auteurs, le traitement du pemphigus aigu ne consiste que dans l’emploi de moyens très-simples : une diète légère , l’usage de quelques boissons délayantes , le repos, suffisent dans presque tous les cas. Il est rare qu’on ait besoin de recourir aux antiphlogistiques ordinaires, ou b quelques dérivatifs, pour modérer l’intensité de l’inflammation de la peau. En général, il faut veiller à ce que
! l’épiderme reste appliqué h la surface de la plupart des bulles ; il faut les préserver du frottement après leur rupture, et lorsqu’elles sont excoriées, les panser, selon le conseil de Rayer, avec un linge fenêtré enduit de cérat.
Le pemphigus chronique peut être aussi modifié par les mêmes moyens, mais il réclame une médication plus active. On prescrit ordinairement les bains simples ou amidonnés. Si les douleurs sont vives, on applique sur les parties malades des compresses imbibées d’un liquide anodin ou opiacé.
A. Cazenave conseille d’être très-réservé dans l’emploi des topiques ; il rejette en général les pommades ; quant aux bains, il leur trouve l’inconvénient de macérer la peau et de faciliter le développement des bulles.
Le seul cas où le pemphigus puisse être, selon cet auteur, heureusement modifié par une application tonique, c’est lorsque, occupant une surface limitée, il se reproduit sans cesse : alors A. Cazenave conseille l’emploi de cataplasmes saupoudrés de quinquina et de charbon.
Le topique, qui nous a le mieux réussi dans le double but de parer aux inconvénients d’un suintement trop abondant, et de calmer les douleurs qui tourmentaient le malade, c’est Yamidon sec, avec lequel on saupoudre tous les points affectés, quelle que soit d’ailleurs l’étendue de l’éruption. Nous avons vu des malades couverts d’un pemphigus qui les enveloppait tout entiers, trouver dans l’emploi de ce topique une fraîcheur bienfaisante qui faisait taire toutes leurs souffrances, et amenait quelquefois aussi une modification très-heureuse de la maladie elle-même (Cazenave).
Parmi les moyens généraux, les toniques sont particulièrement recommandés ; on cherche à relever la constitution du malade, et dans ce but, les ferrugineux, la limonade vineuse, le café de glands expérimenté avec succès par A. Cazenave, les amers , sont administrés avec persévérance, non-seulement chez les vieillards et les individus affaiblis, mais aussi chez les sujets jeunes et robustes, dont le mal persiste avec opiniâtreté. L’état des voies digestives donnera la mesure de l’énergie qu’il faut apporter dans ce traitement. " -
AKEECTIONS ET MALADIES DE LA PKAl .
« Les limonades sulfurique el nitrique , continuées avec persévérance, ont aussi opéré plusieurs guérisons remarquables (Rayer). »
Dans le traitement du pemphigus labialis, on s’attachera d’abord à voir s’il existe quelques rapporLs entre la maladie locale et une altération des voies digestives ou de tout autre organe de l’économie ; on interrogera surtout les antécédents du malade, sa constitution, son tempérament. On devra faire reposer la médication générale sur ces diverses conditions une fois connues et appréciées; employer d’abord les émollients humides, ou les poudres absorbantes, ou les eaux acidulés, pour empêcher la formation de ces croûtes épaisses, dures, qui, sous l’influence de la compression déterminée par les aliments et les mouvements, irritent sans cesse les lèvres et favorisent la formation des bulles ; modifier la forme morbide et l'habitude de la production morbide par des caustiques très-doux, répétés à plusieurs jours et en tâtonnant un peu en raison du sujet, mais tellement composés qu’ils ne portent jamais une excitation trop vive. La solution de nitrate acide de mercure du Codex étant beaucoup trop acide est beaucoup trop forte pour la généralité des maladies cutanées, qui, par leur chronicité, exigent l’usage de ces sortes de moyens; on doit lui préférer la solution suivante :
Of Prolonitrate de mercure cristallisé 4 gram. I Eau 8 grani.
Acide nitrique 2grani.|
Ramenez le protonitrate de mercure à l’état pulvérulent; faites-le dissoudre dans l’eau distillée que vous portez peu à peu jusqu’à l’ébullition ; retirez du feu et ajoutez goutte à gouite l’acide nitrique. Il se forme un peu de deutonitrate, mais dans une proportion faible, quand l’opération est bien conduite.
Il en est de même de Y iode caustique. La formule de Lugol, s’adressant plus particulièrement au lupus et à toutes les affections scrofuleuses, on doit la modifier de la façon suivante :
If Iode 5 décigr.
lodure de potassium. ... A gram.
Dissolvez et ajoutez :
Eau saturée de sel commun, .
Alcool à 36<> 8 gram.
8 grain.
Au surplus, on modifie ces doses en raison des cas pour lesquels on en fait usage (Devergie).
[ En face de la gravité du pemphigus syphilitique des nouveau -nés, le médecin a à choisir entre deux systèmes de médication : le traitement direct et le traitement indirect. La glande mammaire éliminant, comme on le sait, l’iode contenu dans le sang, on donnera de l’iodure de potassium à la nourrice; tandis qu au contraire, les expérimentations de Reveil, de Personne et de Lutz ayant appris qu’on n’a guère à compter sur le traitement indirect par le mercure, on fera subir à l’enfant un traitement actif par la liqueur de Van Swieten ou le protoiodure de mercure à l’intérieur, et par des bains de sublimé (1).
(1) Aug. Ollivier et Ranvier, Mémoire1! (Je l'Académie impériale de médecine, lor. rit., page 601 .
Kl PI A. — SYMPTÔMHS.
Trousseau prescrit la liqueur de Van Swieten à la dose de 1 gramme par jour ; il fait prendre des bains avec 5 grammes de sublimé et donne b la nourrice de 1 à .'3 grammes d’iodure de potassium. ]
ARTICLE IL
RUPIA.
§ I. — Définition, synonymie, fréquenc e.
Le rupia est une affection cutanée caractérisée d’abord par des bulles plus ou moins volumineuses, isolées, aplaties, renfermant un liquide primitivement séreux, puis purulent, quelquefois noirâtre ; plus tard par des croûtes souvent trèsépaisses ; enfin par des ulcérations.
Rayer regarde le rupia comme peut-être plus fréquent que le pemphigus.
§ II. — Causes.
[ Nous diviserons les causes du rupia en externes et en internes.
1° Causes externes. — Bazin est le seul auteur qui reconnaisse au rupia une cause de cet ordre; elle consisterait dans l’application, sur la peau, d’un papier josepli imbibé d’huile de noix d’acajou. La lésion qui se produit alort, quoique rappelant assez bien le rupia, n’en réaliserait que très-imparfaitement les principaux phénomènes (1).
2° Causes internes. — Indépendamment de causes générales qui peuvent favoriser l’éruption du rupia ( misère , nourriture insuffisante , habitation des lieux humides et malsains, grand âge, constitution affaiblie par des maladies de tout gent'e ) et dont la lésion cutanée ne serait que l’expression pure et simple [II. cachectique de Gibert) ; on a vu le rupia se montrer quelquefois aussi à la suite de maladies éruptives graves, ou compliquer le pourpre hémorrhagique (2). Marcel l’a vu également se développer chez un sujet affaibli par des pollutions nocturnes (3).
Mais, parmi les causes internes, la scrofule (Bazin), Y herpétisme (E. Gintrac) et la syphilis (Huguier, Bazin, Cullerier, etc.) (A), doivent surtout occuper une place importante.]
§ III. — Symptômes.
1° Rupia simplex. — On voit apparaître, presque exclusivement, aux membres inférieurs, plus rarement au tronc et aux membres supérieurs, sans inflammation préalable, un certain nombre de bulles petites, aplaties, d’un centimètre de diamètre environ. Elles sont distendues par un liquide d’abord séreux et transparent, qui s épaissit bientôt et se change en un véritable pus. Puis les bulles s’affaissent, se plissent; le liquide qu’elles renferment se concrète et se trans-
(1) Bazin, leçons sur les affections cutanées artificielles.
(2) Valleix, observations personnelles.
(3) Marcel, Communication à la Société médicale d’observation.
(é) Cullerier, Précis iconographique ries maladies vénériennes. Paris, 18G1-18G5.
AFFECTIONS ET MALADIES DE LA PEAU
forme en une croûte brunâtre, rugueuse, toujours plus épaisse au centre qu’à la circonférence, et se continuant avec l’épiderme soulevé. A la chute delà croûte, on trouve des ulcérations superficielles qui tantôt se cicatrisent assez vite, tantôt se recouvrent de croûtes nouvelles. Tel est le rupia simplex, à la suite duquel il reste des empreintes d'un rouge livide, qui persistent encore quelque temps.
2° Rupia promincns. — Dans certains cas, les caractères du rupia sont plus tranchés; les huiles sont plus grosses, les croûtes plus épaisses, les ulcérations plus profondes : c’est le rupia prominens. Dans cette espèce, l’éruption bulleuse débute par une inflammation circonscrite de la peau ; puis, dans ce point enflammé, l’épiderme est soulevé plus ou moins promptement par une collection de sérosité citrinc, quelquefois par un liquide noirâtre assez épais, qui se concrète rapidement en une croûte d’un brun noirâtre. Celle-ci est entourée à sa base d’une aréole érythémateuse qui parfois devient le siège d’un soulèvement épidermique, et constitue une nouvelle bulle à laquelle succède une croûte qui s’ajoute à la première. Ce symptôme secondaire de l’éruption tend à l’augmenter et à l’étendre. Au bout d’un certain temps, de nouvelles croûtes s’ajoutant sans cesse à celle qui s’était formée la première, leur ensemble ressemble assez exactement à une écaille d’huître. D’autres fois, au contraire, l’accroissement de la croûte se fait en hauteur, et celle-ci peuL dépasser la surface de la peau de plusieurs centimètres. Alors elle est conique et ressemble à ces coquillages univalves appelés legas ou patelle.
Les croûtes qui succèdent à la bulle du rupia prominens sont ordinairement fort adhérentes et persistent assez longtemps. Lors de leur chute spontanée ou provoquée par des applications émollientes, on découvre des ulcérations d’étendue et de profondeur variables. Celles-ci se recouvrent bientôt d’une nouvelle croûte, ou bien elles laissent à nu un ulcéré blafard, profond, arrondi, de 2 à 3 centimètres d’étendue, à bords tuméfiés, et d’un rouge livide. Les ulcérations, lentes à se cicatriser, surtout chez les vieillards, laissent après elles des cicatrices peu solides et des empreintes purpurines qui ne disparaissent qu’après un temps souvent fort long.
3“ Rupia cscharof ica. — Cette forme, souvent confondue avec Vecthyma cachecticum, et décrite par quelques auteurs, sous le nom de pemphigus gangrenosus, est propre aux enfants cachectiques, débilités, et ne les attaque que depuis leur naissance jusqu’à la première dentition. Elle siège surtout au cou, a la poitrine, à l’abdomen, au scrotum. Ses bulles sont toujours isolées et bien distinctes.
Dans ces cas, on voit apparaître à la peau des taches livides, légèrement proéminentes, sur lesquelles se développent bientôt des bulles distendues par un liquide séreux ou sanguinolent. Celles-ci, augmentant rapidement de volume, forment de larges ampoules, aplaties, irrégulières, entourées d’une aréole violacée, et contenant un liquide noirâtre. Ces bulles ne tardent pas à se flétrir, à se rompre, et à laisser à découvert des surfaces ulcérées ayant un aspect gangreneux. Ces ulcérations, larges, profondes, donnent lieu à une suppuration fetide et de mauvaise nature.
Bientôt après, se montre une nouvelle éruption , et ces accidents peuvent se reproduire à plusieurs reprises. Ces éruptions successives déterminent de très-
RUPJA. — DIAGNOSTIC.
vives douleurs , surtout chez les très-jeunes enfants. Elles causent l’insomnie, la fièvre, et, sous leur influence, la mort peut survenir rapidejnent. Dans les cas où l’issue est favorable, la cicatrisation est toujours lente à s’effectuer.
[Nous ajouterons à cette description, à titre de remarque, l’opinion de Bazin qui, dans le rupia escharotica , ne voit qu’une sorte de pemphigus des nouveau-nés.
Le rupia scrofuleux {scrofulide maligne crustacée ulcéreuse à forme de rupia, de Bazin), s’observe surtout sur la partie antérieure du thorax et sur les membres supérieurs, occupant un grand nombre de points à la fois. Les croûtes sont entourées d’une aréole rouge bleuâtre; elles sont elles-mêmes épaisses, coniques, proéminentes, d’un brun jaunâtre, et reposent sur des ulcérations livides, anfractueuses, couvertes de granulations et de fongosités. Les cicatrices qui succèdent à ces ulcères et à ces croûtes sont saillantes, réticulées, d’un blanc rosé, souvent comme kéloïdiennes. Le rupia scrofuleux a été précédé ou s’accompagne presque toujours d’autres accidents de même nature (Bazin).
Le rupin syphilitique ( sgphilide crustacée ulcéreuse à forme de rupia , de Bazin) se développe principalement sur les membres inférieurs, sur les régions dorsale et lombaire, etc. Ses éléments sont en général peu nombreux (quelquefois une ou deux bulles seulement). Le liquide contenu est opaque, très-épais, prompt à se dessécher pour donner lieu à des croûtes noirâtres ou d’un vert sombre ; ces croûtes sont entourées d’une aréole d’un rouge cuivré obscur, et recouvrent des ulcérations grisâtres, inégales, à bords relevés et taillés à pic. Enfin, lorsque l’alfection est à son dernier terme, on trouve une cicatrice lisse, arrondie, d’un blanc mat, comme déprimée dans le tissu de la peau (Bazin).]
§ IV. — Marche, durée, terminaison.
Le rupia a une marche essentiellement chronique; sa durée, qui peut n’être que de deux à trois septénaires, persiste souvent plusieurs mois. Il a souvent, chez les vieillards, une ténacité remarquable. La guérison, parfois longue à obtenir, est la terminaison la plus commune. Chez quelques vieillards, on ne peut parvenir à faire cicatriser les ulcères qui résultent de la chute des croûtes.
[ Quant au rupia scrofuleux, c’est toujours une affection fort longue, et de son côté, le rupia syphilitique est aussi très-grave. Il peut se compliquer de phagédénisme, et produire en fort peu de temps des destructions très-étendues (1).]
§ V. — Diagnostic.
Le pemphigus et Vecthgma sont les deux seules maladies de la peau avec lesquelles on pourrait confondre celle qui nous occupe.
Le pemphigus se distingue du rupia par ses bulles proéminentes, larges et distendues par un liquide toujours plus transparent et plus séreux, ainsi que par ses croûtes minces, lamelleuses, si différentes des croûtes caractéristiques du rupia.
Vecthgma, qui se développe généralement dans les mêmes conditions que le rupia, en diffère au début par son état pustuleux; plus tard, ses croûtes, quoique
(1) Bazin, tenons sur tes affect, génériques, t. II, p. 307. Paris, 1865.
3^0 AFFECTIONS ET MALADIES DE LA PEAU
saillantes, sont irrégulières et plus adhérentes, et les ulcérations qui leur succèdent sont moins larges cl moins profondes.
§ VI. — Traitement.
Si l’on se rappelle les conditions qui favorisent le développement du rupia, on comprendra que les moyens qui tendent à restaurer la constitution appauvrie doivent être une partie essentielle du traitement. Le lait d'une bonne nourrice poulies très-jeunes enfants, un régime alimentaire substantiel et fortifiant, l’emploi de vins généreux , des amers, de quelques toniques , un air pur, des soins de propreté, etc. , constitueront le traitement général.
Le traitement local consiste dans les moyens suivants, que nous allons rapidement énumérer :
« On ouvrira les bulles de rupia simplex , dit Rayer, si elles contiennent de la sérosité ; on les couvrira d'un linge fenêtré , sur lequel on appliquera une petite quantité de charpie, et l’on maintiendra le tout au moyen d’un bandage compressif. »
Après la chute des croûtes, on pourra hâter la cicatrisation des ulcérations à l’aide de lotions avec le vin aromatique ou miellé , ou une solution de crème de tartre. De tous les topiques, suivant Rayer, celui qui réussit le plus constamment est la crème de tartre , dont on saupoudre la surface ulcérée. Quand les ulcères sont douloureux, les lotions avec l 'eau de guimauve seront faites avec avantage.
Dans les cas où les ulcères sont rebelles, comme cela arrive après la chute des croûtes de rupia prominens , A. Cazenave recommande la cautérisation ; il veut qu’on touche profondément les points ulcérés avec le nitrate d'argent, ou qu’on les lave à plusieurs reprises avec l’acide chlorhydrique étendu d’eau. Si ces moyens ne suffisent pas, il conseille la cautérisation avec le nitrate acide de mercure. Il a souvent obtenu une cicatrisation prompte avec la pommade au protoiodure de mercure, ou même au deuto-iodure , qui agit comme un véritable caustique.
[Ce traitement est aussi celui que recommande Bazin, qui lui préfère toutefois le sirop de biiodure ioduré ; les succès obtenus sont d’ailleurs favorables à l’opinion qui soutient l’existence d’un rupia syphilitique.
Dans le traitement du rupia scrofuleux, les toniques devront tenir la première place; c’est dans cette forme aussi qu’il importe le plus peut-être, selon la recommandation générale de Devergie, de conserver les croûtes sur l’ulcère, quels que soient d’ailleurs leur forme et leur volume. ]
On recommande le repos et la position horizontale, quand le rupia est fixé aux membres inférieurs. Quelques bains simples ou alcalins sont joints comme adjuvants aux moyens précédents. Les topiques émollients sont les seuls dont A. Cazenave recommande l’emploi dans le rupia escharotica.