LICHEN
En rangeant définitivement le lichen dans la classe des affections papuleuses, AVillan a fait cesser la confusion qui régnait dans les écrits des anciens auteurs relativement à ce mot, et aussi dans ceux de quelques auteurs modernes, tels que Sauvage, Lorry, Alibert. Biett a conservé à cette dénomination le sens que lui a donné le pathologiste anglais; ceux qui sont venus après lui ont adopté la même manière de voir.
Le lichen est caractérisée par l’éruption simultanée ou successive de papules le plus ordinairement petites, agglomérées, conservant quelquefois la couleur de la peau, mais présentant, dans le plus grand nombre des cas, une coloration plus ou moins rouge [papules accompagnées, à une époque plus avancée de leur existence, de l’hypertrophie des papilles avec exagération des plis de la peau, et d’un prurit qui quelquefois les précède et dans des circonstances spéciales fait complètement défaut]. On s’accorde généralement à regarderie lichen comme une maladie fréquente.
§ II. — Causes.
1° Causes prédisposantes. — On observe le lichen à tout âge a variété indiquée par Bateman, sous le nom de lichen urticatus , serait, selon cet auteur, particulière à l' enfance. Les femmes en paraissent moins souvent atteintes que les hommes. Nous ne savons rien de positif sur l'influence des tempéraments et des saisons; cependant quelques auteurs admettent que le printemps et l’été sont plus favorables à son développement. On a également placé parmi les causes de cette affection les écarts de régime.
2° Causes déterminantes. — [Le lichen, envisagé suivant la plus large acception (pie puisse comporter sa définition, peut reconnaître pour causes internes , selon Bazin, V arthritis, la dartre , la scrofule , la syphilis. Nous indiquons, dès à présent, les lichens lenticulaire et miliaire, comme se rattachant à la dernière de ces quatre maladies constitutionnelles, et nous renvoyons pour leur description à celle
AFFECTIONS ET MALADIES DE LA PEAU
dos syphilides papuleuses (1). Les différentes variétés de lichen décrites sous les noms de Z. circonscrit , L. Lioidus et Z. piloris , constituent pour le même auteur les formes du lichen arthritique. Nous verrons plus loin quelles variétés il rattache à la scrofule, et quelles autres à la dartre; ajoutons que, pour Hardy, le lichen appartient exclusivement à la classe des dartres, au même litre que Y eczéma et Y impétigo réunis, le psoriasis et le pityriasis.
Le lichen de cause externe peut dépendre de la présence de certains parasites; chez les individus atteints de teigne tonsurante , on l’observe, non au cuir chevelu, mais presque toujours sur le tronc ou les membres (très-souvent au dos de la main et du poignet), où les papules forment des plaques circonscrites, que l’on peut rencontrer aussi sur la face ou à la partie supérieure du cou, au milieu même des cercles herpétiques (Bazin).
Le lichen constitue l’une des éruptions symptomatiques de la gale ordinaire, et Gibert a décrit en outre un lichen acarique occasionné par de petits acarus qui vivent habituellement sur les végétaux et s’implantent accidentellement sur la peau de l’homme, vers la lin de l’été (2).
Indépendamment du lichen d’origine parasitaire , il existe encore un autre lichen de cause externe (Z. artificiel de Bazin), qui peut être dû à l’action de certains contacts irritants ou à l’ingestion de quelques médicaments. L’insolation, certaines professions qui exposent soit à un foyer ardent (chez les forgerons, les cuisiniers, etc.), soit au contact habituel de matières irritantes, pulvérulentes, (chez les maçons, les épiciers, les cordonniers, etc.), paraissent déterminer le développement du lichen sur les parties irritées. Selon Bazin, on peut, « à l’aide de frictions faites avec la pommade à l’ipécacuanha, déterminer l’apparition de rougeurs diffuses sur lesquelles ne tardent pas à naître, si l’on continue les onctions, des saillies papuleuses assez volumineuses, distinctes les unes des autres, rouges, peu nombreuses, et accompagnées d’une cuisson intense. »
L’administration de l’iode et des iodures peut déterminer chez les personnes prédisposées une éruption papuleuse tout à fait semblable à une éruption d’urticaire, sauf une rougeur considérable (Fischer, de Vienne).
La variété de lichen , dite vésiculaire , qu’on trouve décrite encore sous le nom de gale bédouine (3), se montre particulièrement dans les pays chauds; elle règne quelquefois, mais accidentellement, dans les climats tempérés, ainsi qu’on eut l’occasion de l’observer pendant la dernière guerre d’Italie. C’est au mois de juin qu’elle commence à paraître, en occupant les parties où, en temps ordinaire, la sueur fdtre le plus facilement et le plus abondamment par les pores de la peau. Elle atteint surtout les personnes qui, par suite de leur constitution, de leur tempérament, ou de leurs occupations, suent ordinairement le plus; elle atteint aussi celles dont le corps est habituellement couvert de flanelle. En un mot, le lichen vésiculaire apparaît sous l’influence de toutes les causes qui, dans les pays chauds et dans les conditions précédemment rappelées, augmentent la chaleur normale et
(j) Voyez tome I, art. Syphilis, p. Mii.
(2) Gibert, Traité des maladies de la peau et de la syphilis, t. I, p. 385.
(3) a C’est la gale de Tennesse (Michaux), ce sont les bourbouilles des marins, les boutons chauds ou de chaleur des colons des Antilles, les boutons du Ml des voyageurs en Égypte, etc. » (Amédée Paris.)