PRI UK;0. — DIAGNOSTIC, PRONOSTIC
distinction n’est pas fondée, puisqu’on rencontre des cas semblables, à d’autres âges de la vie. D’ailleurs, le prurigo, dans ces cas, ne diffère de l’éruption ordinaire que par la présence des insectes et par la forme des papules qui sont plus larges en général, en même temps que plus aplaties et moins nombreuses. Selon Alphée Cazenave (1), c’est à cette forme qu’il faut rapporter ces descriptions exagérées du prurit qui accompagne le prurigo.
[Le prurigo pubis constitue une variété importante du prurigo pédiculaire. Le pediculus pubis , qui en favorise le développement, est plus petit que le pou du corps (2), et occupe habituellement la base des poils qui recouvrent les parties génitales; on le trouve aussi, quoique plus rarement, sous les aisselles, dans la barbe, les sourcils, mais jamais sur le cuir chevelu. La région affectée est parsemée de granulations rouges et de papules surmontées de petites croûtes sanguines ; le malade y éprouve des démangeaisons fort incommodes.]
§ V. — Marche, durée, terminaison.
De temps en temps le prurigo est augmenté par des exacerbations d’intensité variable ; dans ces exacerbations, il survient une nouvelle éruption de papules et un redoublement de démangeaisons. Alors, les malades ne se contentent plus de leurs ongles pour se gratter, ils ont souvent recours à des corps durs et se déchirent la peau. Au bout d’un certain temps, par l’effet de ces exacerbations, le tissu cutané est altéré profondément ; il présente une dureté et un épaississement considérables. Il s’y développe quelquefois des éruptions pustuleuses, des furoncles, des abcès entremêlés de véritables cicatrices.
Dans les cas où l’affection est bénigne, elle peut disparaître au bout de deux ou trois septénaires ; il se fait alors une légère desquamation dans les points affectés. Souvent, au contraire, le prurigo a une durée fort longue, quelquefois même indéfinie.
La guérison, qui est la terminaison de la maladie dans un grand nombre de cas, est parfois impossible à obtenir ; et dans certains cas, heureusement fort rares, on a vu la santé s’altérer profondément, et le malade succomber à l’insomnie, à la fièvre et au marasme.
Le prurigo est toujours facile h reconnaître au caractère du prurit qui l’accompagne, à la forme, à la couleur, à la disposition de ses papules, au siège qu’elles occupent.
On ne le confondra pas avec le lichen , dont les papules sont plus petites, agglomérées, le plus souvent rouges et enflammées, et non recouvertes à leur sommet de cette petite croûte noirâtre sanguine qu’on observe dans le prurigo. Ajoutons que le prurit est bien moins intense dans le lichen.
Les autres affections qui s’accompagnent de prurit, seront toujours distinguées facilement du prurigo par I absence de la papule qui caractérise cette dernière maladie. En outre, la vésicule et les croûtes lamclieuses de l’eczéma ne se retrouvent
(1) Alphée Cazenave, Dictionnaire de méd. en 30 vol., t. XXVI, 1842, art. Puurig*
(2) Moquin-Tandon, Eléments de zoologie médicale, 2“ édit. Paris, 1802, p. 286. — Voy. aussi, plus loin, chap. vin, l’art. Maladif, pédiculaire.
AFFECTIONS ET MALADIÊS DE LA PEAU
pas dans le lichen, et les vésicules, les sillons de la gale, le siège habituel de cette maladie, son mode de transmission, sont des signes qui ne permettront pas la confusion.
Pronostic. — Le prurigo ne constitue pas par lui-môme une maladie grave; mais il devient une incommodité fâcheuse par sa ténacité et les accidents auxquels il donne lieu. Il a réellement une certaine gravité quand il existe depuis longtemps chez des individus dont la constitution est détériorée par l’âge, la misère, les excès.
£ VII. — Traitement.
Quand le prurigo affecte un individu jeune et bien portant, que l’éruption papuleuse est médiocre et le prurit supportable, quelques bains frais, l’usage pendant un certain temps de boissons alcalines, un régime doux, l’abstinence de tout excitant, suffisent en général pour faire disparaître la maladie. Lorsque l’affection existe à un degré plus élevé, on ajoute aux moyens précédents les émissions sanguines et l’emploi de quelques topiques dont nous ferons un peu plus loin connaître les principaux.
Le traitement interne acquiert une grande importance quand le prurigo se développe chez des individus dont la constitution est profondément débilitée. Dans ces cas, les amers, les toniques, les ferrugineux, le soufre, sont administrés à l’intérieur; et ces moyens sont secondés par un régime fortifiant, l'usage des eaux ferrugineuses, du vin chalybé, etc., etc.
Les moyens locaux se composent de bains, de lotions, de pommades. Cazenave pense qu’à moins d’une indication spéciale, on ne doit pas compter beaucoup sur les bains de son, de gélatine, (l’amidon, en un mot, sur tous les bains émollients ; il leur préfère les bains alcalins, et plus particulièrement encore les bains sulfureux. Il insiste d’ailleurs sur la température de ces bains : « Ce sont, dit-il, surtout les bains chauds, à température élevée, qui calment le plus promptement les malades. Les bains de mer, les eaux de Néris, de Plombières, etc. , seront conseillés avec avantage. 11 en est de même des bains et des douches de vapeur aqueuse de 30 à 35 degrés Réaumur (1).
Les bains de sublimé, les fumigations mercurielles, sont surtout prescrits contre le prurigo pédiculaire.
[La fumigation mercurielle peut se donner de la façon suivante:
Cinabre en pondre 120 gram. | Oliban 80 gram.
Mêlez, et jetez sur des charbons ardents ou sur une pelle chaude (2).
Langlebert a proposé de pratiquer les fumigations par les moyens suivants, imités des clous fumants ou pastilles du sérail :
gf Poudre fine de charbon de braise. 100 gr. Benjoin pulvérisé 2 gram.
Cinabre en poudre 50 gr. Mucilage clair de gomme adragnnt. q. s.
Mêlez et divisez en 25 trochisques, que l’on fait sécher lentement (3).
(1) Pour tout ce traitement hydrothérapique, consultez le Dictionnaire gênerai des eaux minérales et de V hydrologie médicale. Paris, 1860, 2 vol. in-8.
(2) A. Bouchardat, Nouveau formulaire magistral, 11e édit., p. 466.
(3' O. Reveil, Formulaire des médicaments nouveaux , 2e édit., p. 346.
PRURIGO. — TRAITEMENT.
Autre formule :
‘if Cinabre 20 gram. Set de nitre 40 grain.
Poudre de guimauve. . 20 gram. Eau q. s.
Faites une pâte ferme; que l’on divise en dix cônes que l’on fait sécher lentement (!)•]
Parmi les lotions, celles qui sont faites avec des substances alcalines tiennent le premier rang; celles qu’on fait avec Veau de savon , la décoction de jusquiame , ont été souvent d’une utilité incontestable. Dans un cas où la maladie avait résisté à une foule de moyens, et occupait depuis longtemps la partie interne des cuisses el le scrotum, Barosb (2) employa avec un plein succès la lotion suivante :
If Iode 75 centigr. I Eau distillée 150 grain.
lodure de potassium. . 40 centigr. j
Faites dissoudre ; ajoutez :
Alcool rectifié 30 gram.
Mêlez exactement par agitation.
Des compresses imprégnées de ce liquide étaient appliquées pendant plusieurs heures matin et soir, et, dans l’intervalle, on prescrivait chaque jour un grand bain émollient. Après quatre semaines, le prurigo qui durait depuis cinq ans, disparut complètement.
Quant aux pommades , celles qu’on emploie de préférence sont les pommades au borate de sonde (3 à h grammes pour 3U d’axonge), la pommade camphrée et la pommade ou goudron. Voici la formule de cette dernière :
^ Goudron 2 à 4 grain. | Axonge 30 gram.
Mêlez. Pour onctions matin et soir.
La pommade d' Helmerich est aussi fréquemment mise en usage. [Quelques fricl ions avec l’onguent napolitain triompheront en général du prurigo pubis , en faisant justice, à la fois, du parasite et des phénomènes éruptifs provoqués par sa piqûre. ]
Les variétés de prurigo, telles (pie le prurigo des parties génitales et le prurigo podicis, ne réclament pas, en général, de médication spéciale.
[ Cependant, c’est contre eux et contre Yerythema intertrigo avec lequel ils alternent souvent, que les solutions de nitrate acide d’argent au dixième, ont paru le mieux répondre à leur réputation de modificateurs résolutifs. ]
Rayer cite un cas de prurigo pudendi où l’emploi des douches gélatino-sulfureuses à 25 degrés Réaumur eut un plein succès; la malade prit vingt-cinq douches de dix à quinze minutes, et guérit complètement. Dans un autre cas, cité par le même auteur, des lotions gélatino-sulfureuses, unies à l’usage de la limonade nitrigue, des bains ti'edes et des émissions sanguines, triomphèrent d’un prurigo podicis qui avait résisté a un grand nombre de médicaments, et en particulier aux onctions de cérat soufré.
Ces variétés de prurigo, que Cazenave range dans les hyperesthésies de lu peau,
(1) O. Réveil, Formulaire des médicaments nouveaux, 2" élit., p. 34 G.
(2) Yoy. Annales des maladies delà peau. Paris, 1844, t. 1, p. 220.
AFFICHONS RT MALADIFS DF. F \ l‘F U'.
doivent, selon ce médecin, être soumises à un traitement rationnel qui consiste dans l’emploi de quelques antispasmodiques , une hygiène sévère, l 'abstinence de tout stimulant , en tête desquels il place le poisson de mer. « J’ai eu recours, dit-il, avec des résultats variés, aux pilules de Al é g lin, au datura stramonium , au sulfate de cuivre ammoniacal, etc. Dans ces derniers temps, j’ai obtenu plusieurs fois une modification véritable à l’aide du sulfate de quinine, continué pendant un ou deux septénaires, à la dose de 20 ou 50 centigrammes. Je l’administrais à double titre, et comme antipériodique, et comme hyposthénisant. Mais c’est surtout à l’aide des préparations arsenicales, de la solution de Pearson, de la liqueur de Fonder (1), que j’ai obtenu les résultats les plus complets, non pas seulement dans les hyperesthésies de la peau sans éruption, mais dans le prurigo, et surtout dans les formes chroniques du lichen, si rebelles et si graves. »