CHAPITRE VI
FORMES SQUAMEUSES.
Ces formes se reconnaissent « à des lamelles ou à des plaques d’épiderme altéré, desséché ou d’un blanc mat, qui, après leur chute, ne tardent pas à être reproduites : la peau, au-dessous d’elles, est toujours plus ou moins enflammée. Des squames sont précédées de taches rouges ou d’élevures papuleuses, dont le sommet est couvert d’une petite écaille (2). »
ARTICLE PREMIER
PSORIASIS.
Employé par les anciens pour désigner tantôt des dartres humides, tantôt des dartres sèches, le mot psoriasis a été définitivement consacré par Willan et Bien à une affection squameuse de la peau.
§ I. — Définition, synonymie, fréquence.
[Le psoriasis est une affection de la peau, caractérisée à la période d'état par la présence de squames épidermiques, sèches, lamelleuses, épaisses, offrant tantôt une couleur d’un blanc terne, tantôt une couleur argentée ou nacrée, imbriquées les unes sur les autres, constituant des plaques écailleuses de forme et d’étendue variables, très-adhérentes à la peau, et recouvrant une surface épaissie, saillante, dont la rougeur ordinairement foncée, rappelle un peu la couleur cuivrée spéciale des syphil ides. ]
Mentionné plutôt que décrit par quelques auteurs, sous le nom de psora et de scabies sicca, le psoriasis a été aussi désigné sous les noms de dartre sèche, dartre
(1) Voy. Bulletin de l'Académie de médecine. Paris, 1844, t. IX, p. 1827.
(2) Rayer, Traité théorique et pratique des ma/ad de la peau. Paris, 1835, t. II, p. HO.
PSORIASIS. — CAUSES.
squameuse. Alibert lui avait imposé la dénomination de dartre squameuse lichénoïde ou herpès furfüreux.
La fréquence du psoriasis est grande. U’après un relevé fait par Marcel, cette maladie est entrée pour un huitième dans la totalité des cas admis dans le service de Devergie.
§ II. — Causes.
1° Causes prédisposantes. — Selon Cazenave (1), qui a étudié comparativement l’étiologie du psoriasis et celle de la lèpre vulgaire (que nous décrirons plus loin comme une simple variété de forme du psoriasis), l’un et l’autre apparaissent à tous les uges , mais à beaucoup près dans des proportions différentes : ainsi est-il très-rare de voir une éruption squameuse se manifester pour la première fois après cinquante ans. Il est plus ordinaire de l’observer dans l’enfance, mais c’est de quinze à vingt-cinq ans qu’on l’observe le plus souvent. Sur cinquante malades, le psoriasis et la lèpre vulgaire ont paru vingt-trois fois de quinze à vingt ans; vingt fois de vingt à trente; cinq fois de trente à quarante, deux fois passé quarante ans. Du reste, c’est surtout le psoriasis que l’on trouve chez les vieillards. »
Le sexe ne paraît pas avoir d’influence sur le développement du psoriasis; il en est de même des saisons; suivant les auteurs, le tempérament lymphatique semble y prédisposer.
2° Causes occasionnelles. — Le psoriasis n’est pas contagieux. Dans un certain nombre de cas, on a attribué l’apparition ou le retour du psoriasis à l’usage de certains aliments , aux boissons alcooliques , à des écarts de régime, à des émotions mondes; en lin, Cazenave a observé quelques cas dans lesquels Y humidité paraissait avoir eu une influence évidente; ailleurs, cet auteur a reconnu une influence à Y hérédité (six fois sur cinquante cas) ; six fois aussi, la maladie a semblé « avoir été déterminée par des influences accidentelles capables de modifier profondément la peau, par la variole, par les fièvres intermittentes. Trois fois elle a été attribuée à l'ivrognerie, 7 fois à l’humidité, 28 fois il a été impossible de saisir une cause occasionnelle même probable. »
Il faut donc, avec Cazenave, invoquer un étal particulier de la peau, état qui peut être héréditaire ou acquis, et dont les causes réelles sont encore inconnues. [Ce sont ces inconnues que Bazin et Hardy ont recherchées ; et, de ces deux auteurs, l’un pense avoir trouvé la cause unique du psoriasis dans la diathèse dartreuse ; tandis que le premier reconnaît à cette affection cutanée deux ordres de causes : « le psoriasis de cause externe est dû au frottement des téguments contre des parties irritantes (soit qu’il siège au-dessus de la rotule, chez les personnes qui se mettent fréquemment et restent longtemps à genoux; soit qu’il occupe la face dorsale des articulations des phalanges chez certains artisans, etc.), et est toujours facile à reconnaître par la localisation de l’affection, l’aspect terne des écailles, les antécédents, etc. (2). Le psoriasis de cause interne est arthritique ou herpétique (dartreux), et chacune de ces deux espèces secondaires comprend des variétés : tandis que le psoriasis scarlatiniforme et le psoriasis nummulaire n’appartiennent qu’à l’art hritis, toutes les variétés de siège dites psoriasis capitis , unguium , etc. , sont
(1) Cazenave, Annales des maladies delà peau. Paris, 1844, t. I, p. 133.
(‘2) R izin, Leçons sur tes affrétions génériques de la peau, l. I, p. 402.
AFFECTIONS ET MALADIES DE LA FEAL
communes aux psoriasis arthritique et herpétique; mais, pendant que, dans lr psoriasis arthritique, l'affection est limitée à chacune de ces régions ; dans la plupart des cas, elle occupe simultanément d'autres parties du corps, lorsqu'elle est herpétique (dartreuse).
8 III. — Symptômes.
[Le psoriasis peut être précédé de phénomènes dits précurseurs, ou même d’une éruption de nature identique ou différente ; mais, le plus ordinairement, il apparaît d’emblée. Il débute par des saillies papuleuses, de dimensions et de formes variables, qui se recouvrent de squames, et dont l’arrangement et le groupement réciproque donnent à l’éruption des formes variées, qu’on peut ramener à plusieurs types principaux, très-bien décrits partout, et dont nous donnerons plus loin un exposé succinct. Quoiqu’il en soit, dans tout psoriasis, l’évolution des éléments symptomatologiques importe à connaître.
La surélévation de la tache psoriasique au-dessus des parties environnantes est, en général, plus marquée au centre, quoique cependant le contraire ait lieu quelquefois; elle est due h un épaississement très-prononcé de la peau, qui s'observe surtout, en même temps que quelques gerçures, dans le psoriasis ancien et qui a récidivé plusieurs fois.
Quant à la couleur rouge des saillies papuleuses du psoriasis, si l’on peut quelquefois en constater l’existence, sous les diverses nuances qu’elle est susceptible de présenter, notamment au pourtour des plaques ou au niveau des fissures que quelques squames laissent entre elles, le plus souvent, elle n’est réellement pas visible quand le malade se présente avec une éruption complète, à moins qu’artificiellement on n’enlève quelques squames.
Celles-ci se présentent avec les caractères que nous avons déjà rappelés dans la définition : elles ressemblent quelquefois à des taches de bougies, ou bien, imbriquées les unes sur les autres, elles ont l’aspect de plaques de plâtre; elles sont, du reste, sèches, lamelleuses, épaisses, d’une couleur blanche, tantôt terne et comme grisâtre, tantôt argentée, nacrée, chatoyante. Leur adhérence à la peau, en général très-prononcée, est telle quelquefois, que leur avulsion donne lieu à la sortie de quelques gouttes de sang, tandis que, dans d’autres cas, on les voit se détacher plus facilement et tomber dans le lit du malade, en quantité considérable. Le plus souvent, la face profonde de la squame offre des saillies et des dépressions correspondant aux saillies papillaires et à leurs intervalles. Quoique, au-dessous d’elles, dans le psoriasis aigu, on puisse observer du pus ou de la sérosité purulente (Bazin), ordinairement elles sont formées seulement par la réunion de lamelles épidermiques plus ou moins nombreuses.
Les squames du psoriasis peuvent, d’ailleurs, disparaître très- rapidement, soit parce que, siégeant sur une peau fine , elles se détachent plus facilement, soit parce que les malades, pour masquer leur affection, ont soin de les détacher. Ou peut, de la sorte, être induit en erreur; et le psoriasis de la face ne serait ainsi pas aussi rare que le pensent quelques auteurs (Bazin).
Le siège du psoriasis apporte avec lui de la gène dans certaines fonctions; quant à la douleur, tandis que, selon Devergie (dans le psoriasis simple), il n’v a «pas de
PSORIASIS. — SYMPTÔMES.
démangeaisons, pas de sensation quelconque qui incommode (1) », si ce fi’estdans les psoriasis plantaire et palmaire qui se trouvent dans les endroits de flexion et qui sont parfois accompagnés de cassures douloureuses, nous voyons Hardy (2) déclarer que, parmi les malades couchés dans ses salles : « il n’en est pas un qui ne nous dise qu'il a ou qu’il a eu des démangeaisons, existant toujours, à quelque degré que ce soit. » Enfin, pour Bazin, le psoriasis offrirait tantôt de véritables démangeaisons, et serait alors de nature herpétique (dartreuse) ; tantôt il s’accompagnerait de quelques picotements et élancements, et serait d’origine arthritique.
Exposons maintenant les variétés dp forma et de siège que peut présenter le psoriasis.
Variétés de forme. — 1° Psoriasis punefnta et "nttuta. — La première de ces deux variétés est caractérisée par de petites saillies papuleuses qui se recouvrent de squames quelquefois très-étroites ( psoriasis pnnetata ) ; dans la seconde, ce sont, au début, de petits points rouges, distincts, saillants, qui de bonne heure se couvrent, au centre, d’une légère écaille sèche et blanche. Ces points s’élargissent et ne dépassent guère les dimensions d’un centimètre ; ils sont répandus ordinairement sur de grandes surfaces; isolés, discrets, ils présentent une petite squame d’un blanc chatoyant, le plus souvent très-brillant : on croirait des gouttes de cire projetées à la surface cutanée, d’où le nom de psoriasis gultata. Celle variété, qu’on rencontre le plus ordinairement à la partie postérieure du tronc et à la face externe des membres, s’accompagne généralement d’un peu de prurit.
2° Psoriasis gyraïu. — Dans quelques cas assez rares, les petites plaques du psoriasis guttata sont rapprochées et disposées de manière à affecter des formes plus ou moins bizarres, comme rubanées : c’est le psoriasis gyrata des auteurs. Cazenavc en cite un cas où 1 éruption présentait à la région épigastrique un huit de chiffre parfaitement régulier.
3° Psoriasis circiné ou lèpre vulgaire ( dartre furfuracée arrondie t herpès furfureux circiné d’Alibert). — Celte forme d’affection squameuse delà peau, dont on a, pendant longtemps, isolé la description de celle du psoriasis, ne paraît aujourd’hui être en réalité qu’une simple variété de forme de cette affection, variété très-importante à bien connaître. ] Elle est caractérisée par des plaques écailleuses arrondies, à centre sain ou déprimé, à bords élevés, et recouvertes de petites squames minces, sèches, d’un blanc chatoyant.
La lèpre débute par de petits points rouges, déjà saillants et recouverts aussitôt d’une squame très-légère qui ne s’étend pas d’abord à toute la saillie qu’elle surmonte; cette petite élévation s’affaisse et s’élargit, puis s’arrondit, en même temps que son centre, qui redevient sain et se déprime davantage. De ce progrès excentrique, il résulte bientôt un disque régulier de dimension variable, égalant ordinairement celle d’une pièce de 2 francs.
[ Bien souvent, les disques n’ont pas cette régularité ; les plaques décrivent des cercles incomplets, des segments de cercles, d’autres fois des huit de chiffre; ailleurs elles forment un fer-à-cheval ; dans certains cas, elles sont irrégulières et figurent des dessins géographiques : un malade de Hardy (3) portait, « parfaitc-
(1) Dcvergie, Traité pratique des maladies de la peau, 3° édit., p. 371.
'2) Hardy, Leçons sur les maladies de la peau, lrc partie, 2e édit., p. 103 et 104.
(3) Hardy, lue. vit., p. t07. Paris, 1800.
A MICTION S KT MaLaJjILS Dli I.A l'I.AL.
ment dessinée sur son dos, la carie de la Grande-Bretagne, avec l’Écosse au nord et l’Angleterre au bas. »]
Les disques lépreux ont des bords saillants ; ils sont recouverts de petites écailles minces, sèches, d’un blanc chatoyant, adhérentes, brisées inégalement tout autour de l’anneau, tombant et se renouvelant sans cesse. Ils sont rouges quand ils sont dépouillés de leurs squames. Le centre est sain, et l’éruption ne s’accompagne d’aucune humidité, d’aucun suintement.
Quand les disques ont atteint une certaine dimension, la maladie reste stationnaire ou disparaît parfois spontanément, mais plus souvent par suite d’un traitement approprié. Dans certains cas, lorsque l’éruption est ancienne, qu’elle est devenue pour ainsi dire confluente, quand les disques se sont agglomérés autour d’une articulation, on voit la lèpre revêtir la forme grave décrite plus loin, sous le nom de psoriasis inveterata, et donner lieu à des accidents semblables.
Quelquefois la lèpre présente, surtout chez les enfants et les individus blonds à peau fine, des plaques exactement arrondies, recouvertes de squames d'un blanc chatoyant : c’est la variété appelée par Willati lepra oJphoides. Dans certains cas, l’éruption conservant ses caractères habituels, les squames ont une coloration noirâtre : c’est la lepra nigricans du même auteur. Quand la maladie marche vers la guérison, les bords une fois dépouillés de leurs squames se recouvrent plus lentement; ils s’affaissent ; bientôt le disque s’affaisse également, et, à partir de ce moment, la plaque disparaît bientôt, ne laissant qu’une légère empreinte qui finit aussi par disparaître complètement.
La lèpre peut, pendant des années entières, être stationnaire ; les anneaux restent les mêmes, les squames tombent et se renouvellent sans cesse ; seulement elles deviennent plus sèches, plus farineuses, et les surfaces qu’elles recouvrent sont de moins en moins saillantes. Dans ce cas, l’éruption est le plus ordinairement très-étendue.
il n’est pas rare de voir la lèpre s’effacer assez régulièrement à l approche d’une saison, pour se manifester de nouveau au retour d’une autre.
L’éruption peut être générale ou bornée à des points limités. Même lorsqu’elle est très-étendue, la face et la paume des mains en sont presque toujours exemptes; dans le cas contraire, c’est aux régions articulaires qu’oti la trouve plus particulièrement.
U" Psoriasis scarlatiniforme. — « Celte variété, de nature arthritique, se développe, dans la plupart des cas, simultanément à la plante des pieds, à la paume des mains, à la racine des cheveux et aux organes génitaux ; cependant elle peut n’occuper que quelques-unes de ces régions. Elle est caractérisée par un sentiment de tension et de brûlure au niveau des parties malades, par une desquamation qui a lieu par de larges plaques épidermiques analogues à celles de la scarlatine, par un épaississement cl une rougeur scarlatiniforme des téguments sousjacents aux squames, et enfin, lorsque l’affection siège à la paume des mains et à la plante des pieds, par dés fissures profondes, desquelles s’écoule une sérosité plastique qui se concrète sous forme de croûtes, ainsi que par la demi-flexion des doigts et des orteils. Cette forme rie psoriasis est assez rare (Bazin). »
5° Psoriasis nummulaire. — « Cette variété qui, comme la précédente, est de nature arthritique, occupe à peu près les mêmes régions qu’elle; elle est carae-
PSOlUASlS.
SŸMl’TÔMÜS.
térisce par des plaques rouges, arrondies et recouvertes tle squames qui 11e présentent jamais la couleur blanche et argentée , la sécheresse remarquable des squames du psoriasis herpétique, mais offrent une humidité due à une sécrétion intermittente des surfaces malades; d’où il résulte qu’il est quelquefois difficile de décider si l’on a sous les yeux un eczéma ou un psoriasis (Bazin). »]
6° Psoriasis diffusa. — Dans celte forme, qui est la plus commune, le psoriasis débute par des surfaces plus ou moins larges, irrégulières, qui deviennent bientôt rugueuses, sèches, et se couvrent de squames. Celles-ci sont minces, grisâtres, adhérentes, et. tombent lentement. Si 011 les détache, 011 trouve la surface sous-jacente un peu rouge, mais le plus souvent d’un rouge terne, déjà plissée, bientôt grise, puis sèche, puis enfin écailleuse de nouveau.
Le psoriasis diffusa peut se présenter sur une foule de points à la fois; quelquefois il est général. Son siège de prédilection est aux membres, surtout au voisinage désarticulations, aux coudes, aux genoux. Dans quelques cas, assez rares du reste, la maladie consiste seulement dans un très-petit nombre de plaques ; dans d’autres, elle envahit une énorme surface, un membre tout entier par exemple,
1" Psoriasis inveterata. — Dans certains cas, la maladie fait des progrès lents, mais continuels; les squames deviennent plus sèches, plus abondantes ; la peau qu’elles recouvrent s’épaissit, se gerce dans tous les sens. Les sillons qui en résultent sont si rapprochés, qu’on 11’aperçoit plus en quelque sorte de squames, mais à leur place une poussière farineuse qui tombe avec une extrême abondance et se reforme très-rapidement
Arrivé à ce degré, le psoriasis donne à la peau qu’il envahit un aspect tout particulier. Sa surface ressemble à une masse squameuse : c’est une enveloppe , un étui rugueux, saillant, épais, inégal, profondément sillonné, qui quelquefois enferme un membre tout entier.
Les moindres mouvements produisent des déchirures avec écoulement de sang. C’est dans ces cas qu’on voit les ongles présenter une altération profonde ; ils deviennent cassants, ternes, puis jaunissent, se recourbent ou se brisent, et tombent. Ils sont remplacés par de petites masses écailleuses tout à fait informes, (jet accident, qui a lieu surtout quaud la maladie occupe les mains et l’extrémité des doigts, peut également survenir quand elle a son siège dans un point éloigné.
C’est alors que les malades sont souvent tourmentés par des démangeaisons insupportables,, démangeaisons augmentées par la chaleur du lit, le travail de la digestion, un changement atmosphérique.
Variétés de siège. — Indépendamment des points de prédilection où se développe le psoriasis, tels que les membres et le voisinage des articulations, du côté de l’extension, il est certaines parties du corps où il peut se montrer et rester limité, et où il prend une physionomie particulière en raison du siège qu’il occupe.
[Disons tout d’abord qu’il est fréquent de voir le psoriasis ordinaire affecter tout le corps ; cependant il affectionne spécialement les genoux et les coudes, et souvent, au début, la maladie est limitée à ces deux régions.]
Le psoriasis paimnirc et plantaire est une variété très-commune. La maladie commence par un point ordinairement très-petit, suit une marche excentrique, envahissant de proche en proche une étendue plus ou moins grande ; la peau se fendille, se couvre de gerçures profondes, surtout à la face interne des doigts et
AFFECTIONS ET .MALADIES DE LA PEAU
des orteils, qui acquièrent une certaine roideur. En môme temps il existe une chaleur et une cuisson plus ou moins vives. Les squames, minces, blanches, sont très-étendues, surtout apparentes à leur circonférence; le centre, où elles sont rares, plus petites et plus adhérentes, est le plus souvent rouge, dur, épaissi. Il en résulte une gêne très-grande dans les mouvements.
C’est dans ces cas que les ongles finissent par s’altérer et subir les modifications indiquées à l’occasion du psoriasis inveterata. Toutefois, le plus souvent, le mal se présente à un degré moins élevé ; les ongles se ternissent seulement et deviennent inégaux, rugueux, quelquefois comme piquetés, jusqu’à ce que l’amélioration survienne : alors on les voit repousser à la racine, unis et d’une teinte rougeâtre. C’est
là le psoriasis unguium.
Au prépuce, le psoriasis détermine des gerçures et un rétrécissement qui amène tous les accidents du phimosis.
Aux lèvre», il forme un cercle squameux, et donne à la bouche un aspect froncé très-remarquable. Sous l'influence des contractions de l’ôrbiculaire, il s’opère une foule de gerçures rayonnées.
Le psoriasis borné aux paupières s’y manifeste par des squames légères «jui , au bout de quelque temps, se reforment à peine et laissent après elles des élévations papuleuses larges, sèches, peu rouges, accompagnées ordinairement d’un gonflement comme œdémateux. Parfois la démangeaison est très-vive, et parfois aussi les mouvements des paupières, devenus très difficiles, apportent un obstacle marqué à la vision et déterminent des ophthalmies qui peuvent compromettre l’œil.
§ IV. — Marche, durée, terminaison.
La marche du psoriasis, quelle que soit sa forme, est, en général, lente, et l’absence de tout symptôme aigu pendant son développement est un caractère qui mérite d’être noté. Cependant, comme le fait remarquer Cazenavc, il y a quelquefois, sous ce rapport, des exceptions. Cet auteur a observé certains cas dans lesquels il a vu les plaques s’animer tout à coup, devenir chaudes, et la peau se gonfler : puis survenir une éruption comme confluente de plaques nouvelles, avec douleur vive, chaleur intense, phénomènes généraux, mouvement fébrile, etc.; cette sorte de crise se termine au bout de quelques jours, et parfois la maladie ne revient à son premier état qu’au bout de plusieurs semaines. Si l’inflammation est plus intense, il peut se former une exsudation séreuse sur les plaques, exsudation qui détache les écailles. Cazenave en a rapporté un exemple remarquable.
Il est des cas où ce passage à l’état aigu n’est plus accidentel, mais revient périodiquement. Du reste, cela s’observe très-rarement.
La durée du psoriasis est toujours longue; elle varie de quelques mois à plusieurs années : certains individus conservent toute leur vie cette affection.
Le psoriasis guttata, dont la durée est généralement moins longue que celle des autres espèces, se termine par résolution; les saillies diminuent, les écailles qui les recouvrent deviennent plus minces, puis cessent de se reformer; enfin elles laissent des surfaces rougeâtres qui finissent par reprendre leur coloration normale. Quelquefois cette espèce de psoriasis disparaît au milieu d’une éruption nouvelle de psorias is d ? (f usa.
PSORIASIS.
TRAITEMENT
Après être resté longtemps stationnaire et fixé dans une région, sur un membre, le psoriasis diffusa se termine par la guérison. Dans ce cas, les écailles cessent de se reformer; la peau reste longtemps un peu rude, comme chagrinée, et ce n’est qu’à la longue qu’elle reprend son état naturel.
Le psoriasis inoeterata , qui persiste souvent d’une manière indéfinie, constitue, dans un certain nombre de cas, la terminaison du psoriasis simple.
Diagnostic. — Le psoriasis est généralement facile à reconnaître : la présence de squames dures, sèches, d’un blanc chatoyant, est un caractère qui ne permet pas de le confondre avec certains cas rares d’affections vésiculeuses arrivées à l’étal squameux. Ainsi, dans Y eczéma chronique , ce sont des lamelles molles, minces, d’un blanc jaunâtre, d’une consistance inégale, recouvrant des surfaces plus ou moius humides; et, d’un autre côté, dans le psoriasis, la peau que recouvre la squame offre une certaine saillie, et l’éruption est le plus souvent remarquable par l’absence de toute acuité.
Pronostic. — Le psoriasis n’est pas une maladie absolument grave, mais comme il est une des affections de la peau les plus rebelles et les plus sujettes à récidiver, le médecin ne devra jamais perdre de vue celte importante considération. Il se souviendra aussi que certaines variétés de psoriasis, peut-être en raison de leur siège, persistent avec une ténacité désespérante ; telles sont celles qui ont pour siège les lèvres, le prépuce, la paume des mains.
Alors même qu’il affecte la forme la plus grave, le psoriasis peut exister un certain nombre d’années sans altérer la santé d’une manière notable.
Une foule de moyens ont été préconisés pour la guérison du psoriasis :
L 'orme pyramidal vanté par le docteur Lesoni, Y extrait aqueux d'ellébore blanc à la dose de 10 à 20 centigrammes, diverses préparations où entrent la renoncule , le rhus radicans, etc., etc.
1° Médication externe. — Les principaux agents dont se compose la médication externe sont les pommades, les lotions et les bains.
Pommades. — Un grand nombre de pommades ont été proposées; telles sont les pommades sulfureuses, alcalines , mercurielles , etc., etc.: le lecteur en trouvera les formules dans les articles précédents.
La pommade à'iodure de soufre , introduite par Ëiett dans la thérapeutique des affections cutanées, est composée de la manière suivante :
Iodure de soufre de 1 à 18r,50 | Axonge purifiée 32 grain.
Mêlez. Pour frictions, matin et soir.
Biett et Cazenave, qui ont le plus fréquemment employé cette pommade, disent en avoir obtenu de très-bons résultats; mais c’est le plus souvent, selon ce dernier auteur, comme auxiliaire d un traitement interne. Toutefois il est des cas où la guérison a été due à l’usage exclusif de la pommade.
Ordinairement, avec la pommade d’iodurc de soufre, on n'attaque l’éruption
Valleix, 5* édit. V 30