‹ Guide du médecin praticien (volume 2)Chapitre 186 sur 494 · V. — Diagnostic, pronostic · texte numérisé non relu

V. — Diagnostic, pronostic

§ VI. — Traitement.

AFFECTIONS ET MAEAD1ES DE l,A PEAU.

que d’une manière successive. Ce n’est que lorsque celle ci a disparu d’une région qu’on la poursuit par des frictions nouvelles sur un autre point. « A cette occasion, dit Cazenave, j’ai observé plusieurs fois quelque chose d’assez remarquable: c’est que, sous l’influence de frictions faites avec la pommade d’iodure de soufre sur un point limité, sur un membre par exemple, l’éruption marchait sensiblement vers la résolution, non-seulement dans les points frictionnés, mais encore sur toutes les parties où l’on n’avait pas mis de pommade. » Quelle que soit l’explication qu’on donne de ce fait, il mérite d’être noté.

La pommade au goudron, dont Émery faisait une large application dans le traitement du psoriasis, était employée par ce médecin selon la formule suivante :

if Goudron A gram. | Axonge 32 gram.

On frictionne largement, deux fois par jour, tous les points occupés par l’éruption. De temps en temps un bain alcalin, un bain de vapeur, sont donnés pour nettoyer la peau et venir en aide à l’action du traitement.

La disparition rapide de l’éruption a témoigné, dans un grand nombre de cas, de l’efficacité de la pommade au goudron ; il ne saurait y avoir de doute à cet égard. Toutefois l’emploi de ce moyen a quelques inconvénients dont il faut être prévenu. L’odeur du goudron, les effets de la pommade sur le linge, en rendent l’application difficile, surtout quand la maladie est répandue sur de grandes surfaces.

Dans ces derniers temps, Émery avait essayé de remplacer le goudron par la naphtaline, mais une odeur plus désagréable encore, une action trop irritante et des résultats moins heureux l’y ont fait renoncer pour revenir au goudron.

Yoici, du reste, comment ce médecin dirigeait le traitement dans lequel d’autres moyens que la pommade au goudron sont employés (1) :

Avant de commencer les frictions avec la pommade au goudron, il fait prendre un bain au malade et lui fait faire des frictions légères avec cette pommade au moment où il en sort. Cette médication est répétée trois fois le jour. Après deux ou trois jours, on augmente la dose de la pommade et l’activité de la friction. \près trois ou sept jours, les malades ont toujours de la pommade sur eux, et quand la maladie est ancienne on couvre les grandes plaques avec des compresses sur lesquelles on a étendu une couche, d’une ligne d’épaisseur, de pommade au mudron. Les malades se baignent dans de l’eau tiède, une ou deux fois la semaine, On est très-rarement obligé de suspendre ce traitement. Cela n’arrive que chez les sujets qui ont la peau très-impressionnable, chez lesquels il se développe quelques pustules d’impétigo ou de petits furoncles. Bien souvent encore continuentils leur traitement malgré cela. Dix jours se. sont à peine écoulés que l’on aperçoit dans le psoriasis dont les squames sont tombées un cercle blanchâtre qui les circonscrit, et qui va en s’étendant de la circonférence au centre. C’est l’annonce de la décroissance du mal, qui le plus ordinairement disparaît dans l’espace de deux ou trois mois, sans que le malade ait éprouvé de l’altération dans sa santé. Dans la lèpre vulgaire, le centre commence à se dégager; les anneaux qui forment la chaîne arrondie se séparent et se comportent ensuite comme des plaques de psoriasis.

/]) Émery, Un dernier mot sur les divers psoriasis , la lèpre vulgaire et leur traitement (Ua/t. gén. 'te thérapeutique, juin 1849).

PSORIASIS. — TRAITEMENT. 563

11 résulte de ce qui précède que certaines pommades, et notamment celles de goudron et d 'iodure de soufre, ont une action incontestable sur la disparition de l’éruption squameuse. A. Cazenave, dont l’expérience est d’un grand poids sur ce point, a formulé son opinion delà manière suivante : « Dans les affections récentes, peu étendues, on peut tenter, espérer une guérison par ce traitement externe ; dans les éruptions largement répandues, dans les formes invétérées, il ne doit plus être compté que comme auxiliaire, et il importe de l’associer à un traitement interne plus ou moins actif. »

[On emploie aujourd’hui, de préférence, comme agent local, l’huile de cade ou de genévrier:

If Huile decade I gram. | Axonge 49 grain.

On fait aussi des pommades au 40e, au 30e, au 20°, au 10e et à parties égales.]

On a recommandé particulièrement quelques moyens comme ayant été employés avec succès dans le traitement de la lèpre vulgaire ou psoriasis circiné (1). C’est ainsi que les frictions avec la pommade au calomel (U grammes pour 30 grammes d’axonge), à la dose de l\ et même de 15 grammes par jour, sont conseillées par Rayer, qui dit en avoir obtenu un grand nombre de guérisons.

Lotions. — Elles ont été rarement employées comme moyen de traitement ; le plus souvent on n’y a recours que comme à des moyens auxiliaires plus ou moins utiles, et généralement dans des cas où l’éruption a un siège très -limité.

On a préconisé les lotions de toute espèce : sulfureuses, émollientes, narcotiques, mercurielles, alcalines, etc. Ce sont ces dernières qu’on emploie le plus souvent, et A. Cazenave dit qu’on peut les prescrire sans inconvénient selon la formule suivante :

Carbonate dépotasse. 4 à 8 gram. | Eau de rose 500 gram.

Bains . — Tous les auteurs s’accordent sur l’utilité des bains dans le traitement du psoriasis, et, parmi les bains, ceux indiqués à propos des différentes affections cutanées ont tous été employés et vantés dans celle-ci. Cependant ils n’ont pas tous le même degré d’efficacité : voici quelques considérations qui pourront guider dans l’emploi des principaux d’entre eux.

Les bains émollients simples ou peu actifs ne sont guère qu 'accidentellement mis en usage; ils sont utiles pour diminuer l'action trop énergique du traitement ou calmer l’acuité passagère que revêt quelquefois le psoriasis.

On a beaucoup vanté les bains de sublimé, et, dans ces derniers temps encore, on leur a accordé une grande efficacité. Bielt et A. Cazenave se sont livrés à une série d’expériences sur l’emploi de ce moyen, et ils n’ont pu obtenir un seul cas de guérison. Les résultats publiés par ces deux observateurs, sans détruire complètement l’idée favorable qu’on peut avoir des bains de sublimé dans le traitement du psoriasis, méritent d’être pris en sérieuse considération.

Voici comment nous avons traité un de nos malades.

3e Deutochlorure de mercure. 30 gram.

Dissolvez dans ;

Alcool 100 gram.

Versez la solution dans l’eau du bain.

(1) A. Hardy, Bulletin de l'Académie de médecine. Paris, 1849, t. XIV. p. H 4. *

AFFECTIONS ET MALADIES DE LA PEAU

Après les premiers bnins, les squames sc détachèrent et ne se reproduisirent pas, et la peau reprit son aspect naturel dans beaucoup de points; mais il en resta un certain nombre qui ne furent que peu modifiés, et la continuation du traitement pendant quatre semaines n’eut plus aucun effet.

Il n’en est pas de même des bains alcalins : A. Cazenave les a vus quelquefois, dans les formes peu graves, procurer h eux seuls une guérison assurée; il leur reconnaît, avec Bielt, une utilité incontestable, et les administre dans la proportion de 125 à 250 (/ranimes de sons-carbonate de. potasse pour un bain.

Les bains de vapeur aqueuse, à la température de 32 à 35 degrés Réaumur, sont regardés par Rayer, Cazenave, etc., comme ayant une supériorité incontestable. Les douches de vapeur sont surtout efficaces quand le psoriasis est borné à une surface limitée. « Chez les adultes, dit Rayer, on se sert avec avantage de douches et de bains de vapeur. En alternant leur emploi avec celui des bains sulfureux■, on est quelquefois parvenu, dans l’espace de trois ou quatre mois, à guérir des psoriasis confluents peu enflammés. »>

Les bains de mer ont souvent été utiles. Batcman dit, à l’occasion du psoriasis palmaire, que ces bains, continués pendant plusieurs semaines, ont été un remède efficace.

Cautérisation. — Ce moyen, qui n’a d’action qu’autant qu’il détruit plus ou moins profondément les tissus, est peu employé. aujourd’hui. A. Cazenave, qui signale scs inconvénients et qui a observé des accidents graves à la suite de son usage, le bannit avec raison de la thérapeutique des affections squameuses.

Dans les cas où les plaques de lèpre vulgaire sont peu nombreuses et trèsanciennes, Rayer recommande de les recouvrir successivement de petits vésicatoires volants , ou de les cautériser superficiellement avec une solution d’ acide chlorhydrique ou de nitrate acide de mercure afTaibli.

2° Médication interne. — C’est elle qui renferme les moyens véritablement efficaces contre le psoriasis; et elle seule, dans la généralité des cas, permet d’obtenir une guérison solide et durable. Parmi ces agents, nous signalerons les purgatifs, les sudorifiques, les antimoniaux, les sulfureux, la teinture de cantharides et les préparations arsenicales, et nous insisterons sur chacun d’eux selon le degré d’importance de leur emploi.

Purgatifs. — On ne compte plus guère aujourd’hui sur l’efficacité des purgatifs dans le traitement des afTections squameuses. Leur emploi, connu sous le nom de méthode Hamilton, consiste 5 administrer tous les jours, pendant plusieurs mois, quinze grammes de sel d'Epsom ou huit grammes de sous-carbonate de potasse, ou encore quinze à vingt centigrammes de calomel et de résine dejalap , afin d’obtenir plusieurs évacuations alvines. Cette pratique, selon Rayer, paraît surtout applicable au psoriasis de la face et du cuir chevelu.

Sulfureux. — Ils sont administrés surtout dans le psoriasis guttata, quand la maladie est récente, et que les sujets sont jeunes, à peau blanche et irritable. On donne à l’intérieur les Eaux- Bonnes, les eaux d ' Enghicn, etc.; on en seconde puissamment l’effet en prescrivant en même temps deux ou trois bains sulfureux par semaine. Il ne faudrait pas, du reste, compter beaucoup sur les sulfureux hors des conditions que nous venons d’indiquer, car l’expérience a prouvé qu’on sc tromperait.

PSORIASIS.

TRAITEMENT

Sudorifiques. — Ceux auxquels A. Cazenave a le plus fréquemment recours sont une décoction de squine ou de salsepareille, à laquelle il fait ajouter une petite quantité de daphne mezereum, selon la formule suivante :

if Salsepareille 45 gram. | Eau. 1250 gram.

Faites bouillir jusqu’à réduction d’un tiers. Ajoutez, dans les dix dernières minutes de l’ébullition :

Daphne mezereum 1 gram.

Passez. Édulcorez avec le sirop de squine. Dose : trois verres par jour.

La décoction de Zittmann n’a pas eu, entre les mains de A. Cazenave, les heureux résultats que les auteurs allemands s’accordent à lui rapporter. Les expériences auxquelles ce médecin s’est livré (1) doivent inspirer une certaine réserve dans la confiance qu’il faut attribuer à ce médicament. Voici, du reste, la formule et la manière d’en faire usage :

Décoction de Zittmann.

if Salsepareille 375 gram. | Eau 12 kilogr.

Faites bouillir pendant deux heures. Suspendez dans le liquide un nouet composé de :

Sulfate d’alumine

Mercure doux

Sulfure de mercure ....

Vers la fin, ajoutez :

Réglisse

Feuilles de séné

Semence d’anis

Retirez du feu, et laissez infuser. Passez, pour obtenir 8 kilogrammes de la décoction n° 1 ,

y Résidu de la première décoction .

Racine de salsepareille . . 190 gram.

Eau

Faites bouillir pendant deux heures; ajoutez à la ûn :

12 kilogr.

Écorce de citron Cannelle

aa 12 gram.

Cardamome mineur Réglisse

12 gram.

24 gram.

Laissez infuser pendant une heure. Passez, pour obtenir 8 kilogrammes de la décoction n° 2.

Pour commencer le traitement, le malade prend la veille dix pilules purgatives, Cazenave donne les suivantes :

Jalap

Gomme-gutte

Pour six pilules.

Aloès

1 gram.

Le lendemain, le malade commence l’usage de la décoction, qu’il prend ainsi qu’il suit :

1° Le matin, de bonne heure, la moitié d’une bouteille de la décoction n° i, par verres, de demi-heure en demi-heure, le malade restant au lit.

2° A midi, une bouteille delà décoction n° 2, toute entière, par verres, de demiheure eu demi-heure.

(1) Alphée Cazenave.. Ann. des maladies de la peau, t. I, p. 51, 118.

AFFECTIONS ET MALADIES DE LA PEAU

3° Le soir, le malade reprend, irois heures après le dîner et par verres, le reste de la bouteille n° 1 .

On prend cette décoction pendant vingt ou vingt-cinq jours.

En Allemagne, on exige que, pendant le traitement, la quantité des aliments soit strictement réduite à 200 ou 250 grammes, et il faut que les malades soient tenus continuellement dans une température élevée et égale; ces conditions, qu’on ne peut pas toujours réunir, ne doivent cependant pas être négligées, si l’on veut obtenir du médicament les heureux résultats que, selon plusieurs auteurs, il est permis d’en attendre.

Parmi les antimoniaux, il en est un dont Cazenave a fait quelquefois usage : ce sont les pilules de Plummer, qu’il administre à cause de leur action purgative et de leur effet sudorifique. Voici leur formule ; la manière de les administrer dans les cas de psoriasis a une certaine importance.

Pilules de Plummer.

% Soufre doré d’antimoine. . ) Suc épuré de réglisse 8 gram.

Protochlorure de mercure. ( ' Mucilage de gomme arabique, q. s.

Pour faire une masse qu’on divise en pilules de 30 centigrammes. La dose est d’une à deux par jour.

Il faut continuer, s’il est possible, l’emploi de ces pilules pendant plusieurs semaines.

Le sirop de Peyrithe, dont la partie véritablement active est le sous-carbonate d'ammoniaque, a joui d’une très-grande réputation. Cazenave (1) a mis en usage un sirop semblable ainsi composé :

if Sous-carb. d’ammoniaque. . 10 gram. | Sirop sudorifique 250 gram.

Faites dissoudre le sous-carbonate d’ammoniaque dans suffisante quantité d’eau, et ajoutez la solution au sirop. Dose : de une à quatre cuillerées par jour.

Sous l’influence de ce médicament et de quelques bains de vapeur, Cazenave a vu les plaques rougir, les squames se détacher, la maladie guérir.

Cantharides. — Biett le premier a préconisé la teinture de cantharides dans les affections squameuses, et une longue expérience lui avait démontré l’utilité de ce médicament. Cazenave, qui a été témoin de succès remarquables dus à l’emploi de ce moyen, sous la direction de Biett, nous fournit les résultats suivants : « En dépouillant soixante cas d’affections squameuses pris au hasard parmi les observations recueillies dans son service, on trouve seize malades traités par la teinture de cantharides : de ces seize malades huit ont guéri; chez six, l’éruption a été notablement améliorée ; un n’a éprouvé aucune modification ; chez un autre on n’a pu continuer le médicament à cause de quelques accidents. Or ces accidents, rares d’ailleurs, consistent surtout dans des nausées, des coliques, de la diarrhée, plus rarement des érections incommodes. Ils cèdent toujours facilement d’ailleurs à l’interruption du traitement. »

On administre la teinture de cantharides par goutte ; on en prescrit trois ou quatre d'abord, puis on augmente progressivement jusqu'à vingt-cinq ou trente

(1) Cazenave, liu/l. gén, de thérapeutique , juillet 1848.

PSORIASIS. — TRAITEMENT.

au plus que l'on divise en deux ou trois doses , à prendre dans les vingt-quatre heures.

Arsenic. — Depuis longtemps les préparations arsenicales ont été employées dans le traitement des maladies squameuses. Girdlestone, AVillau, Bateman, Dufiin (1) en ont obtenu des résultats avantageux. En France, Biett en a, un des premiers, popularisé l’emploi, et aujourd’hui, parmi les médecins qui ont adopté cette médication, A. Cazenave en a surtout établi l’efficacité d’après un grand nombre de faits soumis à son observation.

Il n’est pas tout à fait indifférent d’employer telle ou telle préparation arsenicale ; toutes ont bien une action réelle, mais ne conviennent pas indistinctement à tous les cas. Ainsi, chez les individus jeunes, irritables, chez les femmes, quand l’éruption est récente et peu étendue, il est préférable de prescrire la solution de Pearson ou la solution de Biett. En voici la composition déjà indiquée, mais qu’il importe de reproduire ici, parce que l’emploi de ce moyen s’applique d’une manière toute particulière à la maladie qui nous occcupe.

Solution de Pearson.

Arséniate de soude 5 centigr. | Eau distillée 32 gram.

Faites dissoudre.

Solution de Biett.

"if Arséniate d’ammoniaque. . 5 centigr. | Eau distillée.. 32 gram.

Ces deux solutions sont administrées à la dose de cinquante centigrammes, que l’on porte successivement jusqu’à 1 ou 2 grammes par jour, en divisant toujours cette quantité en deux doses, à prendre une le matin et une le soir.

Si, au contraire, l’affection est ancienne, si les individus sont mous, peu irritables, si les voies digestives sont en bon état, Cazenave prescrit la solution de Fowler, qui est plus énergique, et à laquelle il adjoint quelquefois les pilules asiatiques à la dose d’une à deux par jour.

Solution de Fowler.

If Acide arsénieux V / Eau distillée 500 gram.

Carbonate de potasse. . . . j 0 §ian1. Alcool de mélisse composé. . 16 gram.

On administre la dose de trois ou quatre gouttes d'abord, puis graduellement jusqu'à douze gouttes par jour, dose qu'on ne doit guère dépasser. La solution de Fowler contient un centième de son poids d’acide arsénieux.

[Hardy et Hillairet préfèrent à ces diverses préparations, la suivante, parce qu’en l'employant, on peut plus facilement graduer les doses :

^ Eau distillée 250 gram.

Acide arsénieux ou arséniate de soude de 5 à 10 centigr.

On peut en donner d abord une, puis deux cuillerées à bouche par jour.]

Comme tous les agents énergiques, les préparations arsenicales ont besoin d’être surveillées dans leur emploi : elles déterminent quelquefois des accidents qui ne sont jamais graves, et que, le plus souvent, on voit disparaître en suspendant pen-

(1) Dufïin, On squamous Disorders ( Edinhurç/h medical and surgira! Jour n., 1826). - -

AFFECTIONS ET MALADIES DE LA PEAU

dant quelques jours l’administration du traitement. Ces accidents sont des coliques, de la diarrhée, quelques nausées, quelquefois un peu d’oppression et de toux sèche, quinteuse; ils sont d’ailleurs assez rares. A. Cazenave dit avoir vu bien des cas où l’on a continué le traitement à des doses plus élevées que celles indiquées plus haut, pendant des mois, des années, et cela impunément.

Quelle que soit la préparation arsenicale que l’on emploie, on doit toujours commencer par ces faibles doses, puis les augmenter progressivement et en surveiller attentivement les effets. L’administration de l’arsenic a besoin detre suspendue de temps en temps, tous les mois par exemple, alors même qu’elle ne déterminerait aucun accident. On la reprend quelque temps après, en recommençant toujours par de petites doses. Ces préceptes, établis par A. Cazenave, qui a si souvent employé les préparations arsenicales, devront toujours être présents à l’esprit du praticien.

Voici un passage d’un mémoire d’Émery sur ('emploi de la solution de Fouler.

« L’administration de la solution de Fowler doit être faite avec précaution. On doit commencer par cinq gouttes, dans 120 grammes de liquide sucré, que l’on divise en deux portions. On augmente, tous les deux jours, d’une goutte, et l’on arrive rapidement à douze, s’il n’y a pas d’accidents. Si l’on s’aperçoit que les plaques deviennent moins épaisses et commencent à prendre une coloration gris noirâtre, on n’augmente plus, car on s’exposerait à produire des accidents, ce symptôme étant un signe de saturation (1). Quand, au contraire, le malade supporte bien le remède, on en continue l’emploi; s’il n’v a aucun amendement, on arrive à la dose de quinze à seize gouttes, qu’il faut rarement dépasser. La peau devient parfois le d’une douleur assez aiguë; ou bien sans être douloureuse, elle est chaude, et un siège peu rouge autour des plaques. Quelques bains tièdes, des boissons délayantes et la diminution de la dose de liqueur suffisent pour faire disparaître ces légers accidents. 11 est des estomacs impressionnables qui ne peuvent supporter les arsenicaux, en commençant même par les qualités les plus faibles. Quand cela est bien constaté, on doit recourir à une autre médication. Souvent, après douze ou quinze jours de ce traitement, il survient une constriction à la gorge, une douleur assez intense à l’estomac. En suspendant tout remède, ces symptômes disparaissent en deux ou trois jours, on recommence alors le traitement par cinq gouttes; et tous les deux jours, comme la première fois, on en ajoute une autre. Les douleurs vers le coeur qui en rendent les battements douloureux forcent quelquefois de recourir

(1) [ Devergie [Truité pratique des maladies delà peau , 3e édit., p. 753) a remarqué que, lorsqu’un malade a été pendant quoique temps soumis au traitement arsenical interne, la peau se colore d’une teinte fauve. Selon Hillairet et O. Larcher, celte teinte bistre est trèsremarquable, en ce sens qu’elle occupe seulement les points du tégument correspondant aux anciennes plaques psoriasiques, dont elle retrace exactement la forme. Le reste du tégument conserve cependant la coloration ordinaire et fait mieux ressortir encore l’aspect particulier que nous indiquons. Chez les malades qui ont été complètement soustraits au traitement arsenical, les plaques psoriasiques ont seulement une teinte rouge plus ou moins vive, lorsque les squames sont tombées et que la maladie touche à son déclin. Lorsque les taches arsenicales se sont montrées, si toutes les plaques psoriasiques n’ont pas disparu, il est prudent de suspendre l’emploi des préparations à base d’arsenic, car, dans les cas rares où la persistance dans l’usage de ces préparations a semblé éveiller quelques troubles du cOté des voies digestives, les plaques offraient la coloration bistre très-intense.]

PSORIASIS. — TRAITEMENT.

à la saignée. Le symptôme dont il faut le plus tenir compte est incontestablement la contraction des extenseurs des membres. Aussitôt qu’elle se montre, il laut abandonner l’emploi des arsenicaux, si l’on ne veut pas voir le mal augmenter et devenir rapidement incurable. »>

Quant à l’ellicacité de l’arsenic dans l’affection qui nous occupe, nous ne chercherons pas à la démontrer; il constitue aujourd’hui, sinon l’unique, au moins le plus efficace des moyens de traitement à opposer au psoriasis.

Médications particulières. — Les différences de siège ou de forme que peut revêtir le psoriasis ne demandent pas, à proprement parler, de médication spéciale.

Payan (1) cite un cas de guérison d'un psoriasis longtemps rebelle à tout traitement et qui guérit par le traitement arabique ; mais comme ce médecin ne donne que le résumé de l’observation, rien ne prouve qu’il n’ait pas eu affaire à un psoriasis syphilitique.

Rayer rapporte l’observation d’un homme qui fut guéri d’un psoriasis palmaire par l’application dans la paume de la main de deux vésicatoires volants. Ces deux vésicatoires furent suivis de la chute de l’épiderme altéré et de la formation d’un épiderme lisse et persistant.

[A. Hardy, dans son service à l’hôpital Saint-Louis, a donné contrôle psoriasis le baume de copahu à la dose de h à 6 grammes par jour.

Opiat au copahu.

If Copahu 4 à 6 gram. | Magnésie ü à 6 gram.

Mêlez.

Pour Paul Dupuy, qui a rendu compte de ces tentatives, dans sa thèse inaugurale, le baume de copahu (2) paraît supérieur à la médication topique et par les arseuicaux, au point de vue de la lésion locale. Son influence sur la diathèse reste encore à déterminer. La médication topique doit généralement lui être associée. Certains cas de psoriasis sont complètement rebelles à l’action du copahu comme h celle des autres médicaments, et la récidive peut avoir lieu. L’auteur pense que le copahu guérit par une action spécifique.]

La douce-amère a joui, dans le traitement de la lèpre vulgaire, d’une grande réputation. En France, Carrère, et plus tard, en Angleterre, le docteur Crichton, l’ont employée avec succès. AYillan a rapporté les expériences du docteur anglais, et Biett, qui les a répétées, n’est pas arrivé, à beaucoup près, à des résultats aussi satisfaisants. Un petit nombre seulement des sujets soumis à cette médication éprouvèrent une amélioration sensible; deux furent radicalement guéris. On administre la décoction des tiges à la dose de 15 grammes jusqu'à 60 grammes pour une pinte d'eau.

(1) Payan, Journal de. médecine de Toulon et Bulletin général de thérapeutique , 2 janvier 1841.

(2) Paul Dupuy, Traitement du psoriasis par le baume de copihu, thèse inaugurale. Paris, 1857, n° 23.

AFFECTIONS ET MALADIES DE LA PEAl\

ARTICLE II

PITYRIASIS.

Les médecins giecs avaient donné le nom de pityriasis (7rtrupov, son) à une exfoliation farineuse de l’épiderme. C’est encore dans ce sens qu’on emploie aujourd’hui cette dénomination, bien que, pendant un certain temps, le pityriasis ait lait partie du groupe de maladies auxquelles on avait donné le nom générique de teignes.

§ I. — Définition, synonymie, fréquence.

[Le pityriasis (dartre furfuracée volante d’Alibert) est une affection cutanée envoie d’évolution (ce qui la distingue de Vichthyose), caractérisée à sa période d’état par des squames minces, sèches, furfuracées ou foliacées; siégeant sur des surfaces tégumentaires qui ne font au-dessus des parties voisines aucune saillie appréciable (contrairement k ce qui a lieu dans le psoriasis), et qui présentent ou non un changement dans leur coloration normale (1). ]

Le pityriasis est une maladie fréquente ; sa bénignité, dans un bon nombre de cas, fait qu’il n’attire pas l’attention, et que ceux qui en sont affectés ne réclament pas les secours du médecin.

§ II. — Causes.

Les causes du pityriasis sont généralement obscures. On l’observe à tout âge. Chez les nouveau-nés, il apparaît sous forme d’une crasse légère, bientôt remplacée par de petites squames qui, après leur chute, laissent un peu de rougeur au cuir chevelu. Chez les vieillards, on l’observe assez souvent sous la forme d’une légère desquamation. Les femmes dont la chevelure est brune, longue et épaisse, paraissent plus prédisposées au pityriasis capitis. Au menton, il a souvent été attribué à V action du rasoir ( pityriasis artificiel).

[ Indépendamment de l’action de divers agents irritants qui donnent naissance dans quelques cas au pityriasis (P. artificiel), cette affection peut reconnaître pour cause l’existence de parasites végétaux [P. parasitage), et se présente alors, soit sous l’aspect du P. versicolor, soit sous celui du P. alba.

Lorsqu’il ne peut se rattacher à l’existence d’aucune des causes précédentes, le pityriasis dépendrait, ou de la diathèse dartreuse (Hardy), ou tantôt de celle-ci (avec quelques restrictions), et tantôt de l’arthritis, selon Bazin. Cet auteur rattache au groupe des herpétides (dartres), le pityriasis simplex et le pityriasis rubi'u chronique (herpétides sèches), et au groupe des arthritides le pityriasis piloris (arthritide sèche). Quant au pityriasis rubra aigu, il peut être symptomatique de l’arthritis ou de la dartre.

§ III.— Symptômes.

Quoique les phénomènes généraux soient ordinairement nuis dans cette affection, le pityriasis peut cependant être précédé d’un ensemble de phénomènes pro-

(1) Bazin, Leçons sur les affections génériques de la peau, t. I, p. 331.

PITYRIASIS. — • SYMPTÔMES. 571

dromiques (malaise général, anorexie, fièvre, courbature, sensation de prurit à la surface du corps), comme cela s’observe dans le pityriasis rubra aigu (P . pseudoexanthématique de Bazin). Qu’elle ait ou non été annoncée par quelques phénomènes précurseurs, l’affection peut encore s’accompagner ou non d’une modification dans la couleur de la peau. Lorsque cette modification s’est produite, elle consiste, tantôt dans une rougeur variant du rose au rouge vif {pityriasis rubra aigu)', tantôt dans une teinte jaunâtre {pityriasis versicolor); lorsqu’au contraire, il n’v a aucun changement dans la coloration de la peau, l’exfolia lion peut constituer la première manifestation de l’affection, et alors la desquamation épidermique est, avec la sécheresse de la peau, le seul phénomène qui caractérise le pityriasis et qui a servi de base à la description des diverses variétés admises par les auteurs.

Parvenu à la période d’état, le pityriasis reste stationnaire pendant un temps variable; s’il suit une marche aiguë, il ne persiste guère au delà de six semaines ou deux mois; au contraire, quand sa marche est chronique, il peut durer des mois et des années. Lorsque la desquamation est une fois établie, elle est incessante et continue; « sous les lamelles prêtes à s’exfolier, se forme un nouvel épiderme qui ne tarde pas à se rompre et à se diviser en lamelles plus ou moins larges, qui se détachent à leur tour de la surface tégumentaire, et ainsi de suite. •> La quantité des squames qui se détachent de la surface malade, est non moins variable que leur largeur, ainsi que nous le verrons dans l’exposé de chacune des principales formes. La surface de la peau est en général sèche et rude au toucher; elle est, en outre, le siège d’un prurit plus ou moins intense suivant les variétés ; les mouvements sont plus ou moins gênés, suivant que l’affection n’occupe qu’une partie circonscrite du corps ou est généralisée. Quant à la coloration cutanée, elle conserve les caractères qu’elle présentait à la période éruptive.

Lorsque le pityriasis a duré un certain temps, il peut entrer dans la période de déclin ; alors la desquamation devient moins abondante et la peau moins sèche ; la transpiration reparaît, les téguments ne conservent aucune cicatrice. Cependant, dans quelques cas rares, on a vu le pityriasis se transformer en une autre affection, un eczéma, un psoriasis, par exemple (Bazin).

Nous ferons deux groupes de pityriasis, selon qu’ils s’accompagnent ou non de modifications dans la couleur du tégument :

1° Pityriasis sans modification préalable ou concomitante de la couleur du tégument. — A. Pityriasis ai»>a ( pityriasis simple ou commun). — Cette variété, la plus commune, se montre plus souvent au cuir chevelu ( P . capitis de Cazenave), mais elle peut aussi se développer sur d’autres points du corps, notamment aux joues et aux lèvres, comme on le voit surtout chez les enfants (dartre farineuse). Elle s’accompagne à peine d’un peu de démangeaison dans ces cas, coïncide quelquefois avec la dentition, et guérit souvent d’une manière spontanée au bout de quelques jours (Hardy). ]

Au cuir chevelu, la maladie commence par une légère exfoliation farineuse ; à ce moment, quelques simples soins de propreté suffisent encore pour tenir les cheveux propres et nets; mais bientôt la desquamation augmente, et il y a à peine quelques heures qu’on a débarrassé la chevelure des squames qui la couvraient, qu’elle se trouve remplie de nouveau de pellicules blandmtres que le moindre mouvement fait tomber en grande abondance.

A1FECTI0NS ET MALADIES DE LA PEAU

<^ei état s’accompagne d’une démangeaison quelquefois assez vive, et même d’un sentiment de chaleur désagréable. L’action de se gratter amène une foule de pellicules qui semblent encore renaître sous l’ongle à mesure que le malade se gratte.

Les squames ont l’aspect de petites lamelles très-ténues, très-minces, blanches, sèches, adhérentes par une de leurs extrémités. A la tête, elles acquièrent parfois la largeur d’une petite lentille. Au menton, l’exfoliation ressemble à de petites molecules de son qui se détachent et se renouvellent avec une très-grande facilité.

A ces symptômes, s’ajoute bientôt un accident d’une certaine importance : c’est une alopécie plus ou moins considérable. Les femmes surtout, au moment où elles se peignent, s’aperçoivent que leurs cheveux tombent, et cette chute semble encore augmenter par les soins minutieux qu’elles prennent pour se débarrasser des pellicules blanchâtres qui recouvrent la tète. Au bout d’un certain temps, le cuir chevelu dégarni laisse voir des places entièrement nues, surtout à la partie supérieure, (A dans les points qui correspondent aux séparations de la coilTure.

Cette alopécie, sur laquelle Alphée Cazenave (1) a particulièrement attiré l’attention, tient à ce que le cheveu entouré à sa sortie d’un tissu enflammé, et pressé comme dans un étui squameux, devient sec et cassant, se brise et tombe, soit spontanément, soit par l’action du peigne et du grattage; mais, comme son bulbe est intact, il repousse, pour retomber encore, si l'affection du cuir chevelu n’a pas complètement disparu.

[ Bazin décrit un pityriasis alba, dû au développement d’un parasite végétal, le Trichophyton. Ce parasite, germant dans le tissu de la peau, amène, par l’irritation qu’il produit, des inflammations éruptives, et il apparaît alors à l’extérieur, <• sous l’aspect d’une substance blanche, floconneuse ou lamelleuse, substance qui forme autour des poils une gaîne amiantacée, d’un blanc mat, complète ou incomplète. Si elle est incomplète, on voit au centre de la petite masse constituée par le champignon, un point noir qui répond à l’extrémité libre du poil cassé. Mais, plus souvent, la gaîne est complète, et les poils, entièrement cachés à la vue, ne se peuvent reconnaître qu’à la saillie de la matière cryptogamique. La matière champignonneuse existe aussi dans l’intervalle des poils. Il est rare d’observer seulement le pityriasis alba ; le plus ordinairement, on constate simultanément l’existence de cercles d’herpès circiné, et même de tubercules sycosiques (2). »

B. Pityriasis piluris. — Cette variété est caractérisée par de petites squames fines et arrondies, qui recouvrent les follicules pileux; elles sont assez adhérentes et forment une légère saillie qui augmente le volume de ce follicule. Les poils qui les traversent, et sur la tige desquels la gaîne épidermique qu’elles forment remonte plus ou moins haut, sont remarquablement secs et friables. Si l’affection persiste, les poils s’atrophient, se cassent et tombent; puis, ils repoussent pour retomber de nouveau, et le tout aboutit à une calvitie définitive.]

2° PITYRIASIS AVEC MODIFICATION DE LA COULEUR DU TÉGUMENT. — A. Pityriasis r ultra. — Cette variété est caractérisée par des plaques très-peu étendues, de la largeur d’une lentille environ, qui bientôt s’étendent et recouvrent de larges surfaces : celles-ci ont alors un aspect rougeâtre, et sont recouvertes d’une

(1) Alphée Cazenave, Annales des maladies de la peau, 1844, t. I, p. 22. Traité des maladies du cuir chevelu. Paris, 1850, p. 167.

.2) Bazin, Leçons sur les affections génériques de In peau, t. I, p. 364.

PITYRIASIS. — DIAGNOSTIC, PRONOSTIC.

foule de sqmmules très-miuces qui tombent et sc renouvellent sans cesse comme dans l’espèce précédente. Cette maladie, selon Bateman, s’accompagne de sécheresse de la peau, d’une démangeaison incommode et d’une forte tension.

B. Le pityriasis versicolor, outre la desquamation furfuracée abondante qui

l’accompagne, présente, au niveau des points malades, une coloration jaunâtre caractéristique. Ordinairement il apparaît au cou, au ventre, à la poitrine, sous forme de plaques plus ou moins considérables, colorées et farineuses.

[ « Si l’on examine au microscope les squames d'une tache de pityriasis versicolor, on constate qu’elles contiennent des spores à l’état de liberté, et un grand nombre de tubes ou filaments droits ou contournés, simples ou ramifiés, dont l’ensemble constitue un réseau très-riche. Les spores sont presque toutes sphériques, plus grosses que celles du microsporon Audouini, réfractent fortement la lumière et ne renferment pas de granules à leur intérieur . L’ensemble de ces spores Fio 55 mcrosporon furfur Micros et de ces tubes constitue un végétal auquel on a pore pellicule. — a, portion du cliampidonné le nom de Microsporon fur fur (fig. 55). gnon spores 5c, spores se développant.

Ce champignon végète à la surface des poils, mais ne pénètre pas dans leur intérieur (1). » ]

C. Le pityriasis nlgra ne diffère du pityriasis rubra que parce que les squames reposent sur des surfaces d'un noir plus ou moins foncé. Dans certains cas, l’épiderme seul est coloré. Si on l’enlève, on trouve des surfaces rouges et lisses; d’autres fois l’épiderme, transparent, laisse voir la couche sous-jacente avec la coloration noire dont elle est le siège.

§ IV. — Diagnostic, pronostic.

Le diagnostic du pityriasis est facile. On le distinguera toujours du psoriasis par les caractères mêmes de la définition.

A la suite de certains exanthèmes , on observe une desquamation qu’on pourrait confondre avec celle du pityriasis; mais, dans cette dernière affection, il y a une reproduction constante de lamelles qui se détachent et tombent sans cesse, tandis que, dans les exanthèmes, ce sont de larges surfaces qui se dépouillent pour ainsi dire à la fois, laissant çà et là des étendues variables de peau saine.

Ce caractère de reproduction incessante de l’épiderme , inhérent au pityriasis, le fera distinguer aussi de ces desquamations qui parfois ont lieu à la suite de V eczéma ou du lichen. Du reste, l’existence antérieure d’une affection papuleuse ou vésiculeuse lèverait tous les doutes.

La coloration café au lait qui distingue le pityriasis versicolor des autres formes de cette affection ne pourra être confondue avec certaines éphélides dont la surface ne présente pas cette desquamation furfuracée qui caractérise le pityriasis.

Pronostic. — Le pityriasis est en général une maladie peu grave; cependant, en raison de son siège, de l’incommodité qu’il occasionne, de l’alopécie qu’il peut

(t) Bazin, Leçons sur les affections génériques de (a peau, t. 1, p. 363.

57a Affections et maladies de la peau.

produire et de son opiniâtreté, il acquiert une certaine importance aux yeux du praticien.

§ V. — Traitement.

Le pityriasis copitis, indépendamment des moyens thérapeutiques qu’on lui oppose, réclame l’emploi de certaines précautions. On s’abstiendra donc de toute coiffure qui tende à tirailler ou à serrer les cheveux; l’usage du rasoir sera interdit et la barbe sera coupée avec des ciseaux, ('.liez les enfants, surtout si l’éruption est légère, il suffit de brosser légèrement la tête; la peau, stimulée sous cette influence, cesse de s’exfolier en écailles farineuses.

Quand la maladie s’accompagne de l’alopécie que nous avons à signaler, le traitement doit être dirigé de la manière suivante, surtout s’il s’agit du pityriasis capitis , ainsi que Cazenave le fait remarquer.

« Le traitement général est borné à l’administration de quelques boissons amères et â l’emploi de légers laxatifs. Localement on fera, selon que l inflammation est plus ou moins intense, ou des lotions alcalines ou des lotions émollientes. S’il y a de la chaleur, de la cuisson, si la desquamation est par trop abondante, on fera des onctions avec la moelle île bœuf préparée, ou des lotions avec l 'eau de son, de laitue. Plus tard, soir et matin, des frictions légères avec un peu de la pommade suivante :

if. Sous-borate île soude . . de 1 ù 2 gram. | Axonge de 30 à 40 grain.

Mêles.

» Le matin, laver la tête, soit avec une lotion émolliente, soit avec la lotion alcaline suivante :

Of Sous-carbonate de potasse .. . à gram. | Eau distillée 500 gram.

Mêlez.

»En même temps quelques bains lièdes alternés avec des bains alcalins. »

Dans plusieurs cas de pityriasis capitis peu intense que j’ai eus à traiter, la chute des cheveux et la formation des pellicules ont été arrêtées en quelques jours par le simple emploi de la pommade au calomel (5 grammes pour 30 grammes d’axonge).

Ces indications peuvent servir pour toutes les variétés du pityriasis. On conseille quelquefois les émissions sanguines dans le pityriasis rubra , si le sujet est fort et vigoureux; les bains sulfureux et les lotions sulfureuses ont une efficacité incontestable dans le pityriasis versicolor, et l’on prescrit spécialement, pour le pityriasis nigra, les bains et les douches de vapeur.

[Les bains sulfureux sont, en effet, ainsi que ceux de sublimé, ceux qui conviennent le mieux contre le pityriasis versicolor dont le traitement est exclusivement externe aujourd'hui; Bazin conseille aux malades atteints de cette affection des lotions avec le solutum de sublimé :

£au 1000 gram. | Sublimé ‘ 10 gram.

Hillairet, ici comme dans le traitement local du psoriasis, prescrit des frictions avec axonge le matin et huile de cade le soir, en quantité suffisante.

Quant au pityriasis alba trkophytique ou parasitaire (E. Bazin), en général, selon

LUPUS. — DÉFINITION, synonymie, fréquence. 575

E. Bazin lui-même, il vaut mieux s'abstenir d’épiler (en l’absence de tubercules sycosiques) et se borner à faire usage d’une pommade parasitaire :

Axonge 30 gram. | Turbith minéral. . . 06r,50 à 2 gram.

L’épilation, pratiquée dans ces circonstances, exigerait, pour aboutir à la guérison, un temps beaucoup plus long que si l’opération était pratiquée un peu plus tard, lorsque les tubercules sycosiques existent.]

Page 1