CHAPITRE VII
FORMES TUBERCULEUSES.
« Les tubercules sont des élevures solides, développées dans l’épaisseur de la peau, dont le volume varie entre celui d’une lentille et d’une olive, et qui se terminent presque toujours par suppuration ou par une altération de texture des parties affectées (Rayer). »
Avant de passer outre, il importe de faire remarquer que cette expression de tubercules ne doit pas faire regarder les maladies dont il va être question comme de même nature que la phthisie pulmonaire ; ce serait une grave erreur. On a donné ce nom aux tumeurs de la peau, parce qu’elles ont, comme les vrais tubercules, une ressemblance plus ou moins grande avec les tubercules de certaines plantes.
ARTICLE PREMIER
LUPUS (1)
§ I. — Définition, synonymie, fréquence.
« Le lupus est une maladie chronique de la peau qui se manifeste quelquefois, au début, par des taches d’un rouge violacé, mais le plus ordinairement, par des tubercules livides, indolents, plus ou moins volumineux. Il a pour caractère principal une tendance à détruire les parties environnantes ou les tissus sous-jacents, soit en labourant la peau sous forme d’ulcères ichoreux de mauvaise nature, se recouvrant sans cesse de croûtes brunâtres, très-adhérentes, qui laissent voir à leur chute des destructions nouvelles, soit en altérant profondément le derme et en
(1) [ Le» annotateurs de ce livre ont fait pour le lupus une exception au plan général, en en conservant ici la description telle que l’a donnée Valleix. Cette description s’applique évidemment au lupus scrofuleux de Bazin, et comprend môme, dans le paragraphe consacré au lupus qui détruit en surface, la symptomatologie de la scrofulide maligne érythémateuse (Bazin), qui offre la plupart des véritables caractères du lupus, et qui constitue en quelque sorte un lupus infiltrant , en plaques. Si l’affection cutanée, dont il est traité dans ce chapitre, n’est pas envisagée comme affection générique, c’est que cette manière, de la présenter eût entraîné trop de répétitions ; le lupus, en effet, considéré sous ce dernier point de vue, appartient à trois maladies constitutionnelles t la scrofule, la syphilis, la lèpre. De là trois espèces, dont la première est décrite ici sous toutes ses formes, pendant que la deuxième a trouvé déjà sa place au rang des syphilides tuberculeuses, et que la troisième la trouvera bientôt au chapitre où la lèpre sera décrite. (Voyez tome I, art. Syphilis, p. 449, et art. Lèpre, tome V.]
AFFECTIONS ET MALADIES DE LA PEAU
produisant des cicatrices indélébiles, sans qu’il y ait eu préalablement la moindre plaie, la moindre ulcération (1). »
Le lupus est l’affection désignée par Hippocrate sous le nom d ‘herpès esthiomene , et par Celse sous celui de thériomate. Il a encore été décrit sous les dénominations de populo, fera , herpès exedens, dartre rongeante. C’est une maladie heureusement peu fréquente.
§ II. — Siège.
Tous les médecins savent que le lupus affecte particulièrement la face, et que, dans cette région, il se montre surtout au nez. Ordinairement il reste borné à cette partie du corps, mais parfois il en envahit d’autres, et surtout le cou, les épaules et la poitrine. Il est plus rare aux membres. Quelquefois il affecte successivement plusieurs régions. Iluguier l’a observé à la région vulvo-anale.
§ III. — Causes.
On ne sait rien de positif sur les causes occasionnelles. Quant aux causes prédisposantes, voici, suivant les auteurs, les influences qu’on a le plus souvent notées. L’enfance, et plus souvent encore Vâge compris entre seize et vingt-cinq ans, en sont le plus fréquemment affectés. Les enfants scrofuleux y sont plus sujets que les autres, et, selon la remarque de A. Cazenave, c’est le lupus avec hypertrophie qu’on observe principalement chez eux. Quelquefois ces sujets, qui en ont été atteints dans leur enfance, en sont repris dans l’âge adulte. Il est bien rare qu’il se montre après l’âge de quarante ans. Le sexe ne paraît avoir aucune influence sur lui. Il est plus fréquent dans les campagnes que dans les villes; on n’a pu déterminer pourquoi.
Enfin on a accusé les aliments âcres , les viandes altérées, les vieux fromages, etc. , de produire la maladie, et l'on a cité, à ce sujet, sa fréquence dans certaines contrées où l’on use habituellement d’une semblable nourriture. Mais ce sont là des appréciations très-vagues; car, dans ces pays, il y a beaucoup d’autres causes dont il aurait fallu apprécier l’influence. Le lupus n'est pas contagieux.
§ IV. — Symptômes.
Pour décrire le lupus, on a eu recours à des divisions diverses. Rayer reconnaît un lupus exedens et un lupus non exedens. Celte division doit être acceptée, mais, en outre, il convient de distinguer avec Biett, imité en cela par A. Cazenave (2), deux espèces de lupus exedens: l’un qui détruit en surface, et l’autre qui détruit en profondeur. Une étude attentive de la maladie a prouvé que cette distinction n’est pas sans importance, mais, avant d’entrer dans ces détails, il est nécessaire de dire quelques mots du lupus en général.
1° Lupus en général. — La maladie débute ordinairement par l’apparition d’un point rouge obscur, faisant saillie au-dessus du niveau de la peau, dur et peu étendu en surface : c’est là ce qu’on a désigné sous le nom de tubercules.
Les tubercules ont un volume variable. Ordinairement ils sont peu développés au début, et restent tels pendant assez longtemps. Dans quelques cas, au contraire,
(1) A. Cazenave, Dict. de méd. en 30 vol., art. Lupus.
(2) A. Cazenave, toc. cil.