‹ Guide du médecin praticien (volume 2)Chapitre 188 sur 494 · LUPUS. — SYMPTÔMES · texte numérisé non relu

LUPUS. — SYMPTÔMES

leur volume est considérable dès le début. Dans presque tous, il augmente notablement au bout d’un certain temps.

Bien que les tubercules du lupus s’élèvent notablement au-dessus de la surface de la peau, si l’on recherche à quel degré de profondeur ils pénètrent dans ccttc' membrane, on voit que, dans les premiers temps du moins, ils n’en occupent que les couches superficielles. Ils sont plus ou moins nombreux et plus ou moins rapprochés, de telle sorte que, au début, il n’y en a souvent qu’un très-petit nombre, tandis que dans certaines variétés fisse multiplient et envahissent une assez grande surface. Dans tous les cas, leur nombre augmente avec le temps, sans que toutefois la maladie ait ordinairement une tendance marquée à s’étendre beaucoup en surface.

Tels sont les caractères communs aux diverses espèces de lupus. Il y a néanmoins quelques exceptions fort bien indiquées par A. Cazenave, et dans lesquelles on ne trouve pas de véritables tubercules, mais seulement une tuméfaction légère et di/fi/se d’un ou de plusieurs points de la peau, et ce sont ces cas qui ont autorisé quelques auteurs à rejeter le lupus des affections tuberculeuses.

Lorsque ces symptômes ont duré un temps plus ou moins long, il survient des phénomènes particuliers qui établissent dans le lupus les espèces précédemment indiquées, et dont nous allons donner la description.

2° i.iipus qui iiétmit en surface. — Il est une variété de celte espèce qui a été très-bien décrite par A. Cazenave : « Dans quelques cas bien rares, dit-il, la maladie semble n’affecter que les couches les plus superficielles du derme. On l’observe surtout alors à la face et aux joues en particulier. Il ne se développe pas de tubercules, il ne se forme pas de croûtes, mais la peau prend une teinte rouge; des exfolialions épidermiques occupent la surface malade; la peau s’amincit graduellement; elle est lisse, luisante, rouge; elle offre bientôt l’apparence d’une cicatrice qui se serait formée après une brûlure superficielle ; la rougeur disparaît sjus la pression du doigt; le malade n’éprouve aucune douleur, mais le toucher eu développe; la surface affectée devient sensible après un violent exercice et des excès de boisson. Lorsque la maladie cesse de faire des progrès, la rougeur disparaît ; il ne se forme plus que de légères exfoliations épidermiques, mais la peau reste mince et luisante : elle est lisse au loucher, et clic paraît avoir perdu de son épais-

seur. »

Il est bien plus ordinaire de voir se former d’abord les tubercules indiqués plus haut. Ceux-ci peuvent rester assez longtemps stationnaires, mais presque tout à coup, et bien souvent sans qu’on puisse en trouver la raison, leur nombre augmente, ils sont entourés d’un gonflement comme œdémateux de la peau , et finissent par présenter une ulcération irrégulière.

L ulcération envahit les parties voisines, et, à la place où elle existait d’abord, se forme une cicatrice irrégulière, blanche, tendue, bridée. Lorsqu’elle est considérable, elle est environnée d’un cercle, d'un bourrelet tuberculeux, qui bientô s’ulcère à son tour, et c’est par cette marche excentrique que le lupus s’étend en surface.

Il n’est pas rare de voir l’ulcération rétrocéder pour ainsi dire. Ainsi de nouveaux tubercules, se formant aux limites de la cicatrice, s’ulcèrent à leur tour, et leur ulcération envahit les cicatrices déjh formées.

Yau.eix, 5" édit,

AFFECTIONS lit MALADIES DE LA PEAti.

Les ulcérations sont recouvertes d’une croûte noirâtre, fort adhéren'e, et qui, si l’on parvenait à la détacher avant que le traitement eût modifié la maladie, ne ^tarderait pas h se reproduire.

Cette variété de lupus avant ordinairement son siège à ia face et au nez, comme les suivantes, peut occuper tous les autres points du corps, et envahir de larges surfaces. Il faut être prévenu de cette circonstance, parce que cette affection, si facile à reconnaître il la face, est souvent méconnue ailleurs, sa présence étant pour ainsi dire insolite dans les autres parties du corps. Cazenave a eu maintes fois occasion de s’en assurer.

Par suite du siège 'particulier de la maladie dans certains points, il survient des accidents qu’il est facile de prévoir. Si les tubercules occupent le pourtour des lèvres, par exemple, la houche est très-difficilement ouverte; et lorsque les ailes du nez sont atteintes, ce qui est très-fréquent, elles sont détruites par l’ulcération. Ces exemples suffisent.

Quand les progrès de la maladie sont arrêtés, et lorsque les lésions sont en trèsgrande partie réparées, il reste des stigmates indélébiles. « Lorsque les croûtes sont enlevées, et qu’un traitement convenable est mis en usage, il ne s’en reforme pas de nouvelles. Quelquefois la surface est rugueuse et parsemée de petits tubercules rouges, blafards; d’autres fois, elle présente un meilleur aspect : elle se recouvre de petites desquamations minces, comme épidermiques, et l’on ne tarde pas à y voir une cicatrice blanche, solide dans plusieurs points.

» A cet étal d’amélioration, quand les ravages du lupus ont été fort étendus, la figure présente un aspect tout à fait remarquable : elle offre une foule de cicatrices irrégulières, souvent très-étendues, d’un blanc quelquefois rosé, tendues, luisantes, assez épaisses dans quelques points, mais dans d’autres tellement milices qu’elles paraissent Comme transparentes, et qu’on dirait qu'elles sont sur le point de se rompre. On retrouve ces derniers caractères sur les parties qui ont été envahies plusieurs fois, et dont les cicatrices ont été détruites par des ulcérations successives. Presque toujours ces cicatrices viennent se rendre, à des distances plus ou moins éloignées, à la base de quelques tubercules, entre lesquels elles semblent comme bridées. D’autres fois on observe, sur divers points de leur circonférence, des croûtes noirâtres et qui souvent tardent beaucoup à se détacher. » (Cazenave.)

3° Lupus qui détruit en profondeur. — Dans cette variété, c’est le nez qui est principalement et souvent uniquement affecté. La maladie commence par un gonflement de là partie intéressée. Sur ce gonflement se forment une ulcération, puis une croûte; celle-ci tombe ou est arrachée. L’ulcération augmente en profondeur et aussi en largeur; il en résulte, après plusieurs atteintes, une destruction de l’organe, variable en étendue, et trop souvent non-seulement les parties molles, mais encore les cartilages sont détruits. Souvent aussi un écoulement fétide a lieu par le nez, qui est douloureux, gonflé, enflammé. Il n’est pas rare de voir la destruction s’étendre au delà du nez, et alors une partie de la face» la voûte palatine, et même les gencives, participent à cette destruction (1).

Cette variété de la maladie marche parfois avec rapidité et d’une manière continue, en sorte qu’en peu de temps les parties sont profondément altérées, et

(t Vny, Artial, Journ, hebdomadaire^ ‘2e série, t. VIU.

l.tjM'S. — SYMPTÔMES.

détruites. Plus souvent la maladie a des temps d’arrêt : il se forme des cicatrices, mais elles 11e sont que temporaires ; de nouveaux tubercules et de nouvelles ulcérations se produisent sur elles, et la destruction continue à faire des progrès.

Les deux variétés précédentes constituent le lupus exedens. h° Lupus avec hypertrophie (lupus non exedens). — Nous empruntons la description de celle variété à Cazcnave : « Cette variété, dit-il, présente des phénomènes tout à fait remarquables : elle débute ordinairement à la face, qui en est le siège presque exclusif, par des tubercules peu saillants, mous, indolents, ordinairement assez nombreux; ceux-ci occupent des surfaces assez étendues, une grande partie de la joue par exemple, et quelquefois toute la figure; ils 11e s’ulcèrent point à leur sommet. Peu à peu la base de ces tubercules s’élargit, la peau et le tissu cellulaire sous-jacent deviennent le siège d’un engorgement indolent, et les surfaces malades, tuméfiées, présentent une sorte de bouffissure tout à fait remarquable : au bout d’un certain temps, la figure est parsemée de points rougeâtres qui ne sont autres que les tubercules qui, par suite de la tuméfaction des parties sous-jacentes, se trouvent au niveau de la peau ; on remarque çà et là, au milieu d’eux, des points blancs, véritables cicatrices qui ont remplacé les tubercules anciens. »

Cette variété est celle qui envahit l’espace le plus étendu. Elle occupe ordinairement toute la face, produit un gonflement des lèvres, une tuméfaction comme œdémateuse des autres parties, l'ectropion, lepiphora, l’oblitération des narines, et parfois même envahit les oreilles. Il en résulte un aspect hideux et dégoûtant de la face. Il est, du reste, facile de se faire une idée de toutes les altérations que peut produire cette grave maladie.

Telles sont les diverses variétés du lupus. Pour compléter la description de cette affection, il suffit d’ajouter que ces différentes variétés ne s’excluent pas chez un même sujet, qu’il 11’est pas très-rare de les voir réunies, et qu’un érysipèle environnant est une complication assez fréquente de la maladie.

[ Celle complication est, du reste, aussi bénigne qu’importante, en général, et le plus souvent, en pareil cas, l’érysipèle laisse après lui une surface améliorée.] Esthiomènc «i«; la région vtiivo-annic. — Huguier (1), dans un mémoire plein d’intérêt, a donné l’histoire du lupus qui a pour siège la région vulvo • anale, à laquelle il a reconnu la plus grande analogie avec la face. Il distingue trois espèces d’esthiomène : la première est [' est />i amène superficiel, ambulant ou serpiyineux; la deuxième est Vesthiomène perforant (fig. 56), et la troisième est l’esthiomène hypertrophique. On voit que ces espèces correspondent à celles que nous avons trouvées à la face, et il est facile de s’assurer, par la description que donne Huguier, qu’elles ont les mêmes caractères dans les deux régions. Quant aux désordres qu’elles peuvent produire, ils sont considérables, comme on peut en juger par les observations rapportées dans le mémoire dont il s’agit.

Deux des espèces que nous venons d’indiquer présentent chacune plusieurs variétés qui sont les suivantes : à l’esthiomène superficiel appartiennent Vesthiomène érythémateux , Vesthiomène tuberculeux ; à l’esthiomêne hypertrophique se rap-

(i) Huguier, Mémoire sur l'esthiomene ou dartre rongeante de la région vulvo-analc ( Mémoires de l’Acad. de médecine. Paris, 1849, t. XIV, p. 501), avec planches lithogr.

581) AFFECTIONS LT .MALADIES DE LA PEAU

portent Yesthiomène végétant, Yesthiom'ene œdémateux ou èlè pliant lasique.

Fig. 56. — Cas d’csthiomcnc perforant et hypertrophique du périnée et de l'anus. (ÜUGUlEti, observation V, p. 560 et pl. II.) — A, A, grandes lèvres; B, B, nymphes; C, enfoncement anguleux, représentant la cicatrice d’une ancienne ulcération ; D, crête saillante formée parle raplié périnéal et quelques plis de l’anus qui se continuent avec la nymphe; E, F, enfoncement fissurai qui remplace lo vestibule cl le méat urinaire; H, H, ulcération qui circonscrit l’extrémité inférieure du vagin ; 1, tubercule antérieur du vagin ; J, orifice inférieur du vagin, trcs-rétréci.

§ V. — Marche, durée, terminaison.

Dans la description des variétés, on a indiqué la marche de l'affection : une succession de tubercules, d’ulcérations et de cicatrices, voilà en général ce qu’on observe. Quant à la durée, elle est généralement très-longue ; il faut ordinairement des années pour que la maladie se borne, et l’on voit des sujets chez lesquels elle persiste toujours. On n’a pas à craindre la terminaison par la mort.

§ VI. — Diagnostic, pronostic.

Celle affection ne saurait être confondue avec une tumeur cancéreuse qui se manifeste presque toujours chez des sujets figés, qui est dure, douloureuse, qui, lorsqu’elle s’ulcère, donne lieu à un suintement ténu, acre, sanieux, et dont l'ulcération est profonde et grisâtre.

Jais tubercules syphilitiques sont plus volumineux; arrondis, cuivrés, ne four-

LUPUS

TRAITEMENT

nissant pas d’exfoliation, et lorsqu’ils s’ulcèrent, ce qui est plus rare que dans le lupus, ils présentent une ulcération arrondie, grisâtre, et à bords taillés à pic. Quant à la distinction qu’on a établie entre cette affection et Y acné rosacea, ainsi que l’ élép fiant iasis des Grecs, elle n’a pas une très-grande importance, et il suffit de rapprocher les descriptions de ces maladies pour en saisir immédiatement les grandes différences.

Pronostic. — Le lupus est une maladie ordinairement très-rebelle ; elle produit des destructions souvent très-considérables : c’est donc une affection qu’on doit considérer comme grave. Cependant elle ne menace pas l’existence. Une hypertrophie très- considérable est un signe fâcheux. La mollesse, la coloration bleuâtre des cicatrices, la persistance de quelques tubercules dans leur voisinage, doivent faire craindre le retour du lupus. Plus la maladie est ancienne, plus elle est rebelle.

§ VII. — Traitement.

1° Traitement interne. — Le traitement général antiscrofuleux doit figurer ici en première ligne (1).

Les malades doivent suivre tous les préceptes d’une bonne hygiène; et, pendant le traitement, se tenir à l’abri des influences atmosphériques.

On fait prendre des boissons amères et quelques toniques, mais rien ne prouve qu’on ait tiré de grands avantages de ces moyens.

On a eu recours, et principalement dans le lupus non exedens, à l’administration de Y huile animale de Dippel (5 ou 6 gouttes d’abord, portées progressivement jusqu'à 20 et 25 gouttes), à la tisane de Feltz, à la solution de Pearson, à celle de Fonder, aux pilules asiatiques, etc. , sans en obtenir de grands avantages.

Un seul traitement interne mérite une mention particulière, c’esL celui qui consiste dans l’administration de Y huile de foie de morue à haute dose. Émery a cité des faits nombreux dans lesquels ce moyen avait procuré soit une guérison complète, soit une très-grande amélioration. Ce médecin donne l’huile de foie de morue à la dose de trois à cinq cuillerées à bouche d’abord, puis il va en augraen tant, de telle sorte qu’il arrive à U ou 500 grammes et plus. La difficulté de faire prendre d’aussi énormes doses est le seul inconvénient de cette médication. Teirlinck (2) a obtenu également une guérison chez un malade en donnant l’huile à la dose énorme d’une à deux livres par jour.

Le deuto-iodure de mercure, administré tous les jours à la dose de 20 à 25 milligrammes, et élevé successivement jusqu’à celle d'un centigramme, est, de tous les remèdes donnés à 1 intérieur, celui qui a eu les résultats les plus avantageux entre les mains de Rayer. Au bout d’un ou deux mois, il faut laisser reposer pendant quelque temps les malades, et reprendre ensuite la première dose.

2" licitement local. — Le traitement local consiste presque exclusivement dans l’emploi des caustiques. Une règle générale qu’il faut d’abord établir, c’est que les caustiques ne doivent être appliqués que sur des points limités : on attaque ainsi successivement, par portions, toute l’étendue du mal.

Les caustiques liquides, tels que Y acide su/ f urique, le nitrate acide de mercure, sont appliqués à l’aide d’un petit pinceau.

(1) Voy. art. Sckofui.es, tumel.

(2) Teirlinck, liu/t. gèn. dethè.rap., t 5 février 1852.

AFFECTIONS ET MALADIES DE LA PEAU

Cazenave (1) conseille également comme topique V huile animale de Dippel , lorsque le lupus attaque les muqueuses extérieures, lorsque les ulcérations ont pénétré dans la bouche, les fosses nasales ; les caustiques les plus énergiques sont alors contre-indiqués.

Cautérisation avec le chlorure d'or. — Malichecq (2) nous a fait connaître un traitement particulier employé avec beaucoup de succès par Polton à l’hospice de l’Antiquaille à Lyon , et dans lequel la cautérisation à l’aide du chlorure d'or en solution, entre comme moyen principal. Le traitement est dirigé de la manière suivante :

« 1° Une tisane amère ou dépurative ; 2° l’huile de foie de morue à l’intérieur, à la dose de trois ou quatre cuillerées à bouche par jour ; 3° la cautérisation avec le chlorure d’or en solution, répétée à peu près tous les huit jours.

» Voici la composition de cette préparation aurifère :

Or laminé '. • . I ,, ,je 1 Acide chlorhydrique 3 partie*.

Acide nitrique j ‘ |

» On obtient un liquide d’une couleur jaune bien prononcée. Pour bien conserver cette préparation, il faut qu’elle soit renfermée dans un petit flacon bouché à l’émeri, à l’abri du contact de l’air.

» Voici les règles h observer dans l’emploi de ce caustique, et les phénomènes qui suivent son application.

» On se sert d’un très-petit pinceau, ou d’un peu de charpie portée à l’extrémité d’une pince ; on l’imbibe dans la dissolution aurifère.

■) On cautérise toute la surface malade en la badigeonnant ; cependant lorsque le mal est trop étendu, il vaut mieux n’en toucher qu'une portion seulement ; aucun pansement n’est nécessaire, on laisse la partie exposée à l’air libre.

» U faut que les croûtes ne soient enlevées ni par le malade ni par le médecin, qu’elles tombent spontanément h la suite d’un travail local modificateur et essentiel à la guérison de la maladie.

» On revient à la cautérisation après la chute complète des croûtes, et seulement alors. On l’opère toujours de la même façon, on passe légèrement sur les parties peu affectées, on cautérise un peu plus fort les tissus où le mal est plus profond.

» Immédiatement après qu’on a touché les parties affectées, surtout si elles offrent quelques points ulcérés, les malades éprouvent une douleur instantanée, cuisante, quelquefois assez vive pour amener un larmoiement considérable des deux yeux, principalement chez les enfants. Cette douleur se dissipe graduellement et ne dure qu’une ou quelques heures, suivant l’étendue et la profondeur de la cautérisation. ,

» Les règles générales que nous venons de tracer en peu de mots doivent être rigoureusement observées dans l’emploi de ce puissant caustique. »

La poudre arsenicale du frère Côme est principalement mise en usage dans le lupus rongeant. On l’applique ainsi qu’il suit :

On en délaye une petite quantité sur un morceau de faïence, et, à l’aide d’une

(1) Cazenave, Ann. des maladies de la peau , janvier 1852.

(2) Malichecq, Efficacité du chlorure d’or employé comme caustique dans le traitement du lupus ( fiu/l . yen. de thémp , t. XXXIV. niai 1850).

LUPUS

TRAITEMENT

spatule, on étend cette pâte liquide sur une surface qui ne doit pas dépasser huit à dix lignes de diamètre. Quand ce point est cicatrisé, on attaque le suivant. Ce moyen ne doit être employé qu’avec une grande prudence.

On emploie aussi de la manière suivante (1) la poudre de Dupuytren, ains composée :

Protochlorure de mercure. 99 parties. | Acide arsénieux 1 partie.

Mêlez.

La surface du lupus est-elle ulcérée, humide et nettoyée, on la saupoudre avec une petite houppe chargée de la poudre ci-dessus indiquée, de façon à la couvrir d’une couche épaisse d’un millimètre au plus. Cette surface est-elle couverte d’une croûte, il faut la faire tomber au moyen de cataplasmes : puis on saupoudre l’ulcère comme il vient d’être dit. Enfin l’ulcération est-elle actuellement couverte d’une cicatrice imparfaite, il faut la détruire; vingt-quatre heures après, on saupoudre la surface de l’ulcération, qui a cessé d’être saignante. Craint-on que la poudre n’adhère pas assez fortement aux parties, et qu’elle ne soit enlevée ou entraînée, on peut la délayer avec de l’eau de gomme, ou l’incorporer avec l’onguent rosat. Dans ce cas, il faut augmenter d’un ou deux centièmes la -dose de l’acide arsénieux. Dans tous les cas il faut attendre que la poudre ou la pommade tombe d’elle-même, ce qui arrive ordinairement au bout de huit ou dix jours, et renouveler les applications jusqu’à la guérison complète ; elle a lieu quelquefois après huit ou dix semaines, ou cinq ou six applications.

La pâte de chlorure de zinc a été principalement mise en usage par Biett ; ce médecin en employait deux différentes ainsi préparées :

Pâte n° 1.

'if Farine 2 parties. | Chlorure de zinc 1 partie.

Mêlez.

Pâte n° 2.

Ifi Farine 3 parties. | Chlorure de zinc 1 partie.

Mêlez. On peut diminuer davantage encore la proportion de chlorure de zinc, suivant l’irritabilité des parties.

On emploie cette pâte, ainsi que la pute au chlorure d’antimoine, le caustique de Vienne, etc. , de la même manière que la pâte arsenicale du frère Corne.

D’autres caustiques, et même le cautère actuel, ont encore été préconisés, mais les précédents sont les principaux. Le cautère actuel est généralement abandonné aujourd’hui.

Restent les frictions faites avec certaines substances actives, dont on se sert principalement pour combattre le lupus non exedens , et les frictions avec la pommade au calomel, à l’ oxyde de zinc, etc. Celles qu’on pratique avec la pommade à l'iodure de soufre ont un peu plus d’efficacité. Voici la composition de cette pommade :

if Iodure de soufre 1 gram. | Axonge 30 gram.

Pour frictions, matin et soir.

(1) Rayer, Traité des maladies de la peau. Paris, 1835, t. H, p. 209.

AFFECTIONS ET MALADIES DE LA PEA L

Rayer a recommandé les frictions avec l 'induré de mercure. Il se sert de pommades ainsi composées :

Ofi Proto-iodurc de mercure . 2 gram. | Axonge 30 gram.

Mêlez.

on bien

rlfi Deuto-iodure de mercure.. 1 gram. | Axonge 1 30 gram.

Mêlez. Pour une ou deux frictions par jour.

Cazenave (1) recommande de mettre avec un pinceau, sur les parties que l’on veut attaquer, une couche légère du mélange suivant :

Iliiodure de mercure. ... 15 gram. Axonge 5 gram.

Huile d’amandes douces ï . 10 gram.

Ce topique occasionne une douleur assez forte et persistante, mais les cicatrices que l’on obtient sont plus légères et de niveau avec le reste de la pe&u.

Il faut surveiller l’emploi de ces pommades, et surtout de la dernière, parce qu'elles irritent, parfois très-fortement la peau. Tant que cette irritation est modérée, y eût-il même un peu de rougeur érythémateuse autour de la partie malade, ou ne doit avoir aucune crainte, car ce degré d’irritation est nécessaire pour que la maladie soit modifiée; mais si celle limite était dépassée, il faudrait s’arrêter immédiatement et combattre l’irritation cutanée.

[ Lorsque le lupus ou esthiomène occupe la région vulco-unale , ou doit, si la maladie a résisté aux principaux moyens de traitement qui viennent d’être indiqués, enlever les parties malades. Ce moyen a été employé nombre de fois par Iluguier et a eu un grand succès.

Ajoutons qu’on doit surveiller la formation des cicatrices afin qu’elles ne soient pas trop \icieuses, et s’opposer autant que possible à l’oblitération des conduits, car elles tendent toujours à la produire. ]

ARTICLE II

ROUTONS D’ALEP ET DE RJSKRA.

Le boulon d’Alep, qu’on dit boulon mule quand il est seul, et boulon femelle quand, autour des tubercules principaux, on en voit d’autres plus petits, attaque principalement le visage. Il se développe par une petite saillie lenticulaire qui s’accroît circulairement pendant quatre ou cinq mois. \ cette époque commence la période de suppuration, annoncée souvent par des douleurs très-vives; puis vient la période et ulcération, dont la durée n’est pas moins longue et qui se termine par la chute définitive de la croûte, qui laisse une cicatrice déprimée, indélébile.

Le bouton d’Alep n’est pas une affection grave. Ses causes sont très-obscures, et son traitement, qui, pour Guilhon, doit se borner 'a des soins hygiéniques, ne nous est pas moins inconnu. Salina assure avoir toujours réussi à diminuer la

(L) A. Cazenave. Bull g en , de thé cap., 15 septembre 1851.

NOUIONS D’aLEP ET DK BISKRA.

durée et l’étendue de l’éruption en cautérisant avec le fer rouge , avant la période de suppuration (1).

[ Quant au bouton de Biskra , qui, malgré certaines différences, se rapproche du bouton d’Alcp par quelques traits d’analogie, nous en dirons seulement quelques mots qui seront justifiés peut-être par cette raison, qu’on l’observe sur cette partie de notre colonie algérienne qui avoisine le Sahara, et que les médecins de notre armée sont particulièrement appelés à l’étudier. Il n’est, du reste, pas impossible qu’on rencontre le bouton de Biskra, accidentellement, chez des sujets soumis à l’observation sur notre propre territoire (2).

La marche de la maladie a permis de lui reconnaître quatre périodes :

« Première période. Incubation , caractérisée par : tension, prurit augmentant la nuit, à la place que doit occuper le bouton. Apparition de tubercules dont le volume varie depuis celui cl’unc très-petite lentille jusqu’à celui d’un gros pois ; le tubercule paraît siéger dans l’épaisseur de la peau. — Durée variable ; quelquefois plusieurs mois.

4 » Deuxième période. Eruption. — Rougeur, légère saillie de la peau, souvent prurit, insomnie. État stationnaire pendant quinze ou vingt jours. L’épiderme se fendille et se soulève en écailles minces qui se détachent par plaques ou zones circulaires, saillie conoïde, gouttelcTcs de sérosité citrinc ou purulente au centre. — Durée variable.

» Troisième période. Ulcération. — A la petite croûte succède une petite cavité ulcéreuse, d’un rouge vif. L’ulcération rougit toute l’épaisseur du derme et s’élargit de jour en jour. Les bords de l’ulcère, frangés, coupés à pic et comme gaufrés, forment un bourrelet très-épais. Le fond de cet ulcère est de couleur chair \ive; sa surface ondulée présente des circonvolutions et des anfractuosités, couvertes d’une matière séro-purulenle exhalant une odeur sut generis; état indolent. Le bouton est unique ou multiple : diamètre de 1 à 5 centimètres. Dans le cas de boutons multiples, les ulcères se confondent souvent ; leur apparition est simultanée ou successive. Le clou de Biskra peut se montrer chez des personnes qui ont quitté depuis longtemps le siège de l’endémie.

» Quatrième période. Cicatrisation. — Dans certains cas, il se manifeste des excroissances ou végétations qui semblent surgir du centre du boulon et qui couvrent ses bords, de telle sorte que le bouton prend l’aspect d’une framboise ou d’une fraise; il arrive aussi que le boulon ne s’ulcère pas, mais toute sa surface se couvre d’une croûte très-épaisse, d’une couleur brun grisâtre. Cette croûte peut persister de trois à quatre mois; elle laisse à sa place une cicatrice à surface livide, circonscrite par une aréole noirâtre et légèrement chagrinée (3). »

Le boulon de Biskra occupe le plus communément les extrémités des membres

(1) [La nature de cet ouvrage nous engage à ne pas entrer dans de plus longs développements sur le bouton d’Alep, dont le lecteur curieux trouvera, du reste, une étude résumée dans un article inséré par A. Barrallier (de Toulon), dans le Nouveau Dictionnaire de nié devine et de chirurgie pratiques, t. V, Paris. I8GG (avec Index bibliographique) .]

(2) A. Favre, Du bouton de Bislcaru ( Mémoires et comptes rendus de la Société, des sciences médicales de Lyon, 1. 1, p. 129, années 1 8G1-1 862).

(31 Armand, cité par Massip, Essai sur le bouton de Biskra (Recueil de médecine militaire 2° série, t. XI).

AFFECTIONS ET MALADIES DE LA I>EAU

ut la face; il a éiè observé aussi sur les autres parties du corps (J), Il n’est pas contagieux et dure ordinairement un an (2).

L’expérience populaire, dans les pays où s’observe le bouton de Biskra, repousse tout traitement et recommande l’expectation. Néanmoins les médecins militaires (lui ont observé l’alTection qui nous occupe, ont essayé, — sans succès, il est vrai, — de la combattre par divers moyens, entre autres par la cautérisation, les frictions générales , les bains de vapeur, sulfureux ou aromatiques. Masip considère les mercuriaux, administrés à l’intérieur et à l’extérieur, comme l’antidote de cette éruption (3).]

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