‹ Guide du médecin praticien (volume 2)Chapitre 19 sur 494 · MÉTRORRHAGIE. — DÉFINITION , SYNONYMIE, FRÉQUENCE · texte numérisé non relu

MÉTRORRHAGIE. — DÉFINITION , SYNONYMIE, FRÉQUENCE

6U Dysménorrhée névralgique. — Vésicatoires; cautérisation lombaire; cautérisation, incision du col, etc.

7° Dysménorrhée hystéralgique. — Antispasmodiques, narcotiques; injections de vapeur de chloroforme ou d’acide carbonique ; légers excitants ; soins hygiéniques.

ARTICLE III

§ I. — Historique.

On a proposé de diviser la métrorrhagie en plusieurs espèces, suivant les principales circonstances qui ont frappé les auteurs. La plus ancienne de ces divisions est cel'e qui distingue les métrorrhagies en active et en passive: elle est commune à toutes les hémorrhagies. On a distingué aussi la perte de sang qui a lieu dans l’état de vacuité, de celle qui se produit pendant la grossesse et pendant ou peu après l'accouchement. D’autres auteurs ont multiplié les distinctions. Ainsi on a admis les espèces suivantes : 1° Métrorrhagie constitutionnelle ; '1° M. succédanée ou supplémentaire ; 3° A/, symptomatique; Un M. sympathique ; 5° M. critique ; - 6° il/, spasmodique ; T M. intermittente ; 8° M. épidémique (1). Il suffira de dire, dans le cours de celte description, ce qui caractérise ces diverses espèces.

Les auteurs du Compendium de médecine ont proposé de reconnaître une métrorrhagie par augmentation des globules du sang ; une métrorrhagie par diminution de la fibrine du sang; une métrorrhagie par altération du solide modifiant la texture ou la circulation de l'organe; et enfin une métrorrhagie par simple lésion dynamique. Les deux premières espèces correspondent aux métrorrhagies passive et active des auteurs; la troisième, qui n’est autre chose que la métrorrhagie symptomatique, se rattache à certaines maladies de l’utérus, comme le cancer, les polypes; elle n’a d’importance que lorsque, par l’abondance de la perte de sang, l’organisme subit une grave altération, et lorsque les jours de la malade sont menacés ; quant à la quatrième, il est évident que la dénomination qu’on lui donne équivaut à dire que la cause de la maladie n’est pas connue.

La métrorrhagie qui reconnaît pour cause une lésion profonde de l’utérus ne peut nous intéresser que dans une seule circonstance : c’est lorsqu’elle compromet l’existence de la malade ; car lorsqu’elle est modérée, elle n’est qu’un phénomène secondaire qui appartient à la description de la maladie dans le cours de laquelle elle se produit.

Il est une espèce, enfin, qui ne doit pas, d’après la division consacrée, faire partie d’un traité de pathologie interne : c’est celle qui survient chez les femmes enceintes ou en couches.

§ IL — Définition, synonymie, fréquence.

On donne le nom de métrorrhagie à tout écoulement de sang provenant de l’utérus, lorsqu’il dépasse les bornes de l’écoulement menstruel, ou lorsqu’il se produit hors des époques menstruelles.

On a désigné cette affection sous les noms de hœmorrhagia uterina, paramema

(t) Voy. Sisay, Essai sur l’hémorrhagie utérine, thèse. Paris, 1837.

MALADIES DF.S FEMMES

super /lua, inenorrhagta, fluor utérin i, sanguinis , hysterorrhagia , sanguin eu, J stillicidium uteri, perte rouge, lièmométrorrhagie, etc. On désigne particulière- 1 inenl sous le nom de ménorrhagie le llux immodéré des règles, tandis que l’expres- I sion de métrorrhagie est plus spécialement applquée à l’hémorrhagie hors des I époques menstruelles. Quoique le mot de métrorrhagie ne désigne pas la nature I de l’écoulement, il a une signification généralement admise.

La fréquence de la métrorrhagie est grande. Nous verrons tout à l’heure s’il est permis d’indiquer la fréquence suivant les espèces.

§ III. — Causes.

1° Causes prédisposantes. — Age. — On trouve dans la science quelques exemples de métrorrhagie chez des filles très-jeunes, de cinq, six et sept ans, par exemple; mais ces faits sont fort rares, du moins dans nos climats. Il n’est pas non plus fréquent, quoique les exemples en soient notablement plus nombreux, de voir la métrorrhagie survenir dans les premières années de la menstruation, à moins que ce ne soit pendant l'accouchement ou peu après. C’est à mesure qu’on s’approche de Y âge critique, et principalement à l’àge critique lui-même, que la perte utérine se produit plus fréquemment. Après cet âge, la métrorrhagie s’observe encore assez souvent, et nous verrons plus loin qu’elle est alors d’un pronostic fort grave, car elle est due, ordinairement, en pareil cas, à un cancer de l'utérus.

Tempérament. — On a cité comme les plus sujettes à la métrorrhagie , d’une part, les femmes d’un tempérament sanguin et ayant habituellement des règles abondantes, et de l’autre, les femmes nerveuses et lymphatiques. Les premières, suivant les auteurs, auraient des métrorrhagies actives, et les autres des llux sanguins passifs. On ne trouve nulle part de recherches satisfaisantes sur ce point.

Constitution. — L’influence de la constitution n’est pas mieux déterminée. On a dit que les hémorrhagies actives de l’utérus se faisaient observer plus souvent chez les femmes robustes, et que les femmes à constitution chétive étaient plus sujettes aux hémorrhagies passives ; mais c’est là une assertion banale reproduite à propos de toutes les hémorrhagies, et dont l’exactitude n’est nullement prouvée.

Saisons, climats. — On s’accorde à dire que l’habitation des climats chauds prédispose à la métrorrhagie. Malheureusement on ne trouve pas de renseignements suffisants sur ce point. Blumcnbach (1) a dit, il est vrai, que la plupart des Européennes transportées en Guinée y périssent par suite d’hémorrhagies utérines. Le fait n’est pas improbable, sans doute, car nous savons que, dans les pays chauds, l’éruption des menstrues se fait à un âge plus avancé que dans les pays froids , et (jue par conséquent il y a une plus grande tendance aux congestions utérines normales ; mais on ne saurait conclure de ce fait physiologique à un fait pathologique, sans avoir interrogé l’observation mieux qu’on ne l’a fait jusqu’à présent.

Tout le monde a cité les faits rapportés par Sauccrottc (!2) pour prouver que la raréfaction de l’air dans les lieux élevés est. une cause prédisposante de métrorrha-

m) Blumenbach, De l'unité du genre humain et de ses variétés. Paris, 1800 , in-8. — Prichard, Histoire naturelle de l'homme. Paris, 1843, t. II, p. 249.

(2y Sauccrottc, Mélanges de chirurgie. Paris, 1801, t. I.

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i gfr. Ayant observé celte affection citez un bon nombre de femmes au sommet des Vosges, il y a mis un ternie en faisant descendre les malades dans les vallées.

Chaleur artificielle. — L’usage (immodéré des bains chauds serait, d’après Timoni (I), une cause de métrorrhagie ; mais à ce sujet nous devons reproduire les remarques faites àproposde l’influence des climats. Il en est de même relativement au s /{jour dans des lieux trop fortement chauffés. On a accusé 1 usage des chaufferettes , si répandu parmi les femmes du peuple, de produire les pertes de sang par l’utérus; mais comment a-t-on procédé pour s’assurer du fait? On a cité quelques cas où des femmes qui faisaient usage de ce moyen de chauffage ont eu des métrorrhagies, comme si ces femmes avaient une immunité contre toutes les autres causes qui peuvent produire la maladie. Nous n’avons trouvé presque aucune observation qui fit mention de l’usage des chaufferettes.

Débilitation par maladies antérieures , etc. — On a encore cité comme sujettes à la métrorrhagie, et surtout à la métrorrhagie désignée sous le nom de passive, les femmes épuisées par des maladies antérieures, par des convalescences difficiles, surtout si, pendant ces maladies et ces convalescences, le régime a été très sévère. On a attribué la même influence prédisposante à tout ce qui peut affaiblir considérablement l’organisme : ainsi la lactation trop longtemps prolongée, les flux muqueux, etc.

On a remarqué que les femmes qui ont eu de nombreux accouchements ou avortements, surtout à de courts intervalles, sont plus sujettes que les autres à la métrorrhagie, et l’on en a dit autant de celles qui font abus des boissons chaudes et relâchantes, des injections, des lavements chauds, etc.

Constitution medicale. — On a cité plusieurs faits qui semblent prouver qu’à de certaines époques les flux inétrorrhagiques se produisent avec une facilité remarquable. La circonstance principale à considérer dans ces faits, c’est que, d’après les auteurs qui les ont rapportés, il régnait alors des affections regardées comme bilieuses. Tous ont mentionné à ce sujet les observations de Stoll, en 1778, et celles qui furent recueillies dans l’épidémie du Tecklembourg ; mais quelle con- ' viction peuvent porter dans les esprits des- faits indiqués sans aucun détail?

Hérédité. Enfin, comme dernière cause prédisposante, on a signalé l’hérédité, sans toutefois apporter de preuves en faveur de cette cause.

2° Causes occasionnelles. — Nous trouvons d’abord les excitations directes , comme 1 abus ducoit, la masturbation, la présence d'un pessaire. Relativement à l'abus du coït, les recherches précieuses de Parent-Duchâtelet (2) prouvent l’influence de celte cause par la fréquence de la métrorrhagie chez les filles publiques. On a cite des cas où la métrorrhagie est survenue au moment où les malades faisaient des efforts pour soulever un fardeau , ou bien faisaient des mouvements brusques.

Les secousses imprimées au corps par le cheval et la voiture, les violents exercices du coips, la course, le saut, la danse, sont des causes qui se rapprochent des précédentes; on a vu le sang commencer à couler, et parfois avec abondance, immédiatement après une chute sur les pieds, sur le siège ou sur les genoux.

(1) Timoni, Dissertation sur tes bains orientaux.

(2) l’arent-Duchatelet, De ta prostitution dans la ville de Paris, 3e édition. Paris, LSô7,

MALADIES DES FEMMES

Les émotions vives , les passions violentes, et surtout les accès de colère, ont été suivis parfois du flux métrorrhagique. Plusieurs auteurs en ont cité des exemples,! et l’on en trouve de remarquables dans l’ouvrage de Brierre de Boismont.

D’après quelques auteurs, une irritation produite sur les intestins, l’emploi des) purgatifs drastiques, la présence des vers dans le tube intestinal (Van den Bosch), I suffiraient pour provoquée une métrorrhagie.

Nous retrouvons ici, comme causes occasionnelles, un certain nombre de celles I que nous avons déjà passées en revue comme causes prédisposantes. Ainsi on a noté que de simples injections chaudes, un bain chaud, et surtout un bain de siège, peuvent provoquer une métrorrhagie qui peut-être ne se serait pas produite sans i ces causes déterminantes.

On a signalé, en outre, Y application des sangsues sur le col utérin, ou seulement sur les parties génitales, surtout lorsqu’on les met en petit nombre, comme quand on veut rappeler les règles; la cautérisation du col, les pédiluves irritants, les sinapismes aux jambes ; en en mot, tout ce qui tend à attirer le sang vers le bassin et les extrémités inférieures.

Il faut placer parmi les causes de la métrorrhagie l’emploi des emmènagogues qui, . mis en usage dans le but de rétablir les règles diminuées ou supprimées, ont souvent dépassé le but et donné lieu à des hémorrhagies inquiétantes. Nous avons vu i (art. Aménorrhée) quelles sont les limites auxquelles il faut s’arrêter.

Les causes occasionnelles que nous venons d’énumérer agissent principalement i à l’époque des règles, lorsque naturellement le sang se porte vers l’utérus. C’est alors surtout que les excès de coït, les exercices violents, les émotions vives, agissent efficacement, et, d’un flux sanguin qui jusqu’à ce moment paraissait tout à fait normal, font une hémorrhagie parfois inquiétante. De là on peut conclure que c’est principalement l’espèce de llux sanguin de l’utérus auquel on a donné le nom | de ménorrhagie qui est produit par les causes occasionnelles.

[Constantin Paul (1) signale Y intoxication saturnine comme cause de métror- j rhagie. Dans l’étude des maladies produites par le plomb, nous reviendrons sur ce point et sur les autres remarques importantes contenues dans le mémoire de cet observateur. ]

3° Conditions organiques. — Nous avons vu plus haut qu’on admet des métrorrhagies qui n’auraient d’autre cause qu’un état pléthorique plus ou moins marqué, et si l’existence de cette cause est reconnue, il faut en conclure que la maladie peut se produire sous l’influence de la seule augmentation des globules du sang; car, à l’article Pléthore, nous avons dit que cette augmentation des globules est le caractère essentiel de la pléthore sanguine. On a simplement appliqué à la métrorrhagie ce qui a été dit des hémorrhagies en général.

Quelques auteurs ont parlé d’une pléthore locale, d’un raptus plus ou moins violent du sang vers l’utérus, qui se termine plus tôt ou plus tard par une hémorrhagie. Celte prétendue pléthore partielle n’est autre chose qu’une congestion, comme celle qui a été décrite dans l’article précédent, et qui se renouvelle plus ou moins fréquemment avant la perle utérine. C’est dans les cas de ce genre qu’en

(1) C. Paul, Étude sur C intoxication lente par les préparations de plomb, et d>' son influence sur le produit de la conception {Arch. gén. de mcd., mai I8G0).

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.venant des informations, on arrive assez souvent, suivant les auteurs, à constater lue la femme a eu des accouchements nombreux ou de fréquentes fausses couches, i )ans certains cas, néanmoins, il est impossible de découvrir la cause de ces fréquentes congestions, ce qui cependant serait d’une grande importance.

Des conditions tout opposées peuvent se rencontrer chez ,les femmes affectées le métrorrhagie. Leur sang est plus fluide, moins chargé de globules, et surtout le fibrine. C’est ce que l’on observe principalement dans la ménorrhayv. ? avec état khlorotique, car, en pareil cas, c’est presque toujours aux époques des règles que ;e produit l’hémorrhagie. Il faut bien prendre garde toutefois de confondre cet i état du sang avec l’anémie qui résulte d’une affection organique de plus ou moins on°ue durée, et de croire que l’hémorrhagie a lieu tout simplement sous l’influence le cet appauvrissement du liquide sanguin. Il y a une cause bien plus puissante d’hémorrhagie dans l’affection organique, et ce qui le prouve, c’est que l’appauvrissement du sang n’est que consécutif aux nombreuses pertes provoquées par la lésion de l’organe.

Certaines altérations, certaines productions morbides de l’utérus, donnent lieu i l’hémorrhagie utérine, et, dans ces cas, la maladie constitue un signe souvent rès-grave, outre les dangers qu’elle fait par elle-même courir à la malade. Tout le nonde sait que les fongosités et les cancers de l’utérus s’accompagnent fréquemm lient d’hémorrhagie utérine, mais on n’a généralement pas une juste idée de la fréquence et de la valeur de ce symptôme. Nous reviendrons sur ce point aux articles Fongosités et Cancer de l’utérus, et nous nous contenterons de dire ici que, dans l’immense majorité des cas, Louis (1) a vu la maladie débuter par une verte de sang plus ou moins considérable. Les malades, interrogées avec soin, ont 'oresque toujours répondu qu’au moment de leur première perte clics se trouvaient lans un très-bon état de santé, n’avaient ni douleur ni pesanteur dans le bassin klurant depuis un peu de temps, n’avaient pas d’écoulement, ou si elles avaient les (lueurs blanches, y étaient sujettes depuis longtemps, et ne les avaient pas vues bbanger de caractère. Ce fait, qui est analogue à ce que nous avons noté dans le cancer de quelques autres organes, et en particulier dans le cancer de l'estomac, -est surtout remarquable par la constance avec laquelle se produit l’hémorrhagie; car, dans les autres organes, la fréquence de l’hémorrhagie, au début, est loin d’être aussi considérable.

Il faut nécessairement, dans quelques cas, avoir recours , pour expliquer la métrorrhagie, à un état particulier du sang qui prédispose les sujets aux hémorrhagies de toute espèce. Ce sont là encore de ces exemples d 'hémorrhagie constitutionnelle que nous avons maintes fois cités (voy. art. Épistaxis, Hématémëse, etc.). Dans ces cas, l’hémorrhagie a lieu le plus souvent par plusieurs voies à la fois. On est naturellement porté à ranger les faits de ce genre parmi les métrorrhagies dues à une diminution de la fibrine du sang ; mais cette cause mystérieuse, qui souvent,

’ en un temps très-court, produit une semblable altération du sang, comme dans les cas où ce liquide s’échappe à la fois par la bouche et par l’intestin, forme des taches sous la peau ( purpura hœmorrhagica, ecchymoses scorbutiques), etc. ; cette cause, disons-nous, donne aux cas dont il s’agit ici une physionomie toute particulière.

(1) Louis, Recherches inédites.

MALADIES DES FEMMES

Mitchell (1) a cité des faits qui prouvent que la métrorrhagie peut être sous lai dépendance de cette névralgie lombo-utérïne que nous avons fait connaître et qui commence h fixer 'l’attention des médecins. (Voy. Dysménorrhée et Névralgie

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