ALC OU MALADIE ACAR1ENNE
CAUSES
2" Causes occasionnell.es. — La gale ne se développe pas spontanément; les opinions de certains pathologistes, tels que Fabrice de Hilden, Rivière, et, dans ces derniers temps, Devergie (1), qui pensent que, dans certaines circonstances, cette affection peut apparaître spontanément comme crise de certaines maladies aiguës ou chroniques (gale critique ), n’ont pas été confirmées par la presque généralité des observateurs modernes. La gale se contracte par le contact immédiat des individus ou des objets infectés. L’insecte appelé acarus scabiei est l’élément
essentiel de la contagion.
De longs détails sur le sarcopte qui engendre la gale ne sauraient trouver place dans un ouvrage de la nature de celui-ci ; nous n’en dirons que ce qu’il importe de connaître pour éclairer l’étiologie et quelques points de thérapeutique, renvoyant, pour de plus amples renseignements, aux ouvrages de Rayer (2), Raspail (3), Gras (A), Aubé (5), Cazenave et Schedcl (fi), et aux recherches de Bourguignon et Delafond (7), Piogcy, Bazin (8), Hardy.
Admis par Avenzoar dès le XIIe siècle, puis longtemps oublié, V acarus fut successivement décrit par Haffenzefer, Ccsloni, Joubert, Mouffet, et classé par les naturalistes Linné, l.atreillc. Cependant, en 1812, on doutait encore de son existence, quand Gales, répétant scs expériences sur plus de trois cents galeux à l’hôpitaî Saint-Louis, parut en démontrer la présence d’une manière incontestable. Aliberl (1813) et Biett (1818), cherchant, comme l’indiquait Gales, l’insecte dans les vésicules, ne le trouvaient pas, t et les investigations consciencieuses de ces deux observateurs avaient remis en doute les résultats de Gales, quand, en 1836, Renucci, élève en médecine, démontra à l’hôpital Saint-Louis la manière de découvrir l’acarus. Dans la Corse, son pays, il avait vu maintes fois les femmes extraire l’acarus, et il l’avait souvent extrait lui-même. Il fit voir que ce n’était pas dans la vésicule qu’il fallait le chercher, mais bien dans le fond d’un sillon qui en part, et que l’insecte trace sous l’épiderme. Bientôt, on se rappela que Mouffet, il y a plus de deux cents ans, avait dit (pie les cirons ne se trouvent pas dans tes pustules, mais à côté d'elles ; que J. Adams (9) avait clairement indiqué cette particularité dans un ouvrage où il donne deux bonnes figures de Y acarus. Depuis celle époque, l’existcncc du sarcopte de la gale n’a plus été un instant douteuse, et les travaux que nous avons mentionnés plus haut ont eu pour objet une histoire plus complète de l’insecte, de sa conformation, de ses mœurs, et du rôle qu’il doit jouer dans l’étiologie de la maladie qui nous occupe (10).
(1) Devergie, Bullct. gén. de thèrap., 1 8 A 7 .
(2) ltayer, Traité théor. et pvat. desmalad. de la peau. Paris, 1833, t. I, p. 455.
(3) Raspail, Mèm. compar. sur l'hist. nul. de l’insecte de ta gale ( Bullet . gén. de thérapeutique, t. VII). — Nouv.syst. de chimie organique. Paris, 1838, in-8, t. Il, p 598, pl* XV.
(4) Gras, l\ccli. sur l’acarus ou sarcopte de la gale de l'homme. Paris, 1834.
(5) Aubé, Considér. gén. sur la gale et sur l'insecte gu la produit, thèse, 183G.
(6) Cazenave et Schedcl, Abrégé prut. des ma/ad. de la peau, 1838.
(7) Pourguignonet Delafond, Bullet. de T Acad, de méd. , Paris, 1857, t. XXI11, et Areh. gén. de méd., Paris, 1858, t. XI.
(8) Bazin, Rapport au directeur général de l'assistance publique, juin 1850, et Leçons sur les affections cutanées parasitaires, 2e édit. Paris, 1802.
(9) J. Adams, On morbid poisons, in-4. London, 1807.
(10) Voyez encore: fianquetin, Notice sur la gale et sur l'animalcule qui la produit, Paris,
àEEEc, LIONS Et MaLadIEs i». l.v N. Ai'.
Pour le trouver, il faut savoir qu’à l’extrémité libre des sillons qui aboutissent par l’autre extrémité h une vésicule, ou qu’à l’une ou l’autre des extrémités des sillons isolés, l’épiderme est un peu soulevé, et qu’il y a dans cet endroit un petit point brunâtre. C’est dans ce point qu’il faut chercher l’insecte; on introduit obliquement la pointe d’une épingle sous l’épiderme, on renverse la lame épidermique soulevée, et au-dessous on aperçoit un petit corps blanc qui s’attache très-facilement à la pointe de l’instrument; on l’extrait et on le place sur une lame de verre : ce petit corps blanc et arrondi, c’est l’acàrus. L’insecte reste d’abord immobile; après quelques minutes, il agite ses pattes, et bientôt marche rapidement.
D’après les observateurs les plus récents, ce n’est que dans les sillons et jamais
1859, 2e édition. — Ch. Robin, Recherchas sur la sarcopte du la gale humaine {Mémoires de la Société de biologie , 3e série, t. I, année 1859). — Al. Laboulbène, art. Acares, Acariens, du Dictionn. encyclop. des sciences médicales. Paris, 18Gé, t. 1, p. 2G5.
L’acarus est un insecte arachnoïde d’un demi-millimètre environ de diamètre : il est d’un blanc opalin, transparent, de forme arrondie et presque circulaire ; son corps, dont la surface
Fig. 51. — Sarcopte de la galepfeuiéllej, face Fig. 58. — Sjtcople de la jjale, face dorsale,
ventrale, — a, son oeuf. (Lanquelin). (Lanquetin.)
est couverte de stries linéaires, est garni de huit pattes, quatre antérieures et quatre postérieures. On dirait une petite tortue pourvue à sa surface d’appendices filiformes. — [Les sarcoptes sont unisexués; les mules, dont on doit la découverte à Bourgogne et. Lanquetin, sont plus rares que les femelles ; ils s’en distinguent par les caractères suivants : « Ils sont plus petits, plus oblongs, plus plats, plus bruns, plus vifs; ils ont un rostre proportionnellement plus petit et moins triangulaire ; ils manquent d'une grande partie des appendices cornés dorsaux; leurs apodèmes antérieurs dépassent le tiers du corps et arrivent jusqu’au milieu; leurs pattes postérieures sont moins écartées l’une de l’autre, et leurs épinières se trouvent unis ensemble à droite et à gauche; la troisième paire porte des poils plus longs; enfin, la dernière paire est beaucoup plus courte et possède des ambulacres terminés par une ven-
touse. . * .
» L'appareil génital mûle existe vers la partie moyenne du corps, contre la troisième paire
de pattes. La vulve se trouve sur la face inférieure, à une faible distance de l’apodème sternal ; c’est une fente un peu sinueuse, longue de O"1®, 085. » (Ch. Robin.) ]
r; AU-: Oti MALADtE Ac.aRIBNNi:. — c.Aüsks. o9l
dans les vésicules qu'on rencontre 1 acarus, qui occupe toujouis une des extiémités du canal sous-épidermi que qu il s est cicusé. Les expeiiences d Aube I ont conduit h conclure que 1 acarus est un insecte noctw ne, qui, ne trouvant pus une retraite assez sûre dans les |)lis de la peau ni dans les poils cjui la 1 ecouvi eut, se creuse un abri sous l’épiderme, et c’est dans cette espèce de terrier qu’il se tient caché tout le jour; la nuit, pour pourvoir à sa substance, il abandonne sa retraite, parcourt tout le corps, l’attaque sur plusieurs points, et chacune de ses morsures produit une petite vésicule. Au point du jour, l’insecte rentre dans son gîte.
Après les détails dans lesquels nous venons d’entrer, nous poserons celte question : L acarus est-il la cause essentielle de la gale? De ses recherches, Aubé a tiré les conclusions suivantes: 1° la gale est une affection symptomatique, produite par la présence d’un insecte arachnoïde appelé sarcoptes hominis ; 2° elle n’est contagieuse que par la transmission de cet insecte; 3° la contagion est fréquente la nuit, rare le jour; l\° la médication ne doit avoir qu’un seul but, la mort de l’insecte et de ses œufs.
Ces conclusions, auxquelles conduisent également les travaux de Gras, Renucci (1), Bourguignon et Delafoiul (2) et Piogey, n’ont pas paru à Biett, Rayer, Cazenave et Scliedel devoir être adoptées dans toute leur rigueur. Ces deux derniers leur ont opposé quelques objections que les auteurs du Compendium de médecine pratique (3) ont cherché à réfuter.
En somme, aujourd’hui l’immense majorité des médecins se range à l’opinion des auteurs qui ont étudié avec soin l’acarus. Dcvergie (A), s’appuyant sur quelques faits dans lesquels, une maladie étant survenue, la gale a disparu pour reparaître dans la convalescence, croit encore, il est vrai, à la génération spontanée. Mais ces faits ne sont pas décisifs, car on peut parfaitement concevoir que les acarus se soient engourdis pendant la maladie, et même (pie les œufs aient été arrêtés dans leur développement. Ne voyons-nous pas des animaux de ce genre passer une et même plusieurs années dans cet état ?
Enlin, dans des considérations intéressantes sur cette maladie, Chausit (5), interprète de Cazenave, dont l’opinion est aujourd’hui bien arrêtée, a combattu la manière de voir de Devergie sur le développement spontané de la gale, et a montré que c’est uniquement à la transmission de l’acarus qu’il faut l’attribuer.
La gale des animaux ne peut pas se communiquer à l’homme.
[Cette question de transmission a été et est encore discutée. Bourguignon la regardait il y a quatre ans comme impossible, et Leblanc considère même l’acarus du chien comme différent par sa forme de celui des hommes sur la peau desquels il ne pourrait vivre. Mais Ch. Robin, dans son étude spéciale sur le sarcopte de la gale humaine , pense qu’il faut se garder de croire qu’il ne puisse vivre que sur l'homme, et d’en faire autant d’espèces différemment nommées qu’il y a d’ani-
(1) Renuctil, thèse. Paris, 1830,
(2) Bourguignon et Dclafond, toc. cit.
(3) Monneret et Fleury, Compendium de médecine pratique, t. V, art. Insectes.
(â) Devergie, Huit. gèn. de thérap ., février 18A7, et Traité des maladies de lu peau , 3* édit., p. A64.
(5) Chausit, Traité élémentaire des maladies de la peau. Paris, 1833, p. 380.
AFFECTIONS ET .MAI, AIMES DE EA PEAU
maux susceptibles d’en cire atteints, comme l’ont fait quelques auteurs (1 i. De leur côté, Bourguignon et Delal'ond paraissent, contrairement à ce qu’ils pensaient d’abord, avoir établi aujourd’hui, « comme un fait constant et démontré la contagion de la gale des animaux carnivores (lion) et herbivores (cheval) à l'homme >», ainsi que l’influence de la débilitation et de la cachexie, comme condition première de la contagion, au moins chez les animaux (2).]
§ III. — Symptômes.
C’est dans les points du corps mis en contact avec un sujet affecté, et en particulier les poignets, les intervalles des doigts, qu’apparaissent les premiers symptômes. Chez les individus dont la peau des mains est endurcie, comme les forgerons, ceux qui travaillent aux acides concentrés, etc., c’est de préférence sur les bras, sur les aisselles, sur le ventre, sur la verge, qu’on les rencontre; c’est a la paume des mains chez les tailleurs, qui se servent de coussins de carreau communs à tous les ouvriers d’un atelier; aux fesses chez les enfants à la mamelle, ces parties étant en contact avec les mains et les avant-bras des nourrices. Ajoutons toutefois que, d’après les recherches de Piogey, on en trouve fréquemment sur toutes les autres parties du corps.
[Pendant que, chez l’homme, la verge est le lieu d’élection ; chez la femme, ce sont les mamelles.]
Les symptômes consistent d’abord en un prurit léger, qui augmente d’une manière notable vers le soir, et qui devient surtout intense pendant la nuit. La chaleur du lit, les boissons alcooliques, tout ce qui accélère la circulation, le rendent plus violent.
Bientôt apparaissent des vésicules plus ou moins nombreuses; elles sont petites, discrètes, aeuminées, transparentes à leur sommet. Si on les ouvre, il s’en écoule une sérosité transparente et visqueuse. Leur nombre est variable. Lu hiver, chez les individus faibles, âgés, il n’en existe guère que sur les points qui ont été soumis au contact; ainsi, on en voit quelques-unes disséminées entre les doigts, au poignet. L’été, au contraire, chez des individus sanguins ou lymphatiques, chez les femmes, les enfants, elles paraissent très- nombreuses. L’éruption peut s’étendre à presque tout le corps; toutefois, elle respecte toujours la face et le cuir chevelu.
Le prurit , dont l’intensité s’accroît avec l’abondance des vésicules, devient bientôt insupportable; les malades se grattent, déchirent les vésicules, dont le liquide s'épanche et se concrète en petites croûtes minces, peu adhérentes. Quelquefois les galeux se. grattent avec tant de violence, qu’ils font saigner le derme dénudé au fond des vésicules; il se forme alors de petites croûtes sanguines semblables à celles du prurigo.
J .es vésicules, qui ordinairement sont le premier symptôme local après le prurit, peuvent être précédées par des sillons; ceux-ci se présentent sous la forme de lignes ponctuées, noirâtres, longues de quelques millimètres; ce sillon a deux extrémités, une ouverte, déchiquetée, par où l’acarus a pénétré, et une autre fermée où l’ou voit un point blanc, c’est laçants; parfois ils sont, isolés, et il n’est
(1) Cli. Robin, Mém. cité {Mémoires de la Société de biologie, 3e série, t. I, p. 27).
(2) Bourguignon et Delafond, Çomptes rendus de lu Soc. de biologie, 2 ° série, année 185G. Fans, 1857 , t. 111, J'. 82.