‹ Guide du médecin praticien (volume 2)Chapitre 203 sur 494 · FAN US OU TEIGNE FANEUSE. — LÉSIONS ANATOMIQUES · texte numérisé non relu

FAN US OU TEIGNE FANEUSE. — LÉSIONS ANATOMIQUES

complètement le favus de P impétigo; dans ce dernier, en effet, les croûtes se reforment parun suintement plus ou moins abondant, mais sans qu’il y ait besoin de l’apparition de nouvelles pustules. Cette remarque, fondée sur une observation exacte, a une grande valeur pour le diagnostic.

L 'alopécie, qui est un effet constant de l’affection laveuse, offre ici un caractère particulier; c’est celui d’être incurable. Après la disparition des croûtes dans les points dégarnis de cheveux, la peau ne présente plus cet aspect bleuâtre, cette épaisseur, cette souplesse qu’elle a à son état normal ; elle a tous les caractères d’une véritable cicatrice.

Un prurit souvent incommode, quelquefois tellement intense que les malades se déchirent la peau avec les ongles, accompagne le porrigo favosa. Les enfants qui en sont atteints ont souvent la tête pleine de poux. Des excoriations douloureuses du cuir chevelu et l’engorgement lymphatique du cou sont fréquemment la conséquence de la maladie.

Le porrigo favosa ne donne pas lieu à des symptômes généraux dignes d’être notés; mais on a souvent signalé un arrêt de développement physique et moral chez les individus atteints de la teigne.

Enfin, il n’est pas rare de rencontrer dans les porrigo anciens des accidents dus àdes complications. En s’ajoutant au favus, ces complications, qui, le plus souvent, consistent en des éruptions d’eczéma , d 'impétigo, de pityriasis , aggravent nécessairement l’état du malade et obscurcissent parfois le diagnostic.

Le siège ordinaire du porrigo est le cuir chevelu; cependant on rencontre aussi des pustules faveuses sur tous les points du corps où il existe des poils. Cazenave a observé plusieurs cas où le porrigo était général , et, d’un autre côté, il l’a vu (1) souvent occuper uniquement, le scrotum , où il s’était déclaré spontanément.

§ IV. — Marche, durée, terminaison.

Le porrigo affecte une marche continue; à la chute des croûtes, il se fait une éruption de nouvelles pustules qui prolonge ainsi et entretient le mal.

Le favus a une durée indéterminée; il n’est pas rare de rencontrer des individus adultes affectés de cette maladie depuis les premières années de leur vie. La guérison, qui, dans ce cas, n’a lieu qu’au prix d’une alopécie au-dessus des ressources de l’art, est une terminaison rare du porrigo abandonné à lui-même; c’est à un traitement long et minutieux que cet heureux résultat est dû le plus souvent.

§ V. — Lésions anatomiques.

Différentes opinions ont été émises sur le siège anatomique du favus. Duncan et Baudclocque le plaçaient dans le bulbe pileux; d’autres regardaient l’affection comme une lésion des follicules. Letenneur (2) et Cazenave admettent que le favus a son siège à l’extrémité du conduit pilifère, dans cette gaine qui enveloppe et accompagne le poil depuis le bulbe jusqu’il sa sortie.

Dans ces derniers temps, Schœnlein, Link, Ilemak, Gruby (3), Leberl, ont

(1) Cazenave, Union médicale , 22 janvier 1852.

(2) Letenneur, Quelques recherches sur le favus , thèse. Paris, 1839.

(3) Gruby, Mémoire sur une végétation qui constitue la vraie teigne ( Comptes rendus de l'Académie des sciences, 1841, t. XIII;.

Valleix, 5e édit.

AFFECTIONS LT MALADIES DE LA PEAU

successivement, à l’aide du microscope, trouvé un champignon dans les godets faviques. Cazenave (1), qui a discuté ce point, a regardé cette opinion comme inadmissible; il s’est fondé sur la marche et le développement du favus, qui, en effet, il faut le reconnaître, offrent une série de phénomènes qu’on ne retrouve pas dans les productions parmi lesquelles Gruby voudrait ranger le porrigo; cependant il faut ajouter que cette opinion a été soutenue et développée depuis par Ch. Robin (2), Bazin (3), Hardy, etc.

[Bazin a reconnu en particulier que le parasite n’existe pas seulement dans les godets faviques, mais qu’il pénètre aussi dans l’épaisseur des cheveux dont il écarte les fibres, et il en a tiré cette conséquence thérapeutique, que l’extraction des cheveux est une condition nécessaire à la destruction de toutes les spores du végétal. ] -

S VI. — Diagnostic, pronostic.

Diagnostic . — En se rappelant les traits principaux de la description que nous avons donnée, il sera presque toujours facile d’arriver au diagnostic du favus.

Si on l’observe à l’état pustuleux et au début, on retrouvera cette petite pustule jaune, connue safranée, dépassant à peine le niveau de la peau où elle est comme enchâssée et déprimée à son centre, si différente de la pustule A' impétigo, saillante et globuleuse. D’un autre côté, les croûtes rugueuses, informes, ambrées, mollasses ou verdâtres, comme déposées à la surface de la peau, qui appartiennent à l’éruption impétigincuse, ne ressemblent pas à ces croûtes du porrigo favosa toujours sèches, comme soufrées, quelquefois d’un jaune gris, présentant la dépression en godet, et ordinairement traversées par un poil. L’alopécie, qui accompagne le favus, sera aussi un puissant moyen de diagnostic. Resterait enfin l’examen des cheveux au microscope qui révélerait l’existence de spores reproductices et de tubes végétatifs.

Quelquefois, comme nous l’avons déjà dit, l’agglomération des croûtes confondues entre elles rend obscure ou indistincte la forme caractéristique. Dans ces cas, il faudrait attendre, faire tomber les croûtes, et le développement de nouvelles pustules suivies des croûtes faveuses viendrait lever tous les doutes.

Pour compléter le diagnostic du favus, rappelons combien il diffère de l’eczéma, remarquable par sa forme squameuse et son suintement , et du pityriasis, caractérisé par une desquamation sans formation de croûtes (û).

[Lorsque les croûtes du favus offrent l’aspect plâtreux, il y a quelquefois une assez grande ressemblance avec certains cas d’anciens psoriasis capitis, dont les éléments sont cependant toujours plus adhérents que ceux du favus; d’ailleurs, le psoriasis de la tète est rarement isolé et, le plus ordinairement, il existe en même temps ou il a existé déjà des plaques psoriasiques aux coudes et aux genoux. ] Pronostic. — Si l’on songe à la longue durée du favus, à son influence sur la constitution, au danger de sa propriété contagieuse, à l’opiniâtreté avec laquelle il

(1) Cazenave, Traite des maladies du cuir chevelu. Paris, 1850, p. 222.

(2) Ch. Robin, Des végétaux parasites qui croissent sur l’homme et sur les animaux. Paris, 1853, in-8, avec atlas de 15 planches.

(3) Bazin, Recherches sur la nature et le traitement des teignes . Paris, 1853.

(4) Voyez aux articles qui concernent ces maladies, et pour les maladies parasitaires, aux articles Teigne tonsurante et Teigne pelade (t. V, p. g 1 7 et 021).

Page 1