FA VUS OU TEIGNE FAVEUSE. — TRAITEMENT
résiste souvent aux agents thérapeutiques, à l’alopécie qui en est alors une conséi quence inévitable, on ne saurait s’empêcher de le regarder comme une affection grave et qui réclame toute la sollicitude du médecin. Il faut, le plus promptement possible, faire disparaître une maladie qui fait, des sujets qui en sont atteints, un objet de dégoût pour tout le monde et une source de contagion pour ceux qui les approchent.
§ VII. — Traitement.
Deux indications essentielles, qui consistent : 1° à empêcher la formation des croates , 2Ü à produire l'épilation , composent la méthode le plus généralement employée aujourd’hui, et celle dont les succès sont le plus nombreux. Elle est ondée d’ailleurs sur l’étude anatomique du favus. On sait, en effet, que l’avulsion du cheveu enlève, pour ainsi dire, toute prise à la maladie. La guérison doit donc résulter de l’avulsion des poils sans qu’il y ait destruction ou altération du bulbe, puisqu’au bout d’un temps donné, la maladie doit cesser complètement de se produire faute d’aliment. »
Calotte. — L’emploi de la calotte (fig. 65), affreux Flü- os. — Culotte des teigneux, moyen, abandonné aujourd’hui à cause des souffrances atroces qu’il détermine, atteignait ce but. Il consistait dans le mélange suivant :
Farine de seigle 125 grain. | Vinaigre blanc 1000 gram.
Mettez sur le feu, et agitez ; puis ajoutez :
Dculocarbonate de cuivre en poudre 15 grain.
Faites bouillir doucement pendant une heure, et ajoutez :
Poix noire I aa 10- „ram ! I’»ix de Bourgogne 180 gram.
Résine ) 0 |
Quand tout est fondu, ajoutez :
Élhiops antimonial en poudre 180 grain.
Agitez, puis étendez sur de la toile.
Après avoir préalablement ramolli et fait tomber les croûtes par des cataplasmes , et coupé les cheveux avec des ciseaux le plus ras possible, on appliquait cet emplâtre sur le cuir chevelu , et on l’y laissait séjourner et sécher.
Trois ou quatre jours après, on l'enlevait brusquement et à contre-poil , puis on en mettait un second , que l’on arrachait après le môme intervalle de temps. On renouvelait ensuite l'emplâtre de deux en deux jours, ayant soin de raser la tôte lorsque cela paraissait nécessaire. On continuait cette opération si cruelle pendant plusieurs mois, et chaque pansement enlevait une certaine quantité de cheveux.
Bretonneau et Trousseau ont su rendre ce moyen exempt de douleur et de tout i inconvénient, et ont obtenu de bons résultats à l'hôpital de Tours (1).
(1) Bretonneau et Trousseau, Du traitement de la teigne par l'emploi de la entott» [bulletin de thérap., t. XXXIV, mai 1848).
AFFECTIONS ET MALADIES DE LA PEAU
« La substance emplastique dont on fait usage est un mélange de diverses résines, de farine et de vinaigre, clans les proportions suivantes :
Tfi Farine de seigle 110 gram. Résine de térébenthine 48 gram.
Poix de Bourgogne 124 gram. Vinaigre blanc l«r,250
Poix-résine 96 gram.
» Ces proportions ne sont pas sans doute absolues. Elles peuvent être changées suivant telle ou telle indication particulière; mais ce ne sont pas celles qu’on emploie le plus communément, et qui se trouvent dans un grand nombre de formulaires. On obtient ainsi un mélange de couleur jaunâtre, brunissant à l’air, de consistance assez molle pour qu’on puisse l’étendre très-facilement comme une pommade un peu épaisse.
» L’emplâtre bien préparé, on coupe de petits morceaux de toile en forme de demi- côtes de melon, de véritables triangles isocèles par conséquent, et cl’une grandeur telle que leur pointe étant placée au sommet de la tète, leur base arrive à son pourtour. On les couvre d’une couche un peu épaisse de l’emplâtre-calotte. On coupe alors les cheveux bien exactement, et, pour plus de facilité, avec des ciseaux courbés sur le plat. Il est tout à fait inutile de raser la tête : il serait souvent impossible ou dangereux de le faire. On applique alors sur le cuir chevelu les morceaux de linge recouverts de l’emplâtre, en ayant soin de poser leur pointe sur le sommet de la tête, en sorte que tous partent du même point, et que leur base, formant autour de la tête une même ligne circulaire, ils constituent une véritable calotte à côtes.
» Pour maintenir les pièces de l’appareil exactement appliquées, on placera avec avantage autour de la base une bande de sparadrap de la largeur du doigt et assez longue pour faire une ou deux fois le tour de la tête.
» L’appareil ainsi formé se dessèche bientôt. On l’enlève tous les cinq ou six jours pour le renouveler exactement de la même manière. Dès que les cheveux grandissent, on les coupe et avec les mêmes précautions, de façon à les maintenir constamment bien ras.
» L’appareil s’enlève ordinairement sans douleur, ce qui se comprend très-bien, les cheveux ayant été préalablement coupés. Si pourtant on produisait le moindre tiraillement douloureux, il suffirait, pour le faire cesser bientôt, de mouiller l’appareil. On renouvelle d’ailleurs très-régulièrement les applications jusqu’à ce que la maladie ait complètement disparu.
» Il est facile de voir que celte médication, malgré l’analogie qu’elle a avec l’ancienne, en diffère pourtant essentiellement. Ici point d’arrachement violent des cheveux; tout se réduit à une application topique médicamenteuse. »
C’est à peu près le même procédé qu’a préconisé Henriette (1); seulement, ce médecin n’applique que quelques bandelettes à la fois et à distance les unes des autres, la douleur étant plus vive quand elles sont rapprochées; lorsque l’épilation est complète dans ces points, il met de nouvelles bandelettes dans d autres parties î c’est, à proprement parler, une épilation graduelle.
Samuel Plumbe avait conseillé, pour éviter les affreuses douleurs de la cari) Henriette, Bulletin yen, île thérapeutique , 15 octobre 1852.
FaVUS Oü TEIGNE FAVEUSE. — TRAITEMENT.
I lotte, d'épiler les cheveux un à un à l'aide de petites pinces. Cette opération i trop longue quand le favus’cst un peu étendu, est elle-même douloureuse lorsque I les cheveux adhèrent encore à leurs bulbes. Elle était généralement abandonnée I lorsque Bazin (1) l’a reprise en la modifiant et la rendant plus facile et moins dou- I loureuse.
Frictionner pendant quelques jours les parties que l’on veut épiler, avec 1 X huile de cade , une pommade alcaline , V huile de noix d'acajou incorporée à 1 l’axonge, etc.
Épilation avec une pince à mors.
Immédiatement, lotion savonneuse et imbibition avec une solution de sublimé, 3 à 5 grammes pour 500 grammes d’eau.
Continuer les lotions avec le sublimé pendant trois ou quatre jours, matin et : soir, puis les remplacer par des onctions avec la pommade suivante :
Axonge 500 grain. | Acétate de cuivre ......... 1 gram.
S’il survient une éruption pustuleuse, on se borne à vider les pustules en les perçant avec une épingle. . ,
Si de petits godets faviques reparaissent, recommencer le traitement plusieurs fois. (Bazin.)
[Duchesne-Duparc, qui range le favus dans les gourmes, sa troisième classe des dermatoses, adopte le traitement du favus tel qu’il est indiqué par Bazin, et déclare qu’il n’y a point de guérison sans épilation (2). J
Méthode des fr'eres Mahon. — On coupe les cheveux à deux pouces du cuir chevelu, afin de pouvoir les faire tomber plus facilement avec le peigne; ils détachent ensuite les croûtes avec du saindoux, ou à l’aide de cataplasmes de farine de graine de lin; puis ils lavent la tête avec de Veau de savon. Ces onctions et ces lotions sont répétées avec soin pendant quatre ou cinq jours, jusqu’à ce que le cuir chevelu soit nettoyé. C’est alors que commence le second temps du traitement, qui a pour but d’obtenir lentement et sans douleur l’avulsion des cheveux sur tous les points où le favus s’est développé.
On fait tous les deux jours des onctions avec une pommade épilatoire. Ces onctions doivent être continuées plus ou moins longtemps, selon que la maladie est plus ou moins invétérée. Les jours où l’on ne met pas de pommade, on passe à plusieurs reprises un peigne fin dans les cheveux, qui se détachent sans douleur.
Après quinze jours de ces pansements, on sème dans les cheveux une fois par semaine, quelques pincées d'une poudre épilatoire ; le lendemain, on passe le peigne dans les cheveux sur les points malades, et l’on y pratique une nouvelle onction avec la pommade épilatoire. Ces onctions doivent être continuées plus ou moins longtemps, selon la gravité de la maladie.
On continue ainsi pendant un mois ou un mois et demi. On remplace alors la première pommade épilatoire par une seconde faite avec du saindoux et une poudre épilatoire plus active, avec laquelle on pratique également des onctions sur tous les points affectés, pendant quinze jours ou un mois, suivant la gravité de la maladie. Après ce terme, on ne fait plus ces onctions que deux fois par semaine,
(1) Bazin, toc. cit.
(2) Duchesne-Duparc, Traité pratique des dermatoses. Paris, 1859.
jusqu’à ce que les rougeurs de la peau aient entièrement disparu. Les jours où l’on ne fait pas usage de la pommade, on peigne le malade une ou deux fois, ayant soin de ne pas trop appuyer le peigne, qu’on imprègne de saindoux ou d’huile.
Cazenave, qui a expérimenté une foule de moyens, nous apprend que la méthode Mahon est celle qu’il a vue réussir le plus constamment ; aussi n’hésite-t-il pas à formuler son opinion sur ce traitement de la teigne de la manière suivante :
« Il est évident pour moi que les succès de cette méthode, dérivée de la calotte, sont dus à l’épilation d’abord, et ensuite aux soins minutieux et réguliers dont les frères Mahon entourent les malades qui leur sont confiés. Dans cette conviction, j’ai fait procéder depuis quelque temps dans mon service au traitement de la teigne suivant des errements analogues : ainsi je fais oindre et saupoudrer alternativement les places malades avec une pommade ou une poudre épilatoire. En employant ce moyen avec persévérance, et surtout en faisant nettoyer et peigner avec soin les enfants, j’ai obtenu des résultats vraiment remarquables, mais pas encore assez nombreux et assez complets. » Ce jugement d’un médecin aussi versé dans la thérapeutique des maladies cutanées nous donne la mesure de la valeur de la méthode épilatoire.
La pommade et la poudre épilatoire des frères Mahon sont, comme on le sait, encore un secret ; elles ont pour base des préparations alcalines, et surtout la chaux. Rayer conseille de se servir dans le même but de la pommade suivante :
Sous-carl). de pot. ou de soude, h à 8 gr. | Axonge 30 grain.
Si la peau est enflammée, il veut qu’on la lave avec la solution suivante :
'y. Sous-carbonate de potasse.. . 8 gram. | Eau 1000 gram.
Quant aux autres méthodes, la plupart consistent dans l’emploi des moyens journellement mis en usage dans le traitement des maladies chroniques qui affectent la peau ou le cuir chevelu. Cazenave dit avoir souvent employé avec avantage les préparations alcalines pour nettoyer le cuir chevelu, les douches sulfureuses légères, les lotions acidulées soit avec le vinaigre , soit avec Y acide nitrique , soit avec Y acide chlorhydrique ; il a aussi employé sous la même forme la dissolution de sulfate de zinc , de cuivre , de nitrate d'argent , de sublimé.
Biett, le premier, a expérimenté à l’hôpital Saint-Louis une pommade dont lïodurede soufre faisait la base, et il a obtenu des succès remarquables. Après avoir employé pendant longtemps les émollients et les alcalins, il faisait frictionner, matin et soir, la tête du malade avec la pommade suivante :
Iodure de soufre 4 gram. ) Axonge 30 gram.
Alphée Cazenave dit avoir souvent recours à cette méthode avec succès, en y ajoutant toutefois l’usage des lotions alcalines.
A cette pommade on pourrait en joindre une foule d’autres qui ont été vantées. INous citerons seulement les plus accréditées, celles, par exemple, où 1 on a incorporé le soufre, le calomel, Yoxyde de manganèse, le poivre, la suie, Y onguent citrin, etc., etc.
La cautérisation a été préconisée dans le traitement du favus. Ce moyen, qui ne saurait convenir quand la maladie est très-étendue, ne doit être appliqué que partiellement et sur des surfaces très-limitées. On comprend à quels inconvénients
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pourrait entraîner l’oubli de celle précaution dans l’emploi d’un agent aussi énergique, D’ailleurs les preuves qu’on a fournies en faveur de ce moyen ne sont encore ni assez concluantes ni assez nombreuses.
Affre(l) prescrit les bains de mer froids pendant dix minutes, deux fois par jour, avec aspersion d'eau de mer sur la tète. Il cite une observation de guérison par ce traitement, et annonce qu’il lui a également réussi dans d’autres cas : « Il faut préalablement, dit-il, faciliter la chute des croûtes par des cataplasmes et produire une dérivation au moyen d’un vésicatoire au bras. »
Le traitement par l'acide acétique, proposé par Wigan (2), doit trouver place ici. Voici l’exposé qui en a été fait (3) et qui suffira pour en donner une idée.
Traitement de Wigan. — Cette méthode consiste d’abord à raser la tète en laissant subsister un cercle de cheveux, si toutefois ils n’offrent pas des traces évidentes d’altération. 'NYigan emploie ensuite, comme moyen explorateur, l'acide acétique concentré, étendu de trois parties d’eau ; cette première application a pour effet de rougir la peau dans les endroits malades, même dans ceux qui, au premier abord, paraissent parfaitement sains. Chacun de ces endroits, ainsi devenus rouges, est humecté au moijen d’une petite éponge fixée au bout d’une baguette et imbibé d'acide acétique concentré pur. A la suite de ces cautérisations, il se forme une eschare ; cette eschare augmente de volume, et dès qu’elle est complètement desséchée, on peut la détacher, en ayant soin cependant de ne pas l’enlever lorsque la peau sous-jacente est encore à vif. Les cheveux poussent ensuite ; si cependant ce résultat n’était pas obtenu, on devrait employer d’autres applications, quoiqu’il y ait des inconvénients à les répéter trop souvent.
[ Hardy résume, de la manière suivante, le traitement du favus, tel qu’il est actuellement employé le plus ordinairement à l’hôpital Saint-Louis :
« 1° On se débarrasse des croûtes du favus et d’impétigo qui recouvrent la tête, à l’aide de cataplasmes, de bains ou de lotions émollientes. Au bout de cinq ou six jours, les croûtes tombent, et le cuir chevelu présente un coloration rouge et une ulcération superficielle ressemblant assez à celle qui succède à la chute des croûtes d’eczéma.
» 2° L’épilation constitue la seconde partie du traitement. Pour la rendre plus facile, on coupe les cheveux, en leur) laissant une longueur de 2 à 3 centimètres seulement ; pour qu’elle soit moins douloureuse, Bazin fait étendre préalablement une couche d’huile de cade sur les parties malades, avec la pensée de diminuer, par ce moyen, la sensibilité du cuir chevelu et de faciliter l’extraction des poils
» L’épilation se pratique a l’aide de pinces à mors larges, en ayant soin de ne saisir pas plus d’un ou deux cheveux à la lois, pour éviter de les briser, ensuite on exerce la traction dans le sens de l’implantation des cheveux : de cette façon, la douleur est moindre et l’extraction plus facile. Les cheveux doivent être arrachés sur toutes les parties malades, mais il n’est pas nécessaire de pratiquer cette opération dans une seule séance. On épile chaque jour dans une étendue de 3 à
(1) AtTre, Union médicale, 17 février 1852.
(2) Migan, Journal fur Kinder krunkheiten, mars 1844
(3) Ann. des malad. de la peau, t. 1, p. 350.