MÉTRORRHAGIE. — MARCHE, DURÉE, TERMINAISON
\rloing (1), et que Roche a cités dans son ouvrage (2). Dans le cas cité par Picqué, la métrorrhagie revenait tous les jours à six heures du matin, et dans celui qu’a rapporté Arloing, l’hémorrhagie avait le type tierce; toutes les deux cédèrent h l'emploi du quinquina. Les faits de ce genre sont très-rares.
Il faut prendre garde de se laisser tromper par une circonstance que nous avons déjà mentionnée, et de regarder toujours comme une métrorrhagie intermittente une hémorrhagie utérine dans laquelle le sang ne s’écoule pas constamment au dehors. Il peut arriver, en effet, qu’il se forme un caillot assez volumineux pour arrêter l’écoulement, le suintement continuant à se faire dans la cavité de la matrice. En pratiquant le toucher, on voit bientôt-la cause de cette suspension momentanée, et en retirant le caillot, on donne issue au sang qui s’était accumulé.
La durée de l’hémorrhagie utérine est des plus variables. Lesmétrorrhagiesque l’on appelle aiguës n’ont qu’une durée de quelques jours; celles qui ont reçu le nom de chroniques peuvent se prolonger pendant un temps fort long, avec les intermittences, soit complètes, soit incomplètes, que nous avons indiquées plus haut. La ménorrhagie peut exister à un tel degré qu’il n’v ait que sept ou huit jours d’intervalle entre chaque époque menstruelle. On a noté d’ailleurs des nuances infiniment nombreuses.
Gendrin a remarqué qu’il n’est pas un seul exemple authentique de métrorrhagie idiopathique qui se soit terminée par la mort. Requin a néanmoins vu une jeune fille chlorotique succomber à la suite de métrorrhagies abondantes qui ne reconnaissaient pas pour cause une lésion organique; et nous avons vu, en 1852, une jeune femme mourir d’une métrorrhagie très-abondante, par le seul fait de la perte de sang. La proposition de Gendrin n’en est pas moins exacte d’une manière générale. Dans les cas de métrorrhagie symptomatique d’une lésion organique, la perte de sang peut hâter la terminaison fatale en débilitant considérablement la malade; c’est aussi dans les cas de ce genre qu’on a vu se produire quelquefois des hémorrhagies foudroyantes. Lorsque les malades ne suivent pas un traitement convenable, lorsqu’elles font des excès, et que les parties génitales sont fréquemment excitées, il n’est pas rare de voir la métrorrhagie, qui a commencé d’une manière aiguë, prendre une marche chronique.
Suivant beaucoup d’auteurs, lorsque l’hémorrhagie se prolonge, elle tend à produire une maladie chronique fort grave, c’est-à-dire le cancer de l’utérus. Lorsque nous aurons à parler de cette dernière affection, nous discuterons avec soin cette question importante; nous nous contenterons de dire ici qu’il résulte de l’examen attentif des faits, que, dans les cas où l’on a vu apparaître le cancer, une exploration minutieuse aurait pu en faire reconnaître l'existence, dès que la première hémorrhagie utérine s’est manifestée ; et s’il est quelques cas dans lesquels on a conservé des doutes à cet égard, ce que nous observons dans les cancers des autres organes suffit pour les lever; car, dans l’estomac, dans l’intestin, dans le poumon, jamais on ne voit une hémorrhagie, quelque prolongée qu’elle soit, produire un cancer, tandis que, dès le début, cette lésion organique peut donner lieu à des hémorrhagies fort graves.
Mais quelques anatomo-pathologistes ont avancé que des caillots retenus dans
(1) Arloing, Journ. gèn. deméd. Paris, 1816.
(2) Roche, Sanson et Lenoir, Nouveaux éléments de pathologie médico-chirurgicale, 4° édition. Paris, 1844, t. Il, p. 48.
MALADIES DES FEMMES
les sinus utérins ou résultant du sang extravasé peuvent s’organiser d’abord, puis se transformer en cancer.
§ VI. — Lésions anatomiques.
On a trouvé le tissu de l’utérus spongieux, mou, imbibé de sang; quelquefois même il est noirâtre, friable, comme pulpeux, semblable, selon l'expression de Duparcque, à une rate engorgée et ramollie. Mais nous devons faire observer que dans les descriptions que nous ont données les auteurs, il s’agit de métrorrhagics de nature très-diverse, et que l’on n’a pas assez distingué les cas. Quelquesuns ont principalement eu en vue la métrorrhagie survenant après l’accouchement. Quant aux cas où l’hémorrhagie est symptomatique du cancer, on trouve, outre les signes d’engorgement sanguin, les lésions propres à cette affection (voy. Cancer de l’utérus). [ Dans les cas d’épistaxis utérines apparaissant au début des pyrexies ou des phlegmasies, l’examen nécroscopique a permis à Gubler (1) de trouver tantôt des ovaires exempts de toutes traces de fertilité, tantôt une hémorrhagie récente dans une vésicule déjà ancienne et dégénérée, tantôt enfin un corps jaune avancé dans son évolution et caractéristique d’une ponte, de beaucoup antérieure à la dernière exhalation sanguine : c’est sur ces données nécroscopiques qu’est, en grande partie , fondée la distinction des véritables règles et des métrorrhagies (épistaxis utérines) qui peuvent les simuler au début des fièvres et des i phlegmasies.]
§ VII. — Diagnostic, pronostic.
Lorsque l’hémorrhagie survient en dehors de l’époque des règles, ou assez longtemps après la cessation complète des menstrues, il n’est pas douteux qu’il existe une métrorrhagie. Mais il est souvent difficile de dire si, aux époques menstruelles,, l’écoulement sanguin reste dans les limites physiologiques, ou s’il faut le considérer comme une métrorrhagie. Il arrive, en effet, assez fréquemment, que les femmes voient leurs règles continuer un, deux ou trois jours de plus qu’à l’ordinaire, sans que l’on regarde cette prolongation comme morbide. Où commencera donc l’état pathologique? Grisolle veut que l’on ait seulement égard à l'influence que l'hémorrhagie exerce sur les principales fonctions. C’est là un moyen de diagnostic qui n'est pas sans valeur; mais il ne faudrait pas s’en exagérer l'importance. Il n est pas rare, en effet, de voir des femmes qui ont, pendant dix et quinze jours, des pertes utérines, médiocrement abondantes, sans en éprouver de dérangement notable : doit-on regarder ces hémorrhagies comme entièrement physiologiques, bien que l’on sache que ces femmes n’ont habituellement leurs règles que pendant trois, quatre et cinq jours? On tiendra à la fois compte, et de l’abondance du sang qui s’écoule, et de la durée de l’hémorrhagie, et clés effets produits par elle sur l’économie; on arrivera, de cette manière, à un diagnostic précis.
Il est un autre diagnostic bien plus important : c’est celui qui consiste à déterminer les conditions organiques clans lesquelles se produit l'hémorrhagie. Si elle n’a lieu qu’aux époques menstruelles, si elle n’est pas extrêmement abondante, et si, après elle, il ne reste aucun symptôme du côté de l'utérus, on peut présumer qu’il s’agit d’une simple métrorrhagie essentielle. Si, au contraire, c’est en dehors
(I) Gabier, toc. cit., p. 188.