‹ Guide du médecin praticien (volume 2)Chapitre 22 sur 494 · MÉTRO RRHAGIE. — DIAGNOSTIC, PRONOSTIC · texte numérisé non relu

MÉTRO RRHAGIE. — DIAGNOSTIC, PRONOSTIC

de l’époque des règles, surtout lorsque les femmes sont dans leur temps critique, ou, à plus forte raison, lorsqu’elles l’ont passé depuis un certain temps, et si après l’hémorrhagie il reste de la pesanteur dans le bassin, un écoulement jaune ou rougeâtre, avec amaigrissement et débilitation, on doit supposer l’existence d’une affection organique. L’examen par le toucher et le spéculum viendra d’ailleurs lever les doutes qui pourraient rester encore.

L’espèce d’hémorrhagie utérine la plus difficile à diagnostiquer avec précision est celle qui est liée à la chlorose , et sur laquelle Trousseau a spécialement appelé l’attention des médecins. Il y a, en pareil cas, pâleur de la lace, palpitations, douleurs, en un mot les signes de la chlorose, quoique les menstrues soient très-abondantes; mais nous savons combien les signes de l’anémie consécutive aux pertes de sang se rapprochent de ceux de la chlorose : c’est au point que plusieurs auteurs ne distinguent pas ces deux états morbides l’un de l’autre ( l) ; il faudrait donc évidemment établir principalement ce diagnostic sur les renseignements fournis par la malade. Si l’état de langueur, de faiblesse, si la pâleur, les palpitations, etc., ont précédé les menstrues trop abondantes, on n’aura aucun doute, il s’agira d’une rnétrorrhagie chlorotique. Si l’état général a coïncidé avec la première apparition des menstrues trop abondantes, le cas devient plus difficile; et alors, comme dans les cas où les symptômes de chlorose n’ont été manifestes ni avant l’apparition de la maladie ni h son début, c’est à l’influence du traitement qu’il faudra demander la . solution de cette question difficile.

Nous avons dit, à propos de la terminaison, ce qu’il y a de plus important relativement au pronostic , et nous venons d’y joindre quelques nouvelles considérations à propos du diagnostic. Nous ajouterons que Lisfranc considère la rnétrorrhagie comme une cause de stérilité, ce qui est loin d’être inadmissible, mais ce qui a besoin d’être confirmé par de nouvelles observations.

[ Le diagnostic des métrorrhagies (épistaxis utérines) qui se montrent parfois au début des pyrexies et des phlegmasies, est d’autant plus important qu’elles peuvent simuler les règles. Les caractères distinctifs qui, selon üubler, peuvent être utilement interrogés en pareils cas, reposent sur « la brièveté excessive de l'intervalle séparant les prétendues règles intempestives de la dernière époque cataméniale régulière, brièveté qui ne permet pas de croire à la maturation précoce d’un ovule; l’apparition d’écoulements sanguins chez des femmes non menstruées, soit en vertu de leur idiosyncrasie, soit parce qu’elles parcourent l’une des périodes du cycle fonctionnel de la reproduction : la grossesse ou la lactation ; l’absence des symptômes précurseurs ou concomitants d’une menstruation proprement dite; le retour précis de la menstruation durant la maladie ou dans la convalescence, à une date correspondant à la dernière époque menstruelle proprement dite. »

Quant au pronostic, « il est généralement sans intérêt, puisque la métrorrhagie symptomatique, rarement inquiétante, n’empêche pas le retour des règles de s’effectuer quelquefois, même avant la cessation des phénomènes morbides. L’art n aurait à intervenir que si l’hémorrhagie utérine devenait assez abondante pour constituer une complication (2). » ]

(1) Voy. tome I, article Anémie, p. 488, et Chlorose, p. 494.

(2) Ad. Gubler, toc. cit., p. 188.

MALADIES DES FEMMES

§ VIII. — Traitement.

Pour exposer d’une manière convenable le traitement de la métrcrrhagie, il faut nécessairement établir trois catégories. Dans la première, nous rangeons les hémorrhagies assez abondantes pour mettre la vie en danger ; dans la seconde, nous parlerons de ces métrorrhagics que l’on a appelées actives ou aigues , et dans lesquelles on observe principalement la congestion de l'utérus; dans la troisième, enfin, il sera question de la métrorrhagie dite chronique. Les autres distinctions établies plus haut viendront se ranger sous ces trois chefs.

1° Métrorrhagie assez abondante pour mettre la vie en danger. — Il est fort rare qu’une métrorrhagie survenant hors de la parturition soit assez abondante pour mettre la vie en danger; ce n’est guère que dans les conditions où l’on observe les hémorrhagies constitutionnelles , que l’on a à craindre un pareil accident; cependant, comme on a cité quelques cas de ce genre, il importe d’indiquer la conduite à tenir en pareille circonstance.

Emissions sanguines. — Lorsque l’hémorrhagie a été assez abondante, on ne peut guère être disposé à enlever encore une plus ou moins grande quantité de sang aux malades déjà anémiées ; ce moyen ne saurait donc être mis en usage qu’au début de ces hémorrhagies qui s’annoncent comme très-violentes, et dans lesquelles l’examen de l’utérus fait reconnaître un engorgement sanguin considérable.

Dès longtemps la saignée générale a été pratiquée dans la métrorrhagie, et elle* est encore aujourd’hui conseillée par la plupart des auteurs; mais tous ne veulent pas que l’on y procède de la même manière. Les uns veulent que l’on enlève rapidement une grande quantité de sang par la veine, de manière à faire tomber la malade en faiblesse. Ce moyen a réussi dans quelques cas, mais il ne faut pas l’établir en règle générale. Si la femme est forte et pléthorique, on peut y avoir recours ; mais il faut toujours se régler sur la quantité de sang qu’elle a déjà perdue. Lazare Rivière (1) recommande, d’après Hollerius (2), de faire de grandes saignées, mais en retirant le sang par jets interrompus , ce que l’on pratique en plaçant le doigt sur l’ouverture de la veine et en le retirant alternativement. L’expérience ne nous a rien appris sur l’efficacité de ce procédé. Enfin d’autres médecins préfèrent pratiquer une très-petite saignée, et y revenir à des intervalles rapprochés, soit en rouvrant la veine, soit en pratiquant une autre ouverture ; mais cette pratique est plus souvent suivie dans les cas où l’abondance du sang est médiocre et où la maladie dure depuis plusieurs jours.

Des sangsues, en plus ou moins grand nombre, appliquées à l’hypogastre, aux aines, aux lombes, sont conseillées lorsque les signes de congestion violente vers l’utérus se font remarquer, et dans les mêmes circonstances on applique des ventouses scarifiées sur les mêmes points.

Ventouses sèches. — Un moyen qu’il faut rapprocher du précédent consiste dans l’emploi des ventouses sèches. Tout le monde connaît l’aphorisme dans lequel Hippocrate (3) conseille l’usage de ces ventouses. Il veut qu’on les applique sur les

(1) Lazare Rivière, Praxis metlicœ , lib. XV, cap. ni : De flux. mens, immod.

(2) Hollerius, Comment., aphor. 50, sect. v.

(3) Hippocrate, Œuvres complètes, traduites par Littré, t. III, Aphorismes, sect. v, aphor. 50.

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mamelles, et la sympathie bien évidente qui existe entre ces organes et 1 utérus ,st cn effet un motif d’agir ainsi; mais si le cas l’exige, on doit multiplier les ven-

mu’ses et les appliquer sur la partie antérieure de la poitrine, sur les hypochon-

dres etc. On a, dans ces derniers temps, cité des cas où les ventouses de Junod ont arrêté des métrorrhagies assez inquiétantes; c’est aux bras qu’on les a appliquées r Des instruments très-divers ont été tour à tour préconisés pour rendre facile l’application des ventouses, et rapide le but qu’on se propose : le petit appaeil que construit Capron est d’un usage très-com- -

mode; il se compose d’une boule de caoutchouc munie de deux soupapes, l’une aspirante, l’autre foulante; cette boule est adaptée à un verre à ventouse inuni d’un robinet. Quand on veut se servir de l’appareil, on saisit la boule à pleine main, et on la presse en plongeant les doigts de manière à mettre en contact les deux faces internes. Le verre est alors appliqué sur les téguments.

L’élasticité du caoutchouc permet à la boule de «reprendre son volume primitif, dès qu’on cesse la «pression; par conséquent, le vide se fait sous la cloche. La disposition des soupapes est telle qu’il n’est pas besoin de retirer la cloche pour faire le uvide de nouveau; en effet, la soupape inférieure ; ferme la cloche, tandis que la soupape supérieure permet à l’air contenu dans la boule élastique de 's’échapper au dehors; de cette manière, on peut 'presser la boule à plusieurs reprises, et faire un vide aussi complet que possible.]

Ligature des membres. — La ligature des membres est aujourd’hui bien rarement pratiquée; on y avait recours autrefois plus fréquemment, comme on peut le voir dans l’ouvrage de Rivière; mais ce moyen, que l’on ne doit employer que dans es cas où la perte a été extrêmement abondante, ne trouve guère son application que dans la métrorrhagie puerpérale, dont nous n’avons pas à nous occuper ici.

Compression de l'aorte. — La même remarque s’applique à la compression de l’aorte, qui a réussi dans des cas graves : c’est dans les liémorrhagies survenues à la suite de l’accouchement qu’elle a été mise cn usage, et l’on comprend les difficultés que l’on éprouverait à l’exercer dans d’autres circonstances.

Révulsifs. — C’est encore dans le but de détourner de la matrice la fluxion sanguine, que l’on emploie les révulsifs. Ainsi on prescrit des frictions irritantes sur le dos, les lombes, les épaules, la partie antérieure de la poitrine. On peut employer pour cela un Uniment ammoniacal , le suivant par exemple :

'if Ammoniaque liquide 5 gram. | Huile d’olive 30 gram.

Mêlez.

Ou bien encore le liniment suivant :

“2f Huile d’olive 30 gram. | Huile de croton tiglium 2 gram.

Mêlez.

Fig. 10. — Ventouse à succion continue.

MALADIES DES FEMMES

Sur les mêmes points, et dans le même but, on applique des vésicatoires volan 'X ou des sinapismes. L’utilité réelle de ces moyens est loin d’être démontrée ave précision. Or, nous avons vu plus haut que les femmes pouvaient se trouver dan un état d’excitation très-grand; on ne serait donc pas autorisé, vu l’efficacité hypej thétique de ces moyens, du moins dans les cas graves dont il s’agit ici, à les mettr en usage en pareille circonstance, au risque d’augmenter beaucoup cet état d’ex citation nerveuse dans lequel se trouvent les malades.

Les manuluves sinapisés agissent de la même manière que les moyens qu viennent d’être indiqués.

Application du froid. — L’application du froid est un des plus puissant moyens que l’on puisse diriger contre les hémorrhagies utérines trop abondantes De tout temps on y a eu recours contre ces hémorrhagies, aussi bien que coutr celles qui ont leur siège dans d’antres organes, et ici nous trouvons plusieurs point par lesquels nous pouvons faire agir le froid sur l’utérus. Sur l’hypogastre, oi applique des compresses trempées dans l’eau de puits, dans l’eau glacée, et fréquemment renouvelées, ou mieux encore, de la glace renfermée dans une vessie Par le vagin on fait parvenir sur le col utérin des injections d’eau froide, et enfin on administre des lavements froids. Ce dernier moyen ne doit pas être négligé ; car, en remplissant le rectum d’un liquide froid, on agit sur le corps de l’utérus la plus faible distance possible. Il faut recommander à la malade de conserver la lavement pendant quelques minutes, et de le réitérer dès qu'il est rendu, si le caJ paraît l’exiger. Quant aux injections, Gendrin fait remarquer, avec raison, qui c’est la manière dont le froid agit le moins bien, parce que d’abord la surface sui laquelle il est porté est la moins considérable, et qu’ensuile la température du liquide est bientôt élevée par le mélange du sang avec lui.

Il ne faut pas oublier, dans l’application du froid, cette sympathie des mamelles et de l’utérus que nous avons rappelée à propos de l’application des ventouses, et en même temps qu’on agit par les applications sur la matrice, on doit employer les moyens précédemment indiqués pour attirer le sang vers les mamelles. Quelques auteurs néanmoins ont vu l’application subite de la glace sur les mamelles suspendre une métrorrhagie, par suite de l’espèce d’ébranlement général que produit la soustraction immédiate du calorique dans ces organes sensibles.

Les affusions froides et Y immersion dans un bain froid sont des moyens qu’on n’emploie que dans les cas les plus graves, et lorsque le danger est imminent. On doit en mesurer l’action sur l’état des forces de la malade. On commence, dans les cas de grande faiblesse, par une ou deux affusions ; puis on passe à l’immersion plus ou moins répétée, et enfin, si les forces le permettent, on laisse la malade dans le bain froid , pendant cinq, dix, quinze minutes. Userait imprudent de prolonger davantage ces bains.

Topiques astringents et styptiques. — Pour les applications faites sur l’hypogastre et même pour les injections dans le rectum, il suffit de l’eau froide ou de la glace: les topiques styptiques et astringents n’auraient pas, en effet, d’action bien grande par cette voie indirecte: c’est donc pour les injections pratiquées dans le vagin qu’on a aujourd’hui presque exclusivement recours aux liquides dont il s’agit. Cependant les auteurs des derniers siècles ont mis en usage plusieurs de ces

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topiques, appliqués sur l’hypogastre ou sur le périnée. Rivière recommande d’abord des fomentations avec un liquide dont voici la formule :

Racine de bistorte \

— de tormenlille. . . aa 15 gram.

Écorce de grenadier. . . . ) feuilles de plantain. . ... I aa une p0jgn£e> — de centinode . . . j

Faites bouillir dans :

Feuilles de thlaspi bursaj

pastoris > aa une poignée.

— de prêle ;

Noix de cyprès. 30 gram.

Eau ferrée et gros vin

Pour fomentations fréquentes sur l’hypogastre.

500 gram.

Rivière recommande aussi d’appliquer sur le pubis une éponge qu'on a fait > bouillir dans le vinaigre , et divers onguents et liniments, qui tous excitent plus ou moins violemment la peau.

Aujourd’hui, on ‘se contente de prescrire des injections répétées plusieurs fois par jour, avec des liquides styptiques ou astringents; les suivantes, par exemple :

'if Eau d’orge 50 gram. | Vinaigre 100 à 150 gram.

Mêlez.

ou bien

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