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DESCRIPTION GÉNÉRALE

sieurs médecins, et du sentiment contraire laissé par l’examen des faits dans l’esprit de plusieurs autres, il nous est impossible de donner une description classique de la chromidrose. Nous présenterons ici l’exposé succinct des faits, tels que les ont vus Le Roy de Méricourt et quelques autres médecins; puis, nous passerons en revue les interprétations physiologiques proposées pour expliquer le phénomène ; les détails fournis par l’examen microscopique, et enfin, les moyens à l’aide desquels les malades peuvent être convaincus de simulation. Dans cet exposé, nous voulons, du reste, sans rien préjuger, nous borner absolument à indiquer les faits et les objections qu’ils ont rencontrées ou soulevées.

§ III. — Description générale (t).

« La chromidrose peut se montrer subitement, sans cause déterminante appréciable, au milieu des apparences de la santé; mais, le plus souvent, chez les femmes, il existe depuis un temps variable un état de chloro-anémie, de la dysménorrhée ou de l’aménorrhée, et les conséquences ordinaires des troubles de la menstruation. Dans les trois cas observés jusqu’ici chez Y homme, la santé générale avait été profondément débilitée antérieurement.

» Les régions atteintes successivement, sont, par ordre de fréquence : les paupières inférieures, les supérieures, les joues, le front, les ailes du nez, toute la face, la région sternale, la poitrine, le ventre, presque toute la surface antérieure du corps, les mains. Jamais les oreilles n’ont présenté la sécrétion colorée. »

La couleur de la sécrétion anormale varie suivant les cas, et quelquefois, chez un même sujet, du noir profond au bleu indigo. Dans presque tous les cas, il y a à peu près égalité de ton entre les deux côtés, quand les taches occupent des régions symétriques et qu’elles ont été sécrétées depuis le même temps.

Lorsque la sécrétion colorée n’occupe que les paupières, elle imprime à la physionomie un aspect très-différent, suivant les cas, suivant les époques, chez un même sujet. Si la teinte est peu foncée, si elle ne couvre qu’une zone étroite près du bord ciliaire des deux paupières inférieures, l’effet produit n’est pas disgracieux, le regard peut en acquérir plus d’éclat; circonstance qui a porté quelques observateurs à invoquer la coquetterie féminine comme mobile de la chromidromanie. Mais, si les quatre paupières sont couvertes d’une couche d’un noir profond; si le front, les joues, toute la face enfin prend cette couleur, l’effet produit est horrible, et dès lors, il n’est plus possible d’invoquer un artifice de coquetterie.

Si, dans un petit nombre de cas, la santé générale a continué à être normale depuis comme avant l’apparition de la chromocrinie, il est loin d’en être de même pour tous. Les symptômes morbides concomitants, signalés par les différents observateurs, sont les suivants: une toux sèche, quinteuse, dont aucune lésion appréciable à l’auscultation ne pouvait rendre compte; des hémoptysies; des déjections contenant une matière colorante (?); une céphalalgie intense; la sensation du froid aux extrémités inférieures.

Les taches formées par 1 exsudation colorée sont généralement noires lorsque la sécrétion est abondante, ou qu’elle est restée un certain temps exposée à l’air, sans avoir été essuyée. Quand elle est peu abondante, récemment produite, elle donne aux surfaces qu’elle recouvre, surtout sur leurs limites, une teinte bleue plus ou

(t) Description empruntée au travail cité de Le Roy de Méricourt, p. 116.

AFFECTIONS ET MALADIES DF, LA PEAU

moins foncée. En examinant avec soin, et de près, les portions de la peau anormalement colorées, on voit qu’elles sont recouvertes comme d’une légère efflorescence qui rappelle celle qui se trouve sur certains fruits. Si la transpiration est assez abondante pour les humidiûer sensiblement, elles peuvent alors avoir un aspect luisant.

En examinant les taches à la loupe, on voit que les corpuscules colorés sont surtout accumulés dans les plis de flexion de la peau, disposition qui, sur les paupières supérieures, paraît due aux mouvements de clignement de ces voiles membraneux. Les plis de flexion sont alors dessinés en noir bleuâtre par des lignes d’une délicatesse extrême, surtout si l’on vient à tendre légèrement les téguments. Ce sont aussi les mouvements des paupières qui font que des amas de matière colorée se rassemblent vers l’angle interne de l’œil, près du bord ciliaire.

En promenant la pulpe d’un doigt, à nu ou enveloppée d’un linge blanc et fin, on enlève une très-légère quantité de matière colorante. Un linge mouillé d’eau ne parvient pas, même h l’aide d’un frottement assez énergique, à rendre à la peau son aspect ordinaire. La glycérine permet de charger plus fortement de substance colorante le linge fin qui en est imprégné, mais la tache ne disparaît pas encore entièrement; il reste une nuance d’un noir bleuâtre due à une innombrable quantité de petits points noirs, qui donnent à la surface l’aspect qu’offre la peau du menton fraîchement rasée chez les hommes à barbe noire et bien fournie.

L’huile seule, jusqu’ici (excepté dans un cas), a permis de nettoyer rapidement et parfaitement la peau. Après un lavage bien fait avec cette substance grasse, il est impossible de retrouver, en examinant à l’aide d’une forte loupe, le moindre corpuscule noir.

Souvent les surfaces qui sont le siège de la c/iromocrinie , sont d’une sensibilité exagérée, accusée spontanément par les malades elles-mêmes. La surface essuyée est aussi plus facilement congestionnée que ne le seraient les paupières d’autres personnes, par suite d’un frottement aussi léger. Sous l’influence de ces deux phénomènes, sensibilité et hypérémie, les yeux se remplissent de larmes et le clignement devient très-énergique et très-fréquent.

Dans presque tous les cas, il existe un développement exagéré du réseau veineux cutané superficiel, et les paupières inférieures, surtout, sont parcourues par des veines bleues très-apparentes.

Au bout d’un temps très-variable (depuis quelques minutes jusqu’à douze et vingt-quatre heures, plusieurs jours même), la matière colorante reparaît, en quantité égale ou moindre, suivant que la maladie est récente ou ancienne, que les règles sont sur le point de paraître ou ont paru; toutes les causes susceptibles de congestionner momentanément le visage, paraissent avoir une influence accélératrice sur la rapidité de la sécrétion, du moins dans la plupart des cas. Quelquefois, la matière colorante se manifeste d’abord sur un point très-limité, pour s’étendre de là peu à peu et occuper, au bout d’une ou plusieurs heures, les portions de téguments habituellement envahies. Cette réapparition spontanée est le symptôme caractéristique.

Pour peu que la sécrétion soit abondante, un linge huilé, promené quelques instants sur les paupières anormalement colorées, offrira des marques semblables à celles qui résulteraient du nettoyage d’une cheminée de lampe quia fumé.

CtinOMIDROSE. — DESCRIPTION GÉNÉRALE.

La matière exsudée a une grande puissance colorante : si, après avoir promené sur les régions noircies un pinceau imprégné de glycérine, on exprime une goutte de ce liquide, et qu’on place sur un papier blanc la lamelle de verre sur laquelle on l’aura déposée, on obtient une coloration d’un gris bleuâtre. Et cependant, la même goutte, examinée au microscope, ne présente que des corpuscules colorés, disséminés au milieu du liquide. Si le pinceau a été trempé dans l’huile, la goutte qu’on en exprime est d’un noir profond. Si l’on réunit dans un godet de porcelaine le résultat de plusieurs lavages des paupières, on peut obtenir ainsi une assez grande quantité de matière qui, par le repos, se sépare en partie du corps gras; et, si celle-ci est recueillie récemment et nouvellement sécrétée, elle se présente, au microscope, sous l’aspect de corpuscules (fig. 67) de dimensions très-variables, ayant toujours l’apparence lamelleuse, ressemblant à des fragments brisés d’une couche très-mince de vernis desséché. Les formes de ces corpuscules sont on ne peut plus variées; mais, d’une manière générale, ou ce sont de petits bâtonnets, ou ce sont des fragments, très-sinueux sur leurs bords, rappelant les contours des îles sur les cartes géographiques.

« Un léger mouvement imprimé à une des plaques de verre fait reconnnaître que ces points colorés ne sont pas le résultat d’agrégats fortuits de granulations; les courants qui s’établissent dans le liquide entraînent les lamelles et les bâtonnets qui nagent en présentant leurs faces. Si la substance colorante n’est pas restée trop longtemps au contact de l’air, la coloration de la très-grande majorité des corpuscules est d’un bleu indigo très-foncé, presque noire sur presque toute leur étendue, tandis que les bords, mieux éclairés ou plus minces, ayant une certaine ransparence, sont d’un bleu plus clair.

» En parcourant, avec attention, la gouttelette de glycérine colorée, placée sous le microscope, on rencontre, en nombre variable, suivant les personnes qui ont fourni la substance, et suivant les jours, chez une môme personne, des corpuscules ordinairement très-petits, ayant les formes décrites déjà, mais d’une coloration bleu d'azur (1). Si lés corpuscules sont déposés et retenus agrégés sur des lambeaux d’épiderme, ce qui arrive assez souvent, leur coloration est noire ou presque noire. Si l’on n’a pas eu le soin d’étendre assez la matière colorante, ou si l’on dépose sur la plaque de verre un de ces amas dont nous avons parlé, ou si l’on a recueilli la substance en raclant la paupière à l’aide d’un corps dur, on ne voit alors qu’une masse amorphe complètement opaque et d’un noir profond, qui a tous les caractères physiques d’un amas de noir de fumée ou de charbon (2). »

(1) « On ne pourra pas objecter la présence de particules colorées voltigeant dans l’almosphère et venant se déposer sur la peau, car on trouverait également des corpuscules rouges, jaunes ou de toute autre nuance. D’ailleurs, on rencontre aussi des fibrilles colorées de differents tissus, parfaitement reconnaissables et ne pouvant être, en aucun cas, cause d’erreur. » (Le Roy de Méricourt.)

(2) Le Roy de Méricourt, /oc. cil., p. 115-124

Fin. G7. — Matière colorante recueillie récemment cl nouvellement sécrétée. (Le Roy «le Méricourt.)

§ IV. — Marche, durée, terminaison.

Excepté dans un cas (l), « la chromidrose a toujours débuté par les paupières inférieures. Plusieurs fois, chez les personnes qui ont présenté des intermittences dans le phénomène de la sécrétion colorée, son retour était précédé par le gonflemenl du réseau veineux sous-cutané, ainsi (pie par cette teinte bleuâtre ou bistrée qui caractérise l’état cerné des paupières. )f exsudation peut, en quelques jours, atteindre le maximum d’intensité et les limites qu’elle ne dépassera pas ; elle est alors ordinairement bornée aux paupières inférieures et à une petite portion de la partie supérieure des joues : ou bien, commençant par une zone étroite, peu foncée, près du bord ciliaire, elle gagne peu à peu les paupières supérieures et inférieures, le front, une partie des joues. En augmentant, la teinte devient de plus en plus sombre, à mesure que le dépôt coloré est plus abondant ; dans tous les cas, les paupières inférieures paraissent être le siège d’élection. Enfin, dans quelques occasions (2), après s’être montrées d’abord sur celte région, les taches gagnent la figure presque entière et des portions très-étendues de la surface cutanée. Quand l'affection marche vers sa terminaison, en même temps que Y exsudation diminue, que les teintes s’affaiblissent, les taches se restreignent et finissent par n’occuper, en dernier lieu, que le point primitivement envahi, pour disparaître tout à fait.

» Le plus souvent, une fois le phénomène apparu, il dure un certain temps, en n’offrant que des variations dans l’intensité de la coloration; mais, d’autres fois, il y a des intervalles plus ou moins longs, pendant lesquels la peau reprend son aspect ordinaire. L’approche des règles, l’état de grossesse, ont semblé, dans quelques cas, agir comme causes déterminantes du retour des taches.

» La durée de la sécrétion accidentelle est très-variable. Par les observations où elle a été indiquée, on voit qu’elle oscille entre quelques mois et plusieurs années (3). »

Souvent la terminaison a coïncidé avec la cessation des troubles généraux de la santé et surtout avec le retour des règles; la menstruation a pu cependant se rétablir ou continuer régulièrement, sans qu’il y ait eu de rapports appréciables avec la chromidrose; et, d’ailleurs, les deux cas observés chez l’homme par A. Duval, d’une part, et d'une autre, par Godefroy, de Hochas et Coindet, sont venus enlever beaucoup de l’influence qu’on aurait pu rapportera l’aménorrhée (4).

Dans le fait publié par Lecat, la cessation de la coloration a coïncidé avec une sueur abondante et une desquamation assez sensible. Le Roy de Méricourt a remarqué aussi une légère desquamation chez les personnes qui offraient des intermittences plus ou moins longues.

§ V. — Etiologie.

L’apparition de la chromidrose, uniquement chez les femmes, pendant la période d'activité de l’utérus, avait fait penser à Le Roy de Méricourt qu’on pour-

(1) Celui qu’a publié Kirchberg.

(2) Observations publiées par Lecat, Teevan, Bousquet, Billard.

(3) Le Roy de Méricourt, toc. cit., p. 124 et 125.

(U) Le Boy de Méricourt, Mémoire sur ta coloration 'partielle, en noir ou en bleu , de la peau chez les femmes (Arch. gin. de méd., 1857, t. II, p. 449).

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