CHR0M1DR0SE. — ÉTIOLOGIE
rrail trouver dans les troubles des fonctions de la génération des conditions étio- 1 logiques; niais, comme il le remarque lui-même, dans un travail ultérieur, cette donnée a perdu naturellement de sa valeur, depuis qu il a été constaté que la sécréffion colorée des paupières avait pu se montrer chez deux hommes âgés de plus de quarante ans. Aujourd’hui, l’auteur déclare que, dans l’état actuel, « il est impossible ' d’arriver à la connaissance des causes de celte bizarre affection » qu’on appelle la < chromidrose. Du tableau analytique des observations consignées dans son dernier r mémoire (1), il ressortirait cependant, suivant lui, « d’une manière évidente, que I le sexe féminin est de beaucoup plus prédisposé à cettq affection, depuis l’àgc de (quinze ans jusqu’à la trentième année ».
La présence des taches dont nous avons emprunté la description à Le Roy de Méricourt, a soulevé de graves questions d’étiologie. Pour ceux qui, comme lui,
■ voient dans la chromidrose une secrétion anormale , par les orifices cutanés , i d'une matière colorante d'un bleu foncé , ayant des caractères microscopiques propres , il reste à décider encore s’il n’v a, dans les différentes observations i recueillies, qu’une seule espèce de chromocrinie. En effet, tandis que Erasmus Wilson (2), Ncligan (3), Barensprung (h), E. Gintrac (5), considèrent la coloration , anormale comme due à une hypersécrétion des follicules sébacés , et la rangent dans les affections de la peau, sous le nom de stearrhœa nigricans ou nigrescens , ou sous celui de mélastéarrhée ; les faits observés par Le Roy de Méricourt, iMacker, Kirchberg, Biaise, etc., seraient, selon ces auteurs, dus à une exsudation simple de matière colorante.
Mais, à part l’intérêt qui s’attacherait à élucider la question sous ces deux derniers points de vue, il existe, sur l’origine des taches de chromidrose, des différences d’interprétation beaucoup plus importantes. En admettant qu’il s’agisse bien d’une sécrétion sébacée, il reste encore à rechercher la cause de la présence d’une matière noire ou bleue dans le produit de sécrétion : or, ici, Barensprung admet que ce sont les poussières tenues en suspension dans i atmosphère qui , en adhérant à la couche sébacée , lui communiquent la teinte noire. Cette manière de voir a pris, au sein de la Société médicale des hôpitaux de Paris, une extension plus grande encore, et l’on a été amené à considérer les taches de la chromidrose comme étant artificielles et résultant des tentatives habiles de la simulation. Nous devons borner là l’indication des conditions étiologiques de la chromidrose (6) ;
(1) Le Roy de Méricourt, Mémoire sur la chromhiclrose ou chromocrinie cutanée. Paris, 1 86 A , p 127.
(2) Erasmus Wilson, Diseuses oftheSkin. London, 1857, et The student's book of cutaneous medicine and Diseuses of the Skin. London, 1865, p. 463. (Sous le nom de chromidrosis , E. Wilson décrit un état qui consiste dans une altération chimique de la sueur et dans l’élimination, par la peau, d’un principe coloré qui se développe dans l’organisme. La perspiration noire, décrite sous le nom de stearrhœa nigricans, « peut être considérée comme un exemple de celte affection » ; mais l’expression chromiclrosis sert aussi, dans le livre de E. Wilson, à désigner des perspirations très-différentes de couleurs, bleues, vertes, jaunes.
(3) Neligan, On the peculiar black discoloration of the Skin of the face ( Dublin quarterly Journal, may 1855).
(4) Barensprung, Die Hautkranklieiten. Erlangen, 1859, p. 45.
(5) E Gintrac, Cours de pathologie interne, t. V, art. Mélastéarrhée. Paris, 1859.
(6) Ajoutons, cependant, que, selon Auzias-Turenne ( Gazette des hôpitaux du 6 juin 1861 ) , la matière colorante pourrait provenir d’un déplacement partiel du pigment de l’œil sur les paupières.
008 AFFECTIONS ET MALADIES DE LA PEAU
nous avons résumé la description donnée par Le Roy de Méricourt, qui, ainsi que plusieurs autres médecins, considère la chromocrinie cutanée comme une véritable affection du tégument externe ; nous indiquerons, au paragraphe suivant, les substances colorantes diverses qui ont pu ou qui pourraient servir h produire les taches (pie Le Roy de Méricourt considère comme d’origine pathologique; et, soit (pie la chromidrose existe réellement, soit qu’elle n’existe pas, nous rappellerons les conditions dans lesquelles, suivant cet auteur, on doit se placer pour être à l’abri de l’erreur.
§ VI. — Diagnostic.
« Il n y a pas lieu d’établir le diagnostic entre les taches qui nous occupent et l’ecchvmose des paupières ; ce n’est qu’à grande dislanceseulemenl, qu’il pourrait y avoir un moment d’indécision. »
La reproduction spontanée des macules, d’une manière appréciable, au bout d’un certain temps, sur la région préalablement ramenée à son état normal, serait certainement la garantie la plus irrécusable de la réalité de la chromidrose, si la constatation du phénomène n’offrait pas des difficultés d’observation imputables à la simulation.
En dehors des renseignements puisés dans l’ordre moral, voici, selon Le Roy de Méricourt, par quels moyens le médecin, mis en présence d’une personne dont les paupières sont noires, pourra arriver à dissiper tout soupçon de supercherie.
Les troubles de la santé générale n’ont rien de caractéristique, et l’examen des taches, en raison de leurs caractères variables, ne peut avoir qu’une valeur accessoire. Il sera cependant très-important de constater, s’il y a lieu, que la surface colorée anormalement est terne, non luisante, ne donnant pas l’idée d’une couche liquide ou huileuse; que le duvet de la peau n’est nullement coloré. On écartera ainsi, d’une manière à peu près certaine , selon Le Roy de Méricourt, la possibilité de l’usage d’un cosmétique coloré (1), et en particulier d’un corps gras.
On devra, en même temps, s’assurer qu’il n’existe pas de réserve de matière colorante^gglutinant les cils. Decbambre (2) a fait connaître, en effet, qu’on peut produire artificiellement, sur soi-même, les taches de chromidrose, à l’aide d’une réserve d’un mélange de cold-cream et de noir de fumée, déposée entre les cils de la paupière supérieure, et déplacée ensuite par un clignement particulier des paupières. On notera l’injection du réseau veineux sous-cutané; et l’on fixera, enfin, les limites de la surface atteinte.
Si l’intervention de l’huile, pour nettoyer complètement la peau, a été nécessaire, on n’aura plus à mettre en question toutes les substances colorantes solubles dans l’eau, ni celles qui;, à l’état pulvérulent, peuvent adhérer à la peau (poussière de charbon).
On recherchera si, à l’aide du doigt, ou d’un linge sec, on ne peut pas agrandir à volonté les limites de la tache.
Quand on voudra nettoyer les surfaces, pour les soumettre à l’épreuve de la reproduction spontanée, il faudra le faire assez complètement, pour qu’à l’aide d’une bonne loupe, il ne soit pas possible de voir , sur aucun point, le moindre corpus-
(1) Nous indiquerons plus loin les cosmétiques que Ton considère comme pouvant servir à la simulation.
(2) Dechambre, Société médicale des hôpitaux (Union médicale , 1861).