‹ Guide du médecin praticien (volume 2)Chapitre 212 sur 494 · CHR0M1DR0SE. — DIAGNOSTIC · texte numérisé non relu

CHR0M1DR0SE. — DIAGNOSTIC

cule noir. Celle épreuve ne peut, du reste, être réellement tentée que lorsque, la maladie étant récente et la sécrétion fort active, un temps très-court suffît au phénomène pour se renouveler.

Les personnes qui présentent les taches bizarres qui nous occupent, lorsqu’on voudra les soumettre à l’épreuve de la reproduction spontanée, devront être surveillées avec le plus grand soin. Ad. Gubler (1) a fait connaître, en effet, une lettre h lui adressée par Spring (de Liège), dont la sagacité, ainsi que celle de plusieurs de scs collègues, avait été mise en défaut par une très-habile jeune fdle.

On a proposé, pour échapper h toute tentative de supercherie, l’emploi d’un sac de gaze, qui, enveloppant la tête et le cou, serait parfaitement scellé à la nuque (Cabasse et Magnin).

Après avoir vainement cherché à rendre impossible toute supercherie, Spring et ses collègues, ayant nettoyé le visage de leur malade avec le plus grand soin, avaient vu la coloration anormale reparaître au bout d’un quart d’heure, et, dans une autre séance, au bout d’une heure. Ils eurent alors l’idée d’appliquer, le soir, une couche de collodion sur la surface parfaitement ramenée à l’état normal, et5 le lendemain, ils retrouvèrent, non pas au-dessous, mais au-dessus d’elle la substance colorée (charbon). La matière noire était donc appliquée extérieurement.

L’épreuve du collodion est donc de nature à mettre à l’abri des supercheries ; elle a, en outre, l’avantage d’économiser le temps, de ne pas fatiguer le sujet, et de s’accommoder parfaitement aux cas où la sécrétion a besoin de huit, dix, vingtquatre heures , pour se reproduire d’une manière appréciable. Mais si cette épreuve, aussi simple, est suffisante lorsque la matière colorante, déposée sur l’endroit desséché, peut s'essuyer, et n’est nullement mélangée au vernis; il ne sera plus possible de conclure, lorsque les deux faces de l’enduit siccatif seront retrouvées intactes. Deux hypothèses sont alors admissibles : pour ne pas être surpris, le malade qui simulait, s’est abstenu de déposer la substance colorante pendant le temps qu’a duré l’épreuve ; ou bien, l’application du vernis a empêché la sécrétion de se faire. Pour obvier à cette dernière chance d’erreur, Le Roy de Méricourt propose d’interposer, à la peau et au collodion, une autre couche d’un autre liquide qui empêche une adhérence trop intime du vernis et de l’épiderme.

On nettoiera parfaitement la surface en expérience avec un linge huilé; on s’assurera, à la loupe, qu’il ne reste plus de molécules colorées dans les sillons et les plis de flexion; on essuiera avec un linge fin et sec; on humectera légèrement la même surface avec un peu d’eau, en dépassant sensiblement les limites que l’on désire donner à la couche de collodion (2) et l’on appliquera successivement, à l’aide d’un pinceau, plusieurs couches de cette substance. Quand on désire enlever la lamelle du vernis desséché, on peut se servir du bec d’une plume, et l’on arrive parfois à détacher toute la couche, d’une seule pièce, qu’on porte alors sous le microscope, entre deux lames de verre. « Dans le cas de chromidrose vraie , il ne faut pas s’étonner, ajoute Le Roy de Méricourt, si, après avoir enlevé la lamelle de collodion, on trouve toute la substance colorante adhérant à la face cutanée de la couche de vernis; et si la portion de peau qui en était recouverte, reparaît, à

(1) Ad. Gubler, Société médicale des hôpitaux, séance du 28 août 1861 ( Union médicale, 1er octobre 1861).

(2) On devra préférer au collodion ordinaire le collodion élastique, qui, à l’avantage de

AFFECTIONS ET MALADIES DE LA PEAU

très-peu près, avec sa coloration normale. » On devra, du reste, examiner , en outre, à l’aide du microscope, sur laquelle des faces de la lamelle transparente se trouve déposée la matière de la chromidrose.

Restent enfin, comme derniers moyens de contrôle , l’examen chimique et l’examen microscopique. Pour recueillir la matière colorante, on aura recours à un pinceau imprégné de glycérine, si l’on ne veut obtenir que de petites quantités. Si, au contraire, pour des essais chimiques, on veut obtenir une assez grande quantité de liquide fortement coloré, les paupières devront être lavées, chaque jour, à l’aide d’un pinceau trempé dans l’huile et exprimé ensuite sur un godet de porcelaine. L’éther, qui ne dissout pas la matière colorante, servira à l’isoler.

Nous bornerons, là les indications sur les procédés d’exploration relatifs au diagnostic. L’exposé des renseignements complémentaires fournis par l’examen microscopique ou par les essais chimiques nous entraînerait trop loin, et nous renverrons le lecteur à l’étude qu’ont faite de cette question Ad. Gubler, Ch. Robin (1) et Ordonez (2). Rappelons seulement que les substances qu’on a reconnues comme pouvant servir à la simulation, sont : le charbon porphyrisé, la poudre de chasse , le koheuil ou pyrrhomée et le noir de fumée , la poussière de talc , le réseau d'azur.

§ VII. — Pronostic et traitement.

«Le pronostic de la chromocrinie , envisagé seulement au point de vue de Yexsudation colorée et des stigmates qui en résultent, n’a de gravité que sous le rapport de l’aspect désagréable qu’elle imprime à la physionomie. Si l’affection est récente, si les taches ont peu d’étendue, si son apparition paraît étroitement liée à une altération de la santé et surtout de la fonction menstruelle, chez les femmes, il y a lieu d’espérer que la durée ne sera que très-courte, et qu’en ramenant la régularité dans la menstruation, on verra disparaître, en même temps, Yexsudation colorée. Mais s’il y a persistance du phénomène, malgré le retour à la santé, si les mois se succèdent sans amener aucune amélioration dans l’état local et sans qu’il y ait la moindre intermittence dans la sécrétion de la matière colorante, on peut craindre qu’elle ne dure indéfiniment.

» Les troubles généraux qui ont précédé ou accompagné, dans un certain nombre de cas, Yexsudation colorée, perdront beaucoup de leur gravité apparente, si l’on se rappelle que, jusqu’à présent, ils n’ont jamais été suivis de mort, qu’ils ne dépendaient d’aucune lésion organique appréciable, qu’ils n’ont eu qu’une durée temporaire, et qu’ils étaient, le plus souvent, une dépendance de l’état de chloroanémie ou de dysménorrhée concomitante. »

Chez trois jeunes femmes, atteintes de chromidrose et observées par Le Roy de Méricourt, il y avait en même temps affaiblissement de la vue , circonstance qu’il

tirer d’une manière moins gênante la surface sur laquelle on l’applique, joint encore celui de s’enlever un peu plus facilement, quoique toujours par très-petits fragments qui se roulent sur eux-mêmes. (Le Roy de Méricourt, loc. cit., p. 108 et 109. )

(1) Ch. Robin, Examen microscopique et chimique clés substances colorantes polluant servir à simuler la chromocrinie (in Le Roy de Méricourt, loc. cit., p.* 135), et Observations phi/sico-chimiques des échantillons de substance colorante (Ibid., p. 146).

(2) Ordonez, Note sur la matière noire de la chromidrose ou sueur bleue (in Le Roy de Méricourt, loc. cit.. p. 160).

Page 1