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F(C. 70. — Vitiligo mélasraique. (D. M. Lévi, observation recueillie à l'hôpital militaire du Val-de-Grâce. )
VITILIGO. — ÉTIOLOGIE, ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE PATHOLOGIQUES. 6ô7 § m. — Diagnostic, pronostic.
« Le diagnostic du vitiligo n’offre en général aucune difficulté, surtout lorsqu’il est simple; dans ce cas, il ne peut être confondu avec aucune autre affection cutanée. Les taches vitiligues pourraient être méconnues dans le cas où, à côté d’elles, se trouveraient des taches mélaniques; mais la comparaison des taches blanches avec les parties saines de la peau, s’il en existe, suffira pour faire reconnaître l’achrome.
» Si toute la surface du corps était malade, couverte en partie de taches mélasmiques, en partie de vitiligo, l’examen microscopique des poils pourrait seul éclairer le diagnostic ; sur les parties blanchies par la maladie on trouvera des poils plus fins, plus soyeux et privés de pigment. » (Lévi.)
Pronostic. — « La marche du vitiligo est essentiellement chronique, sa durée indéterminée : quelquefois il reste stationnaire pendant plusieurs années pour reprendre son cours sous l’influence d’une cause quelconque; d’autres fois il s’arrête, rarement il rétrograde.
» Il ne compromet, du reste, ni l’existence, ni le jeu régulier des fonctions. Tout en étant le plus souvent l’indice d’un état général plus ou moins suspect, il ne doit pas inspirer de craintes sérieuses »; mais il n’en constitue pas moins une difformité qui peut devenir désagréable dans les relations sociales.
§ IV. — Etiologie, anatomie et physiologie pathologiques.
« On a longtemps cru, et c’est encore l’opinion de quelques pathologistes, que le vitiligo congénital se rencontrait exclusivement chez les hommes de race noire (1); mais la science possède aujourd’hui plusieurs observations authentiques d’Européens nés avec des taches vitiligues. »
Les conditions étiologiques tirées des différences de races étant écartées, on a pensé que le séjour de la mère dans un lieu obscur et humide pouvait provoquer cette difformité chez le fœtus. On a fait intervenir aussi des causes d’ordre moral: affection particulière, pendant la grossesse, pour certains animaux au pelage bigarré de blanc et de noir (2); passions tristes, impression morale vive.
Le vitiligo congénital, toujours partiel (Lévi), atteint les enfants mâles et ceux du sexe féminin. « On le rencontre dans les pays chauds comme dans les climats tempérés, chez les blancs et les mulâtres aussi bien que chez les noirs.
» Si l’on a signalé quelquefois, chez les personnes atteintes de vitiligo congénital, un tempérament lymphatique, ou bien une constitution peu robuste, jamais il n’a été fait mention de l’altération de la vue, de la faiblesse de l’intelligence, ni de la disproportion des membres, qui sont les attributs de l’albinisme. » (Lévi.)
On a donné diverses raisons pour expliquer la production des taches du vitiligo accidentel. Benjamin Rusch, en particulier, ayant remarqué que, chez un nègre, des taches vitiligues avaient commencé au point où les vêtements exerçaient une certaine pression, et là où le travail produisait un resserrement, crut devoir attribuer
(1) « On désignait sous le nom de pies, les nègres qui naissaient avec une ou plusieurs taches blanches sur une partie quelconque de leur corps. « (Lévi.)
(2) Père Gumilla, Histoire île l’Orénoque, 1. 1, p. lût).
à une action mécanique (1) la disparition du pigment qui, d’après lui, serait absorbé par les vaisseaux lymphatiques. Quelques auteurs ont mis en cause les commotions morales vives; cependant, dans les observations, il paraît y avoir eu simple concomitance, plutôt qu’influence immédiate des émotions morales.
D’après Bazin, le vitiligo se produirait dans trois circonstances différentes: 1° chez les syphilitiques; 2" chez les arthritiques; 3° chez les enfants et les jeunes gens qui paraissent exempts de tout vice constitutionnel.
Voici, du reste, relativement à l’étiologie, les conclusions auxquelles Lévi est arrivé en analysant trente-sept observations de l’affection qui nous occupe :
« Le vitiligo atteint les deux sexes, mais il est plus fréquent (3 : 1) chez l’homme que chez la femme; — il se produit chez les individus de race caucasique aussi bien que chez ceux de race noire, dans une proportion qu’on ne saurait encore déterminer; — rare dans la première enfance, il apparaît souvent de dix à vingt ans, et se produit encore avec une certaine fréquence jusqu’à soixante ans; — il peut atteindre les fortes, les moyennes et les faibles constitutions; — aucun tempérament n’en est exempt, mais le tempérament bilieux paraît y prédisposer plus que tout autre; — les individus à teint brun en sont plus souvent atteints que ceux dont la peau renferme normalement peu de pigment; — on le rencontre en Europe, en Asie, en Afrique, en Amérique; — aucune profession ne paraît y prédisposer spécialement: mais les personnes que leur position sociale expose aux irritations cutanées ou soumet à des conditions hygiéniques susceptibles de produire un affaiblissement général de la constitution, y sont plus sujettes que les autres; — les impressions morales vives ne produisent pas le retrait subit de la matière colorante de la peau; — la disposition à contracter un vitiligo peut se transmettre des parents aux enfants, mais ne se transmet pas nécessairement; — un vitiligo congénital ou une première atteinte de vitiligo accidentel, loin d’être des causes d’immunité, favorisent le développement de l’achrome; • — les causes qui provoquent l’hyperchromie de la peau favorisent également le développement des taches vitiligues; et, parmi ces causes, la syphilis occupe une place importante, soit qu’elle agisse comme cause spécifique, soit comme débilitant de la constitution (2). »
Anatomie pathologique. — Sur une jeune fille européenne, très-brune, qui présentait en plusieurs points du corps de larges taches de vitiligo, la mort ayant
(1) Sans dire que le vitiligo se produise sous l’empire de la même cause. Rayer rapporte avoir vu souvent le pigment disparaître à la suite d’une pression lente et prolongée exercée par un bandage herniaire.
(2) Souvent aussi, selon les remarques d’Addison et de Trousseau sur la maladie bronzée (voy. notre tome I, p. G35), «à côté des places colorées en brun plus ou moins foncé, on en trouve d’autres d’une couleur non-seulement plus claire, mais d’un blanc mat, véritables taches de vitiligo, se mélangeant avec les taches bronzées, comme s’il y avait un déplacement de la matière pigmentaire, se déposant dans un point du tégument et en abandonnant d autres. » (A. Trousseau, Clinique médicale de V Hôtel-Dieu, 2e édition, t. II, p. 677.)
A l’appui de l’opinion qui attribue à la syphilis une influence sur la production de quelques cas de vitiligo, Lévi ( loc . cit., p. 28) rappelle, entre autres faits, celui dans lequel Aug.- Alex. Pillon [Des exanthèmes syphilitiques , thèse inaugurale. Paris, 1857, p. 23) a trouvé de larges plaques de vitiligo sur le ventre d’une femme atteinte de roséole syphilitique . « Il existe aussi, à la Nouvelle-Grenade et au nord de l’Amérique, une maladie connue sous le nom de carate. Cette afl'eclion, que beaucoup de pathologistes considèrent comme liée à la syphilis, produit à la peau les changements de couleur les plus variés ; mais, le plus souvent, elle produit des taches d’hyperchromie et d’achromie. Au dire des habitants du pays, elle noircit les blancs et blanchit les noirs. » (Lévi.)