‹ Guide du médecin praticien (volume 2)Chapitre 215 sur 494 · Y [TI LIG O. — TRAITEMENT · texte numérisé non relu

Y [TI LIG O. — TRAITEMENT

permis d’examiner l’état de la peau, [Simon (de Berlin) en a fait l’étude au microscope. Sur des portions de peau qui avaient conservé la coloration brune, on a trouvé dans le rete de Malpighi une grande quantité de grains de pigment passablement foncé, et quelques cellules remplies de petits granules pigmentaires. Au niveau des taches blanches, il ne fut pas possible de découvrir une trace de pigment; le derme ni l’épiderme ne présentaient non plus la moindre altération, soit dans leur épaisseur, soit dans leur structure.

Chez un homme de cinquante- neuf ans, atteint de vitiligo et de maladie de foie, Parkes a trouvé du pigment dans l’épithélium du péritoine, et rien aux capsules surrénales. Le sang, examiné au microscope, ne paraissait contenir ni pigment libre, ni corpuscules blancs en excès.

Le même liquide, recueilli chez trois autres malades (1), a été examiné par Lévi, sans qu’il ait été possible d’y découvrir de traces de pigment ou de modifications dans la proportion des globules rouges et blancs. Dans trois cas, les poils blancs des parties malades étaient plus souples, plus soyeux que les poils noirs; vus au microscope, ils n’ont présenté aucune trace de pigment; leur diamètre était toujours plus petit que celui des poils sains; jamais trace de parasites.

Dans une analyse rapide faite par J. Arnould, professeur agrégé à l’École impériale de médecine militaire du Yal-de-Grâce, et Lévi, le malade étant atteint de vitiligo mélasmique, les urines, limpides, offrant la couleur d’une décoction d’orge, et exemptes d’albumine, renfermaient du sucre en quantité assez notable. Au microscope, elles laissaient voir des cristaux d’urate, de l’épithélium pavimenteux, des cellules pigmentaires de formes et de dimensions diverses, h contours mal dessinés et comme interrompus; le pigment y était plus ou moins abondant et irrégulièrement distribué. Chez un malade, d’origine africaine, Lévi a constaté des résultats à peu près analogues; et dans une autre analyse faite par Laycock, les urines étaient claires, abondantes, ne renfermant pas d’albumine et contenant des chlorures en quantité normale.

§ V. — Traitement.

On a tour à tour employé, contre le vitiligo, les diaphoniques, les sucs d’herbes, les bouillons de vipère, les bains simples , les bains médicamenteux, les dou- 1 cites cl mêmes les frictions électriques avec les brosses de Mauduyt; mais tous ces moyens ne paraissent pas avoir amené les résultats attendus. Aussi, quoique Rayer ait obtenu la guérison d’une tache vitiligue avec un vésicatoire , et que Cazenave soit arrivé à un semblable résultat avec la teinture de quinine, on s’accorde généralement à reconnaître combien le vitiligo est difficile à guérir et quelques auteurs le déclarent même incurable.

Cependant, selon Alibert, on devrait essayer d’un traitement méthodique, dans lequel on tiendrait compte du degré , de la nature du mal , de la constitution du sujet, et de tous les éléments enfin que l’on soupçonne pouvoir jouer un rôle étiologique quelconque dans la production ou l’entretien de cet état pathologique.

« Le traitement ne devra donc pas s’adresser uniquement à la peau malade; à côté de cette manifestation, existe presque toujours un état général dont il est im-

(I) En Afrique, chez deux Kabyles dont le vitiligo était simple; à Paris, au Val-de-Grâce, chez un militaire français atteint de vitiligo mélasmique (fig. 70, p. G4G).

AFFECTIONS ET MALADIES DE I.A PEAU

portant de tenir compte, et dont la modification sous l’influence d’une médication sage et rationnelle, aidera d’une manière puissante l’action des topiques que l’on pourra employer sur les points albifiés.

» Quant au traitement local, nous ne saurions trop recommander le vésicatoire volant dont nous avons obtenu nous-même des effets rapides et durables , après avoir échoué dans les expériences comparatives, faites sur différents points malades, avec le nitrate d’argent , la teinture d’iode, les frictions sèches, les frictions excitantes , l’électricité et la lumière solaire concentrée. » (D. M. Lévi).]

6° ICHTHYOSE.

§ !• — Définition, synonymie, fréquence.

[On donne le nom d’ichthyose à un état particulier de la peau, véritable difformité offrant pour caractère principal, qu’à la douceur et au poli habituel de l’enveloppe cutanée, viennent se substituer une sécheresse el une rugosité dues à des squames juxtaposées à la manière des pièces d’une mosaïque. Au-dessous de celleci, la peau saine ne présente ni rougeur ni tuméfaction, aucune sensation de prurit, ni d’une autre nature. ]

L’ichthyose a été aussi décrite sous les noms de lepra ichthyosis , ichthyose serpentine, nacrée, cornée (Alibert), etc., etc.

§ II. — Causes.

[I/ichthyose est le plus souvent congénitale et héréditaire: elle se transmet de génération en génération ; partielle et localisée chez la mère, elle peut devenir généralisée chez l’enfant. Elle peut d’ailleurs se manifester à tous les âges, débuter même au déclin de la vie, et si, d’après Cazenave (1) et la plupart des auteurs, les hommes en sont atteints plus souvent que les femmes ; parmi ces dernières, selon Bazin (2), les jeunes filles surtout y paraîtraient exposées. ] Endémique dans quelques climats, elle est quelquefois produite, chez des sujets qui ont une disposition héréditaire, sous l’unique influence d’agents irritants: alors elle est partielle ( icliihyose accidentelle).

§ III. — Symptômes.

[ « Dans sa forme ordinaire ou commune, richthyose est caractérisée par des squames assez larges, minces , juxtaposées, soulevées et détachées à leurs bords, comme cassées au niveau dessillons ou plicatures de la peau, et terminées par des lignes qui se rencontrent sous les angles les plus divers : la surface tégumentaire se trouve ainsi divisée en une multitude de petits compartiments disposés parfois avec une certaine régularité (Bazin). » ]

Quelquefois la peau est seulement parsemée de petites parcelles épidermiques brisées, grisâtres. Il n’y a réellement qu’une légère augmentation d’épaisseur et une sécheresse de la peau, accompagnée d’une ex foliation continuelle.

D’autres fois la peau n’a plus sa souplesse habituelle; elle est épaissie, fendillée, recouverte de véritables écailles sèches, dures et résistantes. Les écailles, le plus ordinairement grisâtres, sont parfois d’un blanc nacré (ichthyose nacrée) , souvent

(1) Alpliée Cazenave, Dictionnaire de médecine, on Répertoire général des sciences médicales, en 30 vol., I. XIV, art. Ichthyose.

(2) Bazin, leçons sur les affections cutanées artificielles, p. A 68. Paris, 1862.

ICHTHYOSE. — LÉSIONS ANATOMIQUES.

rrès-luisantes et entourées de plusieurs cercles noirâtres. Elles résultent de ce que ’t épiderme , sillonné en tous sens, s’est partagé en une foule de petites squames rrrégulières. La grandeur de ces écailles varie : tantôt petites, elles sont environnées Me points farineux qui correspondent aux sillons ; tantôt larges, elles recouvrent Hans une plus ou moins grande étendue, les surfaces sillonnées.

[On a donné le nom d’ichthvose serpentine à une variété caractérisée par une multitude de rides entrecroisées d’une manière régulière , qui donnent à la peau ;’aspect du ventre du lézard ou de la couleuvre ; l’épiderme est lisse et sec ; il est ee siège d’une légère desquamation permanente (Hardy). Lorsque les squames, au iiieu d’être blanches, sont sales, brunes ou noirâtres, l’ichthyose est dite brune ou fyprine. Enfin, l’ichthyose cornée est remarquable par la présence d’écailles dures, (proéminentes, formant parfois de véritables appendices, d’où est venu aux individus atteints de cette étrange difformité le nom d 'hommes porcs-épics (Aïibert). ]

Les écailles, si l’on en excepte les plus larges , peuvent être arrachées facilement et sans douleur. Il n’existe ni chaleur , ni douleur , ni démangeaison. Au-dessous I Telles, la peau n’est pas rouge, mais elle a une rudesse telle qu’au contact elle donne la sensation d’une peau de chagrin, et quelquefois même, l’impression qu’on éprouve en passant la main sur le dos de certains poissons.

§ IV. — Marche, durée, terminaison.

A une époque rapprochée de la naissance , l’ichthyose congénitale est généralement peu prononcée ; cependant la peau a perdu sa finesse, son poli ordinaire ; elle est sèche , terne , grisâtre. Au bout de quelques semaines, la maladie se dessine d’une manière tranchée. Elle reste quelque temps bornée à l’épaississement et à Vexfoliation continuelle dont on a parlé plus haut ; parfois elle persiste ainsi indéfimiment; d’autres fois elle acquiert un degré plus élevé.

L’ichthyose accidentelle a en général une marche plus rapide. On la voit aussi subir pendant sa durée des modifications sensibles, qui parfois pourraient faire croire ii une guérison définitive, si le plus souvent on ne voyait dans une autre saison 'affection reparaître comme auparavant. Ces changements s’observent très-rarement dans Tichthvose congénitale.

L’ichthyose congénitale dure le plus ordinairement toute la vie; l’ichthyose accidentelle disparaît quelquefois complètement ; sa durée , d’ailleurs , est toujours longue, souvent de plusieurs années, quelquefois indéfinie.

L’ichthyose congénitale occupe toute ou presque toute l’enveloppe cutanée ; l’ichthyose accidentelle est le plus souvent bornée à une région, aux membres particulièrement.

[ L’ichthyose se complique assez fréquemment de diverses éruptions cutanées (lichen, eczéma) : la peau ichthyosique a donc conservé toute sa sensibilité à l’influence des agents morbifiques; les pustules varioliques y suivent leur évolution normale (Bazin).

§ V. — Lésions anatomiques.

Houel (1) a publié la description d’un fœtus affecté d’ichthvose congénitale, i remis par Baudelocque, en 1851, à la Faculté de médecine de Paris. La peau,

(1) Houel, Description d’un fœtus affecté (Tichthyose congénitale ( Comptes rendu s des ■ séances de la Société de biologie, lre série, t. IV, année 1 852, p. d 7G).

OJ“ AFFECTIONS ET MALADIES DE LA PEAU

parcourue par de nombreux sillons, ressemblait à la pellicule des pommes de terre cuites à l’eau, et, dans certaines parties, les bords des fissures épidermiques étaient même renversés en dehors avec tendance à s’enrouler. Le nombre de ces fissures était considérable; on pouvait les compter par centaines, occupant aussi bien le tronc que les membres; elles n’offraient, du reste, rien de régulier dans leur direction.

Lh. Robin ayant étudié au microscope (grossissement de (H) diamètres) une portion du tégument de ce fœtus, prise sur le thorax, a trouvé le derme normal ; au niveau des sillons, l’épiderme était au moins moitié plus mince que chez les fœtus de cet âge, tandis qu’au contraire il était épaissi dans les points intermédiaires et formant relief. Les papilles manquaient à peu près au niveau dessillons, comme à la surface des vastes cicatrices récentes, ou n’y étaient représentées que par de rares rugosités ; dans les autres points, elles étaient bien développées et paraissaient légèrement hypertrophiées. En somme, la lésion était tout entière bornée à l’épiderme et au corps papillaire.

Steinhausen a publié de son côté un cas de ce genre observé sur un enfant (1), et Gurlt (2) en connaît quelques autres. Ce dernier auteur a eu en outre l’occasion d’observer, ainsi que Numan, d’ütrecht (3), un cas d’ichthyose cornée congénitale chez un veau, dont on voit aussi un exemple dans la collection de l’École de médecine vétérinaire d’tJirecht. Dans le cas de Gurlt, analysé par Charcot (Zi), l’examen de l’altération des téguments externes du jeune veau fit voir qu’elle consistait surtout en des sillons et en des fentes de l’épiderme, avec absence appa rente des poils. Indépendamment, en effet, des points où ceux-ci avaient acquis leur développement normal, un examen attentif fait avec une loupe permettait de rencontrer partout des poils qui faisaient une légère saillie au-dessus du niveau de la surface externe de la peau. L’état morbide de la peau consistait surtout en un trop grand développement de l’épiderme, développement qui avait gêné dans sa marche l’éruption des poils. L’épiderme avait, en effet, dans quelques points, une épaisseur de deux lignes, et paraissait composé de plusieurs couches stratifiées. Au fond des sillons et des fentes, le derme n’était pas à nu, mais bien recouvert par une très-mince couche épidermique. Il ne présentait lui-même aucune modification notable dans sa texture; les follicules et les bulbes pileux qu’il contenait paraissaient tout à fait normaux ; mais la tige de la plupart des poils qui en partent était trop courte, et leur pointe ne faisait qu’à peine saillie au-dessus de la surface de l’épiderme. Les glandes sébacées qui s’abouchent dans les follicules pileux étaient saines, mais d’un très-petit volume. Quant aux glandes sudoripares, dont l’état serait important à connaître puisque la peau, dans l’ichthyose, n'est ordinairement plus le siège d’aucune transpiration habituelle (excepté, dans certains cas, aux aisselles, à la plante des pieds), Gurlt n’a pu en retrouver l’existence, ce qu’il

(1) Steinhausen, Dissertation soutenue en 1848. (Le corps de l’enfant est dépose au musée anatomique de l’université de Berlin.)

(2) Gurlt (de Berlin), Ichthyose congénitale chez un veau ( Magazin fiir clie gesammte Thierheilkunde, von Dr Gurlt und Dr llertwig. Berlin, 1850, p. 249).

(3) Numan (d’Utrecht), Magazin voor vee-artsenij-Kunde s’huck.

(4) Charcot, Sur une observation deM. Gurlt, intitulée' Ichthyose cornée congénitale chez un veau (Comptes rendus des séances de la Soe. de biologie , lre série, t. IV, année 1852, p. 179).

ICHTI1Y0SE. — TRAITEMENT.

itribuc à la macération prolongée qu’avait subie la pièce. Enfin, dans une analyse Ihimiquc comparative de l’épiderme d’un individu sain (âgé de sept à huit mois) et de l’épiderme épaissi du sujet observé par Gurlt, van Sletten a obtenu les résultats suivants : sur 1000 parties de cendres, l’épiderme du fœtus normal a donné «seulement 250 parties de phosphate calcaire, l’épiderme du fœtus atteint d’ichthyose [donnant 600 parties du même sel. Aussi Gurlt, avec Numan, attribue-t-il a la unédominance des matériaux inorganiques, et spécialement du phosphate de chaux, aa dureté et la friabilité plus grandes de l’épiderme du sujet atteint d 'ichthyose cornée congénitale.

§ VI. — Diagnostic, pronostic.

On ne confondra pas l’ichthyose des vieillards avec l’état ridé, flasque et languissant que présente la peau à un âge avancé; l’exfolialion épidermique manque dans ce dernier cas.

Dans 1 e pityriasis, les squames sont disposées en plaques et plus ou moins imbriquées; il y a du prurit, de la rougeur; le plus souvent, on peut préciser l’époque du début. Outre quelques signes analogues, V eczéma, à sa dernière période, loffre sur quelques points un aspect lisse et luisant bien connu; enfin, il y a eu lanlérieu rement du suintement et des croûtes.

Dans les cas où les papules du lichen , recouvertes de lamelles épidermiques à ileur surface, pourraient donner le change, les vives démangeaisons qui les accompagnent, la saillie de ces papules elles-mêmes, les caractères des squames ramènerraient à l’idée du lichen.

Dans les cas où l’on pourrait confondre avec l’ichthyose, l’enduit cérumineux du iià l’acné sébacée de la face, on se rappellera « que l’acné forme une couche squaimcuse qui, d’abord molle, peu adhérente, devient ensuite dure, et ne peut être détachée sans douleur; qu’au-dessous de celte couche, la peau est d’un rouge lanimé, et laisse entrevoir les orifices dilatés de ses follicules sébacés » (Rayer,

1 Bazin).

Le psoriasis qui, dans quelques cas, a pu être confondu avec l’icluhyose paritielle, en diffère par son début et par sa marche ; en outre, ses squames sont bril- I lames, adhérentes, superposées et imbriquées; elles reposent sur une surface rouge et saillante, et s’accompagnent souvent de démangeaisons. ]

Pronostic. — L’ichthyose n’entraîne jamais la mort par elle-même; elle n’occa- -sionne aucun trouble notable des fonctions; seulement la peau est sèche et n’est i plus le siège d’aucune transpiration habituelle, si ce n’est, dans certains cas, à la ; plante des pieds, qui, n’étant pas envahie par l’éruption, est habituellement humide de sueur. [ L’existence de l’ichthyose n’exclut d’ailleurs aucune éruption cutanée. ]

§ VII. — Traitement.

11 est purement palliatif : on modifie passagèrement la rudesse de la peau à l’aide ( de lotions mucilogineuses , de bains souvent répétés, surtout de bains de vapeur. (Ce sont les moyens qui ont le plus souvent réussi à Biett, qui n’a pas retiré de I l’administration du goudron à l’intérieur les avantages signalés parWillan. On peut, (dans certains cas d’ichthyose accidentelle, espérer la guérison. Biett l’a obtenue à i 1 aide de vésicatoires dont il avait recouvert successivement les deux bras qui étaient ! le siège de la maladie.

AFFECTIONS ET MALADIES DE LA 1>EAÜ

[Scion Bazin, l’usage des bains alcalins souvent répétés, les onctions avec l’huile de cade, avec des pommades alcalines ou au goudron, avec des glycérolés, etc. , suffisent pour restituer h la peau sa souplesse et son apparence normales, et l’on peut arriver, par l’action continue de ces moyens et parties soins incessants, à dissimuler complètement la difformité (1).]

7° SCLÉRODERMIE (SCLÉRÈME DES ADULTES).

Il y a à peine quelques années, l’existence du véritable sclérème, de celui qu’on a décrit dans ces derniers temps sous le nom de sclérème. des adultes, était tellement ignorée de la plupart des auteurs, que cette maladie 11e trouvait pas de place dans le cadre nosologique. C’est en 18Zi5 que Thirial (2) publia une observation qui fixa l’attention générale. Plus tard, Forget, de Strasbourg (3), qui ne connaissait pas le fait cité par Thirial, eut occasion d’en observer un nouveau, et crut qu’il s’agissait d’une maladie nouvelle. De là entre ces deux médecins (4) une discussion de priorité qui ne pouvait pas être longue, puisque l’observation rapportée par Thirial avait une date antérieure bien constatée.

[Quatre mois plus tard, Gintrac (de Bordeaux), au lieu des noms divers don* nés au sclérème des adultes ( chorionitis , sclérosténose cutanée (Forget), adoptait (5) la dénomination de sclérodermie, comme ayant l’avantage de ne préjuger rien dans la question. 11 publiait, en même temps, quatre nouveaux faits qu’il avait pu retrouver dans ses recherches bibliographiques, et empruntés, l’un à Diemerbroeck, un autre à Zacutus Lusitanus, un autre à Fantonetti (6), et un quatrième à Curzio (7).

Vers la même époque, Putégnat (de Lunéville) publiait la neuvième observation qui offrait le grand intérêt d’être la première recueillie sur un homme (8).]

La sclérodermie n’était du reste pas une maladie nouvelle, ainsi que l’a démontré Ravel (9), qui, dans des recherches bibliographiques très-étendues, fait remon-

(1) Bazin, toc. cit., p. 47 1.

(2) Thirial, Du sclérème chez les adultes, comparé à celui des enfants { Journ . de médecine,

mai et juin 1845).

(3) Forget, Mém. sur le chorionitis ou sclérosténose (maladie non décrite par les auteurs) ( Gazette méd. de Strasbourg , juin 1847). — Voy. aussi Grisolle, Sur une maladie rare de la peau {Gazette des hôpitaux, 29 avril 1847).

(4) Thirial, Du sclérème des adultes; identité de cette maladie et de celle que M. Forget, de Strasbourg , vient de présenter comme nouvelle sous le nom de chorionitis, etc. {Union méd., 24 et 28 août 1847).

(5) Gintrac (de Bordeaux), Note sur la sclérodermie (Journal de médecine de Bordeaux, septembre 1847, et Revue médico-chirurgicale, novembre 1847).

(6) Fantonetti, Observation traduite des Annali universali d’Omodei, janvier 1837 {Presse médicale de Paris, p. 360).

(7) Curzio, Lettre adressée à l’abbé Nollet, sous le titre : Dissertation anatomique et pratique sur une maladie de la peau, d’une espèce fort rare et fort singulière. Naples, 1752; Paris, 1755.

(8) Putégnat (de Lunéville), Sur le chorionitis , ou sclérosténose de la peau, et Journal de médecine et de chirurgie de Bruxelles, t. V, p. 789 {Revue médico-chirurgicale de Paris, t. il, p. 267, octobre 1847). — Voyez aussi Pierquin, Revue mèdico-chirurg ., 1847, p. 267, et Journal des connaissances mèdico-chirurg., p. 186, novembre 1848.

(9) Ravel, Rech. sur lastegnose {sclérème des adultes) {Journal des connaiss. mèd-chir., novembre et décembre 1848).

SCLÉRODERMIE.

1er la connaissance de la maladie jusqu’à Hippocrate (i). Cet auteur cite ensuite I plusieurs ouvrages dans lesquels on trouve non-seulement des exemples multipliés ^ de la maladie qui nous occupe, mais encore des descriptions générales de cette aaflection, parmi lesquelles il distingue en particulier celle de Lorry (2), [et une i observation recueillie par G. Strambio (3)].

Thirial a lui-même depuis rapporté de nouveaux faits (k), et nous en devons [plusieurs autres à E. Bouchut (5), Rilliet (6) et Pelletier (7).

A l’époque où fut publiée la première observation de Thirial, on pensa que cette i maladie était semblable à celle qui se produit si fréquemment chez les nouveauinés, déjà décrite sous le nom d’œdème des nouveau-nés , et qu’on a aussi appelée isclérème; mais nous avons fait voir alors (8) que les symptômes et les altérations , anatomiques étaient essentiellement différents et constituaient deux maladies disttinctes. Les faits, comme on va le voir, sont venus démontrer l’exactitude de cette (opinion, et je crois qu’aujourdui il ne reste plus de doute sur ce point dans l’esprit de personne. [Depuis, ont paru encore un mémoire de Gillette (9), dans lequel on t trouve deux observations, recueillies l’une par l’auteur lui-même et l’autre par ’ Natalis Guillot, et une observation empruntée à Henke (1 0). Signalons enfin, parmi 1 les publications récentes, un long mémoire d’Arning (11) sur le sclerema adulto i rum ; une observation due à Fœrster et, pour la première fois, suivie d’autopsie (1 2); i une importante revue critique de Ch. Lasègue (13); et quelques nouveaux faits i rapportés par Villemin (lù), par Panas (15), Maurice Raynaud (16), Fournier (17), Mirault (d’Angers) et Verneuil (18).

(1) Hippocrate, Épidémies, liv. V,chap. IX, Œuvres d’ Hippocrate, trad.de Littré, t. V, p. 203.

(2) Lorry, Traetatus de morbis cutaneis. Paris, 1777.

(3) G. Strambio^ Endurcissement du tissu cellulaire ( Recueil périodique de la Société de médecine de Paris, rédigé par Sédillot. Paris, 1817).

(h) Thirial, Note pour servir à l’histoire de la maladie nouvelle appelée sclèrème des adultes, ou sclérodermie (Union médicale, décembre 1849).

(5) Bouchut, Observ. de sclèrème des adultes (Gaz. méd. de Paris, 25 septembre 1847).

(6) Hilliet, Revue méd.-chirurg . de Paris, 1848, et Traité des maladies des enfants, 2e édition.

(7) Pélletier, cite par Forget, Lettre sur le chorionitis (Revue méd.-chirurg . de Paris février 1848).

(8) Valleix, Archives générales de médecine (Bulletin, correspondance), 4e série t. X p. 355, mars 1840.

(9) E. Gillette, Du sclèrème sirnple(Arch. gèn. de méd., 5e série, t. IV, 1854, p. 657).

(10) Henke, Observation tirée de son Handbuch zur Erkentniss und Heilung der kinder » krankheiten. Frankfurtam, mein 1809 (Arch. gèn. de méd., 1854, 5e série, t. IV, p. 665).

(11) Arning, Étude pour servir à l’histoire du sclerema adultorum (Beitrüg zur Lehre voiii Sclerema adultorum ; Wurzburger medicinische Éeitschrift, t. II, 1861).

(12) Fœrster, De l’anatomie pathologique dit sclèrème de la peau chez les adultes (ibid

t. II, 1861). 11 ’

(13) Ch. Lasègue, Du sclèrème des adulte è (Arch. génér. de méd., 1861, t. II, p. 721). — Hugo Fiedler, Atrophie du tissu cellulaire et de la peau (Deutsche Klinik, 1855, n° 34) — B. M. M’Donnel, Cas de sclèrème avec induration partielle de lu peau (Dublin Hospital Gaz. février 1855). Nordt, Sur le sclèrème simple de la peau (Dissertation inaugurale de Giessen, et Arch. fur pathol. Anat., t. XXII, 1861).

(14) Villemin, cité par P. Ro'Ae\ovp,Delasclérodeèmie, thèse inaugurale. Paris, 1865 n. 50.

(15) Panas, cité par P. Horteloup, p. 53. J ’ 1

(16) Maurice Raynaud, cité par P. Horteloup, p. 112.

(17) A. Fournier, cité par P. Horteloup, p. 92.

(18) Mirault (d Angci s) et Verneuil, Affection singulière et non décrite encore des duiqts ci des mains (Gazette hebdomadaire, 1863, p. 113).

AFFECTIONS ET MALADIES DE LA PEAU

Enfin, nous devons citer particulièrement le travail de Paul Horteloup, qui a rassemblé tous les matériaux relatifs à l’histoire de la sclérodermie (1). ]

§ I. — Définition, synonymie, fréquence.

Il est impossible de définir la maladie d’après sa nature. D’un autre côté, parmi les observations qui ont été citées comme exemples, on ne trouve pas toujours les lésions bornées au seul tissu de la peau, ni même du tissu cellulaire sous-jacent, en sorte qu’il est assez difficile de donner une définition rigoureuse. Cependant, comme, dans tous les cas, ce qu’il y a eu de principalement remarquable, c’est l’endurcissement du tégument externe, on peut, jusqu’à nouvel ordre, définir le sclérème : une maladie caractérisée par la dureté, la rigidité de la peau, avec ou sans changement dans la coloration de cette membrane, et sans altération notable des fonctions des autres organes.

11 résulte des recherches bibliographiques de Ravel, que la maladie a été autrefois désignée sous les noms de stegnosis, cutis astrictio , constrictio, duritics, spissitudo, sclérémie. Dans ces derniers temps, on lui a donné les noms de sclérème des adultes, sclérodermie , chorionitis, sclérosténose cutané. Nous pensons qu’on peut lui appliquer exclusivement le nom de sclérème, qui ne saurait plus appartenir à l'oedème des nouveau-nés.

Celte maladie doit être considérée comme très-rare, puisque, dans l’espace de cinq ou six ans, on n’a pu en observer qu’une douzaine de cas. Mais le nombre de ces cas, quelque petit qu’il soit, prouve qu’elle n’est pas aussi rare qu’on aurait pu le croire au premier abord, car les faits cités en 1 865 parurent si nouveaux, qu’on les crut tout à fait exceptionnels.

§ II. — Causes.

Les causes de cette maladie sont fort obscures, et le petit nombre des cas que nous connaissons nous présentent des circonstances trop variées pour que nous puissions arrivera des résultats satisfaisants. Voici ce qui ressort de plus positif de ces faits.

1° Causes prédisposantes. — Age. — Le plus grand nombre des casdesclérème a été observé chez les adultes; et chez eux l’âge a varié beaucoup, puisque nous en trouvons des cas chez des sujets de quinze à quarante-huit ans. Si même on admettait comme des exemples incontestables de sclérème les observations de Pierquin citées par Ravel (2), il faudrait porter ce dernier extrême de l’âge jusqu’à soixante-douze ans. Mais dans la première de ces observations, les détails manquent complètement, et, dans la seconde, il y a une circonstance particulière qui fait croire qu’il ne s’agissait pas d’une maladie semblable à celle qu’ont décrite Thirial et Forget : c’est la mobilité de la lésion qui se portait d’une partie à une autre, cl le prurit qui l’accompagnait. Nous reviendrons sur ce point dans la description des symptômes. De ces faits on avait conclu d’abord que la maladie était propre aux adultes, et c’est ce qui lui avait fait donner le nom de sclérème des adultes. Cepen-

(\) 1». Horteloup, De la sclérodermie, thèse inaugurale. Paris, 1865. — Voyez aussi Cliarpentier Rapport sur le travail précédent, lu à la Société médico-chirurgicale de Paris , séance du 11 janvier 1866 ( Union médicale, nouvelle série, t. XXIX, p. 42é).

(2) Havel, toc. cit., p. 165 et 186.

SCLÉRODERMIE. — SYMPTÔMES.

dant Rilliet a rapporté un cas d’induration de la peau chez une jeune fille de neuf ans. Quant à l’observation de Rilliet et Barthez (1), que Ravel (2) veut qu’on regarde comme un exemple de sclérème, nous ne croyons pas qu’on puisse l’accepter; car il s’agissait d’une simple hypertrophie du tissu cellulaire, sans induration.

Sexe. — Il est bien remarquable que cette maladie se soit montrée dans l’immense majorité des cas chez les femmes; cependant il ne faut pas croire, comme on pu y être porté dans ces dernières années, en voyant que tous les cas se présentaient chez le sexe féminin, que les hommes en soient complètement exempts. Ravel a cité, en effet, quelques observations qui prouvent le contraire, et une entre autres recueillie par Strambio (3) qui ne laisse pas de doute sur l’existence de la maladie; ce qu’il y a de certain, c’est que cette affection se montre presque exclusivement chez les femmes.

Parmi les autres causes prédisposantes, nous trouvons mentionnés dans les faits l'état incomplet , difficile de la menstruation , un trouble quelconque de cette fonction, et Y habitation dans les lieux froids et humides. Mais les observations dans lesquelles ces circonstances sont notées ne sont pas encore assez nombreuses pour nous permettre d’établir des règles générales. Quant à Y usage prolongé d'aliments de difficile digestion , quant aux affections tristes de l'âme , causes signalées par les anciens et en particulier par Lorry, ce sont des causes dont l’action aurait besoin d’être démontrée par des faits nombreux.

2° Causes occasionnelles. — Parmi les causes occasionnelles, nous retrouvons encore les troubles de la menstruation. Ainsi, dans les trois cas cités par Thirial, il y avait eu une fois aménorrhée , une autre fois suppression bmisquc des règles , et enfin, dans le troisième cas, des règles devenues plus abondantes. Chez une femme observée par A. Cazenave, la maladie fut précédée par une suppression des menstrues sans cause connue. Il est nécessaire que les observations sc multiplient sous ce point de vue étiologique.

Dans plusieurs cas, l’affection s’est produite sans qu’on ait pu découvrir une cause probable.

Mentionnons Y insolation, l’action du froid prolongé , le changement brusque de température, les lotions astringentes, causes qui ont été signalées par les auteurs qui nous ont précédés, mais dont l’action n’est pas encore suffisamment démontrée par les faits.

§ III. — Symptômes.

Dans la description des symptômes, on a admis plusieurs variétés qu’il importe de signaler. Sous le rapport de l’étendue de l’affection, Alibert, cité par Ravel, distingue un sclérème général et un sclérème partiel. Mais Alibert regardait à tort le sclérème des nouveau-nés (œdème) et le sclérème des adultes, comme la même maladie, et, clans les cas bien authentiques que nous possédons, le sclérème n’a jamais envahi toute l’étendue de la surface cutanée. Cette distinction n’a pas, par conséquent, une importance réelle. Ce qu’il faut savoir seulement, c’est que,

dans certains cas, la maladie occupe une très-grande partie du corps, tandis que,

(1) Rilliet et Barthez, Traité des maladies des enfants , Ire édit., 1. 1, p. 739.

(2) Ravel, toc. cit., p. 187.

(3) Strambio, voyez Journal gén. de médecine de Sédillot , t. LXf, p. 234 (Paris, 1817), traduit par Ozanam.

Valleix, 5e édit.

AFFECTIONS ET MALADIES DE L'A PEAU

dans d’autres, elle est bornée à une petite étendue, et particulièrement au cou et aux membres supérieurs.

. . Thirial a, d’après la différence de coloration que présente la peau, admis deux variétés, qui sont la variété blanche , c’est-à-dire celle dans laquelle la couleur de la peau n’est pas changée ou ne présente qu’un degré plus ou moins élevé de pâleur, et la variété brune , dans laquelle la peau est d’une couleur foncée et quelquefois noirâtre, comme celle des momies. Suivant Thirial lui-même, cette division n’aurait qu'une importance secondaire, puisque la première ne serait que le premier degré de l’affection qui tendrait à passer à la variété brune. Cependant on a vu, dans quelques cas, et principalement dans ceux qui ont été cités par Strambio et par Forget, la coloration de la peau se manifester à une époque au moins très-rapprochée du début. 11 suffira de mentionner ces particularités dans la description qui va suivre.

Début. l. — Dans le plus grand nombre des cas, la maladie débute, sans symptômes précurseurs, par l’induration du tissu cutané dans un point d’abord limité, pour envahir ensuite plus ou moins rapidement les parties environnantes. Dans quelques cas rares seulement, l’induration est précédée de quelques symptômes étrangers : ainsi, dans le cas rapporté par Strambio, il y eut une lièvre éphémère qui fut suivie d’une rougeur érythémateuse et de l’induration, et, dans une des observations de Thirial, l’endurcissement de la peau fut précédé de quelques légers troubles du côté de la poitrine et de l’estomac.

Symptômes. — Le symptôme presque unique dans cette affection est {'induration des parties molles superficielles et principalement de la peau. Cette induration commence presque toujours par la partie antérieure du cou , puis elle envahit les côtés, la nuque, et bientôt après, elle se porte, d’une part, vers les membres supérieurs et la poitrine, et de l’autre vers la face et le cuir chevelu. Plus tard encore l’abdomen peut être envahi ainsi que les membres inférieurs. Mais il n’est pas un seul cas bien authentique dans lequel toute la surface du corps ait été indurée. Souvent l’induration s’arrête à l’abdomen, parfois elle occupe la partie supérieure et les membres inférieurs, en laissant libre une partie du tronc; d’autres fois, tandis qu’elle occupe le cou et la tête tout entière, elle envahit un des membres supérieurs dans une étendue beaucoup plus grande que celui du côté opposé.

Tantôt l’induration finit brusquement dans une partie de l’étendue des membres ou du tronc, de. telle sorte qu’entre la partie indurée et la partie souple qui l’avoisine, il y a un contraste très-remarquable; tantôt c’est par degrés insensibles que cette induration cesse, comme on le voit dans une des observations recueillies par Thirial.

Lorsqu’on palpe les parties indurées, on trouve une résistance très-considérable, une dureté semblable à celle des cadavres gelés. Cette dureté est principalement remarquable dans les parties où, à l’état normal, la souplesse est plus grande; aussi les seins ont-ils une fermeté tout à fait extraordinaire.

Dans toutes les parties indurées, il est impossible de faire aucun pli à la peau, de la faire glisser sur les tissus sous-jacents, de la soulever ou de la pincer.

En même temps que cette dureté, il y a dans la peau une tension, une espèce de constriction , qui ont fait donner à la maladie le nom de stégnose.

SCLÉRODERMIE. — SYMPTÔMES. b .VJ

On autre phénomène remarquable qui résulte de cette rigidité et de celle tension de la peau, c’est l'effacement des plis naturels. La peau est devenue lisse, polie, et c’est ce qui a fait comparer les sujets qui présentaient en meme temps une pâleur remarquable, à des statues d’ivoire poli ou de cire, suivant le degré de la décoloration. Nulle part, cet effacement des plis naturels n’est remarquable comme à la face : il donne à la physionomie un aspect d’immobilité tout à fait frappant, et lorsque les malades veulent sourire, la face prend un aspect grimaçant.

1) résulte encore de cet état d’induration une gêne des mouvements, d’autant plus considérable que la maladie est plus avancée. Ainsi les malades ont de la difficulté à tourner le cou, à mouvoir les mâchoires, à fermer les paupières, à rapprocher les lèvres, qui restent entrouvertes, à plier les membres, etc. Il u’estpas jusqu'au larynx qui, dans un cas, ne se soit trouvé gêné dans ses mouvements d’ascension, par suite de la rigidité des tissus qui le recouvrent.

Cependant cette induration ne cause pas de douleut's notables. Dans presque tous les cas, en effet, les malades ont accusé simplement une gêne plus ou moins considérable, mais non des élancements d’aucune espèce ni aucune autre douleur spontanée, et la palpation n’en détermine aucune. Nous ne trouvons dans les faits que nous avons sous les yeux qu’un seul cas, cité par Cazanova, cas dans lequel il y avait une douleur assez vive dans le bras gauche, ne se manifestant que la nuit. Mais il faut remarquer que cette douleur n’existait nullement dans les autres parties envahies par l’induration, et tout porte à croire que, dans ce cas exceptionnel, il y avait une complication, due probablement à une névralgie brachiale intermittente. Dans un des cas rapportés par Pierquin, il est parlé d’un prurit, qui accompagnait l’induration. Mais nous avons déjà dit que, dans ce cas, la maladie était mobile, ce qui sort complètement des caractères du sclérème, et que tout porte à croire qu’il s’agissait d’une autre maladie, peut-être d’une espèce particulière d’urticaire. Dans une observation d’Hippocrate, il existait aussi un prurit, et quoique le fait soit rapporté avec très-peu de détails, le diagnostic paraît être moins contestable. Quoi qu’il en soit, nous pouvons dire que le sclérème n’occasionne pas de douleur véritable.

Au milieu de tous ces changements, la peau, ce qui est bien digne de remarque, n'a pas subi de modifications très-notables dans ses foutions. Ainsi la chaleur est conservée, ce qui, avec l’aspect de cadavre que présentent les parties, forme un contraste qui a frappé les observateurs. La sensibilité est également conservée, et la transpiration même se fait encore, quoique dans certains cas elle ne se produise qu’avec une certaine difficulté.

La coloration de la peau peut rester naturelle, au moins pendant un temps assez long ; mais il est plus ordinaire de rencontrer, soit la pâleur que nous avons mentionnée plus haut, soit, au contraire, une coloration qui, du rouge sombre, passe plus ou moins rapidement au brun , et qui, dans l’observation recueillie par Forget, faisait ressembler la tête de la malade à celle d’une momie. Dans ce dernier cas, la peau est comme tannée, ou ressemble « un vieux parchemin tendu.

[La coloration, ordinairement plus marquée au visage, est d’un jaune grisâtre, quelquefois assez sale. Elle se présente sous forme de taches, qui sont de deux ordres. « Les unes, en plaques assez étendues, rougeâtres ou violettes, ne changent pas d’aspect à la pression et siègent surtout sur les parties osseuses ; les autres,

AFFECTIONS ET MALADIES DE LA PEAU

beaucoup plus petites, plus rouges, disparaissent sous la pression du doigt, et semblent produites par des dilatations vasculaires.

» Les plaques de la première catégorie deviennent le siège fréquent d’ulcérations qui ont une physionomie toute particulière; elles sont très petites, très-superficielles, et ne donnent pas lieu à une suppuration bien franche. La peau devient humide ; l’épiderme se soulève, se détache, et l’ulcère est produit. Au bout d’un certain temps, la sécrétion séreuse cesse, la partie se sèche, et l’ulcération est remplacée par une surface blanche, lisse et déprimée.

» Les taches de la deuxième catégorie, au contraire, peuvent devenir d’un noir foncé et présenter cet état que Maurice Raynaud a décrit sous le nom d’asphyxie locale (1). » ]

Jusqu’à présent, nous n’a irons parlé que de l’induration des parties superficielles, mais quelquefois cette induration peut occuper d'autres parties. C’est ainsi que Thirial a vu, dans un cas, la langue endurcie au point que la malade disait qu’elle lui semblait être un morceau de bois. Les mouvements de cet organe étaient naturellement très-gênés et la parole embarrassée. Quand à V induration des muscles indiquée par Strambio, il est douteux qu’elle existe réellement. Il aurait fallu, pour nous eu convaincre, que cet auteur entrât dans quelques détails sur la contraction et la saillie des muscles et des tendons, ce qu’il n’a pas fait. Il est probable que la gêne apportée à l’exercice de ces organes par la rigidité des parties superficielles, aura induit Strambio en erreur. Dans le cas rapporté par Cazanova, il est dit que l’induration pénétrait dans les interstices des muscles, mais c’est ce qui n’est pas parfaitement prouvé. Un peu plus de dureté dans certains points a pu faire croire à une induration plus profonde, d’autant plus que, dans ce cas, l'induration avait, dans certains points, la forme de stries ou de plaques isolées, ce qui n’a généralement pas lieu. Enfin, Haller a trouvé deux fois l’induration occupant tout le corps, dans toute sa profondeur.

Les fonctions des autres organes ne sont nullement troublées /ainsi V appétit est conservé , le sommeil est bon, les fonctions respiratoires et. digestives s' accomplissent bien. En un mot, et ce n’est pas là une des choses les moins remarquables de cette singulière affection, sans la dureté du tégument externe, et probablement aussi du tissu cellulaire sous-cutané, il n’existerait réellement pas d’état morbide.

§ IV. — Marche, durée, terminaison.

La maladie a une marche rapide au début, plus tard elle reste stationnaire ou ne fait plus que des progrès lents. Sa durée est illimitée, elle ne paraît pas avoir de tendance naturelle à la guérison ; mais il résulte des faits que nous connaissons que, dans le plus grand nombre des cas, le traitement peut en triompher. Se termine-t-ellc par la mort ? On ne connaît que le cas cité par Hippocrate et celui qui a été rapporté par Pierquin (2), dans lesquels cette terminaison ait été observée ; mais celui de Pierquin est le même que nous avons mentionné plus haut, et qui offre des doutes sous le rapport du diagnostic, et dans celui d’Hippocrate, il n’est pas sûr que le malade n’ait pas été emporté par une maladie incidente sans rapport direct

(1) Charpentier, loc. cit.} p. 426.

(2) Voy. Ravel, p. 186.

SCLÉRODERMIE. — ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE PATHOLOGIQUES. fttil

avec l’induration, de telle sorte cjue nous ne pouvons pas répondre d une manière positive à cette question.

§ V. — Anatomie et physiologie pathologiques.

Nous n’avons que des documents insuffisants relativement aux lésions anatomii ques. Dans le cas cité par Pierquin, il est dit seulement que le tissu cellulaire était I blanc, compacte, dur comme s’il eût été comprimé, et que quelques vaisseaux lymphatiques avaient acquis un volume plus considérable que dans l’état sain.

Dans deux cas cités par Haller (1), nous voyons une induration de tout le tissu cellulaire, de la peau, des nerfs, en un mot, de toutes les parties molles. Ces faits semblent prouver que la maladie, après avoir envahi la peau, peut affecter tous les . autres tissus.

[Chez un sujet dont Foërster a pu faire l’autopsie, « la peau ne présentait pas la i même épaisseur dans toutes ses parties, mais la structure était partout la même.

: La section de la peau était très -difficile et rappelait la sensation du cuir de semelles ; sa rigidité était absolue, et sa dureté comparable à celle du bois. Sur la surface de section, le chorion ne se distinguait pas d’abord du tissu cellulaire souscutané; on n’y trouvait qu’un tissu uniformément blanc, poli, dur et luisant; mais, en y regardant de plus près, on retrouvait les deux couches. Il y avait un épaississement, une induration du chorion, qui ne paraissaient tenir qu’au développement excessif du tissu cellulaire compris entre les aréoles du derme ; audessous du derme, se trouvait le tissu cellulaire transformé en une couche résistante, très-analogue au chorion. Cette fusion, signalée par Foërster, entre le derme et le tissu cellulaire, existait aussi sur un doigt disséqué par Verneuil (2), et chez un malade observée par Follin (3).

Auspilz, qui a constaté également une hypertrophie du derme et du tissu cellulaire, en même temps que l’existence d’un grand nombre de fibres élastiques et une diminution notable de la graisse, a trouvé l’épiderme et l’épaisseur du corps de Malpighi dans les conditions normales. Cette dernière couche présentait cependant le même aspect que chez le nègre, les parties les plus profondes formant un cercle noir autour des papilles. Les noyaux des cellules les plus rapprochées de ces dernières étaient entourés de granulations pigmentaires d’un brun foncé, moins abondantes à mesure qu’on examinait des cellules plus superficielles (4).

« Foerster avait signalé que les capillaires de la peau paraissaient clair-semés; Auspitz, poussant plus loin l’examen microscopique, a reconnu que les troncs vasculaires de la peau, dans une hauteur correspondante à la moitié de l 'épaisseur du derme, portaient des disques de pigment brun qui étaient, en partie contenus dans les parois mêmes des vaisseaux, en partie accumulés dans le tissu conjonctif voisin (5). »

Les papilles étaient normales et les capillaires se laissèrent pénétrer complètement par une injection très-fine. Les glandes sébacées et sudoripares étaient com-

(1) Haller, Opéra omnia minora , t. III. Lausanne, 1768 ; Opuscula pathologica, obs. 62.

(2) Verneuil, Gazette hebdomadaire, 1863, p. 113.

(3) E. Follin, Traité de pathologie externe , t. II, p. 66.

(4) Auspitz, Journal de médecine de Vienne, et Gazette hebdomadaire de médecine et de chirurgie, p. 230, 1er avril 1864.

(5) P. Horteloup, loc. cit., p. 81',

AFFECTIONS ET MALADIES DE LA PEAU

plétement intactes ; mais, chez le malade d’Auspitz, la pigmentation se prolongeait dans le canal sudorifère, dans la tunique des poils et dans l’épithélium des glandes sébacées, disposition qu’explique la prolongation même de l’épithélium dans ces différents organes.

Enfin, Foerster a remarqué que le tissu sous-cutané adhérait fortement aux muscles, aux aponévroses, aux tendons, et qu’il n'existait plus de ces couches lâches qui facilitent, par leur interposition, le glissement des diverses parties des membres : aussi tous les observateurs ont-ils constaté l’immobilité respective de la peau et des parties profondes des membres.

La sclérodermie peut s’accompagner de lésions autres que celles que nous venons de rappeler; au niveau des doigts, en particulier, « où la peau, par son épaisseur comparée au volume entier de l’appendice qu’elle recouvre, par ses adhérences destinées h faciliter les mouvements, forme une des parties les plus importantes de l’organe. » La gêne persistante dans les mouvements des doigts, signalée par quelques observateurs, s’explique suffisamment par les lésions qu'a rencontrées Yerneuil. Les ligaments articulaires périphériques étaient rigides, inextensibles, et les brides cellulo-fibreuses courtes et fortes, étendues d’une surface articulaire à l’autre, établissaient une fausse ankylosé. Les bourses synoviales étaient effacées, les tendons et les anneaux fibreux avaient perdu l’aspect brillant qui les caractérise.

La nature de la sclérodermie a été diversement interprétée. Forget (de Strasbourg) admettait l’inflammation chronique du derme. Selon Rilliet, il y aurait une induration du derme et du pannicule graisseux, résultant, soit de la coagulation de la graisse, soit d’un état congestif de ce tissu, avec épaississement des cloisons qui séparent les lobules. Gintrac conclut à l’existence d’une modification spéciale du derme, qui n’est ni une inflammation, ni une altération profonde de la texture cutanée. Le titre seul donné par Hugo Fielder à l’observation qu’il a publiée prouve que, dans son opinion, la sclérodermie consiste dans une atrophie du tissu cellulaire et de la peau. Foè'rster, au contraire, admet l’épaississement du chorion induré par suite d’un développement excessif de son tissu cellulaire, le tissu cellulaire sous-culané étant devenu compacte par la formation de mailles fibreuses. Pour Auspitz, enfin, il y a une hypertrophie considérable du tissu conjonctif, qui produitune stase sanguine dans les vaisseaux du derme. Après ces diverses interprétations sur la nature de la sclérodermie, il nous reste à indiquer celle que 1’. Horteloup a récemment proposée. « Chez l’homme, dit-il, on trouve dans la peau, des fibres lamineuses, des fibres élastiques, et enfin un autre élément essentiellement contractile, la fibre-cellule. Ce dernier élément entre dans la composition du derme et dans la structure des artères et des veines, en quantité plus considérable dans les vaisseaux de petit calibre que dans les autres. Ces fibres déterminent la contraction des capillaires, et si, en se contractant, elles diminuent assez le volume de ces vaisseaux pour empêcher la circulation du sang, nous pouvons admettre que, dans le derme, elles peuvent se contracter au point de produire une véritable rétraction. C’est la contraction de ces fibres qui détermine le faciès hippocratique, la rigidité cadavérique. Ce dernier phénomène se montre très-rapidement chez les sujets dont la maladie avait épuisé les forces, et rendus cachectiques ; or, c’est ce rpic l’on trouve dans la sclérodermie, et si celle-ci persiste aussi longtemps, tandis que la rigidité cadavérique disparaît, c’est que, chez l’homme mort, la force pro-

SCLÉRODERMIE. — DIAGNOSTIC, PRONOSTIC.

fl 6 3

ductrice du phénomène disparaît elle-même, tandis que, sur l’homme vivant, elle peut, par sa présence, obliger la peau à rester dans cet état de contraction spasmodique. » Cette même force, qui réside dans l’élément nerveux, rendrait compte aussi des taches qui s'observent dans la sclérodermie. « Celles qui ne changent pas de couleur sous la pression du doigt, sont dues seulement à un dépôt de granulations pigmentaires. Les autres se forment comme les taches violacées de l’asphyxie locale. Au début du spasme nerveux, le réseau capillaire de la peau entre en contraction ; mais, si le spasme diminue, des portions de capillaires pourront entrer dans une période de réaction, et la circulation n’ayant pas encore repris son cours régulier, le sang pourra rester stationnaire et produire des taches plus ou moins rouges ou violettes, suivant que le sang sera purement veineux ou mélangé. »

P. Horteloup croit, en outre, vque, pour expliquer la persistance de la sclérodermie, il faut admettre qu’au bout d’un certain temps de contracture du derme, il se produit entre les fibres condensées un travail agglutinatif qui l’empêche de revenir à son état primitif et est la cause d’une véritable altération matérielle de la peau.]

§ VI. — Diagnostic, pronostic.]

Le diagnostic n’offre pas de difficultés réelles. Le sclérème est une affection différente de la maladie des nouveau-nés, à laquelle on a donné à tort le même nom, et déjà décrite sous celui d'œdème des nouveau-nés. Il nous suffira, pour cela, de reproduire ce que nous disions, en 18riG, à propos de la première publication de Thirial (1) :

« Suivant cet honorable confrère, nous aurions eu tort de soutenir avec Billard, et à l’aide de faits particuliers, plus explicites que ceux de cet auteur, que la maladie désignée sous le nom de sclérème par nos prédécesseurs présente deux lésions très-distinctes, qui n’ont aucun rapport l’une avec l’autre, et qui, par conséquent, doivent être séparées nettement dans le cadre nosologique. Pous nous, en effet, il existe, d’une part, une maladie caractérisée essentiellement par l’œdème, et, def l’autre, une altération du tissu adipeux, qu’on observe quelquefois chez les enfants agonisants , quelle que soit leur maladie, et bien plus souvent sur les cadavres, cette altération n’étant survenue qu’après la mort.

» Pour soutenir son opinion, Thirial cite deux faits. Dans le premier, il est question d’un nouveau-né qui, dans le service de Trousseau, a présenté l’endurcissement adipeux deux jours avant la mort. Or, ce fait ne nous paraît prouver qu’une chose, c’est que cette lésion anatomique peut se montrer un peu plus longtemps avant la terminaison fatale qu’on ne le pense généralement, quoiqu’un petit nombre de faits du même genre aient déjà été observés.

» Dans le second, il s’agit d’un adulte qui a offert une induration des parties* molles, cas tout à fait exceptionnel, et dans lequel on ne trouve absolument aucune ressemblance avec ce qu’on observe dans les cas d’œdème des enfants nouveaunés. Dans ce cas, nous trouvons, en effet, une très-grande pâleur, et les nouveau^ nés affectés d œdème sont d’un rouge lie de vin pendant une grande partie de la maladie ; ils ne deviennent pâles qu’à la fin. La maladie, chez la jeune fille observée par Thirial, a envahi d’abord le cou, et l’affection des nouveau-nés commence par

(1) Thirial, Archives gén. de méd, (Bull., çorresp.), 4e série, t. X, p. 365, mars 1846. .

AFFECTIONS ET MALADIES DE LA PEAU

un œdème des pieds, comme tous les œdèmes généraux. Nous pourrions signaler d’autres différences ; mais nous aimons mieux tirer quelques raisons péremptoires de l’étude de l’œdème des nouveau-nés.

» Thirial veut que cette affection soit une induration de la peau ,que cette induration de la peau soit le point de départ de la maladie, et que toutes les autres altérations, ainsi que les symptômes qui leur correspondent, n’en soient que les conséquences. S’il en était ainsi , on verrait d’abord apparaître cette induration de la peau, puis la gène de la respiration et de la circulation, et enfin l’œdème, qui, d’après Thirial, n’est qu’une complication. Or il y a une expérience bien simple à faire, c’est de suivre un petit malade pendant tout le cours de l’affection. Pendant plus de la moitié de la maladie , Thirial verra qu’il n’y a pas la moindre lésion de la peau, que ce tégument est partout très-souple, fortement coloré ; qu’il se laisse soulever, qu’il glisse sur les parties sous-jacentes ; qu’il n’y a, en un mot, rien qui ressemble à l’endurcissement adipeux que les enfants affectés de muguet, de pneumonie, etc., présentent parfois, dans les derniers moments, aussi bien que ceux qui sont affectés d’œdème. Aux pieds , aux mains , peut-être aux jambes, la peau est plus tendue, il est plus difficile, par conséquent, de la faire glisser sur les tissus sous-jacents; mais il est si aisé de s’assurer que cette tension est due à l’œdème, qu’il ne faut pour cela qu’une simple inspection. D’ailleurs, et cette remarque est capitale, on verra, après la mort, un certain nombre de parties entièrement libres de tout endurcissement adipeux , dans les cas où cet endurcissement sera survenu comme phénomène ultime. »

Pronostic. — D’après ce que nous avons vu plus haut, la maladie est beaucoup moins grave qu’on n’aurait pu le croire d’après les symptômes et d’après l’étendue, souvent considérable, de l’induration. En supposant que les cas cités par Haller, soient de la même nature que ceux qui ont servi à la description précédente, on peut admettre que la maladie prend un degré de gravité très-grand lorsqu’elle envahit les organes profonds dont le jeu doit être nécessairement entravé.

§ VII. — Traitement.

Les émissions sanguines n’ont guère été employées. Dans un des cas cités par Pierquin, on a , il est vrai , appliqué un très-grand nombre de sangsues ( 295 en trente jours) ; mais nous avons vu plus haut que l’existence de la maladie particulière qui nous occupe n’est pas parfaitement démontrée dans ce cas. On a bien rarement eu recours à la saignée générale. Le malade observé par Strainbio fut saigné au début de sa maladie, mais sans résultat.

On a naturellement eu recours aux sudorifiques. Ils n’ont, en général, pas eu de grands succès. Cazanova, après les avoir inutilement employés, ainsi que les fumigations faites avec la vapeur du vinaigre , eut recours aux fumigations sulfureuses, dont il administra 120 consécutivement. Sous leur influence, la menstruation supprimée ne tarda pas à reparaître , et fut enfin complètement rétablie. L’amélioration suivit les progrès de sa réapparition.

[ Les bains de vapeur ont été aussi mis en usage, ainsi que les bains simples, les frictions, les onctions adoucissantes , les narcotiques, les fomentations, et, en général, tout ce qui tend à assouplir la peau ; mais les faits prouvent que ces moyens sont tout à fait secondaires et ne servent que comme adjuvants. ]

FRAMBOESIA.

Les préparations mercurielles ont été administrées dans le plus grand nombre des cas, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur. Quelquefois elles ont parfaitement réussi, comme dans le cas rapporté par Strambio. Apres un traitement dans lequel l’emploi du kermès et des frictions avec Vaxonge n’avait réussi qu’à procurer une légère amélioration, le calomel fut donné à la dose croissante de 60 cenligr. jusqu’à un gramme et demi , et même 2 grammes dans les vingt-quatre heures; il survint bientôt une éruption générale d 'eczéma hydrargyrique, que Strambio prit pour une crise, et le malade fut promptement guéri. Dans d’autres cas, au contraire , l’emploi du mercure a paru aggraver la maladie; ce n’est donc qu’avec précaution, et en suivant attentivement scs effets, qu’on devra le mettre en usage.

Emménogogues. — Nous avons vu que la maladie survenait parfois après la suppression des règles ou une diminution notable dans ce llux périodique, et, d’un autre côté, que, dans ces mêmes cas, l’amélioration coïncidait avec leur réapparition. Les emménagogues sont donc formellement indiqués. (Yoy. tome V, art. Aménorrhée et Dysménorrhée.)

Les purgatifs et les diurétiques paraissent avoir eu de bons effets dans certains cas ; mais nous nous contentons de les mentionner, attendu que les recherches ne sont pas encore suffisantes sur ce point. Nous en dirons autant de la médication alcaline.

[Chez une malade atteinte de sclérodermie très-prononcée, avec ulcérations trèssuperficielles aux membres supérieurs , la langue ne pouvait être projetée hors de la bouche et la muqueuse elle-même était indurée. On était , en conséquence, obligé de porter directement dans la bouche le peu de nourriture que la malheureuse pouvait prendre. Dans ces conditions, auxquelles se joignaient une constipation opiniâtre, de l’inappétence, de la dyspepsie même, Heusinger (de Marbourg) lit couvrir d’un mélange de goudron et de glycérine et saupoudrer d’amidon les surfaces ulcérées. Les endroits au niveau desquels la peau était simplement indurée, furent badigeonnés avec de la glycérine. La malade prit tous les jours une petite dose d’opium et de quinine que l’on augmenta progressivement, sans jamais dépasser les doses de 25 centigrammes de quinine et de 6 centigrammes d’opium par jour.

Huit jours après le début du traitement, l’appétit était revenu, la malade allait régulièrement à la selle, et la langue avait perdu sa dureté.

Peu à peu l’induration des téguments disparut, la mobilité revint, et, un mois plus tard, toutes les parties exulcérées étaient recouvertes de leur épiderme. Ce ne fut que quelques mois après le commencement du traitement, que l’induration de la peau, des avant-bras et des mains, se résolut et que l’usage des doigts fut rétabli.

Lue année après, Heusinger revit la malade et put s’assurer que les dernières traces de sclérodermie avaient complètement disparu (1). ]

8° FRAMBOESIA.

Cette affection, qui est connue en Amérique sous le nom de pian ou épian et que dans la Guinée on appelle yaivs, a été décrite par Bateman sous le nom de

(1) Heusinger, Du traitement du settrème des adultes (Gaz. des hôpitaux du 1 h avril 1866, nû lih, p. 17 !i).

AFFECTIONS ET MALADIES DE LA PEAU

frambœsia. Extrêmement rare en Europe, commune en Afrique et aux Indes occidentales, elle se développe particulièrement sur les nègres, surtout chez les enfants. Ses causes nous sont peu connues; elle paraît être contagieuse et, suivant les auteurs, elle se communiquerait par le contact de la matière qui s’écoule des tubercules ulcérés. Le frambœsia peut aussi se développer spontanément.

Le frambœsia se manifeste par de petites taches d’un rouge obscur, ordinairement groupées, se recouvrant bientôt de petites éminences qui deviennent de plus en plus saillantes et offrent l’aspect d’une surface hérissée de végétations exactement isolées par leur sommet et réunies par leur base. Ces végétations sont d’un rouge blafard et indolentes; bornées h une petite surface, elles ressemblent par leur aspect à des framboises ou h des mûres. Les parties voisines de l’éruption sont dures, comme calleuses; les tubercules eux-mêmes se recouvrent habituellement de squames minces, sèches et adhérentes.

Dans quelques cas, les végétations s’ulcèrent à leur sommet et laissent écouler un liquide ichorcux qui baigne les parties voisines. Parfois un tubercule plus volumineux que tous les autres se change en une vaste ulcération dont le liquide sanieux corrode les tissus ambiants. Ce tubercule a reçu aux colonies le nom de mamapian, ou mère du pian.

Le frambœsia , qui peut avoir une durée indéfinie sans compromettre la santé, n’est pas immédiatement dangereux; quelquefois sa guérison s’opère par une résolution insensible des tubercules. Parfois les progrès de l’ulcération ont amené une terminaison fatale.

Le traitement du frambœsia se réduit à quelques applications caustiques pour détruire les tubercules dont la résolution ne saurait être obtenue autrement. La pute arsenicale du frère Côme et le nitrate acide de mercure sont recommandés par A. Cazenave et Schedel. Bielt a réussi une fois avec le cautère actuel.

9° chéloïde

Alibert a, le premier, donné ce nom à une affection, qui consiste en une tumeur irrégulière, ordinairement ovale, résistante au toucher, aplatie, saillante de quelques lignes, pouvant rester stationnaire indéfiniment, et ne disparaissant en totalité ou en partie que pour laisser après elle une cicatrice.

La chéloïde est le plus ordinairement seule , et occupe la partie antérieure cl moyenne de la poitrine. Biett en a vu plusieurs se fixer au cou et sur les côtés du thorax chez une jeune personne. La forme de la chéloïde varie: elle peut être ovale, cylindrique , allongée, anguleuse; elle est luisante et recouverte d un épiderme aminci et légèrement ridé, ce qui, comme le fait observer Cazenave, lui donne l’aspect d’une cicatrice de brûlure au troisième degré. Rarement elle est le siège de quelque douleur. Elle n’a aucune influence sur la santé.

Elle est plus fréquente dans l’àge adulte et chez les femmes. Sa durée, qui peut être longue, est quelquefois indéfinie. Jusqu’à présent, la thérapeutique est restée impuissante pour la guérir; on conseille néanmoins les frictions wdurees et les douches de vapeur (1).

(1) [Nous n’ajouterons rien à cette courte indication sur les chéloïdes, qui tantôt se développent spontanément ( chéloïdes spontanées), et tantôt résultent de l’hypertrophie libreuse du tissu de certaines cicatrices ( chétoides cicatricielles). Nous rappellerons seulement que, poiu

MOUUSCUM.

10° MOLLÜSCUM.

[ La dénomination de tnolluscum a été appliquée à certaines formes d 'acné ou à des tumeurs diverses, dans lesquelles un examen ultérieur a fait reconnaître tout simplement les caractères des cancers multiples de la peau (1); d’une manière générale, enfin, on a rangé sous ce nom des espèces fort différentes, en s’appuyant sur l’existence des caractères qui leur seraient communs : indolence; consistance molle; volume variable et quelquefois considérable; durée fort longue, si ce n’est permanente; incurabilité à peu près absolue.

Ces caractères généraux, empruntés à la clinique, permettaient de considérer comme des espèces du molluscum, certaines tumeurs de la peau, qui, ne paraissant jusqu’ici avoir aucune tendance vers la guérison, demeurant le plus souvent dans un étal stationnaire, et acquérant même, dans quelques cas, des proportions énormes, semblent devoir être décrites en dehors des affections cutanées auxquelles elles ressemblaient d’abord le plus, lors de leur apparition.

Cependant si, sous ce point de vue, de semblables lésions cutanées ont pu être séparées du genre acné et réunies sous la dénomination de molluscum , il faut reconnaître que, ni l'acné miliaire (2), ni l’acné varioliforme (3), ni l’acné stéarique (k), ni l’acné élépliantiasique (5), ne réunissent les caractères généraux propres au molluscum. Nous verrons, en outre, un peu plus loin, quelle est la structure complexe de ce dernier, et combien elle diffère de celle des formes d’acné qu’on a voulu rapprocher de lui, formes dans lesquelles un seul des éléments de la peau, glande sébacée ou follicule pileux, présente des altérations anatomiques.

Quant au molluscum cl’Amboijne , outre son caractère d’endémicité dans cette ville principale des îles Moluques (6), outre le mode de développement par contagion, dont il paraît susceptible; les descriptions (pii, jusqu’ici, nous l’ont seules fait connaître, engagent à ne pas le confondre avec le véritable molluscum. En effet, en admettant même, avec Gibert (7), qu’il soit encore prématuré de le considérer comme une manifestation cutanée delà syphilis, particulière aux pays exo-

Bazin ( Leçons sur les affections cutanées artificielles , les diathèses , etc. Paris, 1862, p. 280 et 864), la cheloide spontanée est une manifestation de la diathèse fibro-plastique .

Si nous nous abstenons de plus de détails, c’est que le lecteur trouvera très-bien décrite 1 affection qui nous occupe dans la plupart des traités de pathologie externe. On devra notamment consulter le Traité de pathologie externe de Follin (t. I, p. 510, et t. II. lre partie, p. 59); la plupart des traités des maladies de la peau et une Leçon de Hardy (De la chéloïde , leçon publiée par Roques, in Gazette des hôpitaux , 1865, n° 78).]

(1) P. Broca, cité par Verneuil, Mémoires de ta Société de biologie, 2° série, t. I, p. 177,

année 1854. y 5 1 ’

(2) Molluscum granuleux.

(3) Molluscum contagiosum (Bateman).

(4) Molluscum athéromateux (Bateman).

(5) Molluscum stéarique (Bazin), véritable loupe de la peau; hypertrophie des glandes sébacées (Follin).

(6) L étymologie du mot molluscum est fort douteuse. Quelques auteurs y voient seulement 0 nom tatinisé des îles Moluques; d'autres y voient l’expression d’une comparaison, soit avec e tubercule de 1 érable (Bazin et quelques autres auteurs), soit avec certaines verrues susceptibles de se ramollir.

(7) G. M. Gibert, Traité pratique des maladies de la peau et de la syphilis. Paris, 1860, t. I, p. 555.

AFFECTIONS ET MALADIES DE LA PEAU

tiques (1), il faut bien reconnaître qu’il s’éloigne des caractères généraux du vrai molluscum, par cela seul qu’il est susceptible de guérison. Aussi, en attendant que des renseignements précis nous viennent sur ce singulier état pathologique, nous semble-t-il plus convenable de ne pas le confondre désormais avec une difformité de la peau que nous commençons à mieux connaître. En outre, puisque dans l’opinion de plusieurs des médecins qui l’ont observé dans le pays même, le molluscum d’Amboyne paraît constituer une espèce à part, propre au climat, on pourrait, jusqu’à plus ample connaissance, lui donner seulement le nom de mal d’Amboyne ou mal des Moluques.

Toutes ces réserves étant faites, il nous semble que la confusion n’est plus possible, et nous espérons voir ressortir des détails dans lesquels nous allons entrer maintenant sur le véritable molluscum, cette conclusion que, ni dans ses caractères symptomatiques, ni dans sa marche et son développement, ni dans les conséquences fâcheuses qui peuvent en résulter, ni dans sa structure anatomique, il ne ressemble aux autres tumeurs de la peau souvent réunies sous le même nom (2).

§ I . — Description clinique.

Dans la plupart des cas, lorsque les malades se présentent à l’observation, la surface cutanée porte déjà un nombre plus ou moins considérable de petites tumeurs. Celles-ci sont, en général, très-inégales sous le rapport du volume, qui, le plus souvent, varie depuis celui d’un pois jusqu a celui d’une noix. Chez une malade dont l’observation renferme les principaux caractères du molluscum à ses diverses périodes d’évolution (3), le plus grand nombre des tumeurs avaient, en effet, le volume d’un petit pois; d’autres étaient plus volumineuses, et quelques autres encore, développées au côté droit de la région lombaire, avaient çà et là les dimensions des grains ordinaires du raisin, et même celles des petites vessies à couleur répandues dans le commerce. Les tumeurs qui se présentaient avec ces proportions étaient en même temps inégales et comme flétries dans leur partie la plus superficielle, tandis que leur partie profonde résistait à la pression des doigts. Celte pression ne provoquait, du reste, aucune douleur, et lorsqu’on l’exerçait en particulier sur b partie flétrie, il semblait qu’on froissât entre les doigts un grain de raisin vide de son contenu. La plupart des autres tumeurs, plus petites, étaient plus résistantes, un peu élastiques, et n’offraient point dé portion flétrie. Quoique saine, en apparence, la peau qui supporte toutes ces tumeurs était, du moins, fortement pigmentée autour de chacune d’elles ou de chacun des groupes qu’elles formaient, et présentait une teinte particulière analogue à celle qu’on observe chez les personnes atteintes de taches de rousseur (A). Si l’on comprimait légèrement la peau entre les doigts, pour explorer les modifications qui avaient pu survenir dans

(1) Comme la radezyge de Norvège et le pian d’Amérique. Voyez, sur ce sujet, Delioux de Savignac, De la spedalsked et de lu radezyge ( Archiv . gén. de méd., 1857, t. Il, p. 385).

(2) A. Devergie pense également qu’il faut réserver le nom de molluscum à la difformité que nous décrivons ici (Traité pratique des maladies de la peau, 3e édition. Paris, 1863,

(3) Observation recueillie à l’hôpital Saint-Louis, par 0. Larcher, dans le service d Hillairet

(année 1865).

(4) Cependant la pigmentation de la peau n’existait pas sur tous les points qui portent les petites tumeurs, notamment au niveau du visage, des bras et des avant-bras.

MOLLUSCUM. — DESCRIPTION CLINIQUE.

sa consistance, on trouvait en plusieurs points des nodosités donnant une sensation analogue à celle que fournissent les plus petites des tumeurs faisant saillie à la surface du tégument. La coloration de ces dernières était variable sur les différents points où elles siégeaient; les plus petites étaient d’un blanc jaunâtre, et, à mesure que celles qu’on examinait étaient plus grosses, on constatait des modifications dans leur coloration ; presque toutes celles qui avaient dépassé le volume d’une petite bille h jouer (1) avaient pris une teinte qui rappelle précisément celle des billes d’agate; elles n’étaient, du reste, transparenles, ni fluctuantes, sur aucun point. Elles ne laissaient voir aucun vaisseau appréciable à l’extérieur, et cependant si la malade faisait quelques mouvements ou venait à marcher pendant quelques instants, si surtout elle était demeurée longtemps dans la station verticale, on voyait les tumeurs qui siègent sur la peau du membre inférieur, prendre une coloration presque noire que la pression du doigt faisait disparaître aisément. L’activité circulatoire liée aux époques menstruelles ne semblait pas amener de modifications dans l’aspect de ces tumeurs. Cependant leur vascularité propre paraissait devoir être assez prononcée, car, si l’on venait à couper l’une d’elles (2), il s’écoulait un sang assez abondant, très-rouge, et, au bout de peu de jours, la tumeur commençait à bourgeonner assez activement pour s’affaisser ensuite et se flétrir, en même temps que le tissu cicatriciel prenait une teinte blanchâtre, opaline.

Le molluscum, tel qu’il s’est présenté dans l’observation qu’on vient de lire, est celui qu’on rencontre le plus ordinairement, sans que, néanmoins, de pareils cas puissent être considérés comme très-communs. C’est le molluscum pendulum de la plupart des auteurs. Il peut se développer à tout âge, et, une fois formé, rester stationnaire, ou, au contraire, s’accroître en volume sous des proportions plus ou moins considérables. Dans ce dernier cas, l’une ou plusieurs des petites tumeurs commencent à se développer, lentement d’abord, puis plus rapidement. La portion de peau qui les recouvre change de caractères; de lisse qu’elle était, elle devient ridée; de mobile et élastique, elle est bientôt adhérente et mollasse; sa sensibilité s’émousse. « La production morbide reste circonscrite ; elle ne s’étend que peu aux régions voisines, et cependant elle augmente en superficie, en même temps qu’elle proémine davantage ; ce qui tient h ce que le derme et le tissu cellulaire sous-cutané s’hyperlrophient dans tous les sens à la fois, en même temps que des tissus de nouvelle formation se superposent pour augmenter leur épaisseur, et que d’autres couches s’organisent parallèlement tout autour du point central. La tumeur sort donc, en s’épanouissant pour ainsi dire, d’une sorte de noyau qui s’accroît excentriquement de toute part. La peau qui s’étale en dehors de sa périphérie n’est ni tendue, ni tiraillée, si ce n’est cependant celle qui se relie à sa partie supérieure. En ce point, le tégument éprouve nécessairement une traction notable, dès que l’intumescence s’est élevée et que la masse qui la forme a acquis un certain poids qui l’entraîne en bas. Sous l’influence de ce poids même (3), la masse se pédiculise et son pédicule est généralement très-étendu en largeur aussi bien qu’en épaisseur, en sorte qu’il n’y a pas toujours de pédicule véritable; en effet, si l’on

(t) Notamment celles qui étaient situées au-dessus du genou droit, à la hanche du même côté et à la partie postérieure du cuir chevelu.

(2) Ce qui fut fait à l’aide de ciseaux.

(3) Dans un cas rapporté par Hecker (de Fribourg), il atteignait jusqu'à 38 livres.

67l) AFFECTIONS ET MALADIES DE LA l’EAl .

étreint la tumeur au niveau de son attache à la région qui lui a donné naissance, on remarque là, comme ailleurs, un épaississement énorme, et les doigts portés de part et d’autre, ne peuvent jamais arriver à se rencontrer, à se sentir, à travers le tégument, comme s’il s’agissait de certaines productions sous-cutanées (1).»

Le développement de la tumeur est, du reste, très-lent à s’accomplir pendant les premiers temps ; plus tard, en revanche, il devient d’autant plus rapide, que le tissu morbide est très-vasculaire, et que l’hypertrophie, une fois établie, l’envahit bientôt dans toute son épaisseur.

Lorsque l’un ou plusieurs des molluscums ont pris des proportions qui commencent à inquiéter le malade, celui-ci indique lui-même que la tumeur plus ou moins volumineuse que l’on a sous les yeux, a débuté comme toutes celles qui l’entourent, et le plus souvent celles-ci sont en assez grand nombre. Les dimensions énormes de la tumeur principale tranchent alors singulièrement avec le volume de celles qui l’environnent : dans un cas de ce genre, observé à la Clinique de Nélaton, la tumeur n’avait pas moins de 15 centimètres d’étendue, de l’une des surfaces tégumentaires à celle du côté opposé (*2). Un autre molluscuin, observé par K. Virchow, mesurait 68 pouces de circonférence (3).

Le plus ordinairement, les molluscums se développent pendant longtemps, à la façon des lipomes, sans provoquer aucune espèce de réaction. Cependant, à une certaine époque, lorsque leurs proportions sont devenues un peu considérables, « on voit, périodiquement, tous les mois habituellement, ou toutes les cinq ou six semaines, la masse se tuméfier, devenir mollasse, empâtée : elle est, en un mol, le siège d’une congestion considérable dans toutes ses parties. Le malade est pris de fièvre, de nausées, de vomissements bilieux, de diarrhée, La peau est chaude, le pouls bat cent dix ou cent vingt fois par minute; les fonctions digestives s’exécutent mal ou, plutôt, sont anéanties, et la respiration est difficile. Tous ces phénomènes durent de cinq à huit jours habituellement, puis une exhalation séreuse, extrêmement abondante, s’établit par toute la surface de la tumeur, l’épiderme se soulève comme par écailles, et sous l’influence de celte sorte de crise, la fluxion cesse, la rougeur disparaît, l’empâtement diminue, la tuméfaction se réduit sans disparaître jamais complètement. La tumeur reprend sa consistance ordinaire, seulement elle conserve toujours un volume plus considérable que celui quelle avait antérieurement à la congestion périodique. A la fin de cette manifestation fluxionnaire et des sécrétions abondantes qui la suivent et la jugent, le malade, accablé des déperditions exagérées qu’il a subies, tombe dans une prostration dont il ne se relève qu’au bout de quelques jours : encore, chaque attaque, usant pour ainsi dire peu à peu sa résistance, amène-t-elle toujours une débilité plus profonde que celle qui existait auparavant. Ainsi, l’économie perd ses forces; et le choc qu’elle a à soutenir devient de plus en plus puissant.

» L’exhalation séreuse était extrêmement abondante chez le malade de Nélaton, et, quoique la quantité du liquide sécrété n’ait pas été mesurée exactement, on a cependant constaté qu’elle imbibait constamment et obligeait à renouveler

(1) Samuel Chédevergne, Du molluscum éléphantiasique ( Gazette des hôpitaux, 21 lévrier 1865).

(2) Observation publiée par S. ChédeVergne, toc. cit., p. 65.

(3) 11. Virchow, Die krankhaften Geschwülste, p. 325, t. 1, 1863. — Observation traduite et communiquée par V. Cornil à S. Chédevergne {/oc. cil., p. 87).

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